‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 50 sur 201 · Pline, Ep, III · texte numérisé non relu

Pline, Ep, III

3. « Apparet autem de eo nos colono diccre, qui ad pecuniam nuit meratam conduxit, alioquia partiarius colonus, quasi societatis jure, « et damnum et lucrum cum domino fundi partitur. » (L. 25, § 6 (Gaîus), XIX, n, Locaii conducti.) Ces petits cultivateurs libres étaient souvent bien misérables. L'âne d*Âpulée, acheté par un pauvre jardinier qui remploie à transporter ses légumes, ne trouvait pas même une litière sous son toit, et le jardinier n'avait pas mieux Thiver : « Quippe quum meus dominus prae nimia paupertate ne sibi quidem, nedum mihi, posset stramen aliquod, vel exiguum, parare; sed frondoso casulae contentus umbraculo degcret... Mihi et ipsi domino cœnapar ac similis sed oppido Icnuis aderat. (Apulée, Metam. lib., IX, p. 828 éd. 1604.)

i. Histoire de In ciptlisalion en France, n" leçon, t. I, p. 52 (I8it»)«

ËSGLAYAGii; IT TIIAVAIL LIDHË. 107

perdre de vue. Nous avons retrouvé le travail libre aux origines de Rome, non pas seulement dans les soins de l'agriculture, dont s'honorait le patriciat, mais jusque dans les métiers de la ville, parmi ces étrangers et ces clients qui devinrent les plébéiens. Nous l'avons suivi, faible et souO- Trant, devant la concurrence de l'esclavage, à travers cette période éclatante où Rome épuisa sa propre race pour conquérir l'univers; et maintenant, vers le deuxième siècle de l'empire, il semble prendre un nouvel essor.... Quelles furent retendue et la portée réelle de cette révolution dont l'illustre historien décrivait les conséquences, laissant à d'aulres le soin d'en marquer le principe et les causes? quelles furent ces causes? C'est dans la situation nouvelle de l'empire qu'il les faut chercher.

Les révolutions de Rome à l'intérieur et au dehors avaient modifié les rapports des classes serviles et des classes libres. L'époque où l'esclavage se développa le plus chez les Romains est celle où leur domination s'établit dans le monde; mais l'esclavage, accru par les victoires, trouvait moins d'aliment dans les suites de la conquête. La guerre avait donné des captifs ; la conquête, en élen* dant le gouvernement de Rome sur les pays d'où on les avait tirés, finit, après bien des violences, sans doute, de la part des gouverneurs et des publicains, par les retrancher des sources ordinaires de l'esclavage, et ces sources devaient se tarir quand on allait trop loin. En effet, les frontières romaines ne confinaient plus seulement à des pays où l'homme, fixé au sol, se prend avec les villei5

i08 LIVRE III. CHAPITRE III.

qu'il habite et les campagnes qu'il cultive. Partout où elles ne touchaient point à la mer, elles atteignirent aux sables ou aux déserts, ou du moins aux confins de peuples encore nomades et qui se faisaient plus craindre par leurs incursions rapides qu'ils n'avaient à redouter Rome, dans cette vie de perpétuel mouvement. Bientôt, il est vrai, ils vinrent à leur tour braver Rome jusque dans ses provinces; et, sous les habiles généraux qui, au troisième siècle, arrivèrent à lempire, Claude, Aurélien, Probus, l'empire put gagner, avec la victoire, les fruits ordinaires des batailles, et faire des esclaves parmi eux. Les auteurs de l'histoire Auguste en parlent avec une emphase pardonnable à la pauvreté de leur temps. A en croire Treb. PoUion, les provinces, sous le divin Claude, se remplissaient de prisonniers barbares; le Goth devenait, au èervice de Rome, ce que le Romain, depuis la république, ne savait plus être, soldat et colon; et il n'y avait pas un pays qui n'eût un esclave de celte race, comme un signe vivant du triomphe ^ Au dire de Probus ou de son historien, tous les barbares n'étaient plus occupés qu'à labourer et à semer pour Rome ; leurs bœufs mêmes venaient remplacer les bœufs indigènes dans la culture des champs

i. « Impletae barbaris servis senibusque cultoribus romanae pro- « vinciae. Factus miles barbarus et colonusex Gotho.Nec uUa fuit regio « quse Gothum servum , triumphali quodam servilio, non liaberet. » (Treb. Poil. Z). Claiid. 9. Cf. ibid. 8.) — L'enrôlement des barbares, qui eût fait honte aux vieux Romains, est chanté, par l'emphatique Claudien, comme une victoire à la louange d'flonorius (De iVcom. Honor, 484) :

Obvia quid mirum vmci, quum barbarus uU^o Jam cupiat scrvire tibi? tua Sarmati di$coi*$ Sacramenta petit; projecta pelle Gelonus * Militât; in Lalios ritus transistis, Alani !

Cf. Eufiienius, Pan, Conftantio Cœs. 9 ; Pacat. Pan, Thewi. 22.

gauloise On voit du reste que les marchands de Galatie, de Cappadoce, continuaient de faire leur profil de ces produits de la guerre', et ils trouvaient de nouvelles sources à leur commerce dans leurs rapports avec les peuples germaniques. Ils en tiraient des hommes de cetio race même, devenus esclaves par les suiles du jeu ou par Texcèsdela misère'; ils en tiraient de la race des Scythes, récemment subjugués par les Germains : tristes serviteurs, qui, dans ce déclin de l'esclavage, remplissaient presque seuls les maisons des grands et devaient suffire à tous les usages du luxe (23). Hais le progrès de la conquête barbare atteignait les Romains à leur tour. A ces bulletins, à ces panégyriques dos derniers jom^ de Tempire, il suffit d'opposer ces titres si remplis du Code et du Digeste sur le droit ou sur la condition de ceux qui parvenaient à sortir de la captivité*.

i. f Omnesjam barbari vobis arant, vobis serunl... Arautur galli- • caoa nira barbaris bobus. • ^Leilre de Probus au sénaf, après sa guerre de Germanie. (Yopisc. Prob. 15.)

2. Axnm. Marc. XÎII, 7, p. 305. Cf. Spart. Adr. 13. Claudien, in Eutrop^ l, 59.

3. Ces rigoureuses nécessités, rappelées par Tacite à propos des Frisons {Ann. IV, 72), durent se reproduire souvent; et Ammien Harcellin en a conservé un mémorable eiempie parmi les Goths, lorsque, afTamés par les chefs romains, ils achetaient à tout prix la plus vile nourriture, donnant pour un chien un esclave, et quelquefois leurs enfonts. (Amm. Marc. XXXI, 4, p. 625.)

4. D., XF^IX, XY, De captivis et poiiliminio revertU, et C. J,, VIII, u. De posUiminio revertU, — Les panégyristes eux-mêmes révèlent ce triste état de Tempire, par leur empressement à célébrer des succès d'un jour :

Asseritur ferro captivum vulsrus et omncs Divers» vocis populi, quos traxerat hostis Servitio, tandem dominonim strage redempti. Quis tibi nunc, Alarice, dolor, quum Marte périrent Divitise spoliisque diu quœsita supellex, Polsaretque tuas ulolatus coi^ugis aares, Conjugis, invicto quœ dudum fréta marito,

MO LIVRE m. CHAPITRE TII.

Les sources de l'esclavage légitime, au point de vue du droit de la guerre, avaient donc diminué ; les sources intérieures et coupables s'étaient d*abord accrues : mais, depuis l'établissement de l'empire, le rapt de l'homme libre, plus audacieux, peut-être, comme acte de brigandage, quoique plus rigoureusement menacé S semble plus rarement reflet des exactions ; et, si les tyrannies de tout genre vont se multiplier à la faveur de la décadence du pouvoir, la loi même, en tolérant leurs usurpations, en modifiera les effets. De plus, la jurisprudence, en général, se montrait, nous l'avons vu, peu favorable à Tasservissement légal du citoyen. Elle avait supprimé ou transformé le droit du père, elle avait supprimé le droit du créancier, et les princes essayèrent de prévenir les causes qui entraînaient l'exposition ou la vente des enfants, en venant en aide à la détresse des familles. Trajan, a l'exemple d'Auguste, avait fait ajouter aux tables frumentaires de Rome les noms de cinq mille enfants * ; et, dans quelques villes d'Italie, à défaut de ressources de

Démens Ausonidum gemmata monilia matrum, Aomanasque alta émulas cervice petebal?

Scilicet ArgoUcaê Ephyreiadasfiiie puellas Cœpcrat et pulchrasyam foBitdire Lacœna»! (Claudien, De bello GeL 616. [Cf. in Eutrop. II, 194 et suiv.)

1 . Voyez les lois citées plus haut. Les brigands qui, par la grâce du prince, échappaient à la mort, étaient réduits en esclavage; et, par une sorte de représailles, on refusait à leurs descendants la faveur de jamais revenir à la liberté. (L. 2 (Diocl.), G. J., VU, xvra, Quibw ad liber l.) Proculus, un des usurpateurs de Tempire, descendait d*une famille de brigands. 11 avait, disait-on, 2000 esclaves à ses ordres quand il prit la pourpre. (Vopisc. Proc, 12.)

2. « Ut jam inde ab infantia parentem publicum munere educalionis « experirentur, crescerent de tuo qui crescerent tibi, alimentisque tuis « ad stipendia tua pervenirent. • (Pline, Paneg. 26.) « Paulo minus « quinque millia ingenuorum fuerunt, quae liberalitas principis nostri « conquisivit, invenit, adscivit. » (Ibid, 28.)

ce genre, on avait créé par forme d'hypothèque prise sur des biens-fonds, une sorte de rente perpétuelle dont le produit se distribuait, chaque mois, aux familles, jusqu'à la majorilé des jeunes bénéficiaires (24.) Nerva, Trajan, Adrien, Antonin, Marc-Aurèle, avaient établi des fondations de ce genre ^ : bienfait toujours limité, disons-le, cl souvent éludé dans son application par la connivence des magistrats et de ceux qui devaient ces arrérages *. Aussi en revenait-on encore à ces tristes extrémités ; mais, au moins, étaient-elles condamnées par la loi. Le fisc même, bien que, par ses rigueurs, il pût réduire les familles à la nécessité de servir', se montrait plus disposé à permettre la libération de Tesclave qu*à demander Tasservissement de rhomme libre ; et, pour les cas où la loi le maintenait en esclavage, par une sorte de talion, elle lui laissait encore, à des conditions équitables, le moyen de revenir à la liberté \

Quels que soient donc les nombres auxquels on fasse monter encore les familles d'esclaves (et ces nombres

i. L. 14, § 1 (Ulp.), D.,XXX1V, I, De alim, vel cibar. legalis; J. Capitol. Anton, P. 8, M. AureL 1, et Lampr. Diaduin, 2, cités par M. Naudety Des eecaun publicêf etc., p. 78.

2. Il y avait déjà, au temps de Pertinax, un arriéré de neuf ans. Le prince voulut le payer; niais Thistoire ne nous dit rien de semblable de ceux qui le suivirent. (J. Capitol. Periin. 9, et M. Naudet, ibid,

3. « Mihl est maritus qui, fîscaiis debiti gratia, suspensus est et c flagellatus, ac, pœnis omnibus cruciatus, servatus in carcere. Très

• autem nobis filii fuerunt qui pro ejusdem debiti necessilate distracti

• sunt. »(S. Jérôme, Vita Paphnutii, cité par M. Troplong, De Vinfiuence du chriitianisme, etc., p. 270.) Le père, on le voit, est détenu, mais non vendu comme esclave ; les enfants sont vendus probablement par le droit du père, pour soulager la misère de la famille, droit que Dioctétien supprima, et que Constantin réduisit à ne plus être qu'une sorte d'engagement provisoire.

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