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A. LES BATIMENTS DE L'ANCIEN COLLÈGE

Cette question était posée depuis longtemps et bien avant le régime qui mit le lycée en concurrence avec l'enseignement libre. On a vu ci-dessus l'histoire du conflit qui s'éleva en 1889 entre l'administration universitaire et la Municipalité à propos de la propriété des bâtiments du Collège ; conflit qui ne fut apaisé que par la transaction de 1 847 et terminé par le décret de 1849. Cette solution même ne fut que provisoire, car si la Ville gardait sous certaines conditions « la libre disposition des locaux non affectés à l'enseignement », les locaux réservés à l'enseignement pouvaient d'un jour à l'autre, soit dans leur étendue, soit dans leur installation, devenir ou paraître insuffisants, et de nouvelles négociations devenaient nécessaires. Cela ne manqua pas. Et nous allons voir la Municipalité, la Préfecture, l'Académie, le Ministère en conversation continuelle, parfois en discussion au sujet de l'installation du Lycée; nous allons voir aussi que depuis cinquante ans le Lycée est « en réparations » ou « agrandissements » .

Déjà en 1845, la nécessité des réparations avait paru pressante. Et déjà à cette époque, comme de nos jours, on avait chaque année à réparer, assainir, rajeunir ces vieux bâtiments. « Il est bon de rappeler^ dit le rapport de l'inspection générale de i85o*, que depuis moins de dix ans le lycée de

* Archives nat. F «7 ^ 78491*

Lyon a dépensé plus de 25o.ooo francs sur ses propres* économies pour l'appropriation des bâtiments, leur assainissement et les améliorations de son matériel. Qu'on nous cite une autre organisation capable de produire de pareils résultats ! »

Au lendemain du nouveau régime, et grâce aux préoccupations politiques, on eut sans doute autre chose à faire. Encore est-il certain que le proviseur, le recteur, les inspecteurs eurent bientôt, en raison même de la concurrence, Toccasion et le devoir de réclamer une installation meilleure pour le lycée.

Le rapport de Tinspection de i85i * signale les inconvénients du local et des cours de récréation, qui ne permettent pas de séparer comme il le faudrait les trois divisions. « La réunion dans le petit collège des élèves de quelques classes assez avancées empêche d'y établir un régime particulier*. » Le rapport de i854 insiste sur ces difficultés qui compliquent la discipline. Il faudrait pouvoir établir un gymnase couvert intérieur : mais la ville résiste à concéder toute espèce de locaux. Le projet d'un lycée à la campagne ne paraît pas pour le moment réalisable. Le lycée n'a plus de subvention en effet, et la cherté actuelle de la vie ne lui permet de faire aucune économie : il «se suffit tout juste. Mêmes observations en i855 sur « Taspect sombre et triste du lycée, la noirceur de ses murs, l'exiguïté de ses cours, principalement de celle des petits où les enfants ne doivent jamais voir le soleil^ ».

En i856, reparaît l'idée et même le projet de construire un nouveau lycée, rendu nécessaire par le nombre croissant des élèves. Ce projet, que nous trouvons résumé dans le rapport des inspecteurs généraux*, est celui du préfet Vaïsse, qui parait

^ Malheureusement il y a dans les rapports mensuels du recteur une lacune qui va de i853 à 1859.

2 Rapport de l'inspection générale de i85i (Dulreit-Olivier). (Archives nationaleê F «7 II 78491.)

' Ibid. Rapport de i855.

4 Ibid. Rapport de i856 (Roustan-Artaud) (Arch, nat. F «7 H 80889; Çf, Ibid. Rapport de iSSj).

bien y avoir renoncé par la suite (voir le rapport de Tinspec lion de 1860). Il consistait à conserver une partie des bâtiments pour Texternat, à vendre le reste dont on retirerait un bon prix, et à construire ailleurs avec cette somme, pour établir un nouveau lycée et les facultés.

En 1857, c'est le ministre, sans doute sur les rapports des inspecteurs généraux, qui trouve « que le lycée est hors de proportion avec la ville ». Et sur son ordre, dès son arrivée, le nouveau recteur, M. de la Saussaye, étudie la situation et les moyens de remédier à cette insuffisance ^ Il a dû s'en occuper jusqu'à la fin de sa carrière ; ses successeurs ont dû de même y donner leur attention, ainsi que les inspecteurs généraux et inspecteurs d'académie et les proviseurs ; et leurs efforts ont été employés à conquérir — pièce à pièce — les locaux actuels, et à les aménager.

Rappelons qu'à cette date la grande bâtisse que le lycée partage aujourd'hui avec la bibliothèque de la Ville logeait en outre : les Facultés (sciences Qt lettres) avec l'Observatoire, les bureaux de l'Académie, la Justice de paix du deuxième canton, divers industriels à divers étages, tels que le relieur Peysson qui avait son atelier au quatrième dans une tour, le tailleur du lycée, qui y est encore, et surtout (sans parler du marchand de marrons qui — heureusement — a conservé son échoppe de la rue Ménétrier) toute une série de boutiques qui occupaient les façades du rez-de-chaussée, du moins celles du quai et de la rue de la Bourse, dans la partie nord du bâtiment. Mais ce n'est pas tout: de nombreux fonctionnaires y avaient leurs appartements, non seulement les administrateurs du lycée et les fonctionnaires de l'internat, mais le recteur, les doyens des facultés, les aumôniers, les commis d'économat, etc. On comprend qu'il devait rester peu de place pour les classes, études, dortoirs, etc. nécessaires à 8o5 élèves dont 4^3 internes (c'est le chiffre de 1859).

* Archives de l'Académie. Lycée de Lyon. Bâtiments.

len LA LIBERTÉ DE L'EUS EIGREMERT

Il fallait en trouver, et le nouveau recteur devait en chercher. Gif a pensé, dit-il , à construire ailleurs un bâtiment où Ton transporterait tous les services universitaires (Facultés, Académie, Lycée). Mais cela coûterait trop cher, et il faut laisser le lycée là où il est. Le quai du Rhône, le voisinage de la rue Impériale ^ nouvellement percée, de la Halle qu'on va construire, l'élargissement et le prolongement de la place du Collège, par la rue Buisson rectifiée *, assurent au lycée une situation exceptionnelle, a Cet emplacement valait i miUion ; il en vaut a aujourd'hui : il en vaudra peut-être 4 dans i8 mois. » Du reste le lycée, s'il est trop étroit, n*est pas insalubre. Il faut seulement l'agrandir en logeant ailleurs l'Académie, les Facultés^ etc. Une autre solution serait de construire un second lycée, pour les internes, dans un faubourg, en laissant les externes dans l'ancien et vendant une partie des bâtiments pour couvrir la dépense.

Jusqu'à ces derniers temps, c'est-à-dire pendant 4^ ans, ces projets sont restés la base de toutes les discussions.

Il en est question, cela va sans dire, dans le rapport des inspecteurs généraux de iSSy (Gaudin-Sonnet). Ils écartent résolument l'idée de maintenir dans les mêmes bâtiments un lycée d'externes; les terrains sont chers et la combinaison serait ruineuse. « La vraie question est de savoir si l'on ferait un seul lycée ou deux. La nécessité de choisir des terrains probablement sur la rive droite de la Saône ou sur la rive gauche du Rhône, seuls emplacements où ils soient encore d'un prix accessible, entraîne la nécessité de créer deux lycées aux deux extrémités d'une diagonale si Ton ne veut pas renoncer à la moitié des externes^. » On ne se résigne pas du reste, sans un gros regret, à abandonner la position actuelle qui est tout à fait centrale, et on voudrait pouvoir reculer le moment de la translation et de la dislocation du lycée ; ce qui ne semble

^ Rue de la République actuelle.

s Rue de la Bourse actuelle.

3 Arch. nal. ¥ «7 » 80389.

guère d'accord avec le refus de maintenir dans les bâtiments actuels un externat.

En 1859, on en est encore au même point*; cependant on espère une solution. Le recteur a insisté auprès du Préfet (le sénateur chargé de l'administration du Rhône, y compris la Ville de Lyon) ; il lui a rappelé la transaction du i o avril 1 847 . Et il a eu gain de cause ; car au mois d'avril il visite le lycée avec un architecte de la Ville pour étudier un projet d'agrandissement. En octobre, il est convenu que les travaux seront entrepris dès que l'Académie aura pris possession de sa nouvelle installation. Quelques mois après (février 1860), à la visite spéciale d'un chef de division du Ministère, ce déménagement n'est encore que prochain ; et en mai les inspecteurs généraux examinent les terrains sur lesquels il serait possible de reconstruire le lycée.

Néanmoins les travaux furent achevés, sauf pour l'infirmerie et la cour des cuisines, à la rentrée d'octobre. L'aspect intérieur du Lycée en fut complètement changé : non seulement on avait aménagé les nouveaux locaux, mais on avait restauré les cours de récréation, recrépi les murs, etc.

L'année suivante ce sont d'autres travaux, restauration de la chapelle, installation du parloir des petits, etc. Mais de nouveau les bâtiments apparaissent insuffisants, en raison surtout de l'accroissement de la population (v. ci-dessous) . Duruy dit, dans le rapport de Tinspection générale de 1862, que le lycée est « une vieille maison qui n'était point faite pour un internat, où l'on a dépensé beaucoup et où l'on dépensera plus encore, sans que l'aspect soit moins triste, les cours plus larges, la surveillance moins pénible... Le mieux serait de la jeter bas et de la reconstruire ailleurs, car elle est tout à fait indigne de la deuxième capitale de l'empire. » Mais c'est une affaire de plusieurs millions, à laquelle il faut « penser toujours » en attendant l'occasion.

* Toutefois la construction de Saint-Rambert était décidée, V. infra.

L'année suivante, un rapport de M. Dumaigre, spécialement envoyé par le Ministère, réclame que Ton donne au lycée tout le pâté de maisons, et tout au moins, d'urgence, les locaux de la justice de paix.

En 1 865 tout le monde est d'accord sur l'encombrement du grand Lycée qui a maintenant looo élèves, et dont les salles, cours, dortoirs sont insuffisants; et on décide le déménagement des Facultés. A vrai dire il ne restait plus au lycée que la Faculté des sciences. Mais la situation n'était pas simple. Quand les Facultés (théologie, sciences, lettres) furent réinstituées à Lyon, de iSSa à i838, il fut convenu qu'elles s'installeraient dans le bâtiment du lycée, sur le quai. Mais la Faculté d& théologie fut bientôt transférée au Petit Collège, et la Faculté des lettres fit dès le début ses cours dans une salle de l'Hôtel de Ville et dans une salle du Palais Saint-Pierre. Seule la Faculté des sciences resta au lycée. Mais les doyens y avaient aussi de droit leur logement, et le secrétaire des Facultés y était installé. Le doyen des Lettres toutefois n'avait jamais logé là, parce qu'on n'avait pu lui offrir que deux petites pièces tout à fait insuffisantes. En revanche celui des Sciences et l'agent comptable des Facultés gardèrent leur appartement avec l'entrée sur la rue Gentil n® 27, même après le déménagement de la Faculté des sciences qui eut lieu en i865. Et cette situation originale ne prit fin qu'en 1877. Encore demanda-t-on pour eux une indemnité à la Ville ^

Quoi qu'il en soit, le lycée avait conquis les locaux de la Faculté des sciences. Gela nie suffisait pas, et il fallut songer bientôt à d'autres annexions.

Il va sans dire que Ton continue de discuter les grands projets de transformation totale, par exemple celui du dédoublement avec construction d'un lycée d'internes à Vaise ou à la Guillotière, sur l'emplacement actuel de l'Université*. « G'est

* Archives de V Académie. Lycée de Lyon. Bâtiments. — Lettre du Recteur au Préfet, 14 août 1877.

2 Rapport de l'inspection générale 1866. (Archiv. nat. F >7 H 86468.)

la préoccupation du jour ici », disent les inspecteurs généraux de 1867, particulièrement optimistes du reste, puisqu'ils trouvent le lycée tel qu'il est digne d'une grande ville.

En 1869, l'administration universitaire demanda expressément les locaux de la Justice de paix qui occupait l'angle de la rue de la Bourse et de la rue Gentil. Mais ce projet ne devait se réaliser que bien plus tard. La crise terrible de 1 870-1 871 le fit ajourner avec bien d'autres. Cependant, dès que la tourmente fut, passée et qu'on fut revenu à une vie régulière, la question des bâtiments du lycée reparut plus aiguë que jamais. Elle est exposée tout au long dans une lettre du Ministre de l'instruction publique au Préfet du Rhône, du 28 juin 1874^- L'épidémie de fièvre typhoïde qui sévissait encore au lycée et y avait fait plusieurs victimes (on dut licencier les internes) en explique le ton et les conclusions.

La Préfecture avait conçu le projet de transporter les internes dans l'établissement des Frères de Caluire^ qui devenait le second lycée, et d'installer les externes dans la partie sud du bâtiment, voisine de la Halle. Le Ministre écarte ce projet, trouve étrange que l'on prenne la partie voisine de la Halle pour y mettre le lycée d'externes, et surtout refuse de mettre les internes à Caluire. Les parents, dit-il, trouveront que Caluire est trop loin, et enverront leurs enfants à des établissements libres ou au lycée de Bourg qui est moins cher. De plus, on ne trouverait pas les loS.ooo francs que coûterait ce dédoublement, le lycée de Lyon ne suffisant plus à ses dépenses comme il l'avait toujours fait et comme le devrait faire un lycée de première catégorie.

Il faut donc garder l'ancienne maison, mais il faut l'assainir et l'élargir. « Le lycée, dit la lettre ministérielle, est entouré ou pénétré, notamment du côté du Rhône, par des masyres appartenant à la Ville qui les loue en logements, boutiques, etc..

* Archives de V Académie. Lycée de Lyon. Bâtiments.

* Les Frères devaient le céder pour 800.000.

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et OÙ s'eniassentprèsdedeux cents personnes dont les habitudes dliygiène et de propreté ne sont rien moins que rassurantes. Une partie même de l'immeuble scolaire est occupée par la Bibliothèque de la ^'ille et par ses dépendances, et cette partie renferme^ entre autres foyers d'infection, des latrines publiques. Les logements situés sur le Rhône ont également leurs conduites et leurs fosses qui descendent dans la cour même où jouent les plus petits enfants. LXniversité a déjà signalé à plusieurs reprises les inconvénients graves de ce voisinage, mais rAdministrationmunicipale, qui perçoit 20. ooofrancsde loyers, a refusé jusqu'ici de faire droit aux réclamations de mes prédécesseurs. Cet état de choses ne peut plus se prolonger, et l'inspection générale demande avec instance que l'on dégage le lycée de toutes les constructions superfétantes (sic)^ et que l'on éloigne les industries, les locataires, les servitudes qui l'obstruent, en abattant tout ce qui sépare le lycée du Rhône. On ferait alors entrer l'air de la vallée par une large baie fermée seulement d'une grille.

« Je sais que je demande à l'Administration municipale un sacrifice considérable, mais ce sacrifice parait indispensable. D'ailleurs, si elle consentait à céder au lycée les locaux de la bibliothèque et les locaux de peu de valeur situés sur le Rhône, je serais disposé de mon côté à lui abandonner la chapelle du lycée pour remplacer l'église Saint-Pierre dont la suppression a été, paraît-il, décidée. »

L'année suivante, le rapport de l'inspection générale n'est pas moins pressant, et la discussion continue sur les diverses solutions proposées : réclamer tout l'immeuble pour le lycée, le reconstruire, agrandir Saint-Rambert pour y mettre tous les internes, construire un second lycée à la Croix-Rousse. M. l'inspecteur général Glachant, dans un long rapport spécial, écarte l'idée d'un dédoublement. « On nous propose, dit-il, non plus l'établissement de Caluire ou le fort Lamothe (c'était le projet du préfet Ducros), mais le clos Champavert, boulevard de la Croix-Rousse. L'emplacement est convenable, on aurait

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là 2 hectares de terrain, à mi-côte, avec une belle vue, de Tair pur. On supprimerait Saint-Rambert, on ne garderait pour l'ancien lycée que l'aile sud du bâtiment, en y laissant là bibliothèque. Ce projet est inacceptable. Cette aile sud est la moins salubre et elle est insuffisainte. La clientèle du quartier de la Croix-Rousse serait insignifiante. Surtout, le dédoublement coûterait cher, le déficit serait d'environ 80.000 francs. Et ce serait une grave faute. On ne divise pas un lycée, on en peut faire un autre complet, maison ne doit pas briser l'unité morale de l'ancien. Actuellement le lycée de Lyon représente seul l'éducation publique en face de quarante établissements libres, laïques ou religieux... Parmi ces établissements, ceux du clergé surtout ont fait dans ces derniers temps des progrès considérables. L'externat des Jésuites a passée de 1874 à 1875, de 170 élèves à 220. Il a déjà un demi-pensionnat et tend à organiser son internat, en même temps qu'il arrive d'année en année au plein exercice. Le pensionnat des Frères ne renferme pas moins de 5oo élèves. Qu'arriverait-il si le lycée ne formait plus que deux tronçons ^ ? » Enfin l'emplacement actuel est incomparable. Resterait à étudier la reconstruction, et la Ville, qui est disposée à suivre les désirs de l'Université, ferait mieux d'y consacrer les deux millions que lui coûterait le projet Champavert. En attendant, le plus pressant est qu'elle rende au lycée les locaux qu'elle occupe dans l'ancien bâtiment.

On s'en tint là, en effet, en ajournant tout autre projet. Mais ce déménagement dura plusieurs années, et il donna lieu encore à de nombreuses négociations et correspondances dans le détail desquelles il est désormais inutile d'entrer. M. le Proviseur Busquet y déploya avec succès tout son zèle et toutes les ressources de son activité, toujours en quête de nouvelles entreprises et améliorations. Rappelons qu'en 1877 la Ville livre les locaux détenus par le doyen et le secrétaire de la

* Archives de V Académie, Lycée de Lyon. Bâtiments.

Faculté des sciences, mais elle réserve la bibliothèque, la justice de paix jusqu'à nouvel ordre; pour les ateliers ou boutiques dont la suppression est décidée en principe, et dont elle tire un revenu annuel de 19.000 francs, elle demande que le ministère contribue aux frais considérables des travaux de restauration ou transformation. En attendant, le Conseil municipal vote pour des réparations urgentes un crédit de 200.000 francs. Et il y en avait de particulièrement urgentes au point de vue de Thygiène, comme la réfection des fosses d'aisance ou la suppression d'une citerne où se déversaient les eaux grasses.

Mais les projets de M. le proviseur Busquet allaient bien au delà, et sa lettre du 9 mai 1878 énumère toute une série de travaux à entreprendre à tous les étages du lycée. La plupart du reste ont été exécutés par la suite. Ainsi on a agrandi la cour des petits en démolissant un immeuble situé près de la porte ; on a construit des préaux dans les trois cours, on a installé dans l'ancienne classe de troisième un vestiaire et une salle de réunion pour les professeurs avec leur bibliothèque, on a étendu jusqu'à la rue de la Bourse toutes les classes qui confinaient aux boutiques, livrées en 1880, et qui sont ainsi (pauvrement encore) éclairées des deux côtés ; on a installé la classe de mathématiques spéciales dans les locaux de la justice de paix (i883) ; on a créé des salles de classe à la place des boutiques du quai, on a remanié les bureaux de l'Econome et du Censeur, on a construit ou agrandi des salles de dessin, le laboratoire de physique, etc., etc.

Il ne saurait entrer dans notre plan de raconter les réparations qu'a pu exiger périodiquement la toilette ou la salubrité d'un bâtiment comme celui du lycée, ni les aménagements intérieurs que réclamait son adaptation à des besoins nouveaux d'enseignement ou d'éducation. Il faut signaler cependant les grosses réparations qui suivirent la nouvelle et grave épidémie de fièvre typhoïde, en 1881. L'émotion fut vive. M. le proviseur Busquet la traduisait ainsi : « Puissions-nous réparer le

tort que nous a fait cette malheureuse épidémie ! J'ai besoin de caresser ces pensées pour ranimer mon courage, que cette pénible et triste épreuve avait un peu déconcerté, sans Tabattre toutefois, et que je sens renaître. » On refit à neuf les enduits des murs, on restaura les planchers et plafonds, on transforma le système des fosses, etc. Les travaux s'élevèrent à loo.ooo francs environ, et on dut retarder la rentrée d'octobre^ d'abord jusqu'au 12, puis jusqu'au 24.

En i883, un rapport du professeur Gayet réclamait pour l'éclairage et l'hygiène de la vue des modifications importantes (suppression de 5 classes mal éclairées, suppression des barreaux, grillages, verres dépolis, élargissement des fenêtres, etc.) . On s'en tint à quelques détails, ajournant le reste à la construction du nouveau lycée.

Enfin, relevons ce détail qui se rapporte encore aux bâtiments et à l'hospitalité qu'y pouvaient trouver des personnes étrangères au lycée. Des sociétés ou corporations de secours mutuels, de bâtiment, de tisseurs, de jardiniers, d'employés de la voirie, d'agents de change, célébraient des messes et fêtes annuelles dans la chapelle du lycée. En 1887, sur une réclamation du ministère, on supprima toutes ces autorisations qui étaient accordées depuis plus de trente ans ^

Bien entendu, on continuait de réclamer la construction, de plus en plus nécessaire, d'un second lycée. Mieux encore, on fut sur le point d'aboutir. Après de longues recherches et négociations, en 1882, tout le monde était enfin tombé d'accord; on allait acheter un terrain de 14.000 mètres, à Saint-Clair, dans la propriété Chardiny et y bâtir le lycée. On n'attendait plus, pour conclure, que le vote du Conseil municipal. Quelqu'un y plaida, avec succès, la cause de l'ajournement, et le projet fut écarté à deux ou trois voix de majorité.

En 1889, c'est le Conseil municipal qui reprend l'initiative. Il est vrai qu'il se contente d'émettre le vœu qu'un lycée

* Rapport de rinspection générale de 1881. (Arch. nat. F «7 H 92749)

d'internes soit construit dans la banlieue, aux frais du Déparlement et de TElat ; il ne parlait pas de la contribution de la Ville, que le Recteur ne manqua pas de réclamer.

En 18949 à la suite de Touverlure de deux nouvelles écoles congréganistcs pour la préparation aux grandes Ecoles, le Ministre demande au Maire « d'examiner s'il ne faudrait pas mettre sérieusement à l'étude le projet de reconstruction du lycée », TEtat devant prendre à sa charge la moitié de la dépense. La question fut encore ajournée. Enfin, elle fut reprise en 1898, et il semble aujourd'hui décidé, en principe, qu'un nouveau lycée d'internes sera plus ou moins prochainement construit aux abords du parc de la Tête-d'Or, sur des terrains où s'élevait autrefois le fort des Charpennes.

Je pense avoir montré comment les progrès du lycée ont dépendu pour une bonne part de son installation matérielle, comment l'histoire de ces bâtiments, toujours élargis^ toujours réparés et toujours insuffisants, domine l'histoire de l'enseignement secondaire à Lvon dans la seconde moitié de ce siècle.

Pour quelques années encore, le vieux lycée reste la seule maison universitaire de Lyon ; et je sais mieux que personne, combien, malgré tout, elle est chère à ceux qui y ont passé, même comme internes. Mais il faut bien avouer qu'avec son aspect plat, gris et presque noir, de caserne ou de prison, avec ses murs tristes, avec ses cours trop étroites et presque sans soleil, avec ses corridors et couloirs sombres, avec ses salles de classes, d'études, de parloirs mal éclairées et mal installées, il faut avouer, dis-je, qu'elle n'est pas faite pour attirer les familles et les enfants. Si elle a, tout compte fait, coûté aussi cher à répairer qu'une neuve à construire, elle garde l'air d'une pauvre et vieille bâtisse. Si elle est aussi saine ou même plus saine qu'une autre, elle n'en donne pas l'idée et elle n'est ni confortable, ni riante. Si on y travaille autant ou même plus qu'ailleurs, il semble qu'on n'y doive pas rire ni jouer de bon cœur. Si elle a, peut-être, par là, quelque mystérieuse affinité avec notre tempérament lyonnais, ce n'est pas le lycée moderne

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de la seconde ville de France. Et quand on en aura bâti un autre, près du parc, pour les internes, il restera encore à ouvrir largement l'ancien, pour y faire entrer à flots, sans en chasser le travail, Fair, la lumière, le soleil et la gaîté.

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