Aug. Ep. ccLXTni, t. II, p
Toute la doclrine de l*Êglise sur la pauvrelé, sur le caractère dont elle est révolue et les droits qu'elle entraîne, sur la richesse et sur les obligations qu'elle impose, en un mot, sur les devoirs de la charité, est comme un vaste système de mesures préventives qui la rattache au fait de Tesclavage, par les secours offerts aux familles menacées d'y tomber, ou mal assurées de se maintenir dehors après en être sorties ^
Les principes appliqués aux esclaves s'étendaient naturellement aux pauvres de condition libre. Tous sont égaux d'origine ; c'est pour tous que s'est levé sur le monde le soleil de justice, et il n'est personne à qui ne soit donnée puissance égale de venir à lui*. Il ne faut donc pas mépriser le pauvre, de peur d'offenser celui qui l'a fait à son image, aussi bien que nous'; il ne faut pas railler la misère de ses vêtementSi car il a comme nous, dans le ciel, sa part d'héritage*. Bien plus, l'Évangile
1. La charité est Tessence du christianisme. Exposer, sur ce point, la doctrine de TÉgiise, ce serait faire l'exposition de la religion tout entière : ce n'est point ici notre objet. On comprend donc que nous ne cherchions pas à citer tous les Pères ; il faudrait traduire la moitié de leurs ouvrages. Mais, comme le fond de cette doctrine eut beaucoup d'influence sur la question qui nous occupe, nous y toucherons par quelques textes choisis çà et là.
2. Arnob. Adv. gent. II, p. 88 ; Âmbr. in ps. cxTm, § 57, t. f, p. 1077 ; Âug. Serm, xxxn, 5, t. V, p. 250, cf, et Serm, cxxm, t. V, p. 864-867.
3. Ambros. Expos. Ev. sec, Luc. vm, § 6i, t. I, p. 1486. Cf. tu pi. cxvm, § 26, 1. 1, p. 1095-6. Cf. Greg. Nyss. De patiper. amandis, OraL H, t. U, p. 53.
4. « Fréquenter enim aestimalur pauper ille irridendus et exsecran*
nous enseigne qu*il a dans la société chrétienne le rang privilégié, qu'il faut nous abaisser à son niveau, pour arriver à Dieu ^ ; que J. C. lui-même s'est fait pauvre, pour nous enrichir de sa pauvreté ; qu'il se plait toujours dans les pauvres, qu'il fait en eux sa demeure et qu'il aime à i*evëtir encore les dehors de leur humilité, les formes de leur servitude, pour nous visiter aux jouis de sa grflce*.
Le pauvre doit donc sentir la dignité de sa condition, et prendre garde d'en tomber, par un désir de la richesse, qui le détacherait de Dieu, sans même le conduire à l'objet de sa cupidité ; il ne doit pas non plus en concevoir de l'orgueil, par une fausse application du sentiment humain aux choses divines : il faut qu'il reste pauvre, en esprit et en vérité '. Mais le riche doit estimer au vrai la richesse ; et comme les Pérès de l'Église montrent au premier les avantages de la pauvreté, la sécurité dont elle jouit, les vertus qu'elle favorise, ils rappellent au second les vanités, les inquiétudes cl les périls de cette autre condition dont on est bien plus tenté de s'enorgueillir^ : ils lui en
« dus propter illuviem vestium. . • eo quod in terra nullam habeat < portionem ; et tamen porlio ejus in cœlo est. (Âmbr. m pê. ciym, n* 8, t. I, p. 1058.)
1 . Hieron. t. IV, P. i, p. i70, et patêim; Greg. Theol. Poem. theoL II, uviii, 322 et seq,j t. II, p. 561 ; Basil. Moral, reg. uu, t. II, p. 281, où il réunit différents textes du Nouveau Testament.
2. Aug. Quœst. in Leoit, il, t. III, p. 794, d; in pt, xi, § 1, t. IV, p. 490, b; Serm, xxiiz, 6 ; clxu, 2; ccxxm, 6, t. V, 289» a; 1170, a; 1456, c,etc.
3. Aug. Serm, LxxYm, 5, lxxxv, 3 et 6, t. V, p. 612, b, 650, b, et 051, c; De civiL Dei, Vil, 12, t. VU, p. 279, a; Chrys. in Ep. ad . Philipp. homiL n, 4, t. XI, p. 208, e, f; Basil. Cœs. Hom, adv, iraloê^
Si 4, t. Il, p. 87, c, etc.; Aug. Serm, xu, 4; xiv,4; lxi, 10; t. V, p. 297. 12, et 508, a.
4. Chrys. Quum Saturnin, etc., Aom., § 3, t. III, p. 406, d; in Ep. l ad Car, hom, xxxviu, 6, t. X, p. 359, c; De Anna, Serm, v, § 3 jusqu'à la fin, t. IV, p. 743-747 ; in Ep. ad Uebrœos hom. u, b, t. XII, p. 22, d.
rappellent aussi les devoirs. La terre est le patrimoine da genre humain, et Dieu n'a permis cette inégale distribution de biens communs que pour donner à Fliomme les moyens de s'associer à sa miséricorde et d'enlrer comme en partage avec sa providence, en portant ses bienfaits où le besoin s'en fait sentira II n*est donc pas le maître, il n'est que le dispensateur des biens qui composent sa forlune ; et le précepte de les distribuer aux pauvres n'est pas seulement de conseil, mais de droit rigoureux : le superflu du riche est le nécessaire du pauvre. C'est, de la part du premier, un détournement coupable que de le consacrer exclusivement à son usage ; il vole aux pauvres ce qu'il ne leur donne pas* : « Que répondras-tu au juge, si tu revêts des murailles, et ne donnes point de vêtements à l'homme ; si tu couvres des chevaux d'ornements, et dédaignes ton frère couvert de lambeaux ; si tu laisses le blé pourrir dans ton grenier, et le pauvre mourir de
— Âug. inpi(dm, zxix, § 17, et inpialm. xzxm, § 15. t. IV, p. SOS, a, et 318, a; De sermone Domini in monte, § 16, t. III, p. 1553, c; m Proverb, xiii, Serm. xxxvi, t. V, p. S53 et suiv.
(Greg.Theol. Poem, Uieolog, Il,xu, 5, t. Il, p. 58S.)
Cf. Àug. Serm. cccxxxix, 4, t. V, p. 1455, b: • ...Servos suos quos c potest pascere Deus, idée facit indigentes, ut inveniat opérantes, f Nemo superbiat, quia dat pauperi, » etc.
S. c Pars sacrilegii est rem paaperum dare non pauperibns. • (Hieron. Ep. lit ad Pamm,, t. lY, P. 11, p. 585.) — « Misericordia qui- « dem justitis portio est, quum prsesertim Dominus Deus noster terram c hanc possessionem omnium hominum voluerit esse communem et « Tructus omnibus ministrare; sed avaritia possessionum jura dis- « Iribuit. » (Ambros. in pê. cxnii, § 22, t. I, p. 1064.) Cf. Aug. in pi. cxLTii, 12, t. IV, p. 2362, d; Greg. Theol. Orat. xnr, 40, 1. 1, p. 285, *, et Or. xxTi, 11, ibid., p. 480, c; Basil. Hom. in diiriUs, t. Il, p. 51 et suiv.; Chrysost. De Lazaro u, 4, t. I, p. 733, a, et le traité de & Ctprien, De opère eteleem,^ p. 237-247.
faim^? » Mais ce n'est pas seulement un homme, c'est Dieu qui, dans le pauvre, a voulu souffrir le froid, la faim, la soif, les privations de toutes sortes ; c^est lui qui tend la main au riche, pour lui donner le mérite de venir à son aide et de se faire son consolateur' : et, par une touchante communication de son propre caractère, le pauvre aide le riche à revêtir J. C. lui-même, par les sentiments de pitié qu'il a fait natirc en lui '.
Saint Augustin a donc raison de dire qu'ils sont faits l'un pour l'autre*; et saint Jean Chrysostome, que le pauvre a moins besoin du riche que le riche n'a besoin du pauvre *. Ils commentent ces paroles de l'Écriture : « Faitesvous des amis avec les richesses du monde, n'amassez pas
1. Basil. Hom, in divitei^ t. II, p. 55. Il repousse toute excuse de rang à soutenir, d'enfants k pourvoir, etc.; le précepte est 'général. (P. 56-59.) Cf. Hieron. Ep. xlix ad Paul. De irulU. monadi., t. lY, P. ii, p. 566 : f Quœ uUlitas est parietes fulgere gemmis, et Ghristum iu < paupere famé periclitari? » — Ghrys. in Ep, ad Roman, hom. xi, 0, t. IX, p. 559, a; Greg. Nyss. Orat i. De pauper, et beneficentia, t. U, p. U^ {/alto 330), b; Aug. Serra, ceux, § 3, t. V, p. 1449-1550 : t Si tu « negas homini, quum tu homo sis, humanitatem, negabit tibi et Deus « divinitatem. »
2. Hilar. in pi. cxxxi, § 25, p. 458; Hier. /. /.; Ghrys. inpt» xiviir, § 6, t. V, p. 514, b; inEp. ad Rom, hom. xv, 6, t. IX, p. 601, d; kmhr. in p». exnn, § 26, t. I, p. 1095-1096 ; cf. Expos, in Evang. sec. Luc. Tiii, § 61, t. I, p. 1486; Aug. in pt. cxltii, § 13, t. IV, p. 2363, b; Serm. n, § 28, t. V, p. 91, c; Serm. xxxvui, 8, ibid., p. 284, d; Serm. an, § 2, ibid.. p. 770, c; Serm. ccti, 2, t^., p. 1339, a.
3. Greg. Nyss. m verba Faciamus hominem, Orat. i, 1. 1, p. 150, c.
4. c . .Quando facit pauperes, probaidiviles. Sic enim scriptum est: « Pauper et difte$ occurrerunt atM, etc. • Aug. Serm. xxxn, 6, t. V, p. 289, a,b; Serm. clxit, § 9, t. V, p. 1147, e.
5. Ghrys. in Ep. I ad Corinih. hom. xxxir, 4, t X, p. 316, c. D le prouve ici aa point de vue matériel: aiUeurs, il montre les pauvres combattant, par leurs prières, pour le salut des riches (in MaUh. hom. LXTi, 4, t. vn, p. 659, b); les pauvres, vrais médecins de nos âmes. {De verbie apost.t etc., hom. m, 11, t. III, p. 289, b.)
372 LIVnE 111. CHAPITRE IX.
votre trésor sur la terre. » Les pauvres sont les trésors de rÉglise^ : c'est amasser dans le ciel que de déposer dans leur sein nos richesses ; et ainsi, par un effet de la miséricorde divine, nous thésaurisons encore, lorsque nous ne faisons qu'acquitter une delte : ces biens, que nous tenons de Dieu et qu'il nous redemande, il les reçoit hii-mème, comme débiteur, et nous en fait recueillir les fruits^
Par ces préceptes le christianisme ramenait les hommes à ce point qui est le principe et la fin de l'humanité : Tunité non-seulement d'origine, mais de cœur, d'âme et
i. S. Laurent, on le sait, mettant cette parole en action, réunit ks pauvres, pour les olTrir au magistrat aYide qui lui avait ordonné de lui livrer ses trésors. (Prudent., i/ymn. t. S9-79, ap. Ad. marU/r. sùieera, p. 189-196, éd. Ruinart, et Ambros. De offic. minisir. II, 38, § 140, tll, p. 104. Voyex encore Aug. Serm, aau, t. V, p. 816-8^; Serm, ocoi, § 8, t. V, p. 1809, a ; « Magn» opes sunt christianorum nécessitâtes « egentium ; » et le Serm. cxui sur ce texte : FacUe wbù amion de mammorta iniquitatiê (Luc. vi, 9), t. V, p. 816-822.
2. Uieron. Ep. zlvu, ad Furiam. De viduU. sert,, t. lY, P. u, p. 558- 5Ô9, etc. ~ <( Quia quod alteri contuleris, tibi solvis : quidquid a te « procedit in te recurrit, et quidquid profueris tibi profidt. > (Ambros. inps. cxvui, n* 10, t. I, p. 1090. Cf. inp». lu, n* 21, t. I, p. 963; n Etang, tec. Luc. ▼, n* 78, 1. 1, p. 1374. — Aug. Ep. ccLXTm, t. U, p. 1368, b; in pt. xxxvc, § 6, t. lY, p. 406, a; in pi. xxxrm, § 12, et xLviii, §9, t. IV, p. 451 et 611, a; Serm. n, 21, t. V, p. 91, c; Serm. xxux, 8 (ibid., p. 284, b); Serm, un, 4 (p. 447, b]\ Serm. xlv, 4 (p. 368, a). Voyez encore Serm. lx (p. 494-503) et sârm. ui (p. 503- 510); Serm. Lxxxvt, 2 (p. 654); Serm. cxm (p. 816-822) ; Serm. an, 5 (p. 825, b); Serm. cLxxvm, § 2 (p. 1229, a) : « Si servaTeris, tua (( non erunt ; si erogaveris, tua erunt ; Serm. clix, 3 (p. 1549-1550) : u . . .Miserere hominis homo, et tul miserebitur Deus. Tu homo et aller « homo, duo miseri ; Deus autem non est miser, sed misericors. Si « autem miser non miserealur miserum, quomodo ezigit misericor- « diam ab illo qui nunquam erit miser? » — Chrysost. De verbù apoêt. etc., hom^ u, 9, t. III, p. 278, c; in cap. xvni. Gène», hom. xui, 7, t. IV, p. 434, a; in Joann. honUl. ux, 4, t. YIIl, p. 350, fr, et le commentaire des paroles du jugement : in cap. xxt Gènes, hom. l, 2, t. IV, p. 498, b; in Ep. ad Ephe*. //, hom. n. 3, t. XI, p. 29, b. — Ambros. Ep. I, umi, § 87, t. II, p. 1043, et De offic. ministr. U, xxvm, § 140, t. U, p. 104, où il cite le trait de S. Laurent.
de vie, Tunité par la charité, l'unité en J. C. qui est charité *•
Cette doctrine, appliquée parmi les chrétiens, devait prévenir la misère et ces tristes nécessités de la servitude qu'elle entraînait pour les classes inférieures. Elle avait commencé entre les premiers disciples de la foi, par la communauté véritable* : elle avail dû, dans un cercle plus large, changer son mode d'application. Les biens restèrent distincts, mais ne laissaient pas de contribuer aux besoins des plus pauvres ; la contribution affectée aux agapes, ce repas en commun qui rappelait et réalisait, dans les limites du possible, le principe de la communauté chrétienne, servait au secours des indigents et des infirmes'. Alors que les Bgapes ne furent plus célébrées, les secours ne cessèrent point d'être recueillis parmi les fidèles. Les évèques, tuteurs-nés des pupilles, fondés de pouvoir des pauvres, en étaient les dépositaires^; les prêtres les aidaient à en faire la distribution. Si l'argent ne suffisait pas aux besoins, on n'hésitait point
1. H Chantas qua in une incommutabili unum sumus. » (Aug. De peceat meriiiê et remise, I, i, t. X, p. 191, a; cf. inJoann. Ev. tract, xTiii, A, t. m, p. 1886, a; tract, lxv, 3, t. lit, p. 2248, a, et in Ep, Joan. Urati, VIII, t. lU, p. 2559. — Chrys. in incompreh, Dei nal, i» 1, t. 1, p. 445, b; De laud. S. Pauli apost. hom. m, t. II, p. 490, b,
3. Les Pérès aimaient à le rappeler, pour en faire revivre Tesprit au moins parmi les fidèles. (Âug. in pe, czxxi, 5, t. VI, p. 2100, d, 2101, a; Ghrys. m Act. Apost, ham, vu, 2, et hom, xi, 1, t. IX, p. 58, c, et 90; et sur la charité de S. Paul envers tous les hommes. De sanct, mart.^ § 3, t. II, p. 655, c; in Ep, Il ad Cor, hom, xm, 1, t. X, p. 531, b^ c, etc., etc.)
3. Tert. Apol. adv, geni, 39, p. 31, fr, et 32 : c. . .Si quidem inopes < quosque refrigerio isto juvamus non qua pênes vos parasiti affeoc tant, etc. »
4. Aug. Ep. tuxxv, 35, t. Il, p. 986, d; Serm. clizvi, 3, t. V, p. 1215, a, b.
à briser les tases de l'église même consacrés ^ ; et cette ardeur de charité, qui devait être un préservatif contre l'esclavage, fit quelquefois des esclaves. Saint Pierre le Collecteur {telonearius)^ au temps de Justinien, cet homme, jadis si dur envers les pauvres, converti par la charitéy se faisait vendre par son trésorier au profit des indigents*. Saint Sérapion donnait ses vêlements, donnait son Évangile et se donnait lui-même à une pauvre femme qui le vendit à des mimes grecs. Il était difficile de faire du saint un mime; il fit de ces mimes des chrétiens'.
Bientôt la vie en commun, rendue impossible par la diffusion de rÊglise, se rétablit en communautés religieuses. Ce furent, comme à l'origine, des refuges où les pauvres, libres ou anciens esclaves, purent trouver place et vivre en frères; et saint Augustin défendait d'en repousser personne*, il cherchait à les multiplier, et comparait les riches qui les faisaient bfltir aux cèdres du Liban, où les
1. a . . . Sin vero pauperibus erogat, captivum redimit, misericordia « est. . . In his tribus generibus Yasa ecdesiae, etiam initiata, confrin- <( gère, cooflare, vendere hcet. » (Âmbr. Deoffic, II, xxtui, § 142, t. II, p. 104.)
2. Trait cité dans la vie de S. Jean TÂumônier (BoU., janvier, t. II, p. 506); rhistoire de sa conversion est bizarre et touchante. Pour repousser les importunités des pauvres, il leur jetait des pierres. Un jour, n*en trouvant pas sous la main, il leur jeta un pain à la tête. II tomba malade et eut une vision. Ses mérites étaient comptés : dHin côté étaient tous ses crimes, de Tautre ce pain, jeté comme une insulte aux pauvres, et accepté comme une aumône par Jésus-Christ.
3. f . . .Tradidit se ei ut venderet eum ad mimos graecos quoset chrisc tianos fecit in paucis diebus. » {Ibid., p. 507.)
4. tt Nunc veniunt plerumque ad banc professionem servitutis Dei < et ex conditione servili, vd etiam liberti, vel propter hoc a dominis (( liberali sive I erandi, et ex vita rusticana, et ex opiûcum ezeroita- • lione, et plebeio labore, tanto utique felicius, quanto fortius edu- « cati. Qui si non admittantur, grave delictum est : infirma mumdi dt- « gii Deu», » (Aug. De opère monach., § 25, t. VI, p. 822, c.)
passereaux vont poser leur nid^ Mais cette institution ne reœvaitles pauvres qu'en les séparant du monde; or ils pouvaient y tenir par des liens sacrés aussi : on leur affecta d'autres demeures où ils trouvaient, sans rompre avec leurs familles, les secours que demandait leur état de misère et d'infirmité. Un banquier, dont parle saint Basile^ avait fondé et entretenait à ses frais un établissement de ce genre. Le saint lui-même en avait ouvert un autre à Césarée; d'autres s'élevèrent à Amasée et en plusieurs lieux. Saint Jean Chrysostome mentionne Thospice de Constantinople, saint Jérôme celui de Rome; saint Augustin avait établi à Hippone un semblable refuge, et l'usage ne tarda pas à s'en répandre partout*.
Cette institution est Thonneur du christianisme. L'antiquité païenne n'eut pas d'hôpitaux : elle avait pourtant ses misères ; elle avait, parmi les hommes libres comme parmi les esclaves, plus d'un malhetureux à recueillir. Il y eut bien en Attique et à Rome un système de secours pour l'indigence, mais il s'appliquait seulement aux citoyens, et, à Rome, il se renferma dans des conditions particulièi*es quand ce nom de citoyen fut devenu commun à tous les habitants de l'Empire. Hors de là, aucune de ces mesures générales qui prennent, au seul titre de ses besoins, la vie d un homme à la charge du public. L'homme libre était abandonné à lui-même, l'esclave à son maître, ce qui,