‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquité (volume 5)Chapitre 6 sur 201 · Coloss. lY, il · texte numérisé non relu

Coloss. lY, il

A. Les Esséniens aussi, parmi les Juifs, n'avaient point d'esclaves, mais ils n^avaient point de femmes non plus, ils n'avaient point de famille. Si nombreux qu'ils fussent, ce n'était point un peuple, c'était

Mais ce précepte était nécessairement exceptionnel, et la même doctrine, qui élevait l'esclave du rang de ces choses à vendre au rang du maitre lui-même, ouvrait des voies pins larges et plus communes à sa libération. Saint Paul en avait donné Texemplc dans une épitre qui est restée parmi les Saintes Lettres, comme pour montrer aux ministres de l'Évangile ce qu'ils devaient tenter, et aux maîtres^ ce qu'ils devaient souffrir en faveur de la liberté. Le christianisme déjà, par l'apôtre des Gentils, accomplit dans la réalité cette œuvre d'affranchissement : il reçoit l'esclave fugitif ; il l'engendre à la foi et le rend à son maître» non plus comme un esclave , mais comme un frère, comme un égal selon le monde et selon Dieu. Ces privilèges, l'Apôtre les réclame au nom des fers qu'il a portés pour l'Évangile, esclave du Christ et esclave enchaîné, vinctus Chrisli. Il - transmet au fugitif ses propres droits, il prend sur lui toutes ses dettes, il se fait comme une même chose avec lui : c'est comme son sang et ses propres entrailles, c'est le fils qu'il a engendré dans les liens ;-et il parle à un maitre qui, chrétien, se doit tout entier à lui, comme régénéré par sa parole. Il le prie, quand il peut commander, parce que, au lieu d'exiger un sacrifice de sa soumission, il aime mieux obtenir une faveur de sa bienveillance; et la lettre de l'Apôtre finit, de même qu'elle a commencé, par le souvenir de ces chaînes qu'il porte au nom du Christ, comme pour en arfranchir désormais l'esclavage : Salutat le Epaphras concaptivus meus in Chrislo Jesu^.

une congrégation. Or, ce n'était point dans la retraite y c*élait dans la vie commune qu'il importait que Tesclavage fût aboli. Voyez sur eux, Jos. Ant. Jud. XYIII, i, 5, et De belL Jud. il, vm, 4-6. 1 . (( Obsecro te pro meo filio, quem genui in vinculis, Onesimo —

ÉYjlNGILE ET PHILOSOPHIE. 9

Mais c^était peu que d'affranchir les esclaves, si on ne leur assurait des moyens de vivre; et les mômes sentiments qui poussaient à leur libération devaient leur en offrir. L'esclave était le frère de son maître ; il ne Tétait pas moins, affranchi, sous ce joug commun du Seigneur ^ Le travail qu'il partageait peut-être avec son patron, qu'il partageait au moins avec rApôtrc, avec Jésus-Christ luimême, n'avait plus rien de flétrissant. Il y trouvait une ressource honorable, sous la garantie des préceptes qui consacraient le salaire ' ; et si, par quelque raison indépendante de sa volonté, elle lui faisait défaut, il en trouvait une autre dans ces trésors de charité qui faisaient le patrimoine commun des fidèles' : charité qui soulage le pauvre sans le dégrader, quand elle ne se borne point à une pièce d'or, jetée par la pitié à sa misère, mais quand elle fait qu'on se donne soi-même à lui par amour, comme

A ... ut mea viscera suscipe! — Quem ego volueram mecum detinere 6 ut pro te mihi ininistraret in Tinculis Evangetii; — Sine consilio « autem luo nibil volui facere, ut ne velut ex necessitate bonum tuum << esset, sed volunlarium . , . . — Jam non ut servum, sed pro servo clia- ^ rissifnum fratrem , maxime mitn : quanto autem magis tibi, et in « came et in Domino' — Si ergo habes me socium, suscipe illum sicut

• me; — Si autem aliquid nocuit tibi aut débet : hoc mihi imputa. — < £go Paulus scripsi mea manu : ego reddam, ut non dicam tibi, quod

• et te ipsum milii debes, etc. » (Philemon, i, iO et suiv.) Saint Jean Clirysostome a fait, en trois homélies, sur cette épitre un commentaire pi 2m de sentiment.

i. Les textes donnés ci-dessus {Rom. xvi, 3-5, etc.) s'appliquent, sans aucun doute, autant aux affranchis qu'aux esclaves.

2. Dignus est operarius cibo suo. » (Matlh. x, 10.) — « Scriptum est

• in lege Moysi : Non alligabis os bovi trituranti. Numquid de bobus « cura est Deo, — An propter nos utique hoc dicit? Nam propler nos i scripta sunt : quoniam débet in spe, qui arat, arare, et qui triturât, « in spe fnictus percipiendi. > (I, Connth. ix, 9.)

3. Matlh. Y, 6, XIX, 21, x, 42, etc. Marc, xii, 31; Luc. xi, 41, xn> 33; le denier de la Teuve, xxi, 2; et la parabole du mauvais riche, xvi» il^-31 ; Joann. t, 29, etc.; II, Corinth, ix, etc.

iO LIVRE III. CHAPITRE I,

Jésus-Christ nous a aimés*; et c'était Jésus-Christ lui-même que la foi révélait dans ces malheureux à secourir'.

Tels furent les dogmes de l'Église naissante et sa règle de conduite. Elle pose le principe immuable de l'égalité, de la liberté sur les bases mêmes de lu foi ; elle l'environne de tous les moyens d'influence qui peuvent le féconder, et attend que, la foi elle-même, avec leur concours, en développe la bienfaisanle action dans les âmes. Mais son attente n'est point passive. Comme le Christ, avant sa résurrection, descendait vers Us limbes pour consoler les âmes saintes et captives qu'il allait iniroduire avec lui dans le ciel, TÉglisc descendit vers l'esclavage pour soulager ses misères jusqu'à l'heure de la délivrance. Elle relevait les espérances et soutenait les courages, elle effaçait la trace des flétrissures, elle ôtait leur amertume aux humiliations. Dans cette tête demî-rasée du laboureur enchaîné au travail, elle voyait le Christ, et la Irouvait assez belle, ainsi marquée du sceau divin*. Elle-même, d'ailleurs, ne partageait-elle pas les mêmes souffrances aux jours de la persécution? C'étaient les supplices des esclaves qu enduraient les martyrs^ à l'exemple de Celui qui était mort sur la croix.

Quand ce signe de l'esclavage fut marqué sur les éten* dards de l'empire comme un signe d'honneur, ce ne fut

1. Ephes. iT. 32. «r Gharissimi, sic Deus dilexit nos et nos debe, « mus alterutrum diligere. (Joann. Ep, i, il, et le fameux passage, 1 Corinth. xm, 5 et suiv.)

2. « Esurivi , et dedistis mihi manducare ... — Quamdiu fecistis « uni ex his fratribus meis minimis, mihi fecistis, etc. » (Matth. xxy, 35-40.)

3. « Semitonsi capitis capillus horrescit :^ sed quum sit caput Tiri " Chris! us, qualecumque illud caput deceat necesse est, quod ob Do- « mini nomen insigne est. » (S. Cyprian. mart. EpUt. Lxxvn.)

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