Alhén. VI, p
231 LIVRE I. CHAPITaE VIIL
Ce fait, d'ailleurs, se confirme parce que nous avons à dire de la population servile de TAttique. Car, si raatorité de Thucydide lui impose pour limite supérieure le nombre des esclaves de Chio, l'ensemble des textes des historiens, des comiques et des orateurs, ne permet pas de Tévaluer à moins de 200,000 âmes. C'est ce que nous essayerons de montrer, en faisant la revue des services divers où se distribuent les esclaves, et peut-être Texamen des objections faites à un pareil nombre nous fou rnira-t-il un complément de preuves àFappui.
Nous en convenons d'abord : il ne faut pas s'attendre à trouver chez les Grecs ces légions d'esclaves attachés au service des nobles de Rome. L'Altique peut avoir de riches habitations S' elle n'a point de véritables palais, point de ces demeures grandes comme des villes, organisées comme des Étals. Après le soupçon d'être débiteur du trésor, l'accusation de faste et de magnificence était ce que les orateurs cherchaient le plus à insinuer contre leurs adversaires, ce que les parties en cause avaient surtout à redouter pour elles-mêmes •. Une grande fortune, affichée avec trop d'éclat, eût réveillé les instincts cupides delà foule, en ces temps de démagogie extrême où sa passion dominait la loi. « Ou on ne voie pas, dit Aristophane, chez les uns une nombreuse suite d'esclaves et chez d'autres pas un seul *. i»
1. Déinosthène (c. Ariêtocr,^ p. 689) parait exagérer la splendeur de quelques maisons particulières.
2. Voyez les discours de Démosthène contre Nécera, contre Panténèle, pour Phormion, etc.
3. Mti^ àv^pano^ct; tôv jxsv xp'viodai iroXXoî;, tcv ^oùx dbcoXcû6tt.
(Aristoph. £:cc/és/620.)
C'était la pensée du peuple, et il avait deux moyens de la faire entrer dans la pratique : la confiscation et l'échange. La confiscation, loi d'iniquité, plus inique par son application sous un gouvernement où le peuple était juge et jugeait selon son caprice ; Y échange^ loi d'égalité, simple et dure expression du principe de la constitution poussé h l'extrême ; levier puissant établi au sein du peuple pour mainlenir entre tous l'équilibre des charges publiques, et qui, frappant aux plus hautes fortunes, semblait devoir, en un temps donné, les ramener infailliblement au niveau commun*. Mais le peuple n'élait point si aveugle dans sa démocratie, qu'il sacrifiât à une égalité chimérique ses propres intérêts. Ces grandes fortunes qui portaient le poids des charges de l'Étaf, il sentait bien qu'elles étaient pour les autres une protection et un abri. Aussi la loi assuraitelle un intervalle d'un an au moins dans l'accomplissement des liturgies •, et, dans cet intervalle, le commerce, la banque, les spéculations, pouvaient donner de quoi couvrir les frais d'une fôtc publique ou de l'armement d'un vaisseau.
Il y eut donc toujours des riches à Athènes''; et Platon pose en fait que chez eux on comptait communément plus
1 . En vertu du principe d'égalité qui veut que Ton f raite inégnletnenl les choses inégales, la constitution d'Athènes, depuis Solon, répartissait, selon des proportions diverses, aux diverses classes de citoyens, les contributions communes, et rejetait exclusivement sur les plus riches les charges extraordinaires de l'État qui devaient être supportées individuellement. Si donc un citoyen était désigné pour quelqu'une des liturgies^ il avait le droit d'en désigner un autre, comme plus fortuné, et de lui offrir cette alternative, d'accepter la charge à sa place ou de faire échange de biens avec lui.
2. EvtauToy ^laXtirùv ^xaaro; XsiTcup-^sî. (Dém. c. Leptine^ p. 459, 1. 12, cité par Bceckh.)