Caton, xiv, 2; Varron, I, xui, 1-3; Colum. I, n
nous nous sommes servi afin de calculer, pour toute Tltalie, 1^ somme des travailleurs de chaque sorte, comprennent nécessairement, pour le plant d*olivier, huit esclaves sur treize ; pour la vigne, six esclaves sur seize : en tou| quatorze sur vingt-neuf: on ne louait pas plus le bouvier que le bœuf ; et les operarii qui complèlent ces nombres, c'est-à-dire les hommes employés à la culture même de la vigne ou de l'olivier, sont, selon toute apparence, aussi des esclaves, l'homme libre étant employé non pour l'ordinaire, mais pour les cas exceptionnels dans ces travaux. Qu'étaienl-ce, en effet, que ces hommes enchaînés (cornpediti) dont il est parlé dans Caton? Ce n'étaient pas sans doute les esclaves commis à l'entretien des bestiaux ou au transport des produits, mais bien les hommes qui travaillaient en plein champ, les laboureurs, ces fossoresy qui avaient pour se reposer, pendant la nuit, l'humide pierre de Vergastulum ; et les vignerons, qui sont, en si grand nombre, désignés par le nom à'operarii dans la vigne de Caton, Columelle dit qu'on les prenait le plus souvent parmi les esclaves à la chaîne : Ideoque vineta plurimum per alligatos excoluntur^.
Si ce nombre de 1 500 000 ouvriers est trop fort pour les esclaves occupés aux travaux dont nous avons parlé, peut-être, d'autre part, est-il trop faible pour l'ensemble de la famille rustique.
La culture de la terre, de l'olivier, de la vigne, ou la préparation de leurs produits, le soin du bétail dépen-
1. Coium. I, IX, 4. Varron témoigne assez que les operarii étaient généralement esclaves, alors qu*il parle de leur pécule, et qu'il conseille d'y ajouter. (I, x?ii, 6 et 7. ) Horace {Sat. H, yii, m fin.) donne le même sens au mot opéra, dans un passage qui nous montre en même temps le nombre des gens employés à sa terre sabine : Accèdes opéra agro nona sabino.
i02 LIVRE II. CHAPITRE III.
dant de la ferme, ne composaient pas tout le travail de la campagne. Aux ouvriers des champs il faut joindre ces artisans, forgerons, foulons, etc., qu'on louait loi'squ'on était à la proximité d'une ville (et c'étaient généralement encore des esclaves entretenus à cet usage), mais qu'on avait sur le fonds même, quand on ne pouvait les faire venir d'ailleurs, sans trop de dérangement et sans péril pour l'exploilalion principale*. Aux bergers de ferme il faut joindre ces pâtres de clairières et de montagnes, qui conduisaient leurs nombreux troupeaux dans les prairies naturelles de TApennin', population à pari, et dont le nombre s'accrut si considérablement, aux dépens de la race agricole, quand l'Italie, habituée à vivre des tributs du monde, crut pouvoir cesser de produire et changea en pâturage ses terres de labour. Il fallait y joindre encore tout le personnel employé à l'entretien de la famille même , et enfin des femmes et des enfants.
Dans ces domaines de Caton, pris pour base de nos calculs, on ne compte qu'une femme, la ménagère ou villicat et un ou deux enfants, choisis parmi les plus grands et les plus forts, le gardeur de porcs et le gardeur de moutons (subulcusy opilio). Or les femmes, sans approcher du nombre des hommes, ne devaient pas être dans une proportion si restreinte. Varron ne voyait pas d'inconvénient à donner aux bergers de la ferme une compagne d'esclavage; et quant aux pâtres des montagnes, il y trouvait un avantage : ces compagnes les servaient dans la garde des troupeaux, leur préparaient la nourriture, et pouvaient
i. Vairon, I, x?i, 4.
3. Varron, n, x, 1-4. On conseillait dVoir un paire par 80 ou 100 brebis, pour les troupeaux de 700 à 800 têtes; pour les troupeaux plus considérables, le nombre des pAtres pouvait ne pas suivre rigoureusement c^lle proportion. (Ibid, 10 et H.)
aussi fixer leurs amours vagabondes ^ mais il fallait de ces robustes femmes capables de porter des fardeaux avec leurs enfants, des femmes comme celles d'Illyrie, qui, aux premières douleurs de Tenfantement, s'écartaient un peu de leur ouvrage, et bientôt rapportaient leur nouveau-né comme si elles l'avaient non mis au monde, mais trouvé là*. Yarron, et Golumelle, après lui, conseillaient aussi de donner des femmes en particulier aux chefs de travaux pour les rattacher plus étroitement au domaine par ces liens de la famille'. Ils distinguent parmi les hommes ceux qu'il convenait surtout de marier, mais non point parmi les femmes : toutes se trouvaient comprises dans ces unions, durables ou passagères ; et Golumelle voulait qu'on récompensât, par la suspension du travail et par la liberté même, les mères de plusieurs enfants*. Enfin, même chez Caton, Tempèchement qu'il mettait aux rapports habituels des deux sexes, et le prix auquel il les autorisait, prouvent qu'il y avait dans la villa d'aulres femmes que celle du régisseur'; et le profit qu'il tirait de cette étrange spéculation ne diminuait sans doute pas celui qu'il attendait de la fécondité de ces esclaves : ces unions fortuites ou tem- ^poraires, comme les unions plus continues, donnaient au père de famille leurs produits ordinaires, leurs a fruits