‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 170 sur 213 · Lucien, Contre un ignorant^ bibliomane · texte numérisé non relu

Lucien, Contre un ignorant^ bibliomane

devoir de sa condition ; et toute la honte, quant à la dernière, retombait sur ces êtres infâmes qui, après avoir corrompu sa vertu, trafiquaient de sa beauté ^ Quand la religion tolérait tout, quand tout était autorisé par la nature même des esclaves, où la morale eût-elle pris ses défenses, si ce n'est peut-être dans cet intérêt de la famille, qui eût condamné ces folles amours pour leurs suites ordinaires, la prodigalité et la ruine des maisons*: Mais les pères euxmêmes se montrent, dans Plante, fort indulgents pour ses libertés de jeunesse, qu'ils ont partagées ou quUls partagent encore, comme fait, dans YAsinaire^ ce méprisable Déménète.

Cette influence à laquelle on abandonnait la jeunesse continuait de gouverner l'âge mûr. Dans les Ménechmes, un autre père s'étonne d'entendre sa fille reprocher à son mari d'avoir une maîtresse '. C'était ainsi que les hommes

1 . i Si qua, cauponam exercens in ea corpora quœsluaria habeat, ut c mullae adsolent, sub praetextu instrumenti cauponii, proslilutas mu- « lieres habere, dicendum banc quoque lenae appellatîone contineri. » (L. 45, § 9 (Ulp.), D. XXUI, n, De ritu nuptiarum,) Cf. Plaute, ÀHn. IV, I, 756; Bacch. I, i, 10, etc. L'éloge que se donne G. Gracchus, dans le fragment d*Âulu-Gelle (XV, 12), est une condamnation des mœurs publiques.

2. Dans ce cas, on s*en prenait volontiers à resclaye gouTerneur. (Voy. Calp. Flaccus, Declam. xvn.)

5 . At enim iUe bine amat meretricem ex proxumo. — Sane sapit.

Serviren' tibi

Postulas Tires? Dare una opéra pensum postules, Inter anciUas sedere jubeas, lanam carere.

(Plaute, MeiuBchm. V, ii, 702 et suiy.) L'esclavage offrait, d'ailleurs, aux femmes des compensations, témoin Martial [Ep.\\\,va\i)\

Âncillariolum tua te Yocat uxor, et ipsa Lecticariola est; estis, Àlaude, pares.

Il ne leur donnait que trop souvent aussi des complices empressés à favoriser leurs désordres. (Ovide, iimor. I, xi, 1 et suiv. ; Art amai, m, 485 et suiv. Cf. Pétrone. Satyrkon, c. 45.)

INFLUENCE SUR LES CLASSES LIBRES. 33i

aimaient surtout à oublier les inconvënients inséparables des femmes richement dotées. Seulement^ il faut le dire, ces fières femmes {dote fretœ, feroceis) * qui souvent, dans im âge émérite, avaient acheté leur mari argent comptant *, n'étaient point toujours d'humeur à souffrir un partage de leurs droits ; et elles n'avaienl pas besoin, pour les faire respecter, de cette douteuse médiation d'un père. Le vieux Démonès, dans le Rudensy n'ose accueillir sous son toit les jeunes filles naufragées qui lui demandent asile, craignant la maltresse du logis : a Allez à cet autel, » dit-il, a qu'il vous serve de refuge plutôt qu'à moi '. » — Les mêmes principes enfin dominent encore la vieillesse ; et, comme nous venons de le montrer par ces exemples, elle les professait alors même qu'elle ne les pratiquait pas.

Cette corruption de la vie privée se manifestait dans tous les lieux, dans toutes les circonstances où elle avait à se produire publiquement ; dans les repas dont les moralistes et ceux qui ne le sont guère, Pétrone, par exemple, exposeront les orgies *; dans les bains, où les femmes étaient confondues avec les hommes, jusqu'aux édits de Trajan, d*Adrien, de Marc-Aurèle, qui luttèrent contre cet usage rebelle à leurs décrets*: les courtisanes, c'est-à-dire les

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