Aug. Serm. ccavi, §§ 3, 6 et 7, t. V, p
ceux qui, même dans le monde, voulaient se rapprocher du genre de vie enseigné par le Sauveur et suivi par les saints • et Grégoire le Grand ne faisait qu'exprimer un senUment aussi vieux que lÉglise, lorsqu'il affranchissait quelques esclaves « en vue des mérites de Jèsus^hnst. venu au monde pour rélabUr les hommes dans leur primitive liberté'. »
Les saints et les évoques s'interposaient aussi auprès des fidèles pour les entraîner dans cette voie. Saint Paul en avait donné l'exemple en demandant la liberté d'un fugitif; et saint Jean Chrysostome faisait sur son épttre à Philéraon Uois homélies où il relève, avec une déUcatesse exquise, tous les traits applicables encore à cette assemblée de maîtres qui l'écoulé. C'est saint Paul qui les supplie luimême pour tant d'autres Oiftésimes qui, peul-êtie mauvais esclaves, doivent les devancer, affranchis, dans la voie du salut \ Ces moyens de persuasion, employés par l'Apôtre, étaient ceux que préférait, que conseillait l'Église. Ses évoques étaient devenus comme d'oflîce les intercesseurs {precatores) de l'ancien droit; ses temples, ses monastères,
1. < Quum redemplor nosler, toUus conditor creatur», ad hocprof tiatus humanam voluerit camem assumere, ut divinilalis suaegratu, « diruplo quo tenebamur captivi vinculo serTilulis, pristin» nos resU- « tuerel liberUli, aalubriUr agilur si homines, quos ab imUo nalura f libéras protulit. et jus gentium jugo subslituit servilulis, m ea, qua t nali sunt, manumitlenlis beneflcio, libertate, reddanlur. » (Grejç. Ep. y, 12, ap. Décret. Grat. P. 11. Cau*. xu, Quœtt. i, c. 68, p. 605, éJ. 15*8.) — Sur plusieurs tombes cnréliennes on trouve le nom des esclaves àrfranchis par le testament du mort, avec la pensée qui linspira : roc beomwioseii asuub sbab. (Éd. Le Biant. Iiucr. ckrit., n' 374 ;
cl". 379.) , . j .
2. i. Chrys. t. XI, p. 774-792. Plusieurs refusaient de regarder l'êpilre comme authentique , sous prélexte qu'elle traitait de choses trop vulgaires (Hieron. in Ep. ad Philem,, t. iV, P. i, p. 441).
servaient d'asile aux fugitifs ^ : on les y accueillait pour intervenir en leur faveur et les rendre, avertis eux-mêmes du devoir de la patience, au maître rendu moins exigeant. La loi de TËtat ne laissait point au droit d'asile plus d'impunité ; et les Pères n'en cTemandaient pas davantage, si la religion de l'esclave n'était point menacée'. Mais, quand les prêtres, quand les solitaires venaient, au mépris des lois, enlever de force les criminels aux bourreaux', comment se fussent -ils résignés à livrer l'esclave, caché parmi eux, aux recherches de son maître? Ni le clergé ni les fidèles ne s'en tenaient donc aux règles établies ^ et qui, en pareille matière, eût osé leur en faire un crime?.... Saint Augustin aussi avait condamné le suicide d^une manière absolue : et l'Eglise n'en propr)sait pas moins à la vénération des chrétiens celte jeune fille qui, pour échapper aux brutalités si communes de la persécution, s'élança du loit de sa demeure, comme une colombe qui prend son vol vers les cieux.
L'Église aidait à l'affranchissement des esclaves, nonseulement par ses conseils, mais par ses propres ressources. Un chapitre des constitutions apostoliques, qui,
1. Âug. fit ps. cxLrx;§ Vjf t. IV, p. 2410, a; Basil. Gaes. Ep. 1, uuui, t. ni, p. 166-167.
3. Basil. Cœs., Regulœ fwiui tractatœ, interr. xi, t. II, p. 353, d, 0. L. 57 (398), G. Th., XI, xxx, De appellationibus.
4. s. Jean rAumônier, évéque d'Alexandrie (vers 600), intervenait avec UD séle infatigable en faveur des esclaves maltraités.— Il faisait venir le maître, lui rappelait régalilé de condition, la servitude de J. G., la nécessité de pardonner pour être pardonné ; et s'il savait que le maître ne s*était pomt corrigé, il mandait l'enclave et l'engageait à fuir et à demander la vente, selon la loi ; il le rachetait alors et le mettait en liberté: f Et nisi didicisset istum emendatum, praeparabat et instruebat « servum afflictum ut fugam arriperet et venditionem peleret, et hune • comparans juslus stalim liberum statuebat. • (Vie de saint Jean f Aumônier t de Vévéque Léontiuif traduite par Anastasele bibi.,a/7. Bolland., janvier, 1. 1, p. 510-611.)
par le caractère de son contenu, se rapporte évidemment au temps de la persécution, fait un devoir d'employer Targent amassé par le travail des fidèles à délivrer les esclaves^ Il y joint les captifs, les prisonniers^ : il ne suffisait pas en efTet d'aider les malheureux à sortir de l'esclavage ; il fallait en tarir les sources. Saint Denys, qui autrefois, dit saint Basile, brillait à Rome par ses Tertus, avait envoyé des mandataires en Cappadoce, pays de traitants, pour retirer de l'esclavage ces frères malheureux*. Lorsque les captifs étaient en réalité des frères dans la foi, c'était un devoir pressant de religion et de charité que de leur venir en aide. N'étaient-ils pas, comme disait saint Cyprien, les membres d'un même corps, et comment abandonner à la domination d'autrui, souvent à d'indignes outrages, ces parties de nous-mêmes (87)? Mais la religion ne renfermait point dans ces limites le devoir de la charité; et Clément d'Alexandrie commentait, comme le faisait plus tard encore saint Ambroise, le précepte de rÉcri* ture sur la captivité étrangère*.
Les derniers siècles de l'empire offraient bien plus souvent l'occasion de pratiquer ces maximes chrétiemies en faveur de la liberté. Les maîtres étaient plus nombreux et plus riches parmi les chrétiens : il y avait plus d'affranchissements à réclamer de leur zèle ; et l'invasion barbare faisait aussi parmi les Romains bien plus de victimes : il y avait plus de captifs à racheter (88). Mais souvent l'avidité des maîtres, loin de rien abandonner de leur famille domestique, cherchait dans les malheurs de l'empire de nouvelles occasions de l'augmenter. Saint Ambroise, en