VI. Enseignement secondaire des jeunes filles
Les nombreuses maisons libres d'éducation pour les jeunes filles ne sauraient, non plus que les cours, être rapportées à l'enseignement secondaire. Leurs programmes et leurs méthodes ne se distinguent pas de ceux de l'enseignement primaire, et, en fait, le but le plus élevé auquel elles visent est le succès au brevet supérieur.
On ne peut donc compter comme établissement d'enseignement secondaire que le lycée de jeunes filles. Ouvert en décembre 1882, son histoire est trop courte, trop récente pour que noys puissions parler des personnes ; nous ne pouvons que signaler ici, en quelques mots, son installation, son organisation^ ses succès ^
* Nous devons remercier ici M""® Dosparmct-HiidlOjdirectrici» du lycée. (|iU nous a fourni (juelques noies précieuses.
Umv. de IjY(»n. -*- Chabot ht Ciiari;kty. 15
Installation précaire, depuis vingt ans provisoire, dans le local de Tancienne institution Poncin, sur la rive gauche du Rhône, symétrique et semblable à celle du lycée de garçons, sans l'espace, ni Tair, ni la lumière, ni l'agrément, ni lagaité qui seraient ici plus nécessaires encore que sur l'autre rive, s'il y avait des internes. Tous ces inconvénients sont moins graves parce que le lycée de jeunes filles n'est qu'un externat, avec demi-pension pour quelques élèves qui prennent au lycée le repas de midi. Et ils sont à la veille de disparaître grâce à la construction d'un nouveau lycée, sur la place Saint-Pothin. Mais pour le moment, le lycée est comme partagé en deux tronçons. Une partie de la maison, à l'expiration d'un bail, a dû être évacuée, et les classes supérieures sont provisoirement installées au Palais Saint-Pierre. Le nouveau lycée doit s'ouvrir en 1902 ^
Voici quelques renseignements statistiques sur la population, le budget, etc.
Honvements de la population soolaire de 1882 à 1901
Classes secondaires Classes primaires Total
io5
* Il est à remarquer que jusqu'ici aucun internat libre ne s'est organisé pour recevoir les élèves du dehors et les conduire au lycée. Quelques familles seulement se chargent de pensionnaires.
Classes secondaires
Classes primaires Total
Budget de i883
Budget de 2898
Recettes • 57.944
Dépenses 55.3 1 5
La subvention de TElat a varié de 36. 000 à 43. 000 francs.
La Ville donne 5ooo francs pour des bourses.
Le prix de la demi-pension va de 4oo à 600 francs, suivant les classes; celui de Texternat de 70 à i4o francs.
Pour le chiffre maximum de î>.55 élèves, voici la statistique des professions des parents :
Membres de renseignement .
Autres fonctionnaires . . • .
Professions libérales
Grands commerçants ou industriels Commerçants .......
Employés de commerce .
Propriétaires ou veuves rentières
4^> élèves
Nous n'avons pas à décrire Tensemble d'une organisation qui est celle de tous les lycées de jeunes filles. Disons, toutefois, que les nouveaux règlements de 1897 laissent aux directrices plus d'initiative pour adapter l'emploi du temps aux convenances locales, notamment pour placer l'après-midi les cours facultatifs ou accessoires. On a profité à Lyon de cette liberté, qui permet aux familles, surtout pour la division supérieure, de garder les jeunes filles à la maison l'après-midi.
Outre le cours normal, de cinq années d'enseignement
secondaire, sont établies au lycée une classe enfantine mixte, quatre classes d'enseignement primaire, une année de cours supérieurs préparatoires aux Ecoles normales de Sèvres et de Fontenay (sixième année). Pour ces cours et pour quelques autres classes, assez nombreuses au début, une collaboration a été demandée à quelques professeurs des Facultés (Lettres et Droit), et du lycée de garçons.
Le lycée déjeunes filles est dirigé, depuis sa fondation, par ]\|me Desparmet-Ruello, qui avait été directrice du premier lycée ouvert en France, à Montpellier.
La discipline ne comporte que récompenses et félicitations, réprimandes et blâmes. Toute punition est interdite.. Si un devoir ou une leçon ont été négligés, on invite Télève à s'y appliquer de nouveau ; la seule sanction est celle des appréciations et des notes.
Aucun enseignement religieux n'est donné au lycée.
Les succès sont nombreux chaque année soit aux examens intérieurs (diplôme de fin d'études, certificats de 4® et 3" année), soit au brevet supérieur, auquel quelques élèves se présentent. Pour les concours de Sèvres et de Fontenay, on relève, de i883 à 1 900 :
Sèvres. Lettres, 10 élèves reçues, 14 admissibles.
— Sciences, 6 — j) —
Fontenay. 4 — 6 — •
Il suffit, en terminant Thistoire de renseignement secondaire à Lyon et dans le Rhône, de 1789 à 1900, de faire quelquesunes des constatations qui ressortent de l'examen des faits.
i*^ Les pouvoirs publics ne se sont jamais désintéressés de l'enseignement secondaire; les municipalités ou l'Etat ont organisé ou surveillé les établissements où il était donné. Il y a toujours eu, depuis 1789, un enseignement secondaire officiel.
2^ A côté de renseignement secondaire officiel, un enseignement privé a été donné par des laïques ou ecclésiastiques. Surveillé ou non, soumis à une réglementation étroite ou lâche il n'en a pas moins subsisté. Il y a toujours eu, depuis 1789, un enseignement secondaire privé.
3^ Il ne semble pas qu'il y ait eu antagonisme ou concurrence entre les deux sortes d'établissements avant la création de l'Université. Encore Napoléon, en créant le monopole, ne réussit-il pas à détruire les institutions privées au profit de ses lycées, mais seulement à surveiller étroitement l'éducation qu'on y donnait.
4° Mais il s'est peu à peu formé, dans les dernières années de la Restauration, chez les professeurs de TEtat, un corps de traditions et d'opinions libérales ; en même temps, renseignement secondaire privé passait graduellement des mains des laïques à celles du clergé régulier, où les opinions et les traditions étaient opposées. Dès lors, une lutte très vive s'est engagée entre les partisans de TUniversilé et ses adversaires. Il y a eu entre renseignement de l'Etat et l'enseignement privé la même guerre qu'entre les partis politiques de droite et de gauche. Et la loi qui établit la liberté de l'enseignement fut considérée comme une victoire remportée sur le parti libéral.
5^ Depuis i85o, le fait dominant de l'histoire de renseignement secondaire est la concurrence que font aux établissements de l'Etat les institutions privées, c'est-à-dire ecclésiastiques. Elle préoccupe à ce point l'opinion et les pouvois publics qu'il est impossible d'étudier les problèmes relatifs à l'enseignement secondaire sans en tenir compte.