‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 197 sur 366 · Xénoph., HelL, VI, i · texte numérisé non relu

Xénoph., HelL, VI, i

n'avaient eu à choisir qu'enti*e Témigration et la servitude.

Tels furent les peuples de la primitive Ilellade, les Êoliens et les débris des Pclasges qui lestaient parmi eux : je veux dire les Perrhëbes et les Magnètes les plus voisins de la contrée soumise ^ Us étaient donc esclaves par la force des armes, mais ils n'en portaient pas le nom. On les appelait pénestes % mot qui, selon plusieurs, était une altération de ménesles ([xevÉTiai, qui demeurent, servi manentes)^ et eût ainsi poilé la double empreinte de leur origine et de leur condition '. En effet, ils étaient restés dans leur patrie à la condition d'y rester toujours. Aux termes de leur traité ils ne pouvaient être vendus hors du pays, ni être mis à mort ; mais ils devaient cultiver la terre en payant une redevance \ Ainsi fixés au sol et protégés contre Tarbitraire, ce sont moins des esclaves que des serfs, dont les devoirs et les droits étaient réglés par un mutuel accord '. C'est à ce titre qu'ils se répartissaient entre les hommes

i. Archémachus (Eubotques, HI, ap. Athén., VI, p. 264) ne parlait que des Béotiens d^Arné. Théopompe (au livre XVR de ses histoires, ap, Athén., VI, p. 265) citait les Perrhèbes et les Magnètes. Il faut, comme nous Tavons dit, ne Tentendre que du petit nombre de ces derniers.

2. nivtata; rco; pivi ^cvca ^cuXou;, ^là iroX^pLOv ^* iQXei>KOTfli{. (Athén., ibid., p. 264, Cf. Hésychius, Ilarpocration et Photius, Lexicon^ v, niv^crrat.) Il est inutile de dire que cette interprétation, vraie pour les premiers pénestes, ne s'applique point à leurs descendants, qui subissaient la même condition par le fait de leur naissance.

5. Archémachus, ap. Athén., ibid,,^ et Photius, Lexicon. Denys d'Halicamasse semble le dériver de TrcvYi;, pauvre, dérivation qui convient plus à la grammaire qu'à l'histoire (voyez plus bas).

4. UoL^iètùxay éauTcù; tcî; BirroiXotc ^ouXiuitv xa6* 6{AoX&^îac' I9' & côtc iÇdcÇouotv (XÙrcù; va t^; x^^^f ^'^* it70»TttvoÛ9iv, a&roi èk ttiv x<^P^^ flcùrotç

i^a2[c{uvci Tsc ouvra^tt; àirc^ttaouoivi.. (Arcliém., ap. Athén., VI, p. 264.)

5. Leur condition, au dire des anciens, tenait le milieu entre TescUi* vage et la liberté : Msra^b ^xùv x«l ixiu6<^«»v« (PoUux, Oiioiir/,QI, § 95.)

96 LIVRE L GUAPITRE 111.

libres ^ ou se groupaient autour de ces grandes maisons des Aleuades, des Scopades, si puissantes en Thessalie*. Le fermage déterminé (7:£vs(ntxsv), qu'ils payaient sans variation pour leurs terres, leur assurait tous les profits des années plus heureuses, ou d*une culture plus intelligente et plus productive; et cette excilation l^itime développant leur industrie, quelques-uns devinrent plus riches que leurs maîtres'. Mais les habitudes belliqueuses des Thessaliens, qui leur laissaient ces avantages, leur imposaient d'autres devoirs. Ils devaient les suivre à Tarmée. Pendant la guerre du Péloponnèse un simple citoyen de Pharsale mit douze cents pénestes à la disposition d'Athènes* ; et, quand Jason dePhères eut la pensée d'imposer son influence à la Grèce, il comptait sur eux pour équiper les vaisseaux avec lesquels il eût disputé l'empire de la mer aux Athéniens ^ En temps ordinaire, les Thessaliens les admettaient même dans la cavalerie, sacrifiant leur préjugé au désir d'entretenir toujours forte et puissante cetle arme qui faisait leur réputation dans la Grèce ^

Plusieurs aussi ne durent pas seulement accompagner leurs maîtres à la guerre, mais demeurer à leur service : de là peut-être le nom de 6e9?aXctxéTat, domestiques des Thessaliens, qui leur était donné ^ ; et, s'il faut en croire

(Eurip., Phryxus, ap. Alhén., ibid.) ± Théocrite, XVI, 34. — 3. Ârchémachus, ap. Âthén., ibid, — A, Démoslh., Sur le Gouv, de la Rép., p. 173. — 5. Xénoph., HelUn., VI, % il.

6. Démoslhènes, c. Aristocrate, p. C87, et Gouo, de la RépubL, p. 173. On sait que la cavalerie fut toujours regardée comme un corps délite. Voy.Ânstote,Po/ti.,Vl(4), ui, 2, de l'édition de M. Bartlièleroy- Saint-Hilaire.

7. Philocrate, dans un livre (iv ^tur^tt» eirroXixMv) dont Athénée ne

Denys dllalicarnasse, dans un passage où il compare assez mal à propos les clients de Rome aux pénestes de Thessalie et aux thètes de rAttiquc, les Thessaliens-en usaient à leur égard avec une dureté superbe, les menaçant de coups à la moindre négligence et les fraitant d'ailleurs comme des esclaves achetés ^ Mais cet asservissement, dit Aristote, fut souvent funeste aux vainqueurs. Plus d'une fois des mouvements éclalèrent : par exemple, à l'occasion d'une guerre des Thessaliens contre les Perrhèbes et les Magnèlcs, peuples généralement libres encore ou rebelles eux-mêmes*; on croit Irouver dans Aristophane la trace d'une autre insurrection qui parait avoir éclaté pendant la guerre du Péloponnèse, avec l'appui des Athéniens*.

L'impulsion donnée par les Thessaliens se communiqua de proche en proche, et les populations chassées par la

garantit pas, d'ailleurs, rautlienlicité. Cf. Ilésychius et Ilarpocratioii, Ltxic. (i;ocencvi<rrai). Théocrite, dans le passage cité, fait également allusion à des serviteurs domestiques, tout en leur conservant le nom de pénestes :

noXXct Iv 'Avrtd'x&tc ^cii.ct; xat avaxTc; *A>.£Û%

1. Éxiîvoi ptàv ^àp uirtponTuew; ixp'*^'^"® "f®*? TriXarai;, l^i. Tt iiri- ToirrcvTi; ou irpoonixovTA iXiudspoi;, xal àroTC {ivi irpa^tiàv ti tûv )ciXiuo{j.av6)v 7rXr,-yà; ivtiivovti;, x*i toXXa ûonip âpppuviÎTCi; x?'^I'''vct. (Denvsd^Ualicar-

nasse. II, 9.)

2. Ô TE •yàp eiTToXtrtv TKvwTfi'flc wcXXflixi; iTTiôtTO TGÎ; 8iTTaXcî;, etc. (Arist., PoL, II, VI, 2 et 3.; cf. U. ii, 12.)

5. Aristoph., Ctiépex, 1 265, ainsi entendu par Olfr. MûIIer. Tittmann [Hist. des irutit. de la Grèce), qui s'exagère la part de liberté laissée aux pénestes, a tort de les confondre avec les Pénestes, peuplade d'Ulyrie où se trouvait Uscana, et qui, dans les guerres de Rome contre Persée, flottèrent entre les deux puissances. (Tite Live, XLII, 20, 21 et 23.)

98 LIVRE I. GIIAPITRE UI.

conquête, se faisant conquérantes à leur tour, portèrent en d'autres lieux le joug qu'elles n'avaient point' voulu subir. Ainsi les Béotiens d'Arné, fuyant la Thessalie et Pesclavage, vinrent s'établir dans rAonie, depuis nommée Béotie^ et retinrent dans la dépendance ceux des anciens habitants qui ne cherchèrent point d'autres demeures*. Les Doriens, que leur émigration soit spontanée, ou qu'elle se rattache au refoulement des populations de Thessalie, portèrent les mêmes formes d'asservissement dans le Péloponnèse, en Laconie, en Messënie, en Ai^olide, comme dans les établissements qu'ils fondèrent au dehors.

C'est surtout chez les Doriens que les rapports des vainqueurs et des vaincus prennent un caractère net et précis. Chez eux en effet la séparation des deux races et rasser>issement de l'une à l'autre ne sont point seulement des faits, mais un système ; c'est le fondement 3ur lequel repose la constitution même de l'État. L'Etat ou la cité pour les Doriens est une société dont toutes les forces sont dirigées vers le même but. Celte unité d'action, dont le plus sûr principe est la communauté d'intérêts, avait pour garantie parmi eux non seulement l'entière parité des droits entre tous, mais l'identité de la race, une sorte d'homogénéité dans l'égalité. Telles sont les premières conditions de la cité dorienne. Ainsi constituée, elle agira sous une même influence et comme par un même instinct ; mais, pour que cette action se développe avec toute sa puissance, une condition nouvelle est nécessaire : il faut que les soins de la vie privée ne détournent pas le citoyen

1. On les nommait Thébagèneê, etÉphore les distingue des Thébains, maitres de Thébes. (Ammon., voce ©T,€aî&i; Cf. Olfr. Mûller, Orchom,^ 587, 588, et Dor., IH, iv, G.)

des occupations de la vie publique, il faut qu'il soit servi. Les loisirs des Doriens imposent donc le travail aux races étrangères, et leurs libertés civiles sont fondées sur Tasservissement des vaincus.

Il en fut ainsi partout où ils formèrent un État. Mais la rigueur de ce principe et des rapports qu'il élablissait entre les vainqueurs et les vaincus dépendait surtout de la force avec laquelle ils surent l'imposer et le défendre ; et le Péloponnèse, où ils s'établirent, en offre des exemples divers. En plusieurs lieux leur conquête dut s'arrêler aux points où elle s'était portée d'abord ; ailleurs elle ne s'étendit que par un progrès lent et vivement disputé. Même en Laconie, où ils finirent par rester les maîtres, il semble qu'après avoir pris position dans une ville qui, selon Mûller, n'aurait rien de commun avec la brillante cité de Ménélas, ils aient dû transiger avec les populations d'alentour presque sur le pied de l'égalité'. Mais bientôt ils se crurent assez forts pour leur enlever ces libertés garanties au premier jour de la conquête. Les uns se résignèrent au tribut qu'on leur imposa, les autres résistèrent, particulièrement ceux d'Hélos, et furent soumis ' ; d'autres enfin bravèrent pendant plus de trois cents ans tous les efforts des Spartiates, et entrèrent alors seulement dans le système où la conquête avait rangé les vaincus. Dès ce moment il n'y eut plus en Laconie qu'un seul État, mais où les rôles se partagèrent selon les races : d'une part le commandement et les soins divers de la vie publique réservés aux Doriens (t^v xoivbv tyjç xdXew;

1. Ttroucouovra; ^ àiïavTaç Tcù; irtpio(/.cu; StrapTiarûv ^jauç t90vo(xou; tfvai) {UTtxcrroiç xal iroXmtoi; koX àp^tt^^v* xocXsîoOai ^i iiXcuto^. (Éphore, ap*

Strab., Vm, p. 565.) â. Ëphore, ibid.^ et Théopompe, ap. Àthén., VI, p. 272, c.

iOO LIVRE I. CHAPITRE III.

y.o(y[jLcv aibÇstv) * ; do l'autre l'obéissance et toutes les charges de la vie commune réparties entre les indigènes à deux degrés distincts d'asservissement : au premier degré les périèques, au deuxième les hilotes ; les périèque$ ayant quelque analogie avec les peuples tributaires des Thessaliens que Xénophon comprend sous le même nom général» et les hilotes rapprochés des pénestes par plusieurs autorités*. Mais, après les ressemblances amenées par l'analogie de la conquête, viennent les difTérences bien plus graves qui résultent de l'organisation des deux races conquérantes. C'est ce que nous allons faire ressortir en parcourant l'un après l'autre ces deux degrés de dépendance. Les Achéens, qui ne sortirent point de Laconie et se soumirent, y gardèrent» sous le nom vague de périèques (habitant à Tentour), leurs villes 'et une portion des campagnes. Dans le partage réglé par Lycurgue, le pays qui leur fut laissé formait trente mille lots, représentant un même nombre de familles agricoles. Ils étaient tributaires (ffuvTeXeï;), privés des droits politiques, et ne retenant que dans une sphère très étroite le pouvoir de s'administrer par eux-mêmes * ; ils se tournèrent vers le travail, dont l'exercice exclusif et tous les avantages leur étaient garantis par les institutions qui imposaient aux Spartiates le loisir et la pauvreté'^. Tandis que plusieurs familles restaient à Sparte, où elles se transmettaient pour héri-

Page 1