Clem. Alex. Sirom. U, 18, t. I, p
témoignant de la charité de l'Ëglise, accuse cette indigne cupidité en des termes qui semblent avoir inspiré plus tard la loi déjà citée d'Honorius.... ce Ces malheurs ne sont que trop connus, dit-il, par la dévastation de l'IUyrie et de la Thrace. Que de captifs à vendre par toute la terre ! en les rassemblant, on pourrait presque remplir une province. Et cependant on a vu des hommes vouloir ramener en servitude ceux que l'Église avait rachetés : plus cruels que la captivité, puisqu'ils portaient envie à la miséricorde des autres. C'est donc un acte tout spécial de libéralité que de racheter les captifs, de les racheter surtout d'un ennemi barbare, insensible à la miséricorde, et que l'avarice seule dispose à les rendre pour de l'argent ^ » Ces violences et ces malheurs ne faisaient qu'exciter davantage le zèle des évèques à remplir eux-mêmes les devoirs qu'ils prêchaient aux autres : saint Ambroise, saint Augustin, saint Césaire d'Arles, faisaient vendre les vases sacrés pour racheter les captifs,' ; Acace, évéque d'Amide (422), faisait de même pour racheter et renvoyer libres les Perses faits prisonniers par les troupes impériales, des étrangers, des
1. Ambros. De off. minUtr. H, xt, 70 et 72, t. Il, p. 87 et 88. Cf. Lactant., ItuL div. VI, 13; Gypr. Ep. lzxii.
2. Ambros. De off. II, xzvin; Posidius, Vita S. Aug,, t, 53, ap, Bolland., août, t. VI, p. 437; VU de 5. Césaire, c. 23, ap, Bolland., ihid., p. 69, e. Saint Hilaire se trouva bientôt réduit à des vases de verre pour célébrer le serrice di?in. (Viia S. Hil, II, 11, ap. Boll., mai, t. II, p. 38.) C'était la pratique des saints; c*était la règle de TÉglise qui sacrîGait tout à cette fin. Voyez E. Le Blant, Inscr. chréL de la Gaule. t. II, p. 393. Il a noté à quel prix les barbares, aux diverses époques de rinvasion, ont fixé le taux des rançons (p. 387, n* 1), et a donné plusieurs inscriptions qui font honneur à des évéques ou à des particuliers de leur zèle pour le rachat des captifs. (Ihid, n** 405, 435 et 543. Cf. Ennodius, YitaEpiph,, éd. Sirmond, p. 408.) Sur les barbares, nous renvoyons aussi au travail de notre ami Yanosky, De VabolUion de l'eêcUuage ancien au moyen âge, Paris, Imprimerie impériale, 1860.
infidèles * . Saint Paulin faisait plus : il se livrait en servitude aux Vandales pour tirer le fils d'une veuve de la captivilé».
L'Église travaillait donc avec ardeur à la suppression de l'esclavage : elle s'efforçait d'en tarir les sources extérieures en conseillant, en opérant le rachat des captifs ; elle s'efforçait aussi de tarir les sources non moins abondantes qu'il avait, à l'intérieur, dans la misère. Les apologistes avaient vivement reproché aux païens la barbare coutume d'exposer leseiifanls'. N'élait-ce point, en effet, une triomphante réponse à leurs absurdes accusations que d'opposer les principes du christianisme à cette inhumanité des parents envers leurs nouveau-nés, pauvres innocents, dont le moindre malheur était de mourir de faim: car ils échappaient à toutes les misères, à toutes les hontes de l'esclavage, à ces recruteurs infâmes qui les i*ecueillaient et les élevaient, comme en troupeau, pour en faire des gladiateurs et des eunuques, pour les vouer aux ignominies du théâtre et du lupanar^ ; et la vente des enfants, considérée comme un adoucissement à l'usage de les exposer, n'avait souvent pas d'autre effet que de les livrer dii^ctement à ces spéculateurs dëles-
1. Socrat., Uist, eccln. Vil, xxi. De même Sevenis, sénateur et Irice, envoyé en ambassade auprès de Genséric, faisait vendre à l'endière ses biens, ses vêtements, et rachetait tous les prisonniers qu^il pouvait. (Aialch. Philadelph ,p. 3. Fragmenta hUl, grcsc,^ t. IV, p. 115.)
2. Greg. Mag. Dial. 111, i, De Paul. Nolam, t. U, p. 127, c. Voy. à la suite des Œuvres de S. Paulin la diss. vu sur cette captivité, p. 159.
3. Âthenag. LegaL pro Christ., 35, p. 312; Terlull. Apolog. adr. gentes, 9, p. 9, et ad Piation. I, 16, p. 51 ; Minutius Félix, ùctat, 51^ p. 289, etc. — On voit par ces passages que les chrétiens, alors comme aujourd'hui encore en Chine, où se continue cet usage inhumain, se faisaient un devoir de recueillir les malheureux abandonnés.