‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 149 sur 213 · Diod. XXXIV, II, 5-9. Cf · texte numérisé non relu

Diod. XXXIV, II, 5-9. Cf

IlÉACTIOrf DE L'ESCLAVAGE. 207

ficence recouvrait le même fond de cruauté et d'avarice : les esclaves, libres ou non d'origine, qui entraient chez lui, subissaient la marque et quelquefois les fers ; et, pour ceux à qui il imposait le plus dur travail, nous avons dit ce qu'ils recevaient, quand ils avaient l'audace de venir lui demander des vêtements ou du pain^ « Il ne se passait pas de jour, continue Diodore, que ce même Damophile ne fît mettre injustement à la torture quelques-uns de ses esclaves ; et sa femme, Mégallis, qui se plaisait à exercer les mêmes rigueurs, était la première à provoquer des châtiments contre ceux qui commettaient quelque faute, soit hommes, soit femmes. Poussés à bout par les mauvais traitements qu'ils recevaient des deux époux, les esclaves, n'envisageant pas, dans l'avenir, de maux plus funestes à craindre que ceux qu'ils éprouvaient, prirent enûn la résolution de se révolter contre leurs maîtres*. »

Ils s'adressèrent à Eunus et lui demandèrent si les dieux permettaient de réaliser leurs complots ; et Eunus, sanctionnant sa parole de ses prestiges ordinaires, leur répondit que non seulement ils le permettaient, mais qu'ils commandaient de le faire, sans perdre un moment. Lui-

i. Diod. XXXIV, II, 34-37.

â. Ibid, 37 (tr. de Miot, t. VU, p. 141). Dans une inscription de Tancienne Lucanie un personnage que M. Mommsen suppose être G. Popilius, consul en Tan 133 av. J. C, se vante d'avoir, c étant préteur en Sicile, recherché et rendu à leurs maîtres 917 esclaves fugitifs des Unliens et le premier forcé les pâtr<>s à céder une partie du domaine public aux laboureurs. » (U'imimen, Inscr. Neap. lai., n* 6276, et Corp. Inscr, ht., t. h n* 551. Cécilius, rhéteur, originaire de Caléacté, en Sicile, avait écrit un livre sur les guerres serviles. (Athén. VI, p. '272/.) On conjecture qu*il était lui-même issu des esclaves de ce pays, peutêtre aussi d'origine syrienne, et qu'amené de Sicile dans son enfance par Cécihus Métellus, préteur en celte province l'an 68, il aura été affranchi plus tard par les Métellus, dont il portait le nom patronymique. (Voy. Fra<im. Hisl, Grœc, t. ÎIÏ, p. 331.)

inéme se mit à leur tête, et, sous sa conduite, quatre cents esclaves réunis à la hâle s'emparent d*Enna, forcent les maisons et portent partout le déshonneur et la mort, avec un raffinement inouï dans le massacre et dans Toutrage. Tous les esclaves de la ville avaient répondu à cet appel ; et, après avoir tué leurs maîtres, ils se tournèrent contre les autres citoyens. Mais tous voulaient tremper dans le sang de Damophile et de sa femme. On les arrêta dans une maison de campagne, on les traîna vers la ville, garrottés et avec mille insultes. On les introduisit an théâtre, où les esclaves s'étaient rêunis pour donner à leur vengeance plus de solennité. Là, Damophile, qui cherchait encore à échapper à la fortune par son adresse, fut égorgé par deux esclaves; et Mégallis, livrée aux femmes, fut, après bien des tortures, précipitée du haut d'une tour. Leur fille seule avait été épargnée. Aussi simple dans ses mœurs et douce de caractère que ses parents étalaient de fasie et de dureté, on l'avait vue mettre son plaisir à consoler les esclaves qu'ils condamnaient aux verges, à procui'er des vivres à ceux qu'ils jetaient dans les fers. Aussi fut-elle, dès le premier instant, l'objet de leur sollicitude ; et celui qui porta le coup mortel à son père voulut veiller lui-même à ce qu'elle arrivât, environnée de soins et d'égards, jusqu'à Catane où était sa famille : « Exemple qui prouve, » dit Diodore, « que les excès commis par ces esclaves ne proviennent pas d'une cruauté naturelle de caractère, mais étaient une revanche des mauvais traitements dont ils avaient été victimes » (133 av. J.-C.) *. Eunus avait été proclamé roi. 11 prit pour lui le nom

1. Diod. Fragm. aXXIV, ii, 10-15 (trad. de Miot, t. VU, p. 226). Cf. 59-40.

d'AntiochuSy celui de Syriens pour son nouveau peuple*; et rassemblée publique des esclaves s'était inaugurée en décidant du sort des hommes libres : tous avaient été condamnés à mort, excepté ceux qui connaissaient le métier d'armurier; ceux-là furent enchaînés pour fabriquer des armes à leurs nouveaux maîtres. En attendant, le conseil qu'Eunus avait formé des plus habiles de ses compagnons préparait tout pour la guerre*. L*un d'entre eux, AchaBus» qui avait énergiquement condamné les massacres, se mon^ Ira le plus intelligent et le plus brave dans les combats. En trois jours il eut équipé six mille hommes, et, enli*ainant une multitude qui se faisait arme de tout, haches et serpes^ faux et broches, frondes ou simples bâtons durcis au feu, il poria partout le ravage, soutint Tatiaque et triompha des troupes envoyées contre lui. De ce côté, il y avait déjà dix mille combattants. Vers Agrigente, une autre bande d'environ cinq mille esclaves s'était formée sous un Cilicien nommé Cléon, et les Romains espéraient les voir s'entre-détruire ; mais Cléon alla se mettre aux ordres d'Eunus. Ils étaient vingt mille quand Lucius Hypseus vint de Rome pour comprimer le mouvement ; en peu de temps ils comptèrent deux cent mille hommes armés (37) ; et ces hommes, dit Florus, qui auraient dû être ramenés à leurs maîtres par des chasseurs de fugitifs {per fugitivarios), faisaient fuir devant eux des généraux prétoriens^.

Ces succès eurent un retentissement funeste* Cent cinquante esclaves osaient déjà conspirer dans Rome ; quatre peut cinquante à Préneste, quatre mille à Sinuesse ; et hors de Tltalie, en Macédoine, en Atlique, où Ton comptait

i. Diod, XXXIV, n, 24. — 2. Ibid. 14-15. — 3. Florus, HI, m, 7.

encore les esclaves en si grand nombre, à Délos, qui en était le principal marché, des bandes se formaient et menaçaient d'un soulèvement universel. On le prévint en réprimant aussitôt ces tenlatives encore isolées *. Mais, en Sicile, les rebelles n'avaient point rencontré de vainqueurs. Ils prenaient les villes, battaient les armées, pleins d'insultes dans Tuttaque et de cruauté dans la victoire : se souciant peu de faire à leur tour des esclaves, ils coupaient le poing, le bras môme, à leurs prisonniers*. Ce n'est pas tout ; la populace de Sicile, plus rapprochée de leur condition par sa misère que des riches par la liberté, applaudissait à ces révolutions de la fortune et y aidait même. On observa que, tandis que les rebelles épargnaient les habitations rurales, les produits de la terre, et jusqu'aux hommes libres occupés aux travaux des champs, cette foule urbaine, sous prétexte de marcher contre eux, se répandait dans les campagnes, portant l'incendie et le pillage là où les autres s'étaient abstenus'.

Il était temps de mettre un terme à ces désordres. Quand Carthage, Corinlhe et Numance, venaient de s'incliner sous sa loi, Rome ne pouvait point reculer devant ses esclaves. Et toutefois, pour les vaincre, elle n'eut point assez de sa force : si les ressources ordinaires de la stratégie étaient insuffisantes devant des positions formidables comme celles de Tauroménium et d'Enna, que pouvait-elle contre des hommes habitués à tontes les privations et qui, pressés par la faim, mangeaient la chair de leurs femmes et de

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