‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 4)Chapitre 89 sur 366 · I/ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). XCVII · texte numérisé non relu

I/ESCLAVAGE DANS LES COLONIES (1847). XCVII

que les progrèsdu nègre devaient servir uniquement à donner au maître de meilleurs instruments de travail, n'en fait guère espérer davantage pour un avenir où Ton voit que ces mêmes progrès doivent aboutir à l'affranchissement. Cette induction est malheureusement confirmée par les manifestations qui se sont produites au sein des conseils de nos colonies contre toutes les réformes; et, pour calculer les effets qu'elles promettent d'avoir sous la sanction des ordonnances, il n'est pas inutile de rappeler l'accueil qu'elles y ont reçu à l'état de simples projets. On repousse l'instruction primaire. « H est dans les vues des colons, » disait un membre du conseil de la Guadeloupe, « d'y faire participer tous les enfants de la population libre, mais les jeunes esclaves n'ont pas besoin de cette espèce d'éducation; leur place est à la garde des troupeaux et aux travaux légers des habitations. » Quant au rapport teur, il trouvait la question fort incertaine encore et toute solution, pour le moins, prématurée'. Nonobstant, le gouvernement a fait bâtir des écoles et ordonné que les enfants de toutes les classes y fussent indistinctement reçus. Mais les colons n'ont prétendu les ouvrir que pour les enfants des blancs,

i. Avis des Conseils coloniaux^ p. 149-150 et p. 113; et pour la Marlinique, p. 80. M. de Broglie avait déjà signalé ces répugnances des maîtres et Tétat déplorable de Téducation des noirs (Rapport, p. 92 et suiv.). — Selon M. Agéaor de Gasparin (Esclavage et Traite, p. 167), dans les Éta^ , du sud de l'Union, il est défendu d'enseigner à lire et à écrire aux esclaves.

XCVUI INTRODUCTION.

et ron vit un maire entrer dans un établissement des frères de Plocrmel et se charger lui-même, sur leur refus, d'expulser comme intrus les jeunes nègres admis en vertu de la loi*. Les faits ont été soutenus, sans démenti, dans la session de 1845, et M. Dubois (de la Loire-Inférieure), après avoir énergiquement résumé ces griefs, a su donner à sa réclamation une garantie légale; par un amendement introduit dans une loi de finances, il a fait décider que tous les ans on rendrait compte aux Chambres de la répartition des fonds destinés à cet emploi*... Mais les documents récemment déposés ont prouvé que depuis 1839 on avait dépensé 3900000 francs (aujourd'hui (1847) 4500 000 francs, sans doute), pour apprendre à lire à douze jeunes noirsM

On se défie de même de l'instruction religieuse ; et, si les Conseils s'y montrent officiellement plus favorables, cette sourde opposition des maîtres a pourtant des organes jusque dans leur sein. Par respect pour la liberté de conscience, on se refuse à imposer une forme déterminée d'enseignement chrétien; et ces nègres qu'on traite partout ailleurs

1. M. Tabbé Dugoujon, p. 18; M. Rouvellat de Cussac, p.l36. — MM. TernauxetLherbeUe, séancedu29maietdu2juinl845.

2. i A Tavenir, le Gouvernement rendra compte aux Chambres de la répartition de l'allocation destinée à Tinslruction publique aux colonies d'après la loi du 25 mai 1857 » (juin 1845).

3. MM. J. de Lasteyrie et Ledru-Rollin ont relevé ces faits à la Chambre des Députés dans les séances des 24 et 26 avril 1847. Cf. M. Schœlcher, Histoire de V esclavage dans les deux dernières années^ p. 76.

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