‹ Histoire de l'esclavage dans l'antiquitéChapitre 33 sur 213 · Varron, I, xvm, i · texte numérisé non relu

Varron, I, xvm, i

calcul général de la population occupée à ces travaux. Or si, à défaut de semblables renseignements pour l'Italie moderne, nous continuons de prendre, comme terme de comparaison, la région S. E. de la France, nous trouvons que, sur 13 287 465 hectares, elle en a 116 798 en oliviers; ritalie, dans la partie en deçà du Rubicon et de la Macra, sur 15 356 109 hectares, en aurait proportionnellement 134 981 consacrés à la même culture. La culture de Tolivier demandait 13 hommes pour 240 jugères ou 60hectarcs,682: les 134 981 hectares que nous venons de trouver en auraient donc employé 28 917.

La vigne, dans la région S. E. de la France, occupe, sur 13 287 463 hectares, 618 703; en Italie, sur 15 356 109, elle en aurait occupé 715 025, et, à raison de 16 hommes par 100 jugères ou 25 hectares, 2840, ces 715 025 heclares représenteraient 452 475 ouvriers^

Une culture bien plus étendue que celle de l'olivier et de la vigne, c'est la culture du blé, et Caton n'a rien dit de l'appareil d'un domaine consacré à une exploitation de cette sorte. On a vu qu'à l'origine la part du citoyen fut de deux, puis de sept arpents. C'était la mesure plébéienne, et c'est à propos de celte mesure que Columelle rappelait la maxime carthaginoise : oc 11 faut que la terre n'excède pas la force de ^agriculteur^)!> La substitution de la grande culture à la petite réduit nécessairement toujours le nom-

1. Statistique de la Franee (1840), tableaux récapitulatifs A et 0.

2. ff Imbecilliorem agrum quam agricolam esse debere. » (Golum. I, ui,9.) Marius encore distribuait par soldat quatorze arpents, et comme plusieurs se plaignaient, demandant davantage : c A Dieu ne plaise, « dit-il, qu'un Romain Irouve trop petite une mesure de terre qui f suffit à le nourrir! » (Plut. Crassus, 2.) Pline le Jeune exprimait l'envie d'acheler une terre voisine de la sienne, parce qu'en réunissant les deux exploitations il faisait une économie sur le mobilier, les portiers, les jardiniers, les artisans, les équipages de chasse. (Ep. III, i9.)

bre des bras. Hais, dans le commencement, avant que les patrimoines agrandis se fussent étendus aux proportions des latifundia^ la force de Thabitude retint encore les Romains dans des formes analogues d'exploitation, et, par conséquent, dans des limites de nombre plus rapprochées ^ On en a vu la preuve dans les préceptes de Gaton sur l'olivier et sur la vigne. Les agronomes qui ont cité et commenté son texte ne remplissent point la lacune pour les terres en blé; mais Safema, au rapport de Varron, semble donner comme mesure générale de travail 8 jugéres par homme; mettons-en 10 pour laisser de côté les considérations d'humanité qu'il prétendait par là respecter encore*, et donnons à une exploitation de 100 jugéres un personnel de dix hommes, régisseur, valets ou laboureurs, comme dans les exemples proposés par Caton. L'Italie, comme nous l'avons limitée, avait 2 878 336 hectares cultivés annuellement (jachères non comprises) : à raison d'un homme par 10 jugéres ou 2 hectares, 5284, elle y aurait occupé 1 138 400 ouvriers. C'est, pour les trois genres de culture et l'entretien du bétail correspondant, environ à 1 500 000 hommes.

Ce ne sont pas 1 500 000 esclaves. Le mot operarius, dont se servent les agronomes, veut dire, indépendamment de toute condition libre ou servile, ouvrier^ travailleur '. Or il n'y avait pas seulement des colons ayant pris le domaine à ferme, sorte de bail que les agronomes con-

\, Pline compte toute une famille d'esclaves dans un fort petit champ admirablement tenu : In parvo admodum agelh. (Hùt, nat. XVin, Tin, 3 et 4.)

2. f . . .yaletudini, tempestati, inertiae, indulgenti». » (Varron , I ,

XTIII, 2.)

5. Galon, Vairon et Columelle, poiêim; Pline, XVIil, uvu, 3 et 10.

seillaienl de faire le plus long possible*; il y avait encore de petits cultivateurs libres, travaillant avec leurs enfants, comme le disent Varron et Columelle, dans quelque terre éloignée ; il y avait ces journaliers qu'on employait de t)rérérence aux terres malsaines et aux rudes et pressants travaux de la moisson ou de la vendange', pauvres gens qui venaient, sans doute, des plaines populeuses de là Cisalpine, ou descendaient de l'Apennin, comme nous voyons, aux mêmes époques de Tannée, venir de la Belgique ou de l'Auvergne ces nombreuses émigrations d'hommes de peine. Mais les exceptions confirment la règle ; et, parmi ces travailleurs, la masse, si elle n'était esclave, tendait de plus en plus à le devenir, de Gaton à Varron et à Columelle. Tout l'indique dans la distribution de la villa, dans rénumération môme des gens employés et dans l'exécution des travaux. Pourquoi, dans la villa, ces cases mentionnées par Caton, le premier, par Varron, ensuite^ et par Columelle' ; ces détails sur le coucher, le vêtement et la nourriture de la famille ? A quoi bon ces recommandations au régisseur, ces soins de tout genre, cette surveillance qu'ils lui prescrivent à Tenvi, si la grande masse des ouvriers ne reste pas, n'appartient pas à la maison? Qu'on le remarque bien d'ailleurs : les nombres de Caton, dont

1. Colum. I, Yii, 5. Les biens des municipes, des temples et plus tard du fisc, se louaient Tolontiers à perpétuité : « . . .veluti si qua tes in « perpetuum locata sit : quod evenit in prsediis municipum quae ea « lege locantur, ut, quandiu id vectigal praestetur, neque ipsi con- « ductori, neque haeredi ejus praedium auferetur. » (Gaii Instit lU, § 145; cf. C. Just. XI, wx, De locaiione prœdiorum civilium velfisca- Hum, sive templorum,

2. Varron, I, xyii, 2 ; Colum. I, ni, 5-7. Caton parle aussi de.ces journ iliers loués par le villicui. II recommande de ne pas les garder au delà du temps convenu. (De re rust y, 4.)

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