Uérod., IX, 10 et
3. Hérod., VII, 254. Les plus jeunes, qui n'avaient point achevé leur éducation militaire, et les plus âgés, restaient ordinairement dans les limites de la Laconie. (Cf. Thuc., Y, 64.)
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ajouté que cette quantité, suffisante pour la nourriture de quatorze à quinze personnes» ne devaient pas seulement servir aux Spartiates, mais encore aux hilotes employés à leur service. D'un autre côté, nous savons, par Tyrtée, que Thilote payait au Spartiate la moitié des produits de la terre :
'H^iTif Trâvd' ôaffbn xapirov ôpoupa fiptt.
Chaque lot produisait donc cent soixante-quatre médimnes de blé et une mesure correspondante d'huile ou de vin, c'est-à-dire une quantité suffisante à la consommation de vingt-neuf personnes, à raison de trois quarts de chénice par tête et par jour. Ainsi les neuf miUe lots pouvaient nourrir 261,000 personnes, c'est-àdire un nombre de très peu supérieur au total des Spartiates et de leurs hilotes comme nous les avons comptés (251,000) (10).
On peut donc fixer à 220,000 environ le nombre total des hilotes; joignez-y les 120,000 périèques, et vous aurez 340,000 sujets pour 32,000 Sparliates. C'est à une population plus de dix fois supérieure en nombre à la sienne que Sparte donnait des lois. Elle se roidit contre le danger, suppléant au nombre par Taudace ; et, sans aucun doute, sa confiance en elle-même , son énergie morale , non moins que le prestige de son organisation et de sa puissance, exerçaient sur les peuples soumis une sorte de fascination à laquelle s'ajoutait encore une secrète terreur.
On sait par quels formidables expédients elle conjurait au besoin le péril. Aristote dit que chaque année les éphores entrant en charge déclaraient la guerre aux hilotes. Les jeunes gens les plus habiles et les plus hardis
partaient armés de poignards ; et, dispersés dans les campagnes, cachés pendant le jour, en des taillis ou des cavernes, ils épiaient, le soir, les hilotes le long des routes, égorgeant ceux qui leur tombaient sous la main. C'est ce qu'on appelle la cryptie^.
Au premier abord, l'esprit se révolte contre une pareille énormité : on ne conçoit pas qu'une population tout entière ait été ainsi mise, pour ainsi dire, en coupe réglée ; qu'une chasse ait été organisée et annuellement ouverte contre des hommes qui venaient ensuite régulièrement acquitter leurs fermages. Otfr. MùUer a cherché quelque explication de cet usage et entrepris de redresser le texte d'Aristote, mal entendu peut-être par Plutarque, au moyen de plusieurs passages de Platon. La cryptie ne serait plus qu'une de ces épreuves imposées aux jeunes Spartiates à la double fin de les former aux fatigues des campagnes et d'exercer sur les hilotes une surveillance utile à l'État. Cependant on pourrait l'entendre dans un sens plus rapproché du lexte ; il y gagnerait en vraisemblance, sans perdre beaucoup de son horreur. Il faut remarquer en effet les conditions imposées à cet usage. Les
1 . • CeUe ordonnance estoit telle : Les gouverneurs qui a voient la superintendance sur les jeunes hommes à certains intervalles de temps choisissoient ceux qui leur sembloient plus advisés, et les envoyoient aux champs, l'un deçà, Tautre delà, porlans quand et eulx des dagues et ce qui esloit nécessaire pour leur vivre seulement. Ces jeunes hommes estans espars emmy les champs, se cachoient durant le jour, en quelques lieux couverts, là où ilz se reposoient ; puis sur la nuict s'en alloient espier les chemins, et y luoient le premier qu'ilz rencontroient des ilotes, et quelquefois alloient de plein jour parmy les champs en occire les plus forts et les plus robustes... Et Aristote, oultre tous les aultres, dit que les éphores, si tost qu'ils estoient installez en leurs offices, denonceoient la guerre aux ilotes, à celle fin qu'il fust loisible de les occire. » (Plut., Lyc, 58, trad. d'Amyot.) Le texte grec (28) n'a rien qui justifie les mots de plein jour,
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hiloles sont prévenus, et les jeunes Spartiates contenus en des limites précises de temps et de lieu. L'hilote qui, le soir, se hasarde sur les chemins, peut seul être tué. C'était comme une loi de couvre-feu laconique, et, en même temps, un exercice d'embuscade pour la jeunesse. Quand bien même cette pratique n'eût pas eu d'autre but, elle serait tout à fait dans les idées de Sparte, qui ne regardait pas à un peu de sang d'hilote pour former ses jeunes guerriers; mais, alors qu'on la réduirait à un simple objet de surveillance, la mesure pourrait bien n'être pas beaucoup moins cruelle. Ces jeunes ^ens étaient armés; nulle régie ne limitait leurs pouvoirs, et Ton comprend quel usage ils en devaient faire, sous Tinfluence de celle éducation de combats et de ruse. La cryptie, sans avoir le caractère atroce que lui croit Plutarque, n'était donc pas, au moins, non plus cet inofensif apprcnlissage que Platon eût volontiei^ établi dans ses Lois^ Du reste, indépendamment de cet usage, où pouvait d'autant mieux se cacher et s'accomplir, au besoin, une pensée de massacre, qu'elle y était moins nécessairement liée, Sparte, on le sait, recourul encore plus d'une fois à ces mesures désespérées, quand le salut public semblait cf.mpromis : « car toujours, dit Thucydide, les Spartiates s'appliquèrent principalement à se mettre en garde contre les hilotes ; » et il en donne cet exemple. On les invita publiquement à choisir ceux d'entre eux qui se seraient, à leur avis, le plus signalés dans les combals, pour les récompenser par r affranchissement. C'était un moyen de les connaître. On croyait que ceux qui seraient jugés les plus dignes de la liberté devaient être aussi, par leur ca-