‹ Histoire de l'enseignement secondaire dans le Rhône de 1789 à 1900Chapitre 33 sur 51 · B. LE PETIT LYCÉE DE SAINT-RAMBERT · texte numérisé non relu

B. LE PETIT LYCÉE DE SAINT-RAMBERT

Du moins, le lycée de Lyon a, depuis i865, sa maison des champs ou plutôt son château à la campagne, sur les bords de la Saône, et qui'off're, avec le bâtiment des bords du Rhône, le plus parfait contraste. S'élevant à mi-côte, sur une terrasse, au milieu d'un immense parc garni de vieux arbres, ouvrant ses fenêtres du levant sur un des plus beaux paysages des environs de Lyon, on ne saurait imaginer de plus favorable installation pour un petit lycée.

Le projet fut conçu, dès iSSy, ou même plus tôt; il faut reporter à M. le proviseur Mouillard l'honneur de cette initiative et le principal mérite de toute l'entreprise.

Pour la bien comprendre, il faut savoir qu'à ce moment les lycées gardaient la propriété de leurs bénéfices, et que le lycée de Lyon était riche. Il possédait au Vernay, sur la rive gauche de la Saône, un domaine où les élèves étaient conduits de temps en temps en grande promenade; il avait, d'autre part, une assez grosse réserve^ savoir un actif de 70.000 francs et 60.000 francs placés en rentes. M. Mouillard était frappé de la nécessité d'avoir pour les petits élèves un internat à la campagne, et il voyait là la destination tonte naturelle des bénéfices du lycée. Il estimait la dépense totale à 450.000 francs; le lycée en avait à peine iSo.ooo, mais on devait compter sur les bénéfices des années ultérieures, car la situation était prospère, sans doute aussi sur une contribution delà Ville; enfin, une occasion favorable se présentait. L'ancienne propriété de M. Vincent de Vaugelas, achetée par la Compagnie P.-L.-M., au moment de la construction de la voie du chemin de fer, et revendue par elle à M. Picolet, qui en

Univ. dk Lyon — Chadot kt Charlétyi 12

restait débiteur, cette propriété, appelée domaine de Vaques, pouvait être acquise à assez bon compte. Il y avait là une maison d'habitation, des bâtiments d'exploitation, deux bassins d'eau >4ve, le tout dépassant i hectare, plus 2 hectares au bas de la voie ferrée, plus i hectare à l'ouest de la voie. Le prix était de 48-ooo francs, soit 44.^oo, prix de l'adjudication à M. Picolet, dont on prenait le lieu et place vis-à-vis de la Compagnie, plus 3200 pour les intérêts. M. Mouillard signa le 27 janvier i858, au nom du lycée, le contrat provisoire, et le crédit de 48.000 francs fut accordé le 26 mars iSSg ; les paiements devaient s'échelonner jusqu'en 1860.

Disons tout de suite que ce domaine n'est qu'une partie des terrains actuels du petit lycée. En 1860 vinrent s'y ajouter 2000 mètres achetés par la ville pour élargir le plateau, en 1864 la propriété Mermier qui fut payée 12.000 francs, enfin, en 1877 la propriété Barry, qui formait dans le parc une enclave de deux hectares et qui coûta 88.000 francs. On peut juger par ces chiffres de l'étendue du domaine au milieu duquel s'élève le lycée de Saint-Rambert. Il va sans dire que, grâce aux inévitables suppléments et imprévus, la construction et l'aménagement dépassèrent, et de beaucoup, les 4^0.000 francs du premier projet. La Ville qui y contribua pour environ 600.000 francs devint propriétaire du terrain, et reçut en outre du Lycée le domaine du Vernay ; le lycée y fournit ses avances et ses bonis annuels qui furent en moyenne de So.ooo francs. Inauguré en i865, le petit lycée était déjà insuffisant: il comptait 220 élèves, et il fallait pouvoir en admettre 3oo.

On avait donc une fois de plus — et qui ne devait pas être la dernière — bâti trop cher et trop étroit, sacrifié le nécessaire au luxe ruineux de l'architecture. « On a fait, disent les inspecteurs de i866\ beaucoup de sacrifices de temps et d'argent pour donner à l'établissement un aspect monumental, tandis que certains détails importants ont été négligés. De là la néces-

* Archives nationales^ F »7 'l 86468.

site des nouveaux crédits demandés par le proviseur et approuvés par nous. Il faudra agrandir dès Tannée prochaine par des annexes, sinon il serait impossible de recevoir plus de 200 élèves. » Et en effet on dut construire une aile nouvelle à l'extrémité nord de la chapelle. Bref, lorsque en 1874 il fut question d'abandonner le petit lycée pour Galuire (v. supra) ^ le ministre, hostile au projet, craignant que Saint-Rambert ne fût repris par une congrégation, faisait observer qu'il avait coûté plus d'un million, dont Soo.ooo francs au moins avaient été payés par le lycée.

Ajoutons enfin qu'en 1878 on construisit, pour 80.000 francs, des bains, une piscine et des préaux ; en 1 879 on agrandit encore, en élevant deux étages au-dessus du nouveau gymnase et on installa un appartement pour le directeur.

Ce qui est certain, dans tous les cas, c'est qu'ici, au rebours du grand lycée, les bâtiments et l'installation sont faits pour attirer les familles, et que si les raisons d'hygiène et d'agrément extérieur suffisaient, si les parents ne préféraient pas souvent leur propre commodité, c'est Saint-Rambert et non le grand lycée qui devrait être trop étroit.

IL Mouvement de la population. Les budgets du lycée.

Après les bâtiments, ceux qui les habitent et ce qu'on y dépense pour eux ou ce qu'ils paient. Nous verrons ensuite, allant ainsi en quelque sorte du dehors au dedans, le régime physique, l'enseignement, la vie morale ^

La statistique de la population et des budgets est assez difficile à établir. Les éléments n'en sont pas tous rassemblés dans un tableau officiel. Il faut les chercher dans divers documents, dans les archives qui offrent des lacunes, dans des tableaux

* Ce plan a cet inconvénient qu'il oblige à reprendre pour chaque chapitre l'histoire de ce demi-siècle. Il a d'autre part l'avantage d'offrir pour chaque question un exposé plus clair.

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pattiels dressés par rAdministration mais qui ne remontent pas au delà de 1870. Voici le tableau que nous avons pu dresser. Nous avons dû prendre certains chiffres tantôt dans le rapport de TAcadémie, tantôt dans celui de Tlnspection générale, qui ne coïncident pas toujours exactement, même s'ils se rapportent à des dates assez voisines. De plus, il arrive qu'on compte tantôt à part, tantôt dans le chiffre global, les classes primaires ou les cours de commerce. De là, surtout pour la période de i85i à iSSg, des incertitudes que nous croyons devoir signaler dans le tableau ci-contre.

Au lendemain de la loi Falloux, TUniversité était fort inquiète ; et cette inquiétude devait a priori être particulièrement vive pour Lyon. « Cette ville, qui est à la fois le quartier général de la démagogie et le quartier général de Tultramontanisme, est assurément une des positions les plus difficiles pour ^Administration universitaire ^ » Pourtant on prend confiance en constatant le succès du lycée, et sa prospérité qui lui a permis de dépenser en réparations, sur ses économies, 25o.ooo francs depuis moins de dix ans.

« Quelles qu'aient été à notre départ nos appréhensions, ajoutent les inspecteurs généraux Cazalis et Artaud, nous sommes, nous nous hâtons de le dire, pleinement rassurés sur l'existence ella prospérité du lycée de Lyon,.. Entre ces deux extrêmes (démagogie et ultramontanisme), cette cité populeuse compte aussi une classe moyenne très forte, très nombreuse, à laquelle se rattache une partie notable de la classe aisée et toute la partie saine de la population laborieuse. C'est dans cette masse compacte et impénétrable aux assauts des deux fractions contraires que se recrutent les élèves de notre lycée. Voilà donc une base solide et presque inébranlable à la durée de ses succès. Malgré quelques pertes occasionnées dans les classes supérieures par la suppression du certificat d'études, le

* Rapport de rinspecliongéncrale de i%^io (Archives nalionales)iV *7 *^ 78479).

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