‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 133 sur 201 · Justin. Apol, I, 27, p · texte numérisé non relu

Justin. Apol, I, 27, p

labiés ^ Mais la misère a, sous tous les régimes, ses extrémités; et les Pères du quatrième et du cinquième siècle eurent à condamner les mêmes crimes parmi les hommes de leur temps*. Ils citent des enranls exposés, des enfants vendus même, pour soulager la misère de la famille : vendus sans grand profit pour elle, inhabiles, comme ils Tétaient, à se prêter aux manèges de ces ventes et à se faire valoir auprès de l'acheteur'. Us citent même des enfants mutilés dans l'intention d'émouvoir, par le spectacle de leurs inlirmilés,Ia compassion du peuple au profit de leurs barbares parents ^. Mais, sans absoudre ces derniers, ils s'en prennent à la dureté des riches et ils vont à la racine du mal en cherchant à diminuer ces misères. Ils s'attaquent à l'usure, ce monstre hideux qui vit de la substance du pauvre, qui lui fait un piège de ses secours, et ne lui tend une main garnie d'or que pour le saisir et pour l'attirer, lui et les siens, en servitude. Saint Ambroise, dans son livre de Tobie^ décrit en traits bien vifs ces manèges de l'usurier, qui fournit aux besoins, qui fournit aux plaisirs de l'emprunteur, qui l'enlace de plus

i. c Nam si qui forle de sterilitate christianorum coiiqueri possunt, « primi erunt lenones, . . perductores, aquarioli ; tum sicarii, Yene- « narii, magi. (Tertull. Adv, gentet, 43, p 54 ; cf. Gypr. Ep. uU,f p. 171, « et Clem. Alex. Pœdag. ill, 5, t. I, p. 264-2d5.)

2. c Quid iiii quos faisa pietas cogit exponere? Num possunt inno- « centes exislimari, qui vi>cera sua in praedam canibus objiciuntT « Quisdubitet quin impius sit, qui alienœ misericordiœ iribuit locuinT f Qui eliamsi contingat ei, quod voluit, ut alatur, addixit certe san- « guinem suum, vel ad servitutem, vel ad lupanar. » (Laclant. Divin, intt. VI, 20, p. 491-492; Basil. Ga^s. Serm, xxir. De honore parent, exhib., t. m, p. 586, d; Âug. De nuptiit et concupisc, \, 17, t. X, p. 619, b.)

3. « In auctîone pueri constituuntur mensae minislri, et maie ad- • sueli emptorem avertunt. • (Ambros. De Tobia, t, § 19, 1. 1, p. 597. Cf. De Nabuth., v, §§ 21-25, t. I, p. 570-571.)

4. J. Chrys. m Ep. I ad Corinth. hom, xxi, 5, t. X, p. 187, c.

366 LITRE Ht. CHAPITRE IX.

en plus dans ces filets d'argent, d«nt il ne pourra bientôt ni se dégager, ni rompre les nœuds ^ :

a J*ai vu, dit-il, un lamentable spectacle, j'ai vu des enfants conduits à la vente pour la dette de leur père, héritiers de son malheur sans Télre de ses biens. Et cet infâme attentat n'a point de honle pour le créancier. Il presse, il pousse, il consomme la vente, «c Ils ont été noums de « mon argent, dit-il, qu'ils servent pour leurs aliments; « qu'ils subissent l'adjudication pour les frais de leur « entretien, etc. *. »

L'usure était assez vieille à Rome, en effet, pour marcher encore le front levé, parmi les arts plus nouveaux de l'empire. Elle ne logeait plus dans la demeure des patriciens : il n'y en avait plus ; mais elle s'était accommodée à la décadence du temps, elle était devenue une profession, un métier ; elle était presque une corporation^ elle payait patente^; et, si quelqu'un trouvait à reprendre à ses profils : a Que voulez-vous, disait-elle, je n'ai que cela pour vivre. » — «Le brigand, le meurtrier, s'écrie saint Augustin, pourraient en dire autant*. » L'Église attaque rudement ce vice odieux dans son impudence ou son

Page 1