‹ Histoire de l'enseignement secondaire dans le Rhône de 1789 à 1900Chapitre 37 sur 51 · V. La vie morale · texte numérisé non relu

V. La vie morale

Nous n'avons pas tous les éléments qu'il faudrait pour reconstituer la physionomie morale du lycée aux différents moments de cette période. Nous devrons nous borner à quelques traits empruntés soit aux documents, soit à des souvenirs personnels*.

* Nous avons plaisir à remercier ici MM. Hepelin et Bachod.

L'ancien Collège, s'appelait en i85o, Lycée de Lyon, en i853 il prit le nom de Lycée impérial de Lyon pour redevenir, en 1870, Lycée de Lyon. Depuis 1888, c'est le Lycée Ampère ou, plus exactement, le Lycée Ampère de Lyon^ Sept proviseurs s'y sont succédé, MM. Mouillard (1850-1869), de Chaumont ( 1 869-1 875), Busquet(i 875-1 884), Bertagne(i 884-1 891), Gossin (i 891-1894), Poirier (i 894-1 898), Dauban (1898-»). Il ne peut être ici question que des trois premiers, dont l'administration comprend du reste près de trente-cinq ans de la vie du lycée. Celui qui, sans aucun doute, eut le plus d'autorité et exerça sur le lycée l'influence la plus profonde, c'est M. Mouillard, dont la carrière fut aussi la plus longue. C'est à lui que l'on doit Saint-Rambert. Il resta en fonctions à Lyon jusqu'à sa retraite, et il y mourut deux ans après, en 1871 .

De ses qualités ou défauts, voici ce qu'on peut dégager des jugements d'inspection. Son influence sur les études fut bonne pour les classes élémentaires auxquelles il donnait tout son soin, suffisante pour les classes de grammaire, faible sur les classes supérieures. «Longtemps censeur sous un proviseur despote, l'abbé Perret, à Bordeaux, il est rompu aux détails de la discipline », mais sa propre direction n'a rien de despotique ; très morale et religieuse, non cléricale cependant^, elle ^st paternelle sans lâcheté, sinon sans emportement, inflexible contre les fautes d'immoralité, trop peu sévère aux autres, malgré le chiffre des exclusions et punitions, suivant M. Rollier (inspection de i863), qui seul l'accuse d'être au-dessous de sa tâche. Très bien vu du clergé, des autorités et des familles, il est en bons termes avec ses censeurs successifs et avec les professeurs; sans intimité toutefois et en gardant sa distance. Enfin, voici un témoignage « d'ancien élève».

M. Coste-Labaume dit de lui dans sa spirituelle Notice sur V Association des anciens élèves (page 6) : « Cet excellent

* n fut placé dans la première calégoriej h la créalion des catégories en 1876, et hors classe à partir de 1880, 2 V. p. 2I(Î.

homme, qui pendant près de vingt années présida au lycée de Lyon, a laissé chez les milliers d'élèves soumis à sa paternelle férule des souvenirs peu rébarbatifs.

« Ce n'est pas que M. Mouillard manquât de sévérité et d emportement. Il entrait parfois dans des colères bleues, où les mots de polisson, de paresseux, de cancre sortaient avec abondance de sa gorge crispée. Ajoutez que M. Mouillard avait une difficulté de prononciation, dont la race méchante et gouailleuse des « escholiers » ne se faisait pas faute de rire, de telle sorte que ses réquisitoires se traduisaient en une sorte de bouillie, laissant entendre les prédictions les plus terribles : « Vous finirez mal, vous irez en prison, vous monterez sur « Téchafaud ! »

(( Mais, cette fureur tombée, le naturel bienveillant de M. le proviseur Mouillard prenait sa revanche et assez souvent ces scènes tragiques se terminaient par une exemption, après les repentirs, les promesses et les engagements solennels que ne marchande jamais un lycéen qui veut se faire lever deux heures de retenue. »

M. de Chaumont a laissé, d'une carrière plus courte, un souvenir moins favorable. On lui reconnaît, au début, de l'habileté, de Texpérience, de Tautorité, du tact même dans le commandement. Mais, ces qualités qui Tout fait nommer à Lyon après un congé (il était inspecteur général honoraire) , s'altèrent sous rinfluence de la maladie, qui rend son humeur, déjà aristocratique, de plus en plus difficile et capricieuse. « Il n'est aimable ni avec les familles, ni avec les fonctionnaires», ou plutôt il n'est aimable qu'à ses heures, avec ceux qui lui plaisent et qui sont rares. Dans une situation difficile, comme au moment de l'épidémie de 1874, il s'en prend à tout le monde, excepté à lui-même, « voit partout des ennemis de l'Université et ne voit pas ce qui se passe sous ses yeux ». D'autre part, avec l'idée, très légitime en principe, de traiter en grands garçons les candidats aux écoles, il dépasse la mesure, leur laisse conquérir des privilèges dont ils abusent. Et, quand il faut réagir

dansTintérêt des études mêmes, il n'est plus maître de la situation. En 1875, il dut prendre un congé, puis une retraite que les circonstances, autant que la maladie et la tristesse, avaient rendue nécessaire ^

M. Busquet fut, au contraire, un homme familier, actif, ardent, entreprenant, parfois trop au dire de quelques-uns, mais dévoué au lycée, en tout cas, et qui lui rendit de grands services. Le meilleur de cette activité, en effet, s'est dépensé à améliorer ou transformer l'installa tion matérielle et à remplir la maison d'élèves. Par la propagande la plus zélée et la plus ingénieuse, imitant celle des établissements libres, il réussit à peupler le lycée de 1700 élèves, qui, toutefois, il convient de l'ajouter, n'étaient pas tous de bons élèves, ni très stables, ni très souhaitables. Il portait partout l'ardeur de sa bonne volonté et de son entrain. Il remplaçait, au pied levé, les professeurs dans leurs classes*; en visitant les études il aidait les élèves à faire leurs devoirs, au risque de se substituer au répétiteur et au professeur, et de confondre les rôles. Sa discipline était- bienveillante, facile, par « souci du nombre » autant que par bonté d'âme. Il "ne voulait pas « qu'on fît de la peine à ces enfants», et levait souvent les punitions, qu'il ne rendait pas ainsi moins nécessaires ni plus rares dans l'avenir ; « sans le censeur on serait débordé », dit l'inspection de 1876. Bref, M. Busquet lira le lycée d'une crise inquiétante, le fit agrandir et le remplit, et le lycée lui doit de la reconnaissance. Mais le régime qu'il y établit ^iit été difficile à maintenir, et il sacrifia trop aisément la quantité à la qualité. Il mourut en fonctions, d'une mort tragique qui provoqua une vive émotion : pendant les vacances de Pâques 1884, il tomba d'une fenêtre de son cabinet sur la marquise vitrée de la cour des moyens.

* M. Aubin, inspecteur d'Académie prit par intérim, et en attendant un nouveau proviseur, la direction du lycée.

* Très lettré, poète à ses heures, il traduisit plus d'une fois en une pièce de vers agréables son toast au banquet annuel des Anciens Élèves. (V. les Annuaires ou Comptes rendus de V Association.)

Depuis i85o, 28 censeurs se sont succédé au lycée. Chacun d'eux a donc passé trop vite pour exercer une action durable ; outre que ces fonctions laissent peu de place à l'originalité personnelle, nous manquons des données précises qui permettraient de la dégager. Nous nous contenterons de donner la liste chronologique empruntée au livre de M. FierviUe*.

Rasticn . .

Asquer,

Mondot

Lair.

1874 (mars-déc.)

Schiiiit. .

Paris . . .

Nicole t. .

i855 (avril-sepl."!

Voisin .

Sarrau . . ,

Streiff . .

Cournot .

Nérot .

Duchet. .

Lucas-Girard-

Maréchal . .

ville . .

Ley;rand .

. i8()2 (août-dcc.)

Hreitlinjjf . ,

Ohnier. . ,

Luquet. . .

Munier

Marchai .

Lequiii . .

Tclard , . .

Guérin . .

Didier . . ,

Canet . . .

luaire . .

Morillol .

Faute de renseignements aussi, nous ne pourrons que nommer les directeurs de Snint-Ramberty qui sont eux-mêmes des censeurs, puisque le proviseur a le petit lycée sous son autorité.

LamberL . .

Habay . . .

Schmitt Bazin de Bézons . . .

Desnioulin .

Ilarter . . .

Robert . .

Moitié . .

^ Archives des lycées^ 1802- 1893.

Enfin il est impossible de retracer ici, même pour les plus connus, la physionomie morale des différents professeurs qui ont passé au lycée. Mais il suffira de rappeler, avec la durée de leur carrière, les noms de quelques-uns d'entre eux pour prouver que « Ton se fixe volontiers » au lycée et pour évoquer un monde de souvenirs dans l'esprit de ceux qui les ont connus, estimés, presque tous aimés. Nombreux sont les professeurs qui ont terminé volontairement leur carrière au lycée, plus nombreux que ceux qui l'ont quitté pour un lycée de Paris ou une chaire de Faculté*. Nous avons cité l'abbé Noirot, qui fut décoré comme professeur du lycée, devint inspecteur général puis recteur à Lyon, sous le ministère de Fortoul qui y avait été son élève. Prenons V Annuaire de iSSa; nous y relevons les noms de professeurs dont chacun est resté vingt, trente ou même quarante ans au lycée et dont quelques-uns ont laissé des souvenirs légendaires.

Tels sont Perrin, professeur d'histoire; Lorenti, professeur de mathématiques élémentaires^; Mulsant, professeur d'histoire naturelle ; Bonnel aîné (troisième) ; Vignon (troisième) ; Gargan (quatrième) ; Taulier (quatrième) ; Veyron et Definance (classes élémentaires); Deguin (physique); Szymansky et Quatrevaux (langues vivantes) .

Puis, ce sont, dans les Annuaires de 1860 à 1870 :

Le Taillandier, Aniel (ancien élève du lycée), Boël, Bessières, Bachod, Lamoureux, Voigt, Perret, Leroux, Bonnel jeune, Mathet, Repelin, Besse, Duqueine, Petit, Subit, etc. Et même plusieurs professeurs actuels sont au lycée depuis quinze ou vingt ans.

Parmi les autres, je veux dire parmi ceux qui n'ont passé que quelques années ou quelques mois de leur carrière au lycée, je relève, comme intéressants, au risque d'omissions, les

A Rappelons que la Ville elle-même s'efforce de retenir les professeurs en versant depuis i88o une subvention annuelle de i4.'^»oo francs qui élève le chiffre des traitements et qui a valu au Lycée le rang de hors classe

^ Décoré on 1868 et premier président de rAssocialion des Anciens élèves.

Univ. de Lyon. — Ciiauot et Cuahléty. 14

;ilU LA LIHERTÉ DE L'ENSEIGXEMEXT

noms (le Kustel de Coulanges (en i85/î), Berlioux, Painvin, Chalamel, Melouzay, Pruvost, Perroud, etc.

Knfin, il faut citer, avec ceux dont la longue carrière a été dévouée au service du lycée, M. Deschanips, surveillant général, M. Favre, commis d'économat*.

L'esprit qui anime en un moment donné le corps des fonctionnaires du lycée et qui commande à leurs relations soit entre eux, soit avec l'Administration ou les pouvoirs publics est assez difficile à déterminer d'après les documents officiels. On y rencontre cependant, outre Téloge de la dignité professionnelle et collective, des preuves particulières de dévouement au lycée en des circonstances exceptionnelles. C'est ainsi qu'en iSj/^, tous les fonctionnaires ont tenu tête à Tépidémie comme c'était leur devoir; Ribout et Lorenti réagirent avec énergie contre la panique et relevèrent le moral des grands élèves. Kt, en général, s'il faut par quelque démarche collective faire acte de solidarité ou d'esprit universitaire, les professeurs se groupent avec empressement autour du chef dç la maison. Mais en temps ordinaire, vis-à-vis de l'Administration, ils se tiennent avec courtoisie sur la réserve ou même sur la défensive. Parfois on pétitionne, comme en 1859 où il y avait quelque audace à le faire **, mais ces démonstrations sont rares. En loul cas, on se sent solidaire dans la défense des droits ou des intérêts. L'inspecteur RoUier s'en plaignait, en réclamant (1874^ des économies sur les heures supplémentaires : « Le corps des professeurs se soutient pour défendre ses intérêts avec une grande âcreté (xic)^. »

Ce qui est certain aussi, c'est que l'esprit critique ne perd

* Peul-rlre convient-il do nommer aussi le concierge Joseph Merle, mort en 1898 et qui est rt*sté .^6 ans au lycée.

- Il s^agiss^it ilu mode de répartition do l'éventuel : les titulaires prétendaient que les divisionnaires devaient on otn» exclus : le Minisire répondit par un r\*fus formel et sévèn.\

^* A'^*'». ««'.» F »r It S6468. Son collègue Lemaire dit, en i868, que les vieux pr\>fi^seurs ont la prétention d'avancer sur place et ne voient pas d'un bon ivil li^ nouveaux venus, surtout quand c est un protestant (Chalamei' ou un israélite ^Uinstin).

L'ENSElGiVEMElVT PUliLIC 2il

jamaist ses droits non plus que Tesprit au lycée de Lyon comme dans TUniversité en général. L'autorité n y a jamais été subie ni même acceptée sans revanche d'esprit, surtout quand elle fut tracassière. Par exemple, sous l'Empire, on se vengeait en plaisanteries de l'obligation de raser ses moustaches ^ Quelques-uns seulement protestaient contre le port de la robe en classe, que d'autres trouvaient fort commode^. Les professeurs de sciences s'en affranchirent plus tôt que ceux de lettres. Du reste, il s'établit d'assez bonne heure sur ces détails une tolérance qui se rapprocha petit à petit de la liberté. Le principe resta, pour la barbe jusqu'en 1870, pour la robe jusque vers 1880 : mais, sauf accident, la pratique était libre dès 1860^.

Quant aux relations des professeurs entre eux, elles semblent avoir toujours été bonnes et cordiales, sans grand besoin d'expansion ni de manifestations. On s'estime, on se rencontre volontiers, on aime à se retrouver et à causer, mais on se réunit par petits groupes, très rarement en corps en dehors des cérémonies officielles. Cependant, depuis une dizaine d'années, presque tous les ans un banquet rapproche les fonctionnaires du lycée, et une Association des professeurs s'est constituée. On tend ainsi à reprendre sous une forme nouvelle des relations d'autrefois. Le proviseur Mouillard en effet donnait au moins chaque année une soirée où il invitait les fonctionnaires et leurs familles. Et, à ce moment aussi, professeurs et maîtres d'études, moins nombreux du reste, se connaissaient et aimaient à se rencontrer plus qu'ils n'ont fait dans la suite avant ces dernières années.

^ Circulaire du 20 mars i852. Plus grave était le décret du 9 mars 1862 abrogeant la loi qui garantissait à chaque professeur le droit d'être entendu et jugé avant d'être révocjué et de faire appel de ce jugement.

* Je relève en iSS."^ cette note sur le costume officiel ; la robe pour les cérémoniesi; pour la ville l'habit noir brodé et garni de neuf boutons avec le gilet blanc à six boutons.

3 Le ministre de Cumont(i877) remit en vigueur l'obligation d'enseigner en robe. On sait qu'aujourd'hui la robe reste obligatoire pour les cérémonies.

;il;i LA Lini-RTÉ DE L'ENSEIGNEMENT

Quant à leur attitude politique, il faut distinguer au moins deux périodes, TEmpire et la République. Dès i85o le recteur Vincent signale plusieurs professeurs « qui se sont laissé en 1848 entraîner à la politique : Bourget, Nicolas, Moncourt, Lesans, Perrens. La plupart se tiennent fort bien au lycée, mais ne surveillent pas assez leurs conversations. Perrens (professeur de rhétorique), qui a des idées folles en politique, ne les manifeste pas au lycée, mais n'a pas la même réserve dans le monde. » Et ime lettre spéciale au ministre, pleine d'effusion administrative, le remercie des exécutions qu'il vient de faire, en en déplorant la nécessité : « Oh oui, Monsieur le Ministre, mon cœur saigne du sacrifice qu'il vient de faire à ses convictions, par conséquent à son devoir. » Mais il recommande à sa clémence Nicolas « qui a eu le tort de se jeter dans les partis politiques », mais qui est un homme de talenl, (( un bon cœur » et « une belle âme ». En revanche, il appelle la sévérité ministérielle sur Moncourt, qui a du talent aussi, mais que tout « s'accorde à représenter comme le centre et l'âme de ce foyer de scepticisme religieux et politique qui, sous mes prédécesseurs, avaient pris de si tristes racines dans notre personnel * ».

Au lendemain du coup d'Etat, quand il fallut prêter serment, quelques professeurs, entre autres Deguin, étaient disposés à s'y refuser, mais ils s'en tinrent là. Et' pendant tout l'Empire on ne rencontre pas de manifestation politique. Chacun garde sa liberté de pensée et de vole, et de conversation; quelques-uns, libéraux convaincus, se procurent des écrits républicains et se passent, en manuscrits, les Propos de Labienus /m^is tout cela reste intime.

Du reste, on était tenu de près. Le recteur, dans sa tournée d'inspection, « n'a pas manqué, dit-il dans son rapport de

i Encore un échantillon, le dernierj de ce style: " Si vous pouvez, Monsieur le Ministre, opérer encore cette mutation^ vous compléterez une œuvre pénible sans doute à votre cœur comme au mien, mais utile à Fintérêt général, seule boussole de Thomme de bien. » (Arch. nat,, F »7 II 78491)4

L'ENSEIGNEMENT PUBLIC ^l:^

i863, de se concerter avec les préfets et les inspecteurs d'Académie au sujet des élections^ ».

Les discours de distributions de prix nous fournissent un témoignage un peu superficiel — et artificiel comme le veut ce genre d'éloquence — mais où se devine assez bien l'attitude politique du lycée. A partir de i85i, et surtout dans les premières années, ils présentent tous, au moins dans les morceaux à effet et surtout dans le couplet de la fin, la glorification de la religion, de l'autorité, de l'obéissance, du génie providentiel qui préside aux destinées de la France et de son gouvernement réparateur. Si, en i852, le professeur de philosophie, M. Javary, fait Téloge de la philosophie avec celui de l'abbé Noirot, le recteur, proclame les bienfaits de la bifurcation et surtout du nouveau régime politique; il relève les insuccès du lycée et les attribue à des « préoccupations funestes et troublantes, à un entraînement aveugle » qui a rendu nécessaires quelques exclusions. Les élèves eux-mêmes avaient donc protesté et manifesté contre le coup de force du gouvernement providentiel. L'année suivante, on entend reloge de l'histoire et l'on applaudit le professeur Perrin et le recteur, qui tous deux glorifient le Gouvernement, l'obéissance, l'Empereur et son génie bienfaisant; et on espère avec eux que « l'Université de France se montrera franchement la fille de l'Eglise ».

Puis le lyrisme politique baisse le ton, surtout dans les discours des professeurs où il ne se relève que par accidents ^^ et où l'on se borne le plus souvent au couplet obligatoire. Les sujets les plus ordinaires sont, avec les bienfaits de la religion, ceux de la démocratie, des langues anciennes, des sciences, des langues vivantes, surtout la critique de l'industrialisme et de l'esprit utilitaire dans l'éducation. Parfois aussi c'est l'éloge du Préfet du Rhône, M. le sénateur Vaïsse, « deuxième

* Archives de VAcadâmie, Rapports des recteurs, i863 (mai), 2 Dans un discours en vers de 1858, M. Mulsant célébrant le travail donne aux élèves comme modèle TEmpereur, « arrivé par le travail ! »

•^l'i LA LIBERTÉ DE L'ENSEIGNEMENT

fondateur de Lyon, dompteur du Rhône* »! Mais le souffle est de plus en plus libéral à mesure que les années s'écoulent, et les derniers discours de professeurs s'en tiennent, au point de vue politique, à un chaleureux éloge du ministre Duruy. En revanche, les présidents, recleur, magistrats, préfet, généraux, sont plus enthousiastes et terminent ordinairement leurs harangues par ces cris que Ton répète après eux : Vive TEmpereur ! Vive l'Impératrice ! Vive le Prince impérial ! « Les élèves, dit le rapport du recteur qui suit la distribution de 1860, dans un élan spontané qu'on a remarqué avec plaisir, ont crié à plusieurs reprises avec enthousiasme : Vive l'Empereur*! » Il est vrai que l'Empereur venait de passer à Lyon, au mois de juin, et les élèves du lycée s'étaient trouvés associés aux manifestations dont il avait été l'objet. « Un rapport spécial du proviseur, adressé au Ministre, a fait connaître avec quel élan spontané les élèves du lycée se sont pressés autour de la voiture de l'Empereur. Aussi l'un d'entre eux a eu le bonheur de placer sa main dans celle de Sa Majesté. M. le Ministre a envoyé des félicitations au proviseur qui en a été très heureux^. »

Depuis la chute de TEmpire, la note politique est plus discrète dans cette éloquence contrôlée ou officielle. Au lendemain, ou plutôt au surlendemain de la guerre — il n'y eut pas de distribution en 1870 et 187 1 — c'est le patriotisme, ce sont les pensées graves de relèvement national qui font l'objet des discours*. Ensuite, ce sont des idées de morale ou d'éducation. Toutefois, surtout à partir de 1880, l'hommage à la République est constamment associé aux conclusions patriotiques et morales. Ce qui est certain, c'est que la majorité des professeurs étaient républicains d'esprit à la fin de l'Empire, et furent heureux de l'être de fait quand la République fut proclamée à

^ Discours de M Perrin, 1861.

* Archives de V Académie^ Rapports des recteurs (août 1860). ^ Ibid,, juin 1860.

^ En 1874, toutefois, l'inspecteur général Jourdain recommande aux professeurs de s'abstenir de politique.

L'EiVSEIGNEME?JT PUBLIC .;>15

Lypn, le 4 septembre 1870^ Quelques-uns seulement, en particulier MM. Doucet et Bessières, manifestèrent leurs sentiments avec plus d'éclat, « se compromirent en politique », dit le rapport de 1872, qui les déclare du reste « rentrés dans Tordre* ». M. Chalamet, professeur de rhétorique, était conseiller général de TArdèche. Depuis lors, les documents des Archives ne relèvent pas de faits saillants, mais ils sont incomplets et renvoient de temps en temps à des rapports confidentiels qui seraient sans doute instructifs pour les périodes des gouvernements d'ordre moral (1873 et 1877). En 1877, on rencontre cette note : « Les répétiteurs n'ont pas fait preuve d'un bon esprit en portant leur cotisation pour les ouvriers sans travail au Petit Lyonnais. M. Welche (le préfet) en avait été très mécontent^. » Rappelons enfin que M. Bessières fut longtemps, et avant sa retraite, conseiller municipal.

La vie religieuse fut strictement régulière au lycée pendant tout l'ïlmpire et un peu au delà, et réglée par la religion catholique. Les élèves protestants et israélites étaient conduits pour les exercices de leur culte au temple ou à la synagogue, mais les prières catholiques étaient obligatoires au commencement et à la fin des études, des classes et des repas ; elles étaient récitées par un maître, par le professeur ou par un élève. Non seulement l'archevêque venait donner la confirmation au lycée, mais il assistait à la distribution des prix : il faisait de plus, dans l'année, des visites officielles où il recevait un compliment et donnait eu échange un jour de congé. Il déléguait un chanoine pour l'inspection de l'enseignement religieux. Le

* Dans la crise de la {guerre et de la défense nationale, bon nombre de professeurs furent enrôlés dans la jj^arde nationale, dont ils conciliaient le service avec celui du lycée. Quelques-uns y eurent un grade. MM. Bonnel jeune et Doucet étaient capitaines, si je me souviens bien, et venaient souvent faire leurs classes en uniforme. M. Melouzay, professeur d'histoire, en vacances à Paris, y resta par devoir et prit part comme soldat aux épreuves et aux combats du siège. Il ne reprit son service au lycée qu'en février 1871. Plusieurs répétiteurs aussi flrent la campagne, entre autres MM. Vincent, de Barins.

2 Arch. nat , F «7 H 86482.

3 A^ch, nat., F «7 H 8645(>.

lycée avait deux aumôniers à Lyon, un à Sainl-Hamberl, et les logeait.

De i85o jusque vers 1862, les rapports officiels insistent beaucoup sur renseignement et les pratiques de la religion. Il faut y faire la part de l'optimisme et du cléricalisme administratifs, se souvenir que les pratiques étaient plus ou moins obligatoires, que le zèle des élèves n'était pas tout spontané et qu'il y avait des sceptiques. Il reste pourtant que Tesprit général était non pas dévot^ mais religieux ou respectueux de la religion.

La cérémonie de la première communion est toujours signalée par les recteurs comme fort édifiante. « Le devoir pascal a été rempli par tous les élèves à de bien rares exceptions » ( 1 85 1 ) . « Les devoirs religieux sont remplis par la plupart des élèves, non seulement aux époques obligatoires, mais encore aux principales fêtes de Tannée » (1852). De même en i856, 1867, 1860. Les rédactions d'instruction religieuse sont remises régulièrement ou du moins tous les élèves suivent l'enseignement avec intérêt. En i863 a la retraite a été prêchée parle P. Hyacinthe, et sa parole a fait grande impression sur les élèves ». Si on trouve en i8Sf2 que « les maîtres d'étude n'ont pas l'esprit religieux que comporte leurs fonctions », on déclare le plus souvent que a l'enseignement des professeurs, de même que la direction de la maison sont tout favorables aux idées religieuses; de même aussi la vie et les exemples des fonctionnaires ». Les élèves apportent du reste de leurs familles des principes religieux, et tout conspire à faciliter la tâche des aumôniers.

Cependant, le proviseur Mouillard, très religieux lui-même, et qui trouvait (1866) certains aumôniers trop peu zélés, savait à l'occasion modérer l'ardeur de ceux qui l'étaient trop. Ainsi fit-il pour l'abbé Murgues qui, du reste, avait pris d'abord (( une attitude raide et provocante » vis-à-vis de l'administration. « L'abbé Murgues a encore manqué de prudence, dit-on, en novembre 1860, dans sa conférence religieuse du 20. A propos

* Un pasteur venait donner l'enseignement protestant.

L'ENSEIGNEMENT PUBLIC '^il

du quatrième commandement : Tes père et mère honoreras..., il a parlé du père spirituel, le Pape, en des termes qui ont suscité une foule d'objections de la part des élèves, heureux de saisir l'occasion de faire de l'opposition. Admonesté par le proviseur, il a promis de ne plus recommencer; à la leçon suivante, tout s'est bien passée »

A partir de 1862, les rapports sont de plus en plus sobres de détails sur ce chapitre. La messe du dimanche, Tinstruction religieuse, les prières sont restées longtemps obligatoires; mais les autres exercices sont devenus de plus en plus facultatifs. La prière a été supprimée dans les classes; et, depuis, longtemps toute liberté est laissée aux familles, qui peuvent dispenser leurs enfants de l'instruction et des exercices religieux. Enfin, aujourd'hui l'enseignement israélite est donné aussi au lycée, où une salle est mise à la disposition du rabbin comme du pasteur. Il y a des prix d'instruction religieuse pour les trois cultes 2.

La discipline n'a jamais été à Lyon vraiment difficile. Tous les rapports officiels et, je crois bien, les témoignages de tous les maîtres autorisés sont unanimes. « Les élèves sont dociles et faciles à conduire », dit-on, en i85i.

Leur tenue et leur ton sont convenables, leurs manières polies. » De m^me « l'esprit des élèves est calme et soumis » (i853). « Ils sont sages et dociles : il est vrai qu'on ajoute toujours, un peu sournois^ et nous ne comprenons pas très bien la portée de ce mot qu'on n'explique jamais bien ; car si Ton veut dire hypocrites, c'est un défaut bien grave et heureusement fort rare dans nos collèges et fort contraire à l'esprit de nos établissements^ » (1857). « On reproche aux élèves d'être un peu

^ Archives de r Académie, Rapports des recteurs 1860 (novembre).

2 En 1878, il y avait i3i3 élèves catholiques, io3 protestants, 58 israéliles. — Peut-être convient-il de placer ici le détail suivant : en i885, le Conseil municipal, à qui Ton demandait un crédit pour Saint-Rambert, mettait à l'accorder cette condition, que Tabbé Lemoine, professeur de sciences, fût remplacé par un laïque. (Arch. nat. F »7 " 92749).

3 Arch. nat. F «7 " 80889. y

concentrés en eux-mêmes: mais s'ils n'ont pas d'expansion^ ils ont (le la docilité* » (1867). Et Ton fait en 1862 Téloge de leur conduite au moment de Tincendie qui, du mercredi 5 au jeudi 6 mars, mit en émoi tout le lycée sans autre dommage du reste que quelques dégâts matériels.

Aussi les mouvements généraux d'indiscipline ont-ils été rares si l'on ne compte pas les désordres partiels de classe ou de quartier. Les documents officiels — optimistes à la vérité et incomplets — n'en signalent guère que trois, depuis i85o; un en mars i852, « habilement réprimé », provoqué parles événements politiques et sur lequel il est fort regrettable de ne pas trouver de détails ; en 1872 une tentative de révolte vite réprimée chez les grands. Enfin, en 1874, au lendemain du départ de M. de Chaumont, on eut à sévir encore contre les grands, qui ne voulaient pas renoncer aux avantages et agréments qu'il leur avait accordés ou laissé conquérir. « Ils ont le privilège, dit l'Inspection de 1874, de ne pas descendre en cour sous prétexte de travailler », et ils en avaient d'autres. La nouvelle administration envoya aux familles et fit signer aux jeunes gens un extrait du règlement où il est dit que les élèves « ne doivent ni prétendre à occuper dans les cours de récréation une partie spéciale de la cour, qui doit rester commune à tous les élèves, ni s'y grouper, ni s'y livrer à aucune espèce de cérémonie ». La cause du mal était dans les associations ou sociétés qu'on avait tolérées, reconnues, surtout autorisées à intervenir, sans compensation ni responsabilité, dans la discipline même. Il est inévitable que de grands jeunes gens réclament un régime différent de celui des enfants, et il serait normal de le leur assurer officiellement entre des limites définies. Mais ce régime était fait de tolérances vagues et variables, de traditions illégales, elles Taupins et les Cornichons^ notamment ont toujours visé à étendre leurs franchises aux dépens de la

* Arch. nat., F 17", 86468.

2 Klèves de la classe de mathématiques spéciales et du cours de Saint-^Cyr.

règle. Leurs sociétés ont été à certaines heures, surtout mais non pas uniquement entre 1871 et 1874, des puissances avec lesquelles il fallait traiter*. C'est de là que sont venues les principales difficultés de la discipline, les seules graves peutêtre, plus nombreuses en tout cas que ne l'indiquent les rapports*.

On ne peut compter comme difficultés les fautes individuelles, si nombreuses quelles soient. L'immoralité a toujours été sévèrement punie au lycée, presque toujours d'exclusion. On signale trois ou quatre renvois en 1862 : en 1867, on déclare « que les élèves avertis se tiennent sur leurs gardes ». Il va sans dire qu'aucun internat ne peut se flatter de tout réprimer et de tout savoir ; les accidents graves ou connus ne sont pas tout. A certains moments la situation a paru plus inquiétante : « En temps ordinaire, disent les Inspecteurs, toujours sévères, de 1874, il y aurait à dire sur la moralité des élèves. Les demipensionnaires fort nombreux et les externes sont trop tôt initiés au spectacle de la corruption d'une grande ville, et la vigilance des parents ne seconde nullement celle de l'Administration qui n'est pas elle-même assez sévère. »

Les actes d'insubordination ouverte ou grossière ne se produisent guère qu'avec certains maîtres débonnaires ou capricieux. Parmi les professeurs qui n'eurent pas la main assez ferme, deux ou trois sont restés légendaires. En dehors des classes les accidents étaient plus fréquents, dans « l'ancien régime » où le recrutement des maîtres d'études laissait à désirer. En i85i « l'un deux est signalé comme étant du petit nombre des maîtres qui s'inquiètent de l'éducation des enfants » ; en ïSSg « ils ont un bon esprit, mais obéissent à une consigne plutôt qu'ils n'accomplissent une mission sérieuse et sentie^ ».

* Ainsi; c'est pour une raison de discipline que M. Busquet fit démolir « l'Observatoire », dont certains élèves avaient fait leur lieu de distraction ou de retraite.

« Arch. nat., F 17 " 86456.

^ Arch, de IWcad,, Rapports des recteurs.

.>'*i) LA IJBFJ\TÉ DE L'ENSEIGNEMENT

En 1874, on accuse chez les maîtres comme chez les élèves, de déplorables habitudes très favorables à Finsubordination*.

Pour les fautes quotidiennes de légèreté, espièglerie ou paresse, la discipline varie avec la direction et avec les maîtres. Le tarif des punitions semble avoir été plus élevé sous l'Empire^, et on sait que la prison ou le séquestre — maintenu jusque vers 1882 — s'ajoutait alors aux pensums, retenues et privations de sortie. Mais c'est une note presque constante et uniforme dans les rapports officiels à partir de 18,39, que Ton punit trop au lycée de Lyon. En i85i « le séquestre est rare, les élèves les plus jeunes n'y sont pas soumis. S'il y a encore quelques abus, c'est dans les pensums donnés par certains professeurs. » De même en i85(), 1857. Mais en 1859 « il y a trop de punitions. La moyenne des élèves retenus est de 124 P^^ jour; les dictées qu'on fait à la retenue sont insignifiantes. » En 18O2 (juin) « i55 condamnations aux arrêts (ou séquestre) ont été prononcées depuis le mois d'octobre : c'est que l'on recourt à ce moyen pour liquider le compte des élèves. 35 ont été mis aux arrêts quelques heures seulement pour avoir été renvoyés de classe, 80 le jeudi ou le dimanche pour plus de 5 retenues arriérées. De cette manière, tous les quinze jours au moins le plus mauvais élève est complètement dégagé. Il importe de diminuer les renvois de classe ^. »

Voici la note de 1874 ' « Depuis octobre, 8 élèves ont été renvoyés pour désobéissance et indiscipline. Le relevé des punitions indique un luxe de répression... 587 privations de sortie en 3 mois, réparties entre 393 internes à Lyon. Il y en a encore plus à Saint-Rambert. » En 1876, « la discipline est normale; cependant le nombre des privations est considérable ». En 1881 , on relève pour Sao internes : février, 95 privations de sortie; mars, 129. Séquestre : octobre 4,

* Arch.nat., F «7 " 86456.

* Ainsi, en 1860, 1862 et i863, on relève presque chaque mois, une, deux ou trois exclusions, ce qui fait une moyenne sensiblement plus élevée que la moyenne actuelle, celle-ci est de dix par an, environ.

3 Arch. nat., F '7 », 78491 et 86468,

L*ENSEï(;!VEMENT PUBLIC 2:il

novembre 25, décembre i5, janvier 20, février 22, mars 24. Le nombre considérable des privations tient au système de liquidation des retenues. Une privation eftace 5 retenues pour les grands, 8 pour les moyens, i5 pour les petits^ Enfin voici pour 1882 un autre relevé statistique. Retenues d'une semaine à Lyon : 4^9 retenues simples, dont 256 données par les maîtres répétiteurs, i63 par les professeurs, 82 retenues de promenade (22 + '«)• A Saint-Rambert, 63 retenues simples*.

Le règlement de 1890 prescrivant un régime libéral, supprimant le piquet et la retenue de promenade, a modifié la discipline à Lyon comme ailleurs. On a substitué, en partie, comme le voulait M. Marion, un état de paix à Tétat de guerre^; si les élèves n'ont pas toujours une vive amitié pour ceux qui les surveillent — encore y a-t-il des exceptions — le type légendaire du <( pion » a disparu, et les enfants ne voient plus en leur répétiteur un ennemi à tracasser. Et si la discipline libérale et paternelle a été, en général, blâmée ou raillée — en théorie — par le personnel du Lycée, la pratique s'en est manifestement rapprochée.

h'emploi du temps n'offre rien qui distingue le lycée de Lyon des autres lycées^, et rien ne brise la régularité de la vie intérieure. A Saint-Rambert, les élèves sont de temps en temps conduits en excursion pendant la belle saison, et chaque année uue fête réunit les enfants et leurs familles ; on organise un concert où les artistes sont des élèves du petit et du grand lycée. Autrefois, les élèves de Lyoïl étaient conduits à la campagne du Vernay. Aujourd'hui, les seules fêles sont les sorties. Depuis une dizaine d'années seulement, les grands

* Arch. nat., F «7 H 86466 et 92749.

2 Arch, Acad.j Rapports des proviseurs, 1882.

^ Un Conseil de discipline comprenant outre le pi-ovisour, le censeur, un surveillant général, cinq professeurs et deux répétiteurs élus, doit entendre et juger tout élève menacé d'exclusion ou de punition grave.

•* Le tambour est resté. Pendant longtemps, et je crois que ceci était spécial au lycée, c'était deux élèves qui étaient chargés de ce service et qui y gagnaient une bourse d'internat. Nous étions encore deux tapins en 1874. Depuis 1876 c'est un garçon qui remplit cette fonctioDé

élèves peuvent sortir et rentrer seuls s'ils y sont autorisés par leurs parents.

On ne souhaite pas la fête du directeur de la maison comme dans beaucoup d'établissements. Mais presque toujours on dit, à la dernière classe qui précède le nouvel an, un compliment au professeur. Souvent aussi ce compliment est accompagné d'un cadeau que les règlements administratifs ont interdit à plusieurs reprises. (Voir une circulaire de 1866* et une plainte îmonyme de i868^j Du moins, ce cadeau ne peut plus être remis dans la classe même.

Il n'y a pas au lycée d'oeuvre de bienfaisance qui appartienne aux élèves et soit leur œuvre. Chaque année, on fait dans les classes la quête traditionnelle pour les pauvres. Le professeur s'en charge, parfois organise une loterie ou une vente pour augmenter la collecte. La somme atteint environ i5oo francs, qui sont remis au lîureau de bienfaisance de la Ville. De temps en temps sont autorisées des souscriptions exceptionnelles. En i85(), les élèves donnent i3oo francs pour les inondés et demandent qu'on y ajoute la somme affectée aux livres de prix : le ministre les félicite, mais refuse leur offre généreuse. En i8()2, ils donnent 1200 francs pour les ouvriers atteints par la crise commerciale. Enfin, dans ces dernières années, des souscriptions ont eu lieu pour des œuvres patriotiques ou de solidarité sociale.

Nous avons nommé un certain nombre de professeurs dont la longue carrière ou les brillants services font honneur au lycée. Il y aurait beaucoup de noms à prendre aussi dans le livre d'or des élèves, depuis i85o. Sans prétendre dresser une liste complète, relevons du moins des noms célèbres ou connus d'anciens élèves. Alphonse Daudet (lauréat de sixième en i85i, de seconde en i856), D^ Gayei, D^ Lépine, D^ Fochier, D"* Marduel, Andrieux, Gabriel Vicaire, A. Burdeau, Louis Lépine, J. Garin, Girardon.

i Arcli, nal., F »7 » «o6G5.

■^ Arch, Arad,, Happorls des recteurs, 18O8,

L'ENSEIGNEMENT PUBBIC -^^3

Ces noms, nous les trouvons dans les palmarès et dans les annuaires de V Association des anciens élèves du Lycée. Fondée en 1867, sur Finitialive de M. J.-B. Théral, grâce à sôn zèle, à celui de douze autres camarades, à celui du proviseur Mouillard, elle eut pour premier président le professeur Henri Lorenti\ et groupa bien vite un grand nombre d'adhérents; elle en compte aujourd'hui près de douze cents. Par ses réunions et fêtes annuelles et par l'emploi qu'elle fait de ses revenus — toujours grossis par des donations — elle répond fort bien au but que se sont proposé ses fondateurs : conserver ou établir des relations amicales entre les anciens élèves du lycée; venir en aide aux anciens camarades, à leurs veuves, enfants ou ascendants ; fournir à des élèves méritants et peu fortunés, fils d'anciens condisciples, le moyen de faire leurs études au lycée ou de les compléter au delà, dans les écoles spéciales; exercer une influence salutaire sur les élèves actuels, soit en instituant des prix destinés à stimuler leur ardeur au travail, soit en les soutenant de son appui moral au début de leur carrière.

Elle est intervenue en outre à plusieurs reprises dans la vie du lycée. Elle a donné plusieurs fêtes à Saint-Rambert ; en 1875, elle a voulu honorer la mémoire des anciens élèves morts pour la patrie en 1 870-7 1 , et a placé sur un des murs de la Gour d'honneur une plaque de marbre où trente-cinq noms sont inscrits.

En résumé le lycée de Lyon, pendant ces cinquante ans, a souffert d'une installation matérielle toujours améliorée et toujours médiocre ; il s'est maintenu par la supériorité incontestée de son enseignement, par ses succès, par la valeur de ses maîtres, par leur attachement à Lyon et à la maison, par ses

^ En rhonncur de cet excellent homme, de ce professeur éminenl surnommé le Barbare par les élèves, qui l'aimaient et Tadmiraient du reste, M. Théral a fondé un prix Lorenti, attribué chaque année à un élève des classes de mathématiques.

UrZ'i LA LIBKKTÉ DE L'ENSEIG.XEME.NT

traditions de travail, par le bon esprit des élèves. Sa vie intérieure a suivi comme un reflet les variations de la vie nationale, sans en î^ubir les agitations et en gardant le calme qui convient àTéducation. La discipline y est devenue plus douce etTautorité moins rigide. Les maîtres y sont plus jaloux de leur dignité et de leur indépendance, et chacun d'eux n'est pas moins dévoué à sa fonction, à sa classe, aux succès de ses élèves. Les élèves, plus avides aussi et plus impatients de liberté, sont sensibles aux avantages d'un régime plus libéral, et les internes sont moins nombreux.

La vie y est donc assurément plus douce pour tout le monde qu'il y a cinquante ans, et il ne semble pas qu'on y travaille moins. A-t-on réalisé cette cohésion, cette collaboration active et volontaire qui donnerait au lycée une physionomie originale et lui assurerait une force, une prospérité incomparable? La question est posée pour tous les lycées de France et nous n'avons pas à la résoudre. Mais nous devons ici constater, comme un fait historique, ce que le lycée doit à ses traditions, à la stabilité de ses professeurs ou de certains administrateurs, qui attire ou retient les familles; à la collaboration des pouvoirs locaux, à TAssocialion des anciens élèves. S'il a, malgré son bâtiment et malgré une concurrence toujours plus active, gardé sa place, c'est sans doute pour une bonne part à ces influences qu'il le doit. Et s'il n'a pas une place plus grande encore, si sa clientèle n'a pas doublé depuis trente ans, c'est peijt-être bien aussi qu'il n'est pas aussi près qu'il faudrait de la vie locale, et qu'il n'a pas encore une physionomie assez personnelle et lyonnaise. Il reste, malgré tout, presque uniquement chose d'Etat, s'imposant ou se proposant de haut, presque fermé aux bonnes volontés locales, fermé aux familles qui le subissent, l'acceptent ou s'en éloignent sans être en rien consultées, -sans avoir jamais un avis à donner, sans pouvoir apporter en collaboration le résultat de leur expérience de tous les jours.

Il y a au lycée un Conseil d'administration dont les membres sont choisis parmi les personnages les plus considérables du

L'ENSEIGNEMENT PUDLIC 2^5

département. En principe celte fonction pourrait être intéressante ; les membres du Conseil ont le droit et même le devoir de visiter une fois par mois, à tour de rôle, l'installation matérielle du lycée, dortoirs, réfectoires, études, classes, cuisines etc. En fait ce Conseil esta peu près inutile j nous n'avons rencontré nulle part son action et nVvons pas eu à en parler. Sa fonction est tout honorifique ou se borne à approuver des comptes ou des projets de budgets ; les visites sont depuis longtemps tombées en désuétude. Avec ou sans visites, le rôle du Conseil serait assurément plus efficace si on élargissait ses pouvoirs et si Ton y appelait des pères de famille ayant actuellement leurs enfants au lycée, surtout s'ils étaient les délégués et représentants de tous les parents.

Ceci n'est qu'un exemple des relations qu'on pourrait établir entre le lycée et la population locale pour la prospérité même du lycée. En tous cas ces relations sont indispensables, et l'exemple donné par les pouvoirs locaux pendant la période révolutionnaire est fait pour lever toutes les hésitations et dissiper les scrupules.

Page 1