LX INTRODUCTION
Sans nier le progrès des mœurs, il faut donc convenir que les idées ont peu changé aux colonies, et Ton est en droit de rechercher si quelque autre influence n'a pas contribué à hâter les réformes dont on parlait tout à l'heure. Il en est une, disons-le, c'est la crainte de l'émancipation, et, à ce point de vue, les abolitionistes, qu'on voudrait tant supprimer, ont été bons à quelque chose. La pensée de l'émancipation était déjà répandue dans le public avant qu'elle fût prise en considération par le gouvernement. Aujourd'hui, l'exemple d'un pays voisin, les déclarations du nôtre pèsent sur les colonies, et font sentir aux maîtres la nécessité de tempérer un régime dont la dureté peut pousser la métropole à
morale... Le jour de mon arrivée à Saint-Luc, un jeune noir a été vu dans la ville ayant au cou une chaîne qui ne pouvait convenir qu'à un homme fait. Le commissaire de police la lui a enlevée » (Exécution de V ordonnance royale; rapport de divers magistrats inspecteurs^ ile Bourbon, publication de i842, p. 107, 115, 116.) A ces fails, tirés de documents officiels, M. Tabbé Dugoujon en ajoute d*autres dont il a été témoin : un jeune nè- ^re mis aux fei*s par son maître, « fort honnête homme d'ailleurs, » de peur qu*il ne se sauvât dans les bois où il s'était vanté d'avoir trouvé une excellente cachette, et deux autres petits garçons, dont l'un faisait dire : « Ah I monsieur, il y a si » longtemps qu'on voit cet enfant avec sa chaîne qu'il semble » être né ainsi.» Il appartient à un boulanger, qui, pour Tavoir toujours sous la main, lui a mis ces entraves. (LettreSy etc , p. 84-86.) Si l'on appelle l'attention du ministère public sur ces faits, il répond que le maître a le droit de tenir ses esclaves à la chaîne; et quand on alléguait les dernières ordonnannces (16 septembre 1841) et les circulaires ministérielles, plus d'une fois il lui est arrivé d'opposer le Code noir. (Voy. M. Rouvellat de Cussac, p. 87.) .