Oc/., XIV, 513 ; XIV, 7 ; XIV, 419; XIV, 414, et XV
indépendante et mieux assurée; ils leur donnaient une maison, une compagne, sorte d'affranchissement qui préservait en même temps leurs vieux jours de la misère et de Tabandon. Ccst l'avenir qu'Eumée attendait de la bonté d*Ulysse; c'est la récompense quTlyssc promet aussi au berger Mélanthius pour prix de son concours dans la lutte qui doit lui rendre le palais d'ilhaque*.
La générosité des maitres leur valait rattachement de leurs esclaves : Ulysse ne trouve pas d'amis plus sûrs au milieu des périls de son retour; et les tragiques, dans la mise en scène de ces vieilles traditions, les montrent avec le même caractère. Les femmes esclaves y sont déjà le type de ces confidentes des pièces empruntées à leur théâtre; elles ont pour leur maîtresse un dévouement qui va jus* qu'à la mort, jusqu'au crime. Ainsi la suivante d'Andromaque affronte pour elle tous les dangers ; la nourrice de Phèdre brave tous les remords quand, pour lui sauver la vie, elle s'efforce de la rassurer et la seconde dans sa passion incestueuse ; influence détestable qui an*ache cette imprécation à Hippolyte : a 11 serait bon qu'au lieu de ces esclaves les femmes eussent pour compagnes des vipères pleines de venin, mais sans voix*. »
Tel est l'ensemble des faits qui représentent l'esclavage
i,Od., XIV, 62-68, et XXI, 214-217.
2. Eurip., Androm,, 89; Hippolyte, 454 et 641. * Voyex aussi les exemples d'attachement de Tesclave qui faisait partie de la dot de Glytemnestre , dans ïlphigénie à Aulis , de la nourrice de Médée , et du vieux esclave qui éièye ses enfants, etc.
dans llomère; car nous avons eu soin de ne lui associer les tragiques que pour les points où ils se bornent à peindre, chez les mêmes personnages, les mêmes situations et les mêmes sentiments. Ne dissimulons rien pourtant. L'épo* pée, prise pour histoire, même dans ces temps anciens, impose une grande circonspection à la critique, et, pour dégager la vérité de la fiction dans les tableaux de mœurs qu'elle nous retrace, il faut soigneusement distinguer ce qui est du dessin et ce qui est du coloris. Le dessin est vrai, en général, et les traits qui le forment sont em< pruntés à la réalité même; mais la couleur est due à rimagination du poêle, qui idéalise et embellit ce qu'elle touche. Ainsi les principaux traits de l'esclavage aux temps héroïques, ses origines, ses charges et ses devoirs, peuvent légitimement se chercher dans les peintures dHomère, et l'association qu'on y voit des maîtres et des esclaves aux mêmes travaux autorise aussi quelques conjectures sur les rapports des maîtres et des esclaves entre eux. Mais peutêtre ne faudrait-il pas trop se faire illusion sur les douceurs de cette servitude, ni regarder, comme la simple et sincère image du traitement des esclaves, tant d'exemples d'indulgence et de débonnaireté. Car, sous l'autorité absolue et tout arbitraire du maître, on passe du bien au mal par une série continue de nuances, et, en pareille matière, le fait change bien aisément de nature, s'il change de forme ou de couleur.
Cependant, quand l'esclave aurait obtenu ces ménagements de la part du maître, et son état ne fût-il autre chose qu un échange sagement compensé de services et de protection, ces relations n'en seraient pas plus acceptables pour cela dans la constitution d'une société régulière; car il n'y a point de contrat sans obligation réciproque :
90 LIYUB I. CHAPITRE If.
or, ici, Tesclave seul est obligé. Que Ton Tante autant qu*on voudra la mansuétude du maître, qu'on exalte cette condition heureusement dépendante qui affranchit Tesclave des soucis de la misère et sauve à son imprévoyance les tristes hasards de l'avenir : c*est un mal que d'ôtcr absolument à Phomme l'enseignement du besoin et le prin* cipe des efforts qu'il doit tenter pour le vaincre, parce qu^on lui ôte en même temps la conscience de sa force et le vrai sentiment de sa dignité. Mais ce n'est pas tout. Ce faux contrat, qui oblige l'esclave seul, laisse celui qui le possède entièrement libre dans sa conduite envers lui. Or, si, au premier âge d'un peuple et sous l'influence d'une civilisation naissante encore, l'homme libre, rapproché, par la simplicité des mœurs, de la vie de son esclave, le traite à peu près comme un des siens, le temps marchera, qui rompra cette association passagère ; et l'esclave, abaissé par l'élévation du maître, verra sa condition s'aggraver de tout ce qui s'ajoute au bien-être de ce dernier. Voilà où réside l'intérêt malheureusement trop actuel encore des recherches que nous avons poussées jusqu'aux origines de l'histoire. Il faut suivre Pesclavage à travers les progrès et les transformations des sociétés pour le connaître à fond et montrer comment l'expérience de tous les temps est conforme au droit et à la raison. Toute conclusion qui ne se rapporterait pas à cet ensemble de faits serait incomplète et sujette à l'erreur. Elle serait fausse surtout, si, en s'attachant à ces époques plus douces de l'esclavage, elle prétendait rejeter tous les excès qui suivirent parmi ces altérations que les meilleures choses peuvent subir, comme si l'abus n'était point dans la nature même d'un engagement sans réciprocité. Et d'ailleurs, ce qui constitue la nature d'une chose, comme le dit Aristote, c'est ce
qu'elle est après avoir reçu son entier développement*. Comment donc conclure touchant Tesclavage, quand il est encore dans sa première période? Juge-t-on de l'arbre par sa fleur? La fleur passera laissant un fruit amer : c*est par le fruit qu'il en faut juger.
ilvat ixàoTOu, âoirip divOpwirou, iincGU, oîxîa;. (Arist. Polit,, I, i, 8.)
Si les temps héroïques nous montrent peu d'esclaves encore, la période suivante» et par les révolutions qui l'ouvrirent, et par le développement que prirent les sociétés, vit s'étendre considérablement le cadre de l'esclavage.
Le grand mouvement qui commence avec elle les vrais temps de Thistoire, en renouvelant la face de la Grèce, substitua en plus d'un lieu la servitude à la domination. A la vue des Troyennes captives, Euripide faisait dire à l'un des vainqueurs : « Hélas! hélas! je suis bien vieux» mais puissé-je atteindre encore le terme de mes jours avant de tomber en de si affreuses misères M » Ces malheurs, dont ils détournaient d'eux le fatal présage, retombèrent sur la seconde génération de leurs descendants; et les peuples qui avaient figuré au premier rang dans cette guerre furent ceux qui éprouvèrent principalement ces retours de la fortune. Soixante et quatre-vingts ans après la ruine de Troie, les Thessaliens firent invasion dans la patrie d'Achille, les Doriens dans les royaumes de