L. 7, pr. (Ulpien) D.,XL, ww.Deliheralicama
Telles étaient les sources intérieures de l'esclavage, et Ton voit dans quelle proportion elles pouvaient concourir à Talimenler. La condamnation capitale faisait de l'esclavage une transition de la liberté à la mort ; elle ne contribua véritablement à recruter les classes servîtes que quand, plus tard, on laissa vivre les esclaves de la peine, en les appliquant aux travaux publies des carrières ou des minesi L'asservissement du citoyen livré au créancier, du fils vendu par son père, fut, au contraire, fort commun à ces époques de misère où le patricien dominait par la possession presque exclusive de la fortune et du pouvoir de l'État. Enlevé au travail par ces guerres perpétuelles, l'homme du peuple y gagnait moins en butin qu'il n'y perdait en représailles; car la guerre détruit plus qu'elle ne produit, et, si peu qu'elle ait de vicissitudes, elle tourne nécessairement à la ruine non-seulement du vaincu, mais du vainqueur. Il devait alors emprunter pour vivre, el Fusure, dans ces conditions, ne peut avoir qu'un résullat fatal, puisqu'elle accroît la somme à rendre, à mesure que se consomme le capital reçu. Il était donc bien difficile qu'il échappât à la rigueur des lois sur les dettes, c'est-àdire à l'esclavage ; et, menacé d'y entraîner avec lui toute sa famille par le lien qui rattachait à sa personne, il dut plus souvent aussi chercher un ajournement à la consommation de ce malheur, en la vendant, pour ainsi dire, en détail. Ces dures nécessités de la misère, et les résistances qu'elles provoquaient parmi les plébéiens, ont marqué des traits les plus dramatiques les grandes
20 LlYltB IL CHAPITRE II.
scènes d'intérieur si admirablement décrites par Tite Live. Ces braves gens, qui combattaient au dehors pour l'indépendance et la domination, ne trouvaient au retour qu'oppression et servitude ; leur liberté courait moins de péril dans la guerre que dans la paix, au milieu des ennemis que parmi leurs concitoyens ^ Pour faire éclater ces ressentiments, il ne fallait qu'une occasion ; tel fut, aux approches des Voisques (495 av. J.-C), l'effet produit par ce vieillard qui, pâle et amaigri parla souffrance, vint se jeter dans la foufe avec tout l'appareil de ses misères. Enrôlé dans la guerre des Sabins, il avait vu ses récoltes détruites, sa ferme livrée aux flammes, ses biens pillés, ses troupeaux ravis ; et, pour satisfaire aux injustes rigueurs de l'impôt, il avait emprunté de l'argent. Sa dette, accumulée par l'usure, lui avait d'abord dévoré le champ qu'il tenait de ses pères, puis d'aulres héritages, puis, comme une plaie hideuse, avait gagné jusqu'à son corps : il s'était vu entraîné par son créancier devenu son maître ou plutôt son bourreau, ef, à côté de ses nobles cicalrices, il montrait la trace encore sanglante d'une infâme flagellation. Cette vue et ce récit soulevant le peuple, une foule de débiteurs, liés ou dégagés des mêmes nœuds, se répandirent dans la ville, ajoutant le péril de l'émeute au danger de l'invasion. En pareilles circonstances, le sénat se relâchait de sa rigueur et laissait aux consuls le soin de calmer la foule par quelque édit. On rendait aux détenus la liberté pour s'enrôler, avec toute garantie au sujet de leurs biens et de leurs enfants pendant la campagne; et au i^e-
1. « Fremebant se foris pro liberlate et imperio dimicantes domi a « civibus captos et oppresses esse ; tutioremque in belio quam in pace, « interliosles quam inter cives, liberlatem plebis esse. » (Tite Live, il. 23.)
tour, ils. étaient remis aui fers M Deux consuls furent ainsi compromis par la mauvaise' foi du sénat; mais Valérius, nommé diclateur, ne voulut point sacrifier à cette politique la popularité de son nom. Ne pouvant tenir sa parole, il la dégagea en abdiquant, et le peuple, n'attendant plus rien que de lui-même, se retira au mont Sacré d'où il re* vint avec le tribunat (493 av. J.-C.).
Le tribunat, ce fut en quelque sorte le droit d'appel en cinq, en dix personnes, un asile toujours ouvert aux suppliants, une intervention toujours active en faveur de Topprime. Mais le tribun ne pouvait rien que contre l'abus, et la loi était assez dure pour accabler le peuple à elle seule. Aussi le mal ne cessa-t-il guère. Lorsque C. Licinius, Stolon et L. Sextius comprenaient dans leurs propositions fameuses une loi sur les dettes, ils demandaient si Ton aimait mieux voir la plèbe circonvenue par Fusure, et la personne du débiteur, à défaut de payement, jetée dans lesfersel dans les supplices; le créancier entraînant, chaque jour, du forum les troupes d'hommes qu'on lui adjugeait (addictos); jes plus nobles maisons remplies de citoyens enchaînés, et toute demeure de patricien contenant sa prison '. Ces lois liciniennes qui subvenaient au passé (366), celles mêmes qui, par la réduction (354 et 347), et par la suppression de l'usure (354, 347, 342), voulaient pourvoir à l'avenir, furent impuissantes '. Il n'y eut plus de taux
i. Tite LÎYe, II, 23 et 27 : • Deinceps et qui ante nexi fuerant, f creditoribus tradebantur, et nectebantur alii. » 2 « An placeret fenere circumYentam plebem, potius quam sorte
• creditum solvat, corpus in nenrum ac supplicia dare? et gregatim
• quotidte de foro addictos duci, et repleri vinctis nobiles domosT et fl ubicunque patricius habitet, ibi carcerem privatum esse T » (Tite Uve, VI, 36. Cf. VI, H, U, etc.)
3. c Ëtsi unciario fenere facto leyata usura erat, sorte ipsa obrue-
• bantur inopes, nexumque inibant. » (Tite Live, VII, 19. Cf. 27 et 42.
légal dans TÉtat; mais les membres souffrants de ce grand corps n*en étaient pas moins tributaires de l'ordre supérieur, dépositaire de la richesse et de la force publique, et ces rapports, pour n'èlre plus réglés, n'en furent pas moins rigoureux.
Évidemment, pour remédier au mal, il fallait modifier la nature du gage et non pas les conditions de la créance ; laisser Tintérêl ordinaire à la charge de la dette, mais libérer de la garantie personnelle le débiteur.
Comme il était arrivé de Lucrèce, de Virginie, une passion coupable de l'un des oppresseurs, un abus de pouvoir, devint l'occasion de cet événement qui fut, selon Tite Livc, pour la plèbe de Rome « une èi e nouvelle de liberté ^ »
Un patricien, un Papirius, avait reçu en gage le fils d'un plébéien nommé Publicius. Il avait cru n'avoir qu'un esclave dans cet enfant; mais, comme le sentiment d'une libre origine l'élevait au-dessus de sa condition présente, furieux, il le fit dépouiller et battre de verges. Le jeune homme, déchiré, s'enfuit parmi le peuple, accusant l'infamie et la cruauté du créancier ; et tous, émus par les misères d'un âge si tendre et l'indignité de son injure, par l'image de leurs propres périls et la pensée de leurs enfants, courent en masse au forum et de là à la curie. Ce soudain tumulte ayant forcé les consuls à convoquer les sénateurs, le peuple, à mesure qu'ils arrivaient, se jetait à leurs pieds, montrant le corps sanglant de la victime. « En ce jour, dit Tite-Live, la violence mal contenue d'un seul homme rompit la formidable chaîne du crédit, et les consuls eurent l'ordre de proposer au peuple : « Qu'aucun a citoyen, s'il n'était prévenu d'un crime, ne pût, avant de
1 . fl Eo anno plebi roman» velut aliud initium iibertatis factum est ft quod necii desierunt. » (Tile Live, VUI, 28.)
« subir sa peine, être retenu dans les entraves ou les liens; « que les créanciers eussent pour garant les biens du débi- « leur et non sa personne. » (Loi PetUia, 326.) Par là» les citoyens détenus pour dettes furent délivrés, et on prenait soin qu'ils ne pussent être Iraités de la même sorle à Ta venir*. »
Ainsi rinviolabilité que le tribun communiquait à Topprime par son intercession s'introduisait dans la loi même en faveur de tous. La même mesure qui garantissait la liberté du débiteur dut rendre plus rare la vente du fils par le père ; et cette forme de servitude se trouva considérablement réduite : elle ne fut pourtant pas entièrement supprimée. Les intérêts du riche résistèrent à la loi. Trente-six ans plus tard, un attentat pareil entraînait sur l'Âvenlin le peuple soulevé et menaçait Rome d'une guerre civile*; et, au temps des guerres puniques, il y avait encore des débiteui*s adjugés et tenus dans les fers : après la bataille de Cannes, le dictateur, sacrifiant, dit Titc Live, l'honneur public à la nécessité, offrit la libération aux condamnés pour crime ou! pour dettes, qui prendraient les armes ; et il en arma six mille des dépouilles des Gaulois'^. Quant à l'esclavage réel, rien ne devait le restreindre. Le droit pénal continua de frapper de cette dégradation suprême qui était avec la pairie la liberté, soit qu'il Ht vendre le réfraclaire au cens ou à l'enrôlement, soit
1. Ibid. Cette loi, du reste, ne concerna jamais que les citoyens. Les étrangers, les alliés, continuèrent d'être nexL (Voy. Saumaise, De modoutur.fC.Tnix, p. 852. Leyde, 1639.)
2. Saumaise, De modo usur.^ c. xvm, cité par M. Naudet, Des secours fmblics chez les Romains, Mém. de l'Acad, des insc., nouv. série, t. Xlli, p. .50-51.
3. a Qui capitaiem fraudem ausi, quique pecunia judicati in vincu- « lis essent, qui eorum apud se milites fièrent, eosnoxa pecuniaque a se exolvi passurum. » (Tite Live, XXIII, 14.)
qu'il réservât le coupable aux travaux publics; et on trouve une nouvelle application de la servitude infligée directement comme peine, vers le commencement de l'empire, dan& le sénatus-consultc Clauditn : il frappait la femme libre mariée à un esclave et ne prévoyait pas moins de dix-huit cas différents ^ Or c'était bien là un vérilable et complet esclavage. Le condamné qui parvenait à s'y soustraire et se faisait soldat était, comme l'esclave, puni de mort*; l'enfant d'une femme esclave de la peine naissait et demeurait lui-même esclave de la peine, servus pcenw*.
Mais c'est surtout du dehors que vinrent plus abondamment les esclaves. On sait avec quelle rigueur les Romains pratiquaient le droit de la guerre; ils le respectaienljusque contre eux-mêmes : le citoyen, comme l'ennemi, fait prisonnier, était mis hors la cité, hors la loi, et cessait d'être, en quelque sorte, une personne. Plus d'une fois le séna appliqua ces maximes sévères qui frappaient de la mort civile ceux qui avaient sauvé leur vie au prix de la liberté. On les laissait à l'esclavage qu'ils avaient préféré à la mort On refusait de les reprendre à rançon* : après la bataille
1. a Ut ignaro domino ad id proiapsae, in servitute; sin consensis- « set, pro libertis haberentur. » (Tac. Ann. XII, 53.) L'affranchi Pal'» las était Tauteur de cette loi, qui fut renouvelce par Vespasien. (Suél. Vesp. 14.) Amendée plus lard par Théodose le Jeune (1. 179 C. Th. XII, i), elle fut supprimée par Justinien (1. un C. J. VII. xxiv). Yoyei Blair, Inquiry, etc., et le chapitre xdu volume suivant.
2. L. 4, D., XLIX, XVI, De re militari. — 2. L. 4 (Anton.) C. J., IX, Lxvii, De pœnis.
3* Tite Live, XXII, 59-614 Amiibal irrité vendit les uns et tua les
de Cannes, on aima mieux racheter et armer huit mille esclaves ; et, si l'ennemi, comme le fit Pyrrhus» les renvoyait de lui-même, si les besoins de l'État faisaient une nécessité de les recevoir et de les employer encore, ce n'était plus au même rang. Abaissés d'un degré, le cavalier parmi les fantassins, le fantassin parmi les auxiliaires, ils devaient servir et porter la marque de leur humiliation jusqu'au jour où ils la rachèteraient par la dépouille de deux ennemis *. Ces mêmes rigueurs du régime militaire se maintenaient dans les règles du droit civil. Le prisonnier était mort, son mariage dissous, sa succession ouverte, ses biens vacants. Seulement, là aussi, la fiction vint de bonne heure tempérer la dureté de la loi. Quand le captif revenait, libéré par le rachat ou par la fuite, il était censé n'avoir jamais été captif*, et rentrait en possession de tous les droits dont la prescription, cette gardienne de la sécurité publique, ne l'avait point dépouillé (4).
Ce droit de la guerre, Rome l'appliquait aux ennemis, moins les fictions qui, pour les citoyens, en affaiblissaient ou en détournaient l'atteinte. Les vaincus étaient faits prisonniers, et les prisonniers n'étaient pas encore assurés de vivre : plusieurs, après le triomphe, étaient régulièremen
autres. (App. Guerre d'Ann. 38.) Dans le cours de cette guerre, il y avait eu échange de captifs entre les deux partis. Fabius même vendit son champ pour parfaire le compte d'échange au taux convenu de 2 livres 1/2 d'argent par tête. (Tite Live, XXil, 25. Cf. Dion Cassius, Fragm., p. 23, 1. 57, et p. 64, 1. 64.) De même, on avait traité de la rançon des captifs avec Pyrrhus. (App. Guerre des Samn, x, 4.)
i. Yalère Maxime, U, vii, 45. Les compagnons de Yarus, rachetés par leurs parents, furent tenus hors de l'Italie. (Dion Gass. LVI, 22, p. 822, 1. 36.)
2. c Postliminium fingit eum qui captus est in civitate semper c fuisse, t {InsHL I, xii, 4.))
52 LIVRE II. GIIAPITRE ÎI.
mis à mort ^ ; d'autres fois, ils étaient égorgés dans le camp% ou encore, on les faisait s'entr'égorger eux-mêmes dans des luttes qui servaient à Tamusement du soldat '. Le reste, quand il n'y avait pas lieu d'en faire l'échange, subissait l'esclavage. Des exemples s'en trouvent dès les premiers temps de Rome ^ ; ils se multiplient dans toute la suite de ces guerres italiennes où la république eut à soutenir une lutte si vive contre les tribus voisines *. Pendant les guerres d'Annibul, où elle combattit encore dans les mêmes lieux, pour son salut, elle eut aussi, après tant de funèbres journées, ses jours de victoire et ses caplifs. Plusieurs, avant la bataille de Cannes, avaient fait l'objet d'un échange ; plus tard, quinze mille furent vendus au profit de l'État, et, quand la défaite de Carlhage, en 2b2, élendit la lutle au monde entier, tous les champs de bataille donnèrent à l'esclavage ses victimes. Déjà la Sicile avait vu
\ . Âppien dit que Pompée, après la guerre de Mitliridaie, ne se conforma point à cet usage : na^X66)v $' i; to KxmTuXtGv, cù^tva tmv atxaoXcDTttv Ixtiiviv, a>; frepoi tûv ApiapiGou; irapa'^&vrttv . (Guerre de Mithr, H7.)
2. Dion Gassius, XLVII, 48, p. 525, 1. 8 (dans le camp de Brutus).
5. Ânnibal avait ainsi fait combattre des soldats gaulois, mais en ofTrant liberté aux vainqueurs. (Tite Live, XXI, 42.) Sextus Pompée donna un combat naval de captifs prés de Rhegium. (Dion Cassius, XLVUI, 19, p. 559, 1. 45.) Sous Auguste, on ût aiusi combattre des troupes de Daces et de Suéves. (Ibid. LI, 22, p. 655, 1. 9c. Cf. LUI, 1, p. .696, 1. 27, et LV, 5, p. 775, 1. 62.)
4. Malgré la loi de Romulus, dont Denys d'Ualicarnasse a évidemment exagéré la portée. Tullus Ilostilius a de nombreux esclaves, et Ton voit que Tarquiu TAncien avait fait vendre tous les habitants de Gorniculum. (Denys d*Hal. III, 50.)
5. Trois mille huit cent soixante-dix à la bataille d'Aquilonie, trois mille, puis deux mille autres dans la suite de la guerre, etc., etc. (Tite Live, X, 42, 46.) Dans Tappareil du triomphe qui suivit élaif portée une somme de 5 535000 as, que Ton disait provenir de la vente des prisonniers. (Ibid,)
SOURCES D£ L'ESCLAVAGE A ROME. oT»
sa population, comme ses terres, décimée; la Sardaigne, par ses' continuelles révoltes, renouvelait ses défaites et les générations de ses captifs; la Gaule Cisalpine, ITspagne, payèrent aussi en troupes d*esclavcs les légions romaines qui s'usaient à les réduire*, et plus laixl la Transalpine eut son tour dans cette rude guerre que lui fit César. Les exemples s'en trouvent à chaque page de ses fameux commentaires. Ce sont des peuples entiers. Rien n'égale Thorreur du fait que le sang-froid du narrateur... César tue, prend et vend : « Senatu necato, reliques « subcorona vendidit' », En une fois, il vend cinquante-trois mille hommes^. Si Ton en croyait Tlularque et Âppien, il aurait fait un million de captifs avant d'atteindre à cetle victoire complète qui devait ouvrir à la Gaule, dans un avenir assez prochain, les portes de la cité et du sénat \ Rien de plus difficile à prendre que ces esclaves, rien do plus dinicile à garder ; les Espagnols étaient trop dangereux, les Sardes trop indociles : ils ont la gloire d'avoir, à
1. Tite Live, XU, 28 ; App. Guerre$ dEspagne, 99, etc. Il y en eut qui échappèrent à ce sort. Les Slèues, triuu gauloise des Alpes Graiœt attaqués à 1 improviste par les Romains, tuèrent leurs femmes et leurs entants et se jetèrent dans les flammes. Ceux qui turent pris s'étranglèrent ou se laissèrent mourir de faim : a Nuilusque omnino ?ei par- « Tulus superfuit, qui servimlis condilionem vitse auiore toieraret. » (Orose, V, H; cf. Liv. EpiL L\1I.) — Tite Live parle de cinq mille six cent vingt captifs Isiriens vendus $ub corona, ÇLLi, 11.)
â. De hello Gall. lU, ItS.
5. Sectiuuemhtyus oppidi universam Cssar venlidit. Abhisqui eme-rant, capitum nuinerus ad eum relatus eat milinimLini. » (Ibid. il, 34.)
4. App. Guerres da Gfiules, 2 ; Plut Ces, 15. t.e texte de Heiske (t. iV, p. 196) porte, sur trois millions d'ennemis, le nombre des morts à un million, et celui des captifs à deux fuis autant : oUao; ^i ^tçTwiaÔTa; iW-ypiiMv. Coray a supprimé Tadverle ^tç, comme le voulaient le bon sens et un autre texte de Plutarque. (Pomp. 67, t. 111, p. 845.) Velleius Paterculus eu estime le nombre à plus de quatre cent iiiilic (cité par M. Biair).
Il - n
ce litre, donné lieu au proverbe : « Sardes àvendre\ » Il n'y avait donc rien de bon à tirer de là pour les besoins du service. Quand Cicéron voyait César porter plus loin la guerre, jusqu'en Bretagne, il s'apitoyait sur le triste butin qu'il en devait ramener : des esclaves probablement bien peu instruits dans la musique et les belles-lettres * !
Mais, en même temps que Rome soutenait en Occident ces guerres opiniâtres et obscures, en Orient, de faciles et éclatants triomphes lui donnaient, à moins de frais, des populations mieux façonnées aux arts et aux habitudes de l'esclavage. Les nations helléniques, si malheureusement divisées dès le commencement de la lutte de la Macédoine contre les Romains, l'Épire, qui, d'abord alliée de Rome, se tourna contre elle sans entraîner de l'autre côté la victoire ; riUyrie, qui vint s'unir à l'Épire et à la Macédoine à la veille de la défaite, tous ces peuples du nord de la Grèce payèrent un bien lourd tribut à l'esclavage, quand Paul-Ëmile eut consommé la ruine de Persée. A la suite du roi macédonien figuraient, dans la solennité du triomphe, rimage des nations vaincues : c'étaient presque des nations,
1. « Sardi vénales, alius alio nequior, etc. » (Festi Fragm. e cod. Famés. 1. XVIU, p. 322, éd. C. 0. Mûller.) Feslus fait dériver le proverbe d'une coutume étrusque, sous prétexte que les Étrusques sont originaires de Lydie, de Sardeê, Cela n'a aucune vraisemblance.
2. fl Neque ullam spem praedae nisi ex mancipiis, ex quibus nullos « puto te litteris aut musicis eruditos cxspectare. » (Gic. ad AtL 1V« 16, p, 527.)— C'est cependant au théâtre qu'Auguste attacha les captifs qu'il avait tirés de la Bretagne. Il est vrai que c'était pour y lever le rideau :
a Purpurea intexli tollant aulsea firitanni. v
(Yirg. Georg, HI, 25.)
Servius dit sur ce passage : « Hoc secundum hisloriam est locutus (Virgilius). Nam Àugustus postquam vicit Brilanniam plurimos de captivis quos abduierat dbnavit ad ofOcia theatralia. »
en efTet, qui furent alors ravies à la liberté et dispersées en esclavage. Dans la seule Ëpire, on vendit cent cinquante mille hommes ^ La Grèce méridionale restait encore intacte ; mais la dépendance politique où elle s'était placée était comme un acheminement à une condition plus dure. Cette dégradation politique affaiblissait le pays en même temps qu'elle surexcitait dans les âmes la haine du joug. Quand on voulut le rompre, on Taggrava ; la Grèce aussi fut définitivement soumise, et les derniers champions de sa liberté allèrent à Rome grossir le nombre des esclaves. Il en fut de même de TAsie. Partout les armées, en se retirant, emmenaient avec elles Télite des populations vaincues ; partout la conquête, avant de réduire un pays, hommes et femmes, à des conditions uniformes de dépendance, prélevait encore un tribut d'esclaves parmi les plus dévoués de ses défenseurs. C'est la suite forcée de toute bataille et la conclusion de toute campagne; et, quand nous aurions recueilli tous les textes des anciens, nous serions encore au-dessous de la réalité. Tout n'est pas dit, en effet, sur cette matière^ par les récits de Thistoire ; on énumère encore les prisonniers dans les premières guerres d'Italie, dans les guerres du Samnium, quand, la lutte ayant des chances égales, on comptait avec une ardente BoUicitude, comme deux joueurs qui jouent leur fortune et leur vie, les pertes subies de part et d'autre ; et Tite Live a conservé avec le reste ces fragments de l'ancienne histoire romaine. Mais, depuis, Rome ne connaissait pl^s guère que la victoire, et, n'ayant rien à craindre^ même d'un revers, elle ne portait plus le même intérêt
1. c l]t centum quinquaginta millia capituro humanorum abduce-^ • renlur. » (T. Liv. XLV, 34.)
56 LIVRE li. CHAPITRE II.
à ce calcul. L'habitude fit donc souvent néglij^er une mention qui se supplée naturellement. Cicéron lui-même, au retour du siège de Pindénisse et de sa campagne d'Issus, ne compte pas ses prisonniers ; il se borne à dire à Âlticus qu'on les vendait, au moment où il écrit, le troisième jour des saturnales ^ ! On n'en parle donc plus, même d'une manière générale, excepté dans des occasions éclatantes ou en d'autres cas signalés par quelque particularité. On citait (le danger avait été grand cette fois) les prisonniers de Marins à Aix et à Yerceil, quatre-vingt-dix mille Teutons, soixante mille Cimbres*. On citait l'immense butin que LucuUus avait fait dans le Pont, comme dans un pays riche et depuis longtemps étranger aux ravages de la guerre ; butin si considérable, qu'un esclave se vendait 4 drachmes (environ 3 fr. 50 c), un bœuf, 1 drachme (90 c), et tout le reste en proporiion*. On parlait aussi de ces nombreux captifs ramenés par Catou d'un pays dont l'occupation ne lui avait coûté qu'un voyage^, de l'i'e de Chypre. On en parlait, parce que Clodius, qui a^aii décrété l'expédition, disputait à Caton, qui l'avait faite, Thonneur de nommer les esclaves ; ballottés entre ces deux noms fameux des Clodiens et des Porciens^ ils finirent par ne porter ni l'un ni Tautre : ils furent Cypriem comme devant ^. On mentionnait encore ces quarante-
1. tt Mancipia venibant saturaalibus tertiis. Quum haec scribebam, in « tribunali res eral ad H-S. cxx. d (Ad AU, V, 20.)