Hieron. Ep. xcv, AdRuit. monachum^ t. IV, P. n, p
au nom de sa famille dont oUe s'était séparée pour faire profession de virginité, il parle de ses nombreux esclaves et de leur intendant, trop bien fait et trop bien traité pour la profession de la maîtresse, comme pour Tétat du ser- Aileur*.
L'esclavage, se perpétuant avec sa vieille organisation, devait garder toutes ses misères : c'était la même impatience dans le commandement, la même promptitude à punir ; les coups pour la moindre faute, les tortures toujours prêtes à servir les caprices ou les brutalités du despotisme*. Ces leçons dispensaient de toute autre; c'était pour les esclaves une suffisante éducation. En vain saint Jean Chrysostome parlait aux maîtres de leurs esclaves comme de leurs fils ; en vain leur disait-il : Apprenez-leur à être pieux, et tout le reste suivra '• Les maîtres songeaient bien plus à construire des greniers pour les produits de leurs champs que des chapelles pour leurs colons^ et d'ailleurs on pensait déjà, en ce temps-là, que la religion avait ses inconvénients à côté de ses avantages, et * on ne tenait point à y pousser les esclaves bien avant.
i. Ep. Luuz, Ad matrem et fiîiam^ ibid., p. 73S-753.
2. Concil. Eliher. (305), can. 5, ap. Labbe, Conc. t. 1, p. 171; Chrysost. m Kalendoi, § 4, 1. 1, p. 703, a. Cela ne diffère pas de ce que S. Cyprien reprochait au paganisme. (Ad Demetr,, p. 218.) Selon Libanius, on disait toujours que a il est permis de battre les esclaves comme des pierres. » (Oral, zizi, De servituU, t. 11, p. 642, c, éd. Morclli.)
5. « Si vous voulei nous écouter, nous dirons des esclaves ce que nous avons dit des Ûb : Âpprenez-leur à être pieux, et tout le reste suivra. Mais aujourd'hui, quand on va au théâtre ou au bain, on traîne après soi tous ses serviteurs : et pour Téglise, rien de pareil; nul eflbrt )»our les y faire venir écouter la parole. Et comment Tebclave écoutera-t-il, quand le maître a son attention ailleurs? • (J. Glirys. m Ep. adEphei. n, hùmil. ziii, 2, t. XI, p. 167-168.)
4. Chrys. tn AcL Apott, hom, zvni, 4 et 5, t. IX, p. 149, e, et p. 132, b.
L^ÊgUse les instruisait de leurs devoirs, mais elle plaçait, à côté, les devoirs des maîtres, et leur donnait pour fondement le dogme de notre fraternité d'origine, pour sanction la loi de notre commun affranchissement en Jésus- Christ. C'étaient là des cordes qu'on trouvait dangereux de toucher; et les Pères y apportaient, j'en conviens, une réserve extrême. Hais ils ne pouvaient cependant pas, ils ne voulaient pas renier la parole de Jésus-Christ, mutiler, fausser la vérité de l'Évangile. Il fallait que cette vérité fût dite tout entière ; et, comme on ne pouvait en détourner la voix des ministres de Dieu, on s'empressait moins d'y appliquer l'oreille des esclaves, au risque d'avoir à supporter, ou, du moins, à punir tous les vices de l'esclavage : l'esprit de paresse et de vol, de dissimulation, do calomnie, de parjure et d'intrigues, l'esprit d'insolence et d'insubordination (83).
On s'en prenait aussi à leur race, quoiqu'ils fussent blancs comme leurs maîtres, et saint Jean Chrisostome renvoyait à qui de droit cette influence corruptrice . « C'est, disait-il, une chose généralement reconnue, que la race des esclaves est indolente, rebelle, peu maniable et peu propre à recevoir l'enseignement de la vertu, non par un vice de nature, à Dieu ne plaise, mais par la négligence et par la conduite des maîtres à leur égard... Comme les maîtres ne leur demandent que des services, et, à cette condition, tolèrent tous leurs désordres, ils tombent dans l'abîme du vice. Si, en effet, malgré l'active surveillance d'un pérc, d'une mère, d'un pédagogue ou de celui qui a élevé notre enfance et dirigé nos premiers pas, si, malgré le commerce de nos égaux et le sentiment même de Vingénuité^ nous évitons si difficilement la société des méchants, que sera-ce de ceux qui,
rËGLISE ET L'ESCLAVAGE. 335
privés de tous ces secours, se mêlent à des scélérats et s'associent à qui leur plait, personne ne prenant soin de leur amitié? C'est pourquoi il est si difficile aux esclaves d'être bons ; et en effet, ils ne reçoivent d'enseignement ni au deliors, ni chez nous ; ils ne conversent point avec des hommes libres, cultivés et attachant grand prix à la considération publique. Comment donc ne serait-il pas étrange et prodigieux de trouver un serviteur homme de bien^ ! » Cela était vrai en Occident comme en Orient, dans les Gaules comme à Constantinople,au v* siècle comme au VI* siècle : cela est vrai en tout temps, en tout lieu. Salvien, comme saint Jean Chrysostome, passait en revue tous les vices familiers aux esclaves et les avouait tous : ils sont voleurs, fugitifs, menteurs, gourmands^ verum est esse fuec vitia servorum*. Mais il cherchait la raison de ces vols, de ces tendances à fuir, de ces mensonges, de cette gourmandise: il en demandait compte aux maîtres, à leur avarice, à leur dureté ; il en demandait compte à leurs exemples ' ; et, pour ce vice bien plus flétri encore par la loi chrétienne, bien plus commun parmi les esclaves, Timpudicité, il en demandait compte à leur action directe, à leurs commandements*.
i. Ghrys. in Ep. ad Tit. ii, hom. rr, 3, t. XJ, p. 753. Il y avait des exceptions, sans doute ; et le saint évêque témoignait de l'heureuse influence de ces esdav^s vertueux sur leurs maîtres, pour montrer aux maîtres comment ils pourraient eux-mêmes former leurs esclaves par Texemple de leurs Tertus. (In Ep. II, ad Thett, hom, ▼, 5, t. XI, p. 544, a.)
3. SalT. ùe gub. Dei, lY, 3, p. 67. Cf. 6, p. 73 : « Malos esse senros « ac detestabiles satis certum est, sed hoc ulique ingenui ac nobiles ■ roagisfixsecrandi, si in statu bonestiore pejores sunt. »