Liban. De iervU, t. II, p. 652, 654, 656, etc
3. ExempL Frogymn. Vitup. inopî», 1. 1, p. 115-116 ; cLùe unituUt .t. II, p. 652, a ; c XtpS ^i ^cf^c d ^[AtTipoc ^micotdc 4« De êervUuU, p. 650, a .
lude qui apprend à suivre les voies ténébreuses et détournées de la fraude, comme mieux appropriées aux mœurs de cette condition ^ »
Laissant aux philosophes le soin de se mettre d'accord, les Pérès de l'Église, alors même qu'ils leur empruntent des arguments, n'ont, pour la condition des esclaves, ni cet engouement, ni ce dédain. S'ils font taire leurs plaintes, c'est en leur montrant un autre but : et ils ne détournent pas les yeux de leurs misères, quand ils leur offrent des compensations. Us vont eux-mêmes à eux pour les consoler ; ils leur ouvrent tous les trésors de la doctrine ; ils les relèvent par la foi, ils les raniment par l'espérance. Ce ne sont plus les exercices de l'école. Dans ces discours qui portent aux malheureux les paroles d'un monde meilleur, les subtilités prennent du sens, le sophisme s'épure, le paradoxe devient une vérité. .
Ces idées sur l'égalité des hommes et sur le vrai sens, la vraie nature de l'esclavage et de la liberté, se retrouvent avec la même couleur philosophique, avec le même sentiment religieux, chez les deux Pères qui ont le plus illustré cette grande époque de l'Église : saint Augustin, en Occident, saint Jean Chrysostome, en Orient. Elles tiennent, dans leurs nombreux écrits, une place assez importante pour faire, à elles seules, tout un corps de doctrine, cl elles peuvent, sur ce fond commun du dogme catholique, présenter quelque variété encore par le caractère des développements qu'elles ont reçus.
La dignité, l'unité des races humaines étaient écrites aux premières pages de la Genèse. Le premier homme a été fait à l'image de Dieu, ce qui le place au-dessus de la
I.Themist. Orat. xxi, p. 246 et 248-249, éd. Hardouin, Paris, 1G84, în-f*.
310 LIVRE Iir. CHAPITRE VIII.
création tout entière ^ ; sa dignité se communique à toutes les races, car toutes les races viennent de la même souche : et saint Augustin faisait remarquer dans les circonstances particulières de la formation du premier couple un dessein de la Providence» une intention d'imprimer plus fortement en nous le sentiment et le respect de cette unitéV Mais, après la faute, qui» sans détruire le caractère de l'homme, a modifié son état, tous les hommes pourront-ils vivre égaux encore, en vertu de leur égalit d'origine? Non, sans doute, et la première association des hommes, la famille, crée déjà des distinctions qui se multiplieront dans l'association plus complète des familles entre elles, dans la société. La femme dépend de l'homme, les fils dépendent du père ; et, de même que, dans l'homme la partie raisonnable, l'âme, doit commander à la partie brute, le corps, de même, dans la
1. Aug. Confeu., Xlir, Sa, 1. 1, p. 597, b; De docirina ChrUi. I, 20, t. m, p. 28, c; Chrysost. Expoi, in Pi. xltiii, 7, t. V, p. 215. Tout en Il us servant de l*édilion de Gaume, nous donnerons, pour saint Jean (ihrysostome, la pagination des Bénédictins, qu*elle a conservée en marge et qui peut servir ainsi pour les deux textes. Pour S. Augustin, nons suivons en tout l'édition de Gaume, les lettres qui divisent la page ne s*appliquant pas K la pagination des Bénédictins.
2. « Numquid Deus de ave una fecit cseteras aves?... Numquid non • multa simul terra produxit et multiplicibus fetibus multa complevit? « Ventumestad nominem faciendum, et factuâ ts tonus, deuio genus « humanum. Nec duos facere Toluit separatim masculum et feminam; « sed unum et de uno unam. Quare sic! Quare ab uno genus humanotn c inchoatur, nisi quia generi humano unitas commendatur. » (Aug. Serm. cclxviii, 3, t. V, p. 1596, a ; cf. Serm, xc, 7, ibid. p. 705, a, è, et De bono conjugali, § i, t. Vl, p. 542-543; De civiL Dei, XII, 21 et 27: XIV. l,t. VII, p. 51 4, 521, 529). Toutes les vanétés de Tespéce humaine, même les variétés monstrueuses,en supposant qu'elles puissent exister, venant, comme il le remarquait, du même couple, participaient à la même nature et aux mêmes droits. {De cimi, Dei, XVÏ, 8, t. Vil, p. 071.)
L'ÉÇLISE ET L'ESCLAVAGE. 511
société, les plus sages auront sur les moins éclairés un droit de direction ^
Est-ce à dire que, selon la doctrine d'Aristote, il y ait une servitude naturelle ? Elle est condamnée par cette exposition que saint Augustin emprunte à la Genèse ; mais il y trouve une autre origine pour Tesclavage. L'esclavage ne vient pas de la nature, il résulte du péché. C'est le péché qui a placé la femme dans sa condition d'infériorité auprès^ de l'homme ; c'est le péché qui a placé la race de Cham dans une position de dépendance par rapport aux deux autres races*. La femme, il est vrai, n'a point été livrée, sans restriction, à Tempire de l'homme : en la soumettant à ses ordres, Dieu lui a créé un refuge dans son amour ' ; et quant à l'exemple de Chanaan, cité par tous les Pérès, et par saint Jean Chrysostome et par saint Augustin, saint Augustin lui-même a marqué dans quel sens on devait le prendre : il s'agit d'une infériorité de position, comme l'entendait saint Basile d'Ésaû à l'égard de Jacob ; il s'agit, comme l'avait déjà remarqué saint Justin, d^une simple dépendance politique ; c'est une prophétie qui présageait la domination des Juifs sur la terre de Chanaan ^.
i. Aug. Quœil. in Gene$. cliii, t. lU, p. 658; cf. De civU. Dei, XIX, 21, t. YU, p. 908. ~ Il montre ailleurs que toute la personne de rhomme est composée pour la domination de Tàme et la servitude du corps. (Ad Simplic, 1, 20, t. VI, p. 178, d.)
2. Aug. De GenesU lib. XI, 50, t. III, p. 468, d; J. Chrys. in Gènes, êerm. it, 1 et 2, t. IV, p. 659-662, et Homil, xxix, 7, t. IV, p. 290; cf. De LazarOj $erm. vi, 7, 1. 1, p. 784, c; De civiiaU Dei, XIX, 15, t. VII, p. 900.
3. Saint Augustin et saint Jean Chrysostome rapprochent avec autant de sentiment que de vérité, des termes de la sentence {ipte iui dominahilur)^ les mots qui radoucissent, ad virum tuum convenio tua (Genei, II. 18-20); et de même, dans saint Paul, ces devoirs réciproques de l'homme et de la femme : Mulier in eilentio ducal cum omni iubjectione [l Tim. n, 11 et 12); Yiri diligiU uxores (Ephe$. v, 25).
4. « Quia peccans Cham, non in se ipso, sed in filio suo maledicitur,
512 LIVRE Iir. CHAPITRE YIII.
Mais laissons les exemples, et prenons le fait. Si le péclic a i;té la source de Fesclavage, ne peut-il point en autoriser eiicore le maintien ; et la servitude qui a frappé les pères ne peut-elle pas se continuer sur les Cls? Le dogme de l'Ëglise sur la faute de nos premiers parents offrait, il faut en convenir, à la justice des hommes une raison spécieuse d'appliquer Thèréditè aux peines dont elle dispose. Ainsi, par une autre voie, on revenait à la légitimité de l'esclavage, non passoulement comme fait individuel, mais comme état permanent ; on revenait à la légitimité de Passervissement, non pas seulement des individus, mais des races (7 7). Ce n'était pas, sans doute, un point de dogme dans l'Écriture, et c'était une induction contraires ce principe de droit qui ne permet point d'étendre par interprétation les mesures d'exception et de rigueur ; mais elle pouvait se faire accepter volontiers pour la justification d'un fait que Tancienne loi avait laissé debout, que la loi nouvelle, sans le reconnaître au fond, n'avait point supprimé.
Heureusement, la i^ligion, qui apportait avec elle ce danger, avait mis à côlé le remède. Si l'homme, pour son péché, avait été condamné à l'esclavage, J. C. était venu délruire cette suite du péché ^ U l'avait racheté au prix de son sang * ; et désormais maîtres ou serviteurs, libres
• nisi quia prophetatum est quodam modo terram Chanaan, ejeeUi inde u Chananœii et debellaiis, accepturos fuisse tilios Israël, qui Tenireot « de semine Sem. » (Âug. Quœit. in Gènes, xvii, t. III, p. 608, c. — Cf. Justin. Dial cum Tryphone, 139, p 230 )
1 . « Deus hoiûo Rictus est, ut homo Deus fieret : et ut serras iu « Dominum verteretur, formain servi Dorainus acœpit, • etc. (Aug. « Serm. cocuxi, § 1, t. V, p. 2170.)
2. Aug inps. xcv, § 5, t. IV, p. 1478, b; in ps. cxxii, § 5, t. lY, p. 1995, c; Serm. CLXîn,§3, t. V, p. 1136, a.
I/ËGLISE ET L'ESCLAVAGE. 313
OU esclaves, tous étaient ses esclaves, ses obligés, ses affranchis, ses enfants ; tous, frères en J. C, revenaient, par cette génération nouvelle, à la primitive égalité ^ Et il ne s*agit point seulement de ceux qui, par le baptême, ont reçu comme le sceau de cette régénération : saint Augustin entend, non comme le prêtre de la loi, mais comme le Samaritain de TÉvangile, le tilre de prochain. Il reconnaît dans tous les hommes la parenté d'origine' ; il étend môme en dehors de TÉglise ces liens plus étroits de frères en J. C, avec tous les droits, tous les devoirs de Té^ialité et de la charité ; il invente pour eux une sorte de fraternité latente ; il veut qu'on les regarde comme proches, non pas seulement par cette destinée commune de la nature humaine qui nous a placés sur la terre dans les mêmes conditions, mais par l'espoir du même héritage, parce que nous ne pénétrons point les secrets de Pavenir et les desseins de Dieu sur ces flmes qui l'ignorent'.
i. Aug. Semu Lvni, § 2, t. Y, p. 483, c»
S. c Quid, si adhucnondum est fraterin GhristoTQuia homo, proxi- « mus est; anies et ipsum, ut lucreris ipsum. Si ergo concordes cum « fratre christiano, âmes autem proximum, etiam cum quo modo con- « cordia non est, quia nondum in Christo frater est, quia nondura « in Christo renatus est, nondum Christt sacramenta noYit ; paganus « est, judaeus est, est tamen proximus, quia homo est. » .(Aug. Serm. cccLix, 9, t. V, p. 2080, c.) Cf. m ps, xit, 3, t. IV, p. 99-100; et in /M. cxvui, § 2, p. 1846, d; Serm. xc, 7, t. V, p. 704, d, et Ep. IIl, CLY, 14, t. n, p. 808, a, où il cite le vers si connu de Térence, ajoutant : c Sicut luculentis ingeniis non défit resplendentia veritatîs. »
3. • Sunt ergo proxiroi nostri latentes in his hominibus qui nondum « suni in Ecdesia; et sunt longe a nobis latentes in Ecclesia.ldeoque, « qui non scimus futura, nnumquenique proximum habeamus, non t solum conditione mortalitatis humanse, quia in hanc terram eodem c forte devenimus, sed etiam spe illius hœreditatis ; quia non scimus • quid futurus sit qui modo nihil est. » (Aug. Enarr. in ps. xxt, § 2, t I?, p* 157, a; cf. sur l'exemple du Samaritain, Contra mendac.^ 15, t. VI, p. 766, b.)
Ni pour les chrëtiens, ni pour les païens, il est vrai, celte doctrine n*entraine l'abolition immédiate de Tesclavage. Sous l'empire de la nécessité qui imposait à TÊglise tant de lenteurs, les deux saints évéques cherchent dans le dogme et dans la philosophie des raisons de les faire accepter. L'esclavage est encore pour saint Augustin ou une peine, ou une expiation : une peine pour le pécheur, une expiation pour le juste lui-même, qui, bien souvent, par refîet de l'iniquité des hommes, peut se trouver placé dans une condition indigne de lui, mais qui, en supportant avec patience la perversité du temps, devra trouver, après la vie, cette félicité sans trouble et sans fin, réservée aux élus; et c'est aussi l'espoir que lui offre saint Jean Chrysostome^ En attendant, Tun et l'autre l'appellent à la contemplation des vérités d'en haut; ils lui proposent aussi la pensée de Tapôtre, que celui qui pèche est esclave du péché, et, comme tous les docteurs, ils y trouvent le véritable esclavage (78). L'esclavage du monde n'est donc qu'un nom*; ce n'est même plus un nom depuis que J. C. est venu l^effacer avec la trace du péché et l'absorber dans
1 • (( Quod quum hoc in saeculo per iniquitatem hominom pertur- « batur Tel per naturarum carnalium neoessitalem, ferunt jasti tecn> (( poralem perversitatem, in fine habituri ordinatissimam et sempiter- « nam felicitatem. » (Aug. Quœst in Gènes, dm, t. 10, p. 658 ; cf. De civil. Dei, XiX, 15, t. VU, p. 900-901 ; Gbrys. m Ep. ad TU, ham. it. t. XI, p. 754, 6.
2. « Sunt domini, sunt et servi, diversa sunt nomina; sed homines « et homines paria sunt nomina. » (Aug. in ps\ cxxir, § 7, t. IV, p. 201 8, 6.) — « Qui appellerai-je esclave, dit saint Jean Chrysostome, rhomme ivre ou le sobre T l^esclave de l*homme ou l'esclave du vicet Celui-là porte resclavage au dehors, celui-ci dans son cœur. Je le dis et ne cesserai de le répéter, afin que vous jugiez des choses selon leur vraie nature, sans vous laisser aller à Topinion vulgaire, et que voussachiet bien ce que c'est qu'esclavage, pauvreté, bassesse, bonheur, infortune.» (Ghrys. De Lazaro serm. vi, 8, 1. 1, p. 784,c. Cf. Adv.eos qui non adf., hom, IV, 4, t. XII, p* 546, a,)
sa divinité ^ Que Thomme libre réduit en servitude, en ces temps de représailles, se résigne à son sort : en quelque lieu qu'on Tenlralne, il y trouvera son Dieu pour le consoler, comme Joseph dans la prison, comme les trois jeunes compagnons de Daniel dans la fournaise où il leur fut donné de contribuer à la gloire du Seigneur*. Que Tesclave se soumette à sa condition, qu'il obéisse à son mattre selon la chair'; car, en le faisant pour J. C, c'est Dieu qu'il sert : or, servir volontairement, c'est, comme on l'avait dit encore, servir en homme libre; servir Dieu, c'est posséder la vraie liberté*, servira Deo regnare est; et saint Jean Chrysostome, forçant, faussant même les paroles de rApAlre, va jusqu'à demander à l'esclave de ne point rechercher, même s'il pouvait l'obtenir, le bienfait de Taffranchissement. Il voudrait le maintenir en son étal , non comme on l'aurait voulu de nos jours, avec d'étranges prétentions au libéralisme, pour donner à la condition libre plus de relief, par le contraste des classes asservies, mais pour faire briller avec plus d'éclat, au sein de l'esclavage, les vertus de la liberté : « Pourquoi, dit-il, l'ApAtre a-t-il laissé subsister l'esclavage? Afin de vous apprendre l'excellence de la liberté; car, de même qu'il est bien plus grand et plus digne d'admiration de conserver, avec la fournaise, les corps des trois enfants sans atteinte, de
1. J. Chrys, in cap. ixGenei*hom. xxix, 7, t. IV, p. 290, e; inJoann. homil, XI, i, t. VIII, p. 63, c, d, etc.
2. Aug. De civ. Dei, 1, 14, t. VU, p. 21 ; Chrys. m Esai. hom. § G, t. VI, p. 154, d.
S. Dominii eamalibus. En commentant cette parole de TApôtre, saint Jean Chrysostome rappelle à l'esclave qu*il n'a pas de maître selon l'esprit, (in ep, ad Ephes. n, homil. xxn, 1, t. XI, p. 166.)
4. Aug. De fide,ipe et char., § 9, t. VI, p. 361, b; De tnusica, ti, 14, 1. 1, p. 855, b; De mor, ecc/ei., § 21, 1. 1, p. 1127, a.
m^me il y a bien plus de grandeur et de merveille, non pas à supprimer l'esclavage, mais à montrer la liiterlè jusque dans son sein^ »
Ainsi donc, les Pères de l'Église, et au premier rang saint Ambroise, saint Augustin, saint Jean Chrysostome, qui peuvent les résumer tous sur cette question, ont établi la dignité et Tunité primitive des races humaines ; et, s'ils font dériver Tesclavage de la chute de l'homme, c'est pour trouver sa libération dans le sacrifice de Jésus-Christ. Que si, peut-être, saint Augustin a cédé trop à l'influence de l'idée qui l'inspire dans la Cité de Dieu; si, pour élever la Providence au-dessus du désespoir des peuples» rendus aveugles par le malheur et plus disposés à rapporter leur malheur a l'injustice du sort qu'à leurs propres injustices, il a trop recherché la justification du temps présent* ; s*il
1. Chrys. in Genei, $erm. t, 1, t. IV, p. 666, a. Cf. in Ep. I ad Cor, homil. m, 4, t. X, p. 164 : « Tel est le christianisme; il fait jouir de la liberté dans la servitude, et, de même qu'un corps invulnérable de sa nature pruuve sa vertu quand un trai^ le frappe sans le blesser, de même l'homme vraiment libre se montre tel, lorsque, même ayant an maître, il n*est point asservi. C'est pourquoi Tapeuse ordonne de rester esclave. Si Ton ne pouvait, esclave, rester ce que doit être un chrétien,ce serait pour les gentils une bien belle occasion d'aUaquer la faiblesse de notre religion; comme, au contraire, ils admireront sa force, s'ils voient qu'elle ne souffre rien de l'esclavage. » Cf. Âug. Quœsi^ tn Exod. Lxxvn, t. m, p. 702. Parlant de la libération de l'esclave juif après six ans, il sjoute : « Ne servi Christiani hoc flagitarent a dominis « suis, aposlolica aucloritas jubet servos dominis suis esse sobdilos* « ne nomen Dei blatphemetur, »
2. « Nullus autem natura, in qua prius Deus hominem condidit, ser- « vus est hominis aut peccati. Verum et pœnalis servitus ea lege ordl- « natur, qu» naturalem ordinem conservari jubet, perturban vetat ; « quia si contra eam legem non esset factum, nihil esset pœnali servie t( tute coercendum. » (Aug. De civ. Dei^ XIX, 15, t. VU, p. 900-901.) Nous avons vu plus haut bien d'autres textes de S. Augustin, el des autres Pères, qui affaiblissent les inductions auxquelles semble prêter ce passage*
a donné, pour le maintien de l'esclavage, des raisons qui, après Jésus-Christ, ne devaient plus avoir cours, ce n'est point qu^il accepte aveuglément le fait accompli. Il parle aux esclaves, il leur montre un esclavage pire que le leur, même parmi ceux qui prétendent les dominer; il leur montre les fruits de l'obéissance et de la résignation ' ; il leur apprend à dédaigner cette prison du corps et cette terre d'exilés*, et leur fait voir Dieu avec eux dans leur misèrCi Dieu tout à eux dans les récompenses infinies qu'il réserve à leur servitude épurée par la patience, régénérée par l'amour'. Il enseigne les devoirs, mais non pas le droit de la servitude : et, s'il a trouvé dans le péché la cause pourquoi l'homme sert, c'est dans le péché aussi,
i . « Ideoque apostolus etiam servos monet subditos esse dominis « suis, et ex animo eis, cum bona voluntate, servire : ut scilicet, si « non possunt a dominis liberi Geri, suam servitulem ipsi quodam « n]odo liberam faciant, non timoré siibdolo, sed fideli dilectione serti YÎendo, donec transeat iniquitas muudi et potestas humana, et sit « Deus omnia in omnibus. » (Aug. De civ. Dei, XIX, i5, suite du texte précédent.) Cf. sur la soumission même aux mauvais maîtres, in pg, LXi, § 8, t. IV, p. 849, c, et m ps. cxxiv, § 7, ibid, p. 3018-2019; que Dieu a donné aux méchants pouvoir sur les bons, pour juger les méchants et éprouver les bons : in ps, xxxn, § 11, 1. 1 Y, p. S85, d; que les chrétiens doivent supporter la captivité et tous les maux plutôt que de se tuer : De civit. Dei, I, 24, t. VU, p. 54, b-c. — S. Jean UuTsostome réunit les raisons divines et humaines qui conseillent aux esclaves Tobéissance : in Ep. ad TU, n, homil. iv, 4, t. XI, p. 754, a-d.
S. Aug. inpê. cxLi,§ 17, t. IV, p. 2260, b^; cf. J. Chrysost. Expont. in /M. cxix, § 2, t. V, p. 332, a.
3. « . . • Et quibus dixit in libertaiem vocati esiis? et quid adjunxit? M tantum ne libertaiem in occoêionem camis detis, ud per caritatem « iertite inmcem, Quos liberos fecerat, servos fecit, non conditione, sed « tamen Christi redemplione; non necessitate, sed caritate... Bene « Christo servis, si servis quibus Christus servivit. » (Aug. m pê. cm» § 9, t. IV, p. 1648, d, 1649. Cf. Endiir. de fide.spe et char., § 0, t. VI, p. 361 , b, et Expoe.in Ep. ad GalaU, § 43, t. III, p. 2699, a.)
c'est dans le péché surtout qu'il trouve le principe en vertu duquel Thomme a soumis Thoinmeà son obéissance^ La Providence plane donc toujours au-dessus de l'csdave et du maître, pour les juger, un jour, dans sa justice; et l'on voit, selon l'estime du saint, ce qu'ils doivent, dés à présent, peser dans sa balance, puisque la servitude est pour l'un un acte d'orgueil, pour l'autre une expiation du péché*.
Mais, si les Pérès de l'Église rappellent aux esclaves les devoirs de leur dépendance, ils prescrivent aussi aux maîtres les conditions de leur commandement. Ce sont deux parties inséparables dans leur enseignement, cl il faut les embrasser d'un même coup d'œ'il, pour porter un jugement assuré sur l'ensemble delà doctrine.
11 n'y avait point seulement des esclaves, il y avait des maîtres aussi parmi les chrétiens. On le voit, dés les temps évangéliques, par l'intervention de saint Paul auprès du maître d'Onésime, afin d'obtenir sa grâce et sa libération ;
1. (dnest enim TÎtioso animo id magis appetere et sibi tanquam de- « bilum vindicare, quod uni proprie debetur Deo... Quurn Tero eliam « eis qui sibi naturaliter pares sunt, hoc est hominibus, dominari a!^ (( fectat, intolerabilis omnino superbia est.» (Aug. De doctr, ChriêL^ 1, 23, t. m. p. 29-50.)
2. Le nom de serviteur ou d'affranchi est rare dans les inscriptioDs chrétiennes, appliqué à des morts. Comment donner le nom d*esdaTe à qui règne avec Jésus-Christ? M. E. Le Blant, dans son précieux recueil des Inscriptiom chrétiennes de la Gaule, n*en cite que deux exemples empruntés au dehors (Àringhi, t. I, p. 333 ; Torremuzza, Sicii iiiic., p. 266, n* 34, b). Ce nom est même rarement pris par les vivants» tant ils avaient le sentiment de leur régénération en Jésus-Ctirist. (Imcr, chrét, de la Gaule, t. I, p. 119 et suiv.).
on le voit par les préceptes donnés aux maîtres en général. On en trouve des traces assez nombreuses encore pendant la durée de la persécution. Saint Justin parle des violences exercées sur les esclaves des chrétiens pour les porter à dénoncer leurs maîtres, àlescalomnierdans les douleurs de la torture^ Athénagore, défendant ses frères contre l'absurde accusation d'immoler des enfants, demande comment ils pourraient cacher un pareil attentat aux esclaves plus ou moins nombreux qu'ils ont dans leurs demeures'; et Eusébe témoigne, du reste, que, plus d'une fois, des esclaves païens de i^milles chrétiennes, redoutant les supplices que la foi rendait légers aux martyrs, inventaient, à leur charge, des monstiiiosités de ce genre, pour obéir aux bourreaux'. En d*autres occasions, les esclaves surent rester fidèles à leurs devoirs. Plus d'une fois, ils suivirent, ik précédèrent leurs maîtres à la mort et partagèrent avec eux la gloire du martyre : telle cette famille, égorgée tout entière pour la foi, maître et serviteurs, à l'exception d'une esclave qui en perpétua le souvenir par un monument *;
i. Justin. ApoL II, 12, p. 96, e.
S. KaiTot xaX êwXai lioiv iftiAÎv, toîc i»h koÙ irXttou;, toî; ^i xxl iXxrtcu;, &d; oùx l9TtXaftfvv.(Athenag. LegaL jno ChriiL., 35, p. 311-512, à la suite des œuvres de saint Justin.
3. H signale des délations de cette sorte pendant la persécution de Diodétien. (HUt, ecchi. V, 1, p. 127, b. Cf. Basil, hom. in Gord. martyr, § % t. II, p. 144, a.) Les maitres,par crainte de leurs esclaves,n*osaient renverser les idoles dans leurs champs. (Conc. EliberiL 305, c. 41.) Labbe, Concil. 1. 1, p. 975.
4. ne GORDIAVUS 6ALLUE ROICGIUS | JUGOUTUS PRO FIDB CUM FAMI | LIA TOTA
0U1B8C0XT m PACB | THKOPBiLA ANciLLA FBciT. (A. Mal. Collect, Votic, in•4^ t. Y, p. 458.) Deux autres inscriptions du même recueil, également marquées des insignes du martyre, portent. Tune, ces simples mots : DosBsnco aBKB xBRBRn; rautre, la formule ordinaire qui accueille dans le tombeau du maître les affranchis de la maison et leur postérité. (A« Mai. ibid. p. 457, n* 5, et p. 426, n* 4 )
telle la jeune Blandine, dont la faiblesse de corps excitait toute la sollicitude de sa maîtresse, devenue sa compagne dans cette terrible épreuve» et qui, par sa force d*àme, lassa les bourreaux^
Après les disciples des apôtres, après les saints et Icb martyrs, les pasteurs de TÉglise, dans les temps qui suivirent la persécution, paraissent encore servis par des esclaves. Ils tenaient presque nécessairement au monde par quelque possession; et, dans une société i esclaves, il est difficile de n en point avoir, quand on a sa part de la (erre. Saint Césaire avait légué aux pauvres tous ses biens : ils furent dilapidés par les esclaves*; saint Basile, qui avait fait vœu de ne rien posséder en propre, était soutenu par un prêtre, son frère de lait, à qui sa mère en avait donné plusieurs dans cette intention' ; et il serait superflu de rechercher d'autres exemples analogues dans la demeure des évéqucs : il y en a sûrement plus qu'on n*en pourrait citer^. C'est une institution acceptéeen fait: saint Àmbroise, tout en reconnaissant, comme Platon, les embarras qa^ellc {)eut quelquefois entraîner, donne, à son exemple» un conseil tout humain pour en éviter les inconvénients, sans
1. Eusèbe, Hùt, eccles., Y, i, p. 128, a. Sainte Félicité, compagne de la noble sainte Perpétue dans le martyre et dans la mémoire de rÉglise, était une esclave ; mais on ne dit pas si elle appartenait â un maître chrétien. (Pau. SS. Felic. et Perpeiuœ, %. Ruinart, A'4a mari. êincera, p. 93.)
2. Basil. Ep. I, xxxii, 1, t. lil, p. 111, c. — Saint Grégoire de Nazianze afranchissait plusieurs esclaves et en léguait d'autres par son testament. (Gregor. Theol. iMtom., ap. Baron. Ann. (an 389), l. Vl. p. 43, cité par M. Granier de Gassagnac, Voyage aux Antilles, t. II» vef> la fm.