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4. Plut. De campetc, ira, il, p. 459. Sa pratique valait bien celle
par rhumanilé pure et simple. Il en donne une touchante et noble leçon, à propos de celle dure maxime économique de Calon le censeur : qu'il faut vendre ses vieux bœufs, ses vieux esclaves, avec la vieille ferraille. « Pour moi, dit-il, je trouve que se servir de ses esclaves comme de bêtes de somme, et, après qu'on s'en est servi, les chasser ou les vendre dans leur vieillesse, c'est la marque d'un méchant naturel et d'une âme basse et sordide, qui croit que l'homme n'a de liaison avec l'homme que pour ses besoins et pour sa seule ulililé. ... Je sais que, pour rien au monde, je ne me déferais d'un bœuf qui aurait vieilli en labourant mes terres; à plus forle raison ne pourrais-je jamais me résoudre à renvoyer un vieux domestique, en le chassant de ma maison, comme de sa patrie, et en l'éloignant du lieu où il serait accoutumé, et de sa manière de vivre ordi-
naire*. »
Pline le Jeune, qui connut les chrétiens, et qui, tout en les condamnant pour crime de religion, rendait à leurs vertus iin si éclatant témoignage, se montre, par sa vie domestique, digned'avoir pu les apprécier. Il était pour les esclaves un maître tout débonnaire, jusqu'à souffrir de sa douceur môme, par les négligences qu'elle autorisait*. Mais il en trouvait une sorte de compensation dans le sentiment qu'il avait de sa bonté, pensant au mot d'Homère : « comme un père indulgent, » et pratiquant à la lettre le mot romain :
des Tyrrliéiiiens, qu'il cite en exemple , dans ce même traité, Sur la manière de comprimer sa colère (ibid, p. 460). Us ne fouettaient leurs esclaves qu'au son des flûtes et des hautbois !
i. Plut. Cat, r Ancien, 5 (trad. de Dacier).
2. 11 invite un de ses amis à visiter une de ses campagnes : c ut me « expergiscantur aliquanto, qui me secure ac prope n^gligenter exa spectant. IVam mitium dominorum, apud servos, ipsj consuetudine (i metus exolescit. > (Pline, Epist. I, 4.)
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père de famille^. Ses esclaves, en effet, étaient pour lui comme des enfants : il veillait avec sollicitude à leur bienêtre, n'épargnant rien pour leur santé, ni les loisirs ni les plus coûteux voyages' ; et, quand il était menacé de les perdre, il ne se consolait lui-même qu'en donnant, par raffranchissement, à leur dernière heure les consolations de la liberté^. 11 ne cherchait point, du reste, à dissimuler la peine que lui causait leur mort. Car ces pertes, il en a la conscience, n'étaient pas seulement pour lui un dommage, comme pour ces philosophes qui se croient hommes si grands et si sages par cette façon de penser : <c Qu'ils soient grands et sages, je ne le sais, dit Pline, mais ils ne sont pas hommes * ; » et il se résigne à avoir moins de sagesse avec plus d'humanité. Félicitons-le et de cette préférence et de sa douleur : car ces faiblesses, si hautement méprisées des philosophes du temps, renferment en elles plus de vertu que leurs austères principes ; et ces simples pages, où on le voit épancher dans le sein d'un
1. f Video quam rooUiter iuos habeas : quo siraplicius tibi confiiebor « qua indulgentia meos tractem. Est milii semper in animo et Homef ricum illud : UoLrh^ ^* û; vlmo; iKcv et hoc nostrum c paterfamilias. • (Ibid, Y. 19.)
â. Témoin Tarfranchi, liltéraleur et comédien, dont il est question dans la lettre citée (V, 19). Pour rétablir sa poitrine fatiguée, il l'avait envoyé sous le climat d'Egypte.
3. « Vîdeor enim non omnino immaluros perdidisse, quos jam libec ros perdidi. » (Pline, Ep, VIII, 16.) Ainsi fait Martial à son secrétaire Démétrius monrant :
Sensit deficiens sua prœraia, mcqiic patronura Diiit, ad infernas liber ituriis aquas.
{Épigr. I, cil, 4.)
4. c Nec ignoro alios hujusmodi casus nihil amplius vocare quam c damnum, eoque sibi magnos homines et sapientes videri. Qui an a magni sapientesque sint, nescio : homines non sunt. » (Pline, Ep. Vill, 16.)
amî les confidences de sa vie de Tamille, durent avoir pour les mœurs une plus heureuse influence que toutes les dissertations d'Épictète et les pensées de Marc-Aurèle sur l'esclavage et sur la liberté.
On retrouve la trace de ces bons sentiments dans les moralistes d'un temps postérieur, par exeniple, dans les Distiques moraux de Dionysius Caton, auteur du deuxième ou du troisième siècle : <c Lorsque les fautes des esclaves te poussent de Tindignation à la colère, sache le contenir toi-même, afin d'épargner les tiens. — Lorsque tu achètes des serviteurs pour ton usage privé, quoique esclaves, souviens-toi qu'ils sont hommes *. » On en retrouve aussi l'influence non pas seulement dans ce vague domaine de la poésie ou de la spéculation philosophique, mais à des sources où elle devait se traduire, non en actions, mais, mieux encore, peut-être, en mesures générales, en règles obligatoires pour tous : dans la loi et dans la jurisprudence. C'est là que nous allons suivre cette mystérieuse impulsion qui déjà remuait, entraînait les esprits (2).
1 . Servorum culpis quum te dolor urget in iram, Ipse tibi moderare, tuis ut parcere possis. — Quum famulos fueris proprios mercatus in usus, Ut sei*vos dicas, homines tamen esse mémento.
(De moribua, ad JiHunif I, 37, et IV, 44.)
Ces vers rappellent les ïambes grecs de Philémon, déjà cités :
Kâv ^6ÛXo; ^ Tt;, cuOiv {tt&v, ^sottgtx,