Giu7S. De Virgin.^ § 52, t. I, p. 313, b
ff 11 y a des femmes si cruelles el barbares, qu*elles frappent de verges leurs esclaves, et que le soir ne met pas fin au supplice... Elles dépouillent les jeunes filles, les enchaînent aux litières, et, plaçant là leurs stupides maris, elles s'en servent comme de 1 cteurs. Convient-il de voir de pareilles scènes dans des maisons de chrétiens? Mais, ditesvous, c'est une race insolente el elfronlée. — Je le sais ; néanmoins, on peut la réformer et la corriger autrement, par la crainte, les menaces, les paroles ; ce sont des moyens qui auront le mérite d*avoir plus d*eflicacilé pour eux et moins de honte pour vous... El puis, si vous allez au bain, on voit encore sur le dos de votre esclave la trace des verges. — Mais, dites-vous, c'est une race indomptable, si on lui pardonne. — Je le sais encore : cherchez donc à la prendre autrement, non-seulement par les coups et la crainte, mais parles caresses et les bienfaits. Elle est votre sœur, si elle est chrétienne... C'est une honte pour un homme de frapper une femme : à plus forte raison à une femme qui est du môme sexe. — Mais quoi ? si elle se dérange ? — Mariez-la ; diez-lui les occasions de tomber. — Si elle vole ? — Gardez-la, observez-la. — 0 exagération 1 je serais donc sa gardienne ! — 0 folie ! pourquoi ne le seriez-vous pas ? NVt-elle pas la même âme que vous, n'a-t-clle pas reçu de Dieu les mômes dons, nVt-elle point place à la même noblesse d'uiigine? — Mais si elle est médisante, querelleu>e, bavarde, ivrogne? — Eh! que de femmes libres sont ainsi M »
Dépravation des mciilres, dépravation des esclaves,
1. Chrys. in Ep, ad Ephei. iv, hom, xv, 3, t. XI, p. 113-114; el un peu plus loin encore : t El maintenant elles en viennent à ce degré de cruauté et de lolie, qu'elles découvrent la tète des esclaves et les tniH nent par les cheveux. »
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358 LIVRE m. CHAPITRE VIII.
voilà les fruits les plus ordinaires de Tesclavagc ; voilà (selon les Pères, du moins) « ce qu'il vaut comme institution sodale, au point de vue de la morale et de la religion. »
Maintenant on peut jugerTensembledela doctrine chrétienne sur l'esclavage, on peut apprécier les effets possibles, les résultats réels de son application. Le christianisme établissait l'égalité de tous les hommes, en nature et en Jésus-Christ ; il proclamait leur liberté, au nom du droit et de la grâce. Voilà son dogme capital, et la base de tout son enseignement. Mais le christianisme, en faisant les hommes libres, ne prétend point les rendre indépendants entre eux. Il ne les isole point, il les rapproche, au contraire ; il les unit, il les assujettit les uns aux autres par les liens de la charité : et cette divine organisation de la société, supérieure à tout arrangement humain, n'en exclut aucune combinaison ; elle s'applique sans effort à tous les systèmes des constitutions politiques. Elle ne veut qu'une chose, mais elle l'exige sans réserve : C*csl que tous ces systèmes, quelque arbitraires qu'ils soient, se conforment à son esprit. A ces conditions, le christianisme acceptera même ces rapports de maitre à esclave, contraires à son principe par leur nature ; car le maitre et l'esclave, si distants que les fasse leur position, doivent se rapprocher dans une même servitude. C'est Jésus-Christ que l'esclave doit servir dans le maitre; c'est Jésus-Christ que le maitre doit honorer dans son esclave, qu'il doit servir, comme Jésus-Christ lui-même voulut le faire envers les siens. Les rangs ne seront point confondus, ni les rapports déplacés, même dans ces devoirs de dépendance mutuelle. Chacun doit les services que son état comporte : la charité adoucit les différences et rétablit
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le niveau. Esclave docile, maître bienveillant, voilà Tcsclavagc chrétien. Ce sont deux choses aussi inséparables que les deux termes simples de maître et d'esclave dans ridée d'esclavage. Séparez-les : vous aurez encore un esclave litigieux ou un mattre selon l'Évangile ; vous n aurez point l'esclavage tel que le christianisme veut bien le loléi^r.
Le chrislianisme, il est vrai, ne subordonne point nécessairement l'un de ces devoirs à l'autre. L'esclave doit être docile, alors que son maître est brutal ; et le maîtres clément, même envers un esclave rebelle : c'est pour l'un et pour l'autre un devoir de conscience. Toutefois, disons-le en passant, nul n'est en droit de revendiquer, en vertu de la loi chrétienne, l'obéissance du serviteur, s'il n'accomplit, avant tout, ses devoirs de maître chrétien. L'Apôtre a parlé aux maîtres et aux esclaves : maîtres, suivez d'abord les préceptes qu'il vous donne, et vous aurez autorité pour rappeler à vos esclaves les conseils qui leur sont adressés.
Hais celte double conformité est-elle vraiment possible? est-il naturellement donné à l'homme de vivre en de tels rapports ? 11 ne faut pas se le dissimuler : si le renoncement à soi-même est la perfection du christianisme, cette vie chrétienne de maîtres et d'esclaves en est le plus haut degré. Servir un homme dont on est l'égal, selon la nature et la religion, le servir, comme on servirait Jésus-Christ lui-même, avec vénération et amour, n'estce point le comble de l'abnégation ? User chrétiennement du despotisme, c'est-à-dire mettre de la patience, de la douceur, de l'humilité, dans l'enivrement du pouvoir absolu, n'est-ce point la plus admirable abstinence? C'est l'homme placé en face des deux passions les plus fortes»
jiO LIVRE III. CIIAriTI\E Vlll.
celle de riadépendance et celle de lu dominalioa, et contraint de les combattre, de les dompter, de les transformer en vertus contraires, de baiser la main qui Topprime, de servir celui qui le doit servir ! — Nul triomphe n'est refusé à la grâce, nulle perfection n*est audessus du niveau où l'homme peut arriver avec Taide de Dieu : les apôtres, au milieu d'une telle société, ne virent point dans cette association contre nature un obstacle insurmontable à la vertu chrétienne ; et les Pères de l'Église conjuraient les esclaves et les maîtres de donner, par cette application des préceptes de l'Évangile, l'exemple le plus propre, en effet, à confondre la sagesse des païens: c< Si l'on voit Tesclave philosopher en Jésus^hrist et montrer une puissance sur soi-même (iY^piT^tav) plus grande môme que celle des philosophes, si on le voit servir avec simplicité et bienveillance, le gentil sera touché de la force de cette prédication ; car ce ne sont point les paroles, ce sont les actes qui révèlent aux gentils la valeur de nos dogmes *. »
Nobles sentiments! et pourtant, quoiqu'ils fissent, leurs efforts semblaient déjà convaincus d'impuissance. Ne Its accusons point dans cette entreprise, et gardons-nous surtout de n'y voir que de la condescendance pour lesmaili*es ou de l'indifférence pour les esclaves. Ces efforts étaient inspirés par des vues plus larges ; ils avaient dans les desseins de la Providence un but plus élevé. Si, en effet, quand la foi était encore si vive, à une époque où Ton sortait de la persécution, où l'on vivait au milieu des souvenirs tout récents du martyre et parmi les merveilles pré-
i. Ghrysost. in Ep, ad TiL it, homil, iv, 5, t. XI, p. 753; Aug. in Pi, GUiv, § 7, t. IV, p. 2018 : « Non ideo christianus effectus es, ul « dedigneris serVire, etc. »
sentes encore de rétablissement de TÉglise, le christianisme fut impuissant à rapprocher l'esclavage des conditions qui seules pouvaient le mettre en harmonie avec TËvangile et eu faire un état rigoureusement chrétien, c'est donc que l'œuvre, sans ëlre au-dessus de l'efficacité de la grâce dans un cercle élroit de vrais fidèles» était en dehors de toute application générale dans une société nécessairement mélangée. Mais dés lors que devient la vie chrétienne, et la règle que la foi lui impose? L'esclavage, en effet, est un état extrême : il n'y a de milieu que dans l'égalilé. Si l'on ne pouvait en soutenir le régime à ce degré surhumain delà perfection chrétienne, il fallait s'attendre au débordement des vices qn*il entraînait après lui parmi les païens : et c'était là qu'on en revenait au temps des Pères. Vainement on avait voulu établir entre les serviteurs cl les mai très cette société évangélique, toute d'humilité^ de fraternité et d'amour ^ Il fallut bien reconnaître que, pour élever l'homme à ce sublime état de la grftce, la meilleure chose à faire était de le ramener d'abord aux simple<« lois de la nature; et, quelles que soient les figures empruntées par les Pères à l'esclavage pour humilier les maîtres, ce n'est pas comme esclaves, c'est comme libres que le Seigneur avait initié ses disciples aux mystères du royaume de Dieu : « Je ne vous appelle plus serviteurs, leur avait-il dit, car le serviteur ne sait pas ce que fait son maître. Je vous ai appelés mes amis : car ce que je tiens de mon Père, je vous l'ai enseigné*.» Aussi, tout en montrant
1. «Tu dominis servos non tam conditionis necessitate, quamofOcii « delectalione, doces adliaerere. Tu dominos servis, summi Dei coininii- (i nis domini consideratione , placabiles , et ad consulendum, qnam ad a coercendum, propensiores lacis. » (Aug. De mor. Eccles, cath, § 65, 1. 1, p. 1146, d.)
2. « Jam non dicam vos servos, quia serons nescit quid facial dr-
au-dessus de Tesclavage la liberté des enfants de Dieu, les Pères de FËglise ne négligèrent point d'y conduire par les voies plus humaines de raffranchissement. C'était le devoir d'une religion qui veut joindre la pratique à la théorie; c'était le complément de Tœuvre du christianisme. Nous dirons dans le chapitre suivant quels furent rétendue et les résultats de leurs efforts.
c minus ejus. Vos autem dixi amicos, quia omnia quaecunque audivi (( a Piitre meonota feci vobis. » (Joann. xv, 15.)