CHAPITRE IX
DOGTIURE DES PÈRES DE L^ÉGUSE SUR L^ESGLAVàGE: IlfFLUENGE qu'ils ont EXERCÉE POUR LE FAIRE ABOUR.
L^csclavage du monde n'est rien ; il n'y en a qu*un véritable, savoir : Fesclavage du péché ; et celui-ci échappe aux distinctions sociales. Il peut atteindre Thomme à l'état libre ; il peut confondre, renverser, dans Tordre moral, l'ordre établi entre les maîtres et les serviteurs. Mais cet ordre établi, les droits qu'il donne, les obligations qu'il impose, sont-ils tout à fait sans influence sur l'état de l'âme et sur ses tendances au vice ou à la vertu ? Ici, nous l'avons vu, les efforts des Pères de l'Église échouaient contre la force des choses. La position de maître était une cause d'orgueil et de dédain, plutôt que de charité et de douceur ; celle de l'esclave une cause de révolte et de ressentiment, plutôt que d'humilité et de patience ; et, de plus, sans compter la position des femmes appartenant à des maîtres infidèles^, il y avait telle condition de l'es-
i. L^Église en a consacré un touchant exemple dans la jeune Potamienne, esclave d'un maître impur qui, ne pouvant la corrompre par ses promesses, la dénonça au juge afin de la faire céder à ses désirs ou de la mettre à mort. Le juge lui dit : « Yn, obéis à la volonté de ton roailre. » Mais elle : c A Dieu ne plaise qu'il y ait un juge assez inique
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clavage qui n'était et ne pouvait pas être autre chose qu'une occasion incessante, un état permanent de péché. Pas de transaction possible sur ce point : et l'Église travailla constamment à en affranchir les classes serviles.
Au premier rang venaient les esclaves que réclamaient, pour les plaisirs de la foule, les jeux de Tarène ou les représentations scéniques. L'Ëglise s'efforça d'en supprimer toutes les catégories, *avec les usages auxquels on les rattachait. Dés le temps de la persécution, tout en livrant ses martyrs à l'amphithéâtre, elle protestait contre Tamu^^ement sacrilège des combats de bêles ou de gla<iiateurs. Tertullien faisait honte à la religion païenne de ces coutumes impies par lesquelles elle avait cru honorer les autels des dieux ou les cendres des morts; il faisait honte aux païens de cette passion homicide, qui, dissimulée d'abord sous les formes de la superstition, ne s'en était affranchie que pour exiger davantage ^ Saint Cyprien montrait ces malheureux engraissés comme des
pour me commander d*ol)éir à la luxure et k Tintempérance ...» Elle choisit son supplice : ce fut d'être plongée lentement dans de la poix bouillante; il dura trois heures. (D. Ruinant, Acia martyr, atitcera, p. 123.)
i. Terlull. De ipeclaculit, 12, p. 78 (Paris, 1675); cf. Âmob. Adv. gentes. II, p. 72 (Ludg. Batav. 1651) : i Idcirco animas misit, ut quse « dudum fuerant mites et feritatis alfectibus nesciae commoveri, ma- (( cella sibi et amphitheatra constituèrent , loca sangumis et publics ■ impietatis; ex quibus in altero mandi homines cernèrent et bes-
• tiarura lanialibus dissipari; interficere se alios, nuliius ob meriti
• causam, sed in gratiiim voluptatemque sesi^orum? etc. » Tertullien relevait encore ces inconséquences de la coutume qui exaltait Tart et flétrissait la personne des gladiateurs, qui condamnait le meurtrier aux bêtes et demandait la liberté comme récompense des combattants les plus signalés par le meurtre de leurs adversaires. (De gpectac. 21 et 22, p. 82.)
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victimes pour le sacrifice, le meurtre devenu un métier, un art qui se pratique et qui s'enseigne, un mérite qui a sa récompense et sa gloire^; et ces bêtes féroces nourries dans les délices pour remplir leur rôle dans ces scènes de carnage: féroces moins encore par Tentrainement de leur nature que par Tart d'un maître dont la cruauté a su étouffer en elles tout instinct de clémence*. Aux rumeui^ absurdes qui accusaient les chrétiens d'égorger tt de dévorer les enfants dans leurs réunions secrètes, les apologistes opposaient ces lois de TËglise qui défendaient aux fiilèles, sous peine de complicité, d'assister à ces sanglants spectacles'. Ils reprochaient avec plus de raison aux païens d'être les auteurs de ces meurtres qui se commettaient pour leur amusement * ; ils pouvaient leur lefirocher davantage, et retourner contre le paganisme l'accusation jetée contre nos mystères, en montrant, au Krand jour des spectacles publics, ces hommes qui allaient boire un remède contre Tépilepsie dans le sang des gladiateurs égorgés, ou se repaître avec avidité de cette
1. ... « Pinguescit, ut saginatus in pœnam carias pereat ; . . . et ut ' quis posait occidere peritia est, usus est, ars est. Soelus non tantum « geritur, sed docetur . . . Disciplina est ut perimere quis possit, et glo- ' ria est quod periinit. )> (Gyprian. Epùi. i, ad Donatum, n* 8, p. 3.)
< 3 Iq pœnam hominis fera rabida nutriturin deliciis, ut sub
*< spectantium oculis crudeiius insaniat. Ërudit artifex beliuam, quae « clementior forte fuisset, si non iliam magister crudelior ssevire do- " cui8>et. » (Gypr. DegpecL^ p. 3i0.) On suspecte l*authenticité de ce traité qui, pour la pensée et pour le style, ne serait pas indigne de MÎDl Gyprien.
5. Iv« jiTi xctvwvol xxt ouvi9Tcpt; çovttv •yivuiuAft. (Theoph. ad AuloL tn. 15, p. 589. Cf. Athenag. Légat, pro Ghnst., § 35, p. 512; Laclant. ^pit. Lxui (olim vi) : « Nec potesl esse immunis a sanguine qui voluit
efTundi, aut Yîderl non inlerfecisse qui interfectori et favit et prae-
< mium postulavil. •
^ Tatian. Adv. Grœrot, § 25, p. 264.
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chair des bêtes de l'arène, toute pénétrée de la substance de rhomme qu'elles avaient dévorée
Les âmes des esclaves n'étaient pas moins chères à Vtr glise que leur vie : elle condamnait donc le théâtre avec l'amphitéâtre ; c'était, sous l'Empire, un foyer de corruption où l'acteur vivait dans l'habitude de tous les vices, pour en communiquer, par la contagion de ses paroles et de ses gestes, tout le venin aux âmes des spectateurs*. A ces autres accusations dont les païens voulaient salir nos mystères, les apologistes pouvaient opposer encore les lob de rÊglise qui détournaient le regard des fidèles de ces représentations impures, leur interdisant l'entrée même de ces lieux'; et TertuUien repoussait encore, au nom des chrétiens, toute participation aux souillures ou aux crimes de ces réunions profanes ^. Déjà pourtant, aux approches des fêtes séculaires qui, à l'imitation de Rome,
i « Item illi qui munere in arena noxiorum jugaktorum
« sanguinem recentem de jugulo decurrentem exceptum avida siti, c comitiali morbo medentes, aufenmt, ubi sunt? Item illi qui de
• arena ferinis obsoniis cœnantî qui de apro, qui de cer?o petunt?. .. « Ipsorum ursonim alvei appetuntur, cruditantes adhuc de Tisceribns c liumanis. Ructatur proinde ab homine caro pasta de homine. fioc qiù i edltiSy quantum abestis a conviviis Ghristianorum ! » (TertuU. Apol. adv, cent, 9, p. 10, a.) Voy. les textes d^auteurs païens, cités au yolume précédent.