Diod. Fragm. XXXIV, n
4. Flonis, m, xn, 8. C'est par erreur qu'il nomme ici Perpenna,
Avant que Toccasion en fût donnée, quelques tentatives se produisirent encore en Ualie. Ce sont trente esclaves à Nucérie, deux cents à Capoue, dont les complots furent presque aussitôt réprimés que formés; puis un mouvement plus considérable dont un chevalier romain, nommé Vettius, s'était fait le chef. Passionné pour une jeune esclave, il n'avait pu Tobtenir de son maître qu*au prix de sept talents atliques, dont il signa Tobligation ; mais le terme étant échu et les délais expirés, sans qu'il pût acquitter sa dette, il ne vit, dans le déh're de son amour, qu'un moyen de se débarrasser de ses créanciers, en gardant sa belle esclave : c'était de se faire roi. il acheta des armures, en revêlit quatre cents de ses serviteurs et les décida sans peine à partager son entreprise : là où leur maître voyait la royauté et ses honneurs, ils trouvaient, eux, la liberté. Il commence par faire battre de verges et décapiter ses créanciers ; puis, à la tête d'environ sept cents hommes, il va s'établir dans un camp où il appelle les esclaves d'alentour ; leur nombre s'éleva bientôt à près de quatre mille. Il battit, dans une première rencontre, L. Lucullus, qui, parti de Rome avec six cents soldats d'élite, avait réuni plus de quatre mille hommes en Campanie. Mais le vaincu trouva un traître dans un des principaux officiers de Vettius : Vettius se tua, et tous les autres furent mis à mort, à l'exception du transfuge *•
Cet événement, quoique peu grave en lui-même, fit
1. Diod. Fragm, XXXVI, n, 1-6; cf. HUtcr. Grœcor. Fragm., t. H, p. xxn.
quelque sensation dans la ville. Au moment où les barbares du Nord, Cimbres et Teutons, arrivaient aux frontières de la république et s'arrêtaient à y gagner des batailles, comme sûrs de pouvoir toujours aller à Rome en demander le prix, Rome voyait remuer dans son sein cette autre population de barbares asservis, si impatients, que la plus l'olle raison avait suffi pour en trouver quatre mille tout prêts à la braver à ses portes. Mais cette révolte, comme Diodore le dit, n'était qu'un prélude. Le vrai théâtre de l'insurrection était la Sicile : le mal y était tel, que Rome elle-même le fit éclater, pour avoir voulu se montrer juste, sans pouvoir l'être jusqu'au bout.
Pour combattre Jugurttia, Marius avait enrôlé des prolétaires dans la légion ; pour résister aux Cimbres, le sénat lui avait permis de prendre des auxiliaires jusque dans les pays situés hors des côtes de la Méditerranée, pays non soumis encore et restés barbares. Il en demanda à Nicomède, roi de Rithynie, et l'on sait la réponse qu'il en obtint : le prince n'avait plus de sujets, la plupart ayant été enlevés, faute de payement, par les fermiers de rimpôt, et vendus çà et là comme esclaves. Cette déclaration révélait une plaie commune à tous les peuples sujets ou alliés de la république ; c'était, nous l'avons dit, la source nouvelle où, depuis la fin des grandes guerres, se recrutait de préférence Tesclavage. Mais le sénat n'osait point, à la face du monde, en avouer la légitimité ; un décret défendit de réduire en servitude un homme né libre, parmi les peuples alliés, avec ordre aux gouverneui*s de rendre à la liberté ceux qui en auraient été injustement piivés. Ce décret ayant été publié en Sicile, en peu de jours huit cents esclaves firent reconnaître Icure , titres à l'ingénuité; et, de toute part, il en arrivait
ùd\ LIVRE II. CHAPITRE VIII.
d'autres au tribunal du préteur. L'esclavage s^ëtait ému jusque dans ses bagnes les plus reculés : mais les maîtres s'émurent à leur tour. Si Ton recherchait les origines de ces asservissements, quelle possession était assurée ? L'exécution du décret, c'élait presque l'abolition de Tesclavage. Ils s'adressèrent au gouverneur; et ce dernier, soit corruption, soit faibles^'e, soit appréhension de ce nouveau danger, ferma son tribunal et répondit aux nouvelles réclamations par des réprimandes, renvoyant les esclaves à leurs maîtres.
Ces hommes libres que l'on voulait rendre à l'esclavage n'y revinrent pas ; ils se réfugièrent dans le bois sacré des Paliques, et là, sous la proteclion des vieilles divinités de la Sicile, ils formèrent ouvertement le plan de l'insurrection (38).
Leur audacieux appel fut entendu. Dans le territoire d'Ancylla, trente esclaves, apparlenant à deux frères trèsriches, les égorgent peadant la nuit, et, sous la conduite d'un nommé Varius, parcourent les habitations, entraînant les esclaves à la révolte. Usn'étaient encore que deux cents, mais ils occupaient une position très forte, lorsque le préteur Licinius Nerva les vint combattre : ce fut encore à la trahison qu'il recourut. Il s'adressa à un brigand qui déjà, depuis deux années, faisait à lui seul une sorte de guerre servile, tuant tous les hommes libres et n'épargnant que les esclaves, et qui, à ce titre, devait être accueilli comme un véritable précurseur parmi eux. Us l'avaient reçu en effet ; ils l'avaient mis à leur têle et il les livra. Mais nul esclave ne tomba vivant aux mains du vainqueur*; les uns se flrent
t. Diod. Fragm. XXWI, m, 4-G. (Cf. Dion Cass. Fr. ci, p. 42, éd. Reiiiiaros).
RÉACTION DE L'ÊSGLAYAGE. 305
tuer en combattant, les autres se précipitèrent du haut des rochers dans les abimes.
Le préteur crut tout terminé par cetfe exécution, et il venait de licencier ses troupes, quand il apprit qu'un chevalier romain avait été assassiné par ses esclaves, et que ceux-ci, au nombre de quatre-vingts, propageaient autour d'eux la révolte. Il réunit ce qu'il put rappeler de soldats, mais n'osa point agir; et, ses hésitations encourageant les esclaves, ils se trouvèrent bientôt deux mille. Le traître qui avait vendu les autres, les ayant attaqués celte fois à force ouveite, se fit battre, et les esclaves trouvèrent dans cette victoire des armes et la confiance qu'ils n'en useraient pas en vain '. Us étaient déjà six mille, lorsqu'ils nommèrent roi un joueur de flûte nommé Salvius, qui avait eu le privilège de captiver leui^ esprits par ses extravagances et par ses prédictions*. Mais, celle fois, le prétendu fou était un homme de cœur et de talent. Il tint ses soldats loin des villes, pour les préserver de la dissolution cl de la débauche ; il les partagea en trois bandes, et, par des opéralions bien dirigées, amassa un immense butin. Bientôt il eut assez de chevaux pour former un corps de plus de deux mille cavaliei's. Avec ce corps et vingt mille hommes d'infanterie, il attaqua Morganline. Malheureusement, dans l'ardeur de l'attaque, il n'avait pas songé à se défendre, et il vit son camp forcé par le général romain. Mais il le surprit au retour, dispersa ses troupes, et recueillit le fruil le plus précieux de cette victoire, en donnant Tordre d'épargner ceux qui jetteraient leurs armes : avec des armes, il faisait des soldats; car sa troupe grossissait tous les