‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 53 sur 201 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

SERVICE PUBLIC (SERYI POBUCl) l DBS CLASSES LIBRES ET DES CLASSES SERVILES DAMS LES SERVICES DIVERS DE l'aDMIinSTRATlOIf IMPÉRULB.

L*empire ne s'était point ouvertement établi sur les ruines de la république : c'est, au contraire, comme pour la relever qu'Auguste avait pris la direction des afTaires, et son autorité semblait fondée sur la constitution môme, et avouée, consacrée par les usages de l'État. Aucune charge ne fut abolie, aucune ne fut créée à son intention. Seulement, toutes ces magistratures enire lesquelles se rcpartissait l'exercice de la souveraineté publique, vinrent l'une après l'autre se réunir sur la tête du prince Il les prenait, il les laissait, selon les formes et aux jours marqués par la loi ; mais, en même temps qu'il en déposait les litres, il en gardait les pouvoirs : car ces pouvoirs (consulaire, proconsulaire, tribunitien) lui avaient élé donnés aussi, détachés des fonctions ordinaires, par une exception dont le parti pompéien avait montré l'exemple. Us lui avaient été donnés pour la vie ; il ne les avait acceptés que pour un temps, mais pour un temps dont la période ne cessa point de se renouveler. La république n'était point supprimée, elle était absorbée dans l'empire.

Ce pouvoir qui se refusait un nom et qui se dérobait, en quelque sorte, à lui-même, remplissait pourtant l'État et ne se cachait au fond de ses institutions que pour les transformer. La révolution, quoique lente, fut complète. Le prince était maître chez lui, comme tout autre citoyen ; et il avait, pour la gestion de ses affaires, pour le service de son intérieur et l'administration de ses biens, une maison toute montée : des familiers, des affranchis, des esclaves. Mais sa demeure était devenue plus vaste, son domaine plus grand, ses affaires plus multipliées : et les charges de sa maison s'élevèrent naturellement avec la dignité du lieu et le progrès des affaires. Chef réel de l'État, il partageait par indivis avec les magistrats ordinaires l'administration de la ville ; il partageait par moitié avec le sénat l'administration des provinces : c'était, jusque dans l'unité du gouvernement suprême, comme un double centre d'administration. Ce que le sénat faisait par les pouvoirs établis dans la république, Auguste l'accomplissait par des hommes qui tenaient de lui leur autorité. Ainsi la maison du prince apparut tout organisée comme un des grands corps de lÉtat ; et, lorsque toute fiction fut dissipée, que les derniers voiles tombèrent, lorsque l'empereur fut le maître et que la république tout entière eut passé dans son domaine, les anciennes magistratures ne furent point encore abolies, mais les charges de la maison d'Auguste devinrent les grands offices de l'empire.

Dans cette vaste administration, qui comprenait les biens appartenant au prince et les peuples soumis à sa juridiction, on n'avait pas toujours distingué ce qui relevait du magistrat ou du maître, ni maintenu la ligne de partage entre les délégués de son pouvoir civil et les agents de son autorité domestique. La confusion avait

commencé, on Ta vu, dès Auguste ; Tibère avait combattu mais non réprimé, sans doute, les empiétements du procurateur sur les attributions du lieutenant; et, après Tibère, on avait cessé d*y faire obstacle. Cette confusion, devenue plus générale lorsque les deux administrations furent réunies, devint aussi plus complète, sous l'influence de l'esprit nouveau qui se manifesta dans le gouvernement impérial depuis Dioclétien.

Jusqu'alors, le caractère de l'empereur n'avait jamais été défini ; il procédait du sénat comme prince, du peuple comme tribun, de l'armée comme proconsul; il sortait de l'élection civile ou de l'élection militaire. Dépositaire de l'autorité publique, il s'élevait et tombait tour à tour, au gré de ceux qui, ayant la force, prétendaient disposer du pouvoir. Son vice radical était donc dans ces formes indécises où Auguste avait, à dessein, laissé les origines et la nature de l'empire : Dioclétien entreprit de fixer l'un et l'autre point. Élevé lui-même au trône par ce droit de la force, il voulut séparer son pouvoir de toute origine populaire ; il le tira non plus d'en bas, mais d'en haut; il le déclara divin, et, sans attendre les tardifs honneurs de l'apothéose, il se fit dieu : tant d'autres l'étaient devenus ! Il était bien tard, sans doute, pour reprendre leur exemple : le paganisme touchait à son heure suprême, les dieux s'en allaient ; et pourtant le christianisme, en les chassant, apportait à l'œuvre de Dioclétien, avec une forme moins ambitieuse, une sanction plus haute : l'empereur cessa d'être dieu, mais sa personne resta sacrée, et son pouvoir, divin.

Cette révolution, dont nous n'avons point à expliquer ici les antécédents, les moyens et les formes, eut une influence directe sur tout l'ensemble de l'administration.

L*empereur n'était plus seulement le dépositaire, il élâit la source de Tautorilé publique : c'est de lui que découlaient l'honneur et le pouvoir; et il les communiquait d'autant plus abondamment qu'on l'approchait davantage. Par là les fondions jadis servilcs se trouvèrent anoblies, élevées au premier rang de l'État ^ Cette haute considération qui de l'empereur se répandait sur les premiers serviteurs du palais, sur les plus hauts dignitaires de l'empire, descendait à tous les degrés des fonctions publiques; et l'administration tout entière forma comme une hiérarchie, depuis le prince, dont elle tenait ses pouvoirs, jusqu'au peuple à qui elle les appliquait. Dans cette hiérarchie il n'y avait donc, d'une extrémité à l'autre, qu'une différence de grade et non de nature. Le service public devint un office public, et, sous un gouvernement militairement constitué, une milice : — ce fut un signe de liberté; car la liberté fut toujours regardée comme la condition, ou, du moins, comme le caractère essentiel de toute milice*. Il y en eut trois sortes, alors : la milice du palais {palatina)y la milice de l'administration (officialis) et la milice armée, la milice militaire {militia militaris) : il fallait doubler le mot pour exprimer suffisamment la chose. Cette dernière catégorie avait toujours été fermée aux esclaves ;

1. G. Th. Yly Vf Ut dignitatum ordo servetur, et le ParatUlon de Godefroi. Ses commentaires sur le Code Théodosien sont le plus sûr guide dans Télude de œs temps mal connus. •

2. L. 1 (383), G. Th., VU, ii, Quid prohare debeant ad qvamctmque militiam venienteê : « Quotiescunque se alicui militisB i^rediderit otïe- « rendum, slatim de natalibus ipsius ac de omni vilae condicione esa- « men habeatur, ila ut domum, genus, non dissimulât et parentes ;

• nec tamen huic ipse rei nisi honeslissimorum hominum (eslimonio

• adstipulante credatur. Ita enim fiet ut et curias nemodeclinet, et ad

• militiam nullus adspiret, nisi quem penitus liberum aut gep.ere aut k \'it9e condicione, inquisitio tamcauta deprehenderit* n

SERVICE DE L*ëTAT. i^l

dans les deux autres, plusieurs Fonctions étaient restées libres dés l'origine ; d'autres, jadis serviles, le devinrent : et ainsi il semble que nous touchions à rafTranchissement universel d'une première catégorie de resclavage, à la libération du service public. Mais, dans toutes les fonctions qui le composent, l'homme libre cessera généralement d'être maître de sa personne : et par là la servitude reprendra, aux dépens des citoyens, tout ce que semble gagner la liberté. Passons en revue les diverses sections dans lesquelles se partage tout le travail public de Tempire, et suivons dans le détail cetle révolution élrange qui affranchit les fonctions serviles à l'égal des fondions libres, pour y asservir Thomme libre à son tour *.

La milice palatine comprenait non pas seulement les grands officiers et les gardes du palais, protecteurs ou domestiques, mais tout l'ensemble de l'administration, toute la hiérarchie des services qui se rapportaient au prince ou à la maison du prince*. Ainsi d'abord le personnel de chaque ministère : les bureaux du préfet du prétoire, du maître des oflices (Intérieur), de la chance!-

i. Nous devons citer ici, avant tout autre ouvrage, ]e savant livre de II. Naudet, Des changements opérés dans toutes les parties de Vadmx^ nistraiion de V empire romain, etc. Nous nous en sommes souvent servi, sans négliger, comme on le verra, la source commune, le Gode Tliéodosien.

2. « A palatinis, tam his qui obsequiis noslris inculpata officia prae- « buerunt, quam illis qui in scriniis nostris.. versati sunt.t (L. 1 (5U), G. Th., VI, XXXV, De privUeg. eorum qui in sacro palatio militarunt.) Plus tard, les appariteurs du préfet du prétoire (1. 14 (423), eod.)\

in LIVRE III. CHAPITRE IV.

lerie impériale, du comte des sacrées largesses (Finances), du comte du domaine privé, depuis les secrétaires gêné • raux {primicerius totius offidi), les chefs de division, chefs, sous-chefs, arrière-sous-chefs {pHmiceriuSy secundo^ tertio, quartoceriu8)j jusqu'aux scribes de troisième ordre (fortnœ tertiœ), jusqu'aux derniers employés, tous étaient « militant dans le sacré palais^ » A en croire Claudien, il n'y avait pas de milice plus illustre que celle des buralistes :

. .mililiae qua non illustrior exstat Altéra*.

La police, comprenant deux variétés ainsi définies : ceux regardent et ceux qui agissent, les curiosi et les agentes in rébus (les curieux n'en agissaient pas moins), la police, avec ses agents, formait aussi, sous le préfet du prétoire, une milice palatine a considérée et non méprisable, » disait la loi {spectaiamy non temnendam) (25).

11 en était de même de la maison particulière de l'empereur ; et ici nous ne disons pas seulement les procurateurs et les chefs de service", mais même les introduc-

S. Ambroise y range aussi les appariteurs des comtes. (Epiit. l, xx, no 7, t. II, p. 854.)

1. Magisiri scriniorum, proximi scriniorum, ducenariit centenariif militia êcriniomm. (L. 7, 8, 9, etc., G. Th., VI, xxvi, DeproximiSj comiabus, etc., i. 7 et 14, G. Th., VI, xxxy.) Ce sont généralement, comme Ta remarqué M. Naudet, des grades militaires. Voyez aussi le ParaiUhn de Godefroi, G. Th., VI, xxx. De palatinii sacrarum largit. et privatarum. Les magùtri scriniorum venaient, dans la hiérarchie générale, avant les vice-préfets. (L. 1 (Valent.), G. Th., VI, xi, De magiMtris scriniorum.)

2. Giaud. EpUhal. Pallad. 84. Gf. 1. 4 (425), G. Th. VI, x, De primicerio et tiolariis.

3. Joignons aux textes que nous avons déjà cités cette inscription, qui se lit sur un cippe sépulcral du Musée du Louvre, ancienne salle de la Vénus de Milo, n*" 240 : dis hahibus m. ulpio rrasmo | adq. ub. sob-

PROGURATOai DOKUS | AUGUSTIAllÂE...

SERVICE DE L'ËTAT. 123

leurs S les pages {pœdagogia), les gardes intérieurs appelés silenliaires et décurions*, les huissiers et les fourriers du prince*, les serviteurs de diverses sortes (diversa obsequia), préposés à la table, au cellier, à l'argenterie, à la garde-robe*; peut-être ces porte-flambeaux, ces coureurs dont il est question dans une autre loi *, en un mot, ces agents inférieurs qu'on nommait castrensiani (26). Tout en prenant un caractère sacré, Tempereur n'avait rien perdu de son caractère militaire ; si sa chambre était un sanctuaire, son palais était un camp {castrum) : or qu'y a-t-il dans un camp? des soldats \ Les chambellans (qui d'ordinaire n'étaient plus des hommes) étaient des soldats, et des soldats de premier rang ; et, à tous ces degrés, il n'y avait pas seulement liberté, mais privilège''.

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