Ihid. IV, TU
42 LIVRE m. CHAPITRE I.
présente. Enfermée dans le temps, la philosophie ne pouvait trouver de consolation à l'esclave qu'en le payant de mois. Cela suffit à Épictète, et il dédaigne tout le reste. Mais ce que nous avons vu ne nous ôte pas le droit de demander s'il y avait lieu de tant rabaisser la foi et la pratique de l'Église devant les théories de son austère et sèche raison.
Cette impassibilité stoïcienne qu'on trouve dans l'ancien esclave Épiclète se reproduit dans l'empereur Marc-Aurôle, son disciple. Il y a, sans doute, de la grandeur dans un prince qui sut user du trône, comme Épictète de ses fers; il y a de l'élévation dans cette pensée qui posa si généreusement les grandes questions morales de Tâme et de la Providence, et n'en dit rien qui ne fût digne de la condition de l'homme et de la nature de Dieu (1). Comme Épictète, il sent bien que l'humanité ne se renferme pas dans les murs de la cité ; il lui reconnaît une plus vaste pairie, c Un poète fait dire à son personnage : « 0 bien-aiméo « ville de Cécrops ! » Et toi ne peux-tu pas dire : « Salut, chère cité de Jupiter M i» Mais cette cité comprend, comme l'autre, ses libres, ses esclaves; et, adoptant la doctrine d'Épictète, il rejette la liberté et la servitude dans le domaine de l'âme, dans le ressort de la volonté. Qu'il disserte, après Epictète, dans le langage du Portique, sur la servitude du corps et sur cette liberté de l'âme, élevée, par sa nature, au-dessus de l'atteinte des brigands', il n'en maintient pas moins, dans le domaine du droit, le fait social de l'esclavage ; et on pourrait douter de ses senti-