‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 199 sur 213 · Spart. Adr · texte numérisé non relu

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rangs parmi les officiers de Yilellius*. Lorsque des affranchis avaient dans TÉlat une si grande place, et que leurs pareils faisaient la loi, comment eût-on pu tenir la main aux mesures essayées contre les affranchissements, dans les commencements de l'empire? Autrefois on avait dû faire un édit pour protéger Talfranchi contre les excès du patron : après ces longues saturnales du règne de Claude, il fallait aviser aux moyens de défendre contre Tinsolence des affranchis les patrons eux-mêmes. Sous Néron on proposa, dans le sénat, de punir par la perte de la liber lé le crime dingralilude ; mais on écarta le projet, on craignait de procéder par des mesures générales : tant le corp$ était puissant' !

Doit-on blâmer ces ménagements, et convient-il de partager l'indignation de ces Romains, d'une date un peu plus ancienne, contre les nouveaux citoyens qui, de Tesclavage, s'élevaient parmi eux à leur tour? Non, sans doute. Ces mesures de la loi en faveur des affranchis étaient inspirées par une sage politique; et nous applaudirons bien ' plus encore aux développements qu'elles reçurent de la jurisprudence, sous l'inspiration d'une pensée plus haute. Quant au second point, comment réfuter ce sage discours où Claude, invoquant le chef de sa race, le vieux Clausus,

1 . Tacite, Atm. Xm, ^l;Hist. IH, 12, et la note 69 à la fin du volume.

2. f Quîppe late fusum id corpus.... Si separentur libertin!, mani- « festam fore penuriam ingenuorum. » (Tacite, Ann. XIII, 27.) Pour les aiïranchis délateurs, cf. Tacite, Ann, XY, 55, XVI, iO, et surtout Hist. I, 2, où il résume toute la période dont il fait Thistoire. C'est à Rome qu'il pensait lorsqu'il décrivait cette condition des affranchis chez les Germains : « Liberti non multum supra servos sunt, raro aliquod f momentum in domo, nunquam in civitate ; exceptis duntaxat iis f gentibus quae regnantur. Ibi enim et super ingenuos et super nobiles f ascendunt. Apud csBteros impares libertin! libertatis arguraentum f sunt. » (De mor. Germ. 25.)

422 LIVRE n. CHAPITRE X.

venu de la Sabine et élevé aux premiers rangs de la cité, montre la république accueillant dans son sein les hommes les plus distingués des contrées soumises, et oppose à Tétroit esprit de la Grèce, qui opprimait et repoussait les vaincus, celte large et libérale politique du fondateur de Rome, qui faisait de l'ennemi un citoyen, agrandissait la cité, rajeunissait et fortifiait TÉtal par ces éléments nouveaux ajoulés à sa masse* î Mais il eût fallu que ces principes, si fermement posés à l'occasion des Gaulois introduils au sénat, fussent appliqués aux affranchis; que leur association fût régulière, que leur élévation fût légitime. Or, à quel titre arrivaient-ils communément à la liberté et aux honneurs? Leurs origines nous expliqueront le caractère général de leurs mœurs et de leur influence.

Plusieurs, sans doute, s'étaient élevés parleur industrie, et restaient, bon gré, mal gré, à leurs anciennes occupations, et nous les retrouverons parmi les éléments dont se saisira le pouvoir pour tenter la reconstitution des classes ouvrières : marchands, brocanteurs, gens de métier, gensde plume. Un affranchi copiste, sorte d'écrivain public, se vante dans son inscription tumulaire d'avoir, pendant quatorze ans, écrit des testaments sans l'aide d'un jurisconsulte*.

1 . « Quid aliud exitio Lacedsemoniis et Âtheniensibiis fuit, quanquam f arrais polierent, nisi quod victos pro alienigenis arcebant?Ât conditor « noster Romulus tantum sapientia valuit, ul plerosque populos, « eodem die hosles, dein cives habueril. Advenae in nos regna?erunt. c Libertinorum filiis magislraius mandari, non, ut plerique falluntur» i recens, sed priori populo factitatum est. (Tacite, Ann, XI, 24.)

2. QDI TESTAMENTA SGRIPSIT ARMOS IIV SINE JCRIS COKSULTO. (MOHUnSeU,

DE L'AFFUAKCllISSEfflENT. 423

Un plus grand nombre, également libérés par le travail, entendaient s'en affranchir désormais : le travail restant une sorte de flétrissure par Tassocialion de l'esclavage, on ne se trouvait pas plus dégradé à suivre les voies moins honnèles, qui faisaient vivre avec plus d'aisance. Ceux qui étaient arrivés par de semblables moyens étaient bien moins disposés encore à en prendre d'autres. Or l'esclavage n'était pas seulement un instrument de travail, mais un instrument de corruption, une matière de débauches ; et l'histoire de tous les temps nous montre laquelle de ces deux classes de serviteurs fournit le plus à la condition libre. Lucius, sous la forme de l'âne, avait longtemps fatigué à la boulangerie, au jardinage, au moulin, sans trouver le terme de ses peines; il fallut qu'il entrât plus avant dans le service domestique, il fallut qu'il y fit preuve de licence et de vice pour devenir Tobjet de toutes les faveurs : c'est alors qu'il pourra reprendre la figure humaine. C'est à ce titre aussi que les esclaves rentraient le plus sûrement dans la vie civile, par la liberté *.

Qu'yapportaienl-ils?Nous l'avons vuenGrèce: leurs habitudes de fainéantise et le mépris du travail, le goût du luxe et toutes les mauvaises industries qui en jetaient quelque reflet passager jusque sur leur misère ; agents d'intrigues ou faux témoins % familiers ou pourvoyeursde la débauche,

Inscr. Neapol., n® 4699.) Pline cite plusieurs affranchis qui se distinguaient dans les soins de ragriculture, du jardinage ou de diverses autres industries. (HUt nat. XIV, v, 5; Xlf, v, 3; XllI, xxix, 2; XV, xv, i ; XVII, XXVI, 5.) On en trouve an grand nombre dans les inscriptions, portant leur qualité d'ouvriers ou de marctiands.

1. Piaule, Epidic. Il, i, 226, et les vers de GaBcilius et d*Afranius cités en note par H. Naudet.

2. Piaule, Pœnul. I, ii, 266. A un degré supérieur, les femmes des odes d'Horace. Cf. 1. 43 (Ulp.) D., XXIII, ii, De ritu nuptiarum. — Les feux témoins de la même pièce de Piaule (Ui; i, 516) sont 'des

et pour le moins parasites ^ Ce personnage, que Piaule el Térence empruntaient au théâtre grec, dut passer un des premiers à Rome, avec les mœurs de ce pays ; mais il fut surtout commun vers la fin de la république et sous Tempire, et le peuple entier de Rome n'était-il pas devenu, depuis les loisfrumenlaircs, comme le parasite du pouvoir? Ces habitudes étaient entrées bien plus avant dans les mœurs des affranchis, qui venaient recevoir leur ration aux distributions particulières de leur patron (70) ; et si, parmi eux, beaucoup excellaient à cultiver Tart grec de vivre aux dépens de l'ancien maître, plusieurs, par un progrès de plus, le portèrent jusqu'à l'art, plus particulièrement romain, de se ménager tout entière, à la mort du pation, cette fortune dont ils avaient mangé leur part pendant sa vie : l'art si fameux de capter un testament*! Quand par ces moyens, ou par d'autres encore*, l'affranchi était arrivé à la richesse, quelle insolence I La satire n'avait pas assez de traits conti'e ces parvenus, amenés souvent à Rome parmi d'autres denrées de l'Asie, et qui désormais étalaient un luxe insultante Elle s'indignait de

affranchis ; ils invoquent ce titre de citoyens, qu'ils ont acheté, pour faire valoir leur ministère et y prendre toutes leurs aises.

1 . Nous avons assez souvent rencontré dans les comiques la merelrix et le leno. Une femme porte effrontément ou subit sur la pierre funèbre son titre de lena ! (Mommsen, Imcr.Neapol, hUinaf, n" i79S.) Quant aux parasites, on connaît ceux de Plante (dans les BacchU, Curculion, les Captifs, Stichtu, le Penan) et ceux de Térence. — Lucien a sur ce sujet tout un dialogue (xlviii).

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