LIVRE SIXIÈME
I. La. protection constante que Nobunanga donnait aux missionnaires , et sur-tout les dernières marques d'estime dont ce Prince avait honoré le P. Valégnan, avaient fort accrédité le Christianisme. Araqui , Roi de Bomi , et la Reine son épouse s'étaient déclarés Chrétiens peu de temps après, et l'on apprenait tous les jours quelque conversion éclatante. D'ailleurs , la conduite de l'Empereur faisait espérer à ceux qui jugeaient des choses selon les apparences, qu'il n'était pas fort éloigné de se rendre lui-même à la vérité ; mais ceux qui le connaissaient étaient persuadés qu'il n'avait jamais eu , et qu'il n'aurait jamais de religion. Ce qui trompa également les uns et les autres , ce fat la fohe qu'eut ce Prince de vouloir être adoré comme un dieu , lui qui s'était moqué toute sa vie des honneurs divins qu'on rendait aux camis. Mais ce n'est pas la première fois que la passion a fait donner les plus grands hommes dans des travers , que leur propre conduite avait par avance rendu inexcusables , et qu'ils avaient le plus hautement condamnés dans les autres.
Nobunanga se fit donc construire un superbe
temple sur une colline qui regardait Azuquiama. Au milieu de ce temple, il commanda qu'on mît une pierre où ses armes fussent gravées et ornées de quantité de devises , et que tout au tour on plaçât les plus belles idoles qu'on pourrait trouver dans le Japon. Ensuite , parut un édit qui suspendait tout culte religieux dans l'empire, et qui ordonnait sous de très-grièves peines , à quiconque de venir sacrifier à l'Empereur dans son temple : on vit bien par la promptitude avec laquelle on obéit , que tout pliait devant ce Prince. Les Chrétiens seuls se moquèrent de l'édit , et l'Empereur ne fit pas semblant de s'en apercevoir : mais Dieu ne laissa pas longtemps impunie une si grande impiété , et la justice divine parut d'autant plus manifeste dans la vengeance qu'elle en tira , que l'instrument dont elle se servit était plus méprisable.
L'Empereur était en guerre contre Morindono , qui avait secouru contre lui le Roi d'Ozaca. C'était encore ce fameux bonse qui avait usurpé la couronne d'Ozaca , et qui donna long-temps de grandes inquiétudes à Nobunanga ; il y a même de l'apparence que cette guerre était une suite de celle dont nous avons parlé dans le livre précédent. Quoiqu'il en soit, Faxiba, général de l'empire, étant entré en armes dans le Naugato, et y trouvant plus de résistance qu'il ne s'était attendu d'en trouver , écrivit en cour qu'il avait besoin d'être promptement secouru. Noljuuanga,
qui n'était pas accoutumé à rencontrer des obstacles, dégarnit Méaco et toute la Tense des troupes qui s'y trouvèrent , et en donna le commandement à Aquéchi , celui de ses courtisans à qui il se fiait le plus. Aquéchi n'avait ni naissance, ni mérite , son adresse à dessiner l'avait fait connaître à l'Empereur , son intrigue l'avait avancé, et l'inclination que le Prince s'était sentie pour lui , l'avait élevé jusqu'aux premiers emplois ; il n'était pourtant pas content , et il cherchait toutes les occasions de perdre son Lienfaiteur. II saisit celle que l'Empereur lui fournit lui-même. A peine eut-il pris le commandement des troupes, qu'il gagna les principaux officiers qui étaient sous ses ordres, les uns par l'espérance du butin , et les autres en les flattant d'être les vengeurs des bonses égorgés , des Rois opprimés et des dieux déshonorés; et pour ne leur point donner le temps de réfléchir entre les mains de qui ils s'abandonnaient, il reprit sur-le-champ la route de Méaco.
On fut assez étonné , dans cette capitale, de revoir Aquéchi qui n'en était parti que la veille; mais ce traître ayant répandu le bruit qu'il avait reçu un contr'ordre , on ne se douta de rien, et personne ne s'opposa à son entrée : il alla droit au palais qu'il investit de toutes parts. Nobunanga entendant le bruit des chevaux , mit la tête à la fenêtre , et dans le moment on lui tira une flèche qui le blessa j cela ne l'empêcha point de
sortir le sabre à la main , avec le Roi de Mino son fils aîné ; ils ne savaient encore à quels ennemis ils avaient à faire , et peut-être l'ignorèrent-ils jusqu'au bout, car un coup mortel que reçut l'Empereur un moment après , l'obligea de se retirer. Le Roi de Mino rentra avec lui dans le palais , et les rebelles y ayant mis le feu , ces deux Princes furent en un instant réduits en cendres, le vingt-deuxième de juin. Telle fut la fin tragique du sviperbe Nobunanga -, il mourut dans la force de son âge et au milieu de ses conquêtes , après avoir réduit plus de trente royaumes sous son obéissance.
Cependant, Aquéclii qui en voulait encore plus aux trésors qu'à la vie de son Prince, mena son armée à Anzuquiama. Cette ville n'est point forte , les rebelles y entrèrent sans résistance , et trois jours leur sullirent à peine pour enlever toutes les richesses qu'ils y trouvèrent ; enfin , le deuxième fils de Nobunanga , qui était tombé en démence, s'avisa de mettre le feu à la ville et au château, et en peu d'heures l'un et l'autre furent consumés par les flammes. On ne sera peut-être pas fâché de voir ici ce que l'on a pu savoir de cette fameuse ville, que les Japonnais appelaient le paradis de Nobunanga. A l'extrémité du royaume de Mino, environ à trente mille de Méaco, s'étend une belle et large plaine, du milieu de laquelle s'élève une montagne fort escarpée, qui , se partageant bienlôl eu trois , forme ime T. I. 35
36o HISTOIRE
figure de fleur-de-lys. Rien n'est plus délicieux que tout ce pays : on y voit quantité d'arbres toujours verts et chargés de fruits exquis dans toutes les saisons. Les vallées sont arrosées de fontaines et de ruisseaux , qui contribuent également à la fertilité et à l'aménité des campagnes. Du pied de la triple colline , sort un lac d'environ vingt lieues de long et de six de large, qui a toute sa grandeur dès sa source , et qui , paraissant une mer toute semée d'îles, forme une vue charmante. De ce lac , sort un fleuve qui coule à travers un pays uni et fort cultivé, et fait raille circuits et mille détours; ce qui a donné lieu aux poètes de dire qu'il semblait témoigner sans regret de quitter un si beau lieu, et craindre de ne pas trouver ailleurs des rivages aussi fleuris.
C'est à l'endroit où le lac se resserrant dans un lit plus étroit, et donnant un cours plus rapide à ses eaux, devient rivière, qu'Anzuquiama était bâtie ; mais ce n'était point là qu'était le palais de Nobunanga. Il faisait une espèce de citadelle sur la plus haute des trois montagnes dont j'ai parlé; et sur les deux autres, les Rois et les seigneurs qui relevaient de l'empire avaient aussi construit de magnifiques palais : on montait , à celui de Nobunanga , par un superbe escalier taillé dans le roc , à l'endroit le moins escarpé; cet escalier aboutissait à un grand terrain , qui faisait comme une plate-forme à la
montagne, et qui avait coûté des sommes immenses à aplanir : l'enceinte de cette grande place était une forte muraille de cinquante coudées de haut, toute de très-belles pierres de taille. Les dedans du château , les jardins , les terrasses, les galeries, les appartemens, tout était d'une beauté rare ; mais ce qu'on voyait de plus surprenant , c'était une tour de figure pyramidale qu'on avait élevée au milieu du palais , et qui servait comme de cîme à la montagne ; elle était à sept étages , et selon la coutume du Japon , chaque étage avait son toit , les toits et les cordons étaient distingués par leurs couleurs, et pour conserver et relever même les couleurs, on y avait répandu ce beau vernis du Japon, qui a presque autant de lustre que nos plus fines glaces, et qui résiste à toutes les injures de l'air. Le tout était terminé par une espèce de petit dôme, couronné d'une couronne d'or massif; ce dôme, qui était à jour, était enrichi au dedans et au dehors , d'azur , de peintures et de mille ornemens à la mosaïque , d'un si bon goût, et dont le vernis relevait tellement l'éclat, qu'on avait peine à en détourner les yeux , et que cependant on ne pouvait y arrêter la vue. Voilà ce que c'était qu'Anzuquiama, et le palais de Nobunanga, qu'on pouvait assurément compter parmi les merveilles du monde , et qui furent pillés par une troupe de révoltés , et réduits en cendres par un insensé.
II. Aquéchi n^avait peut-être pas songé jusque-là à se faire Empereur; dès qu'il se vit en main des richesses immenses, la pensée lui en vint : et il se flatta d'y réussir; mais il était trop tard : Ucondono, qu'il cherchait à engager dans son parti, s'était déjà rangé auprès du Roi d'Ava. C'était le troisième des fils de Nobunanga : l'aîné avait péri avec son père , le second était hors d'état de paraître ; celui-ci avait du mérite , une bravoure éprouvée , et beaucoup de douceur. Ucondono trouva ce Prince à la tête d'une armée capable de le faire craindre ; c'était celle de Faxiba qui l'avait joint avec tant de promptitude, que la nouvelle de cette jonction s'était répandue dans les provinces presque en même temps que celle de la mort de l'Empereur. Faxiba mena d'abord le Roi à Méaco qui se soumit , l'armée n'y séjourna point, et se rendit à Anzuquiama, où Aquéchi était encore. Le Roi campa assez près de la ^ille, et envoya Ucondono avec mille hommes d'élite pour observer en quel état étaient les rebelles : Ucondono les trouva campés dans la plaine, au nombre d'environ huit mille ; mais il en fit si peu de cas , que sans délibérer , il les attaqua , les rompit et les dissipa , de sorte que depuis on n'en vit pas dix hommes ensemble. Aquéchi se sauva tout blessé , et se déguisa ; mais il fut reconnu par des paysans qui le tuèrent.
Le Roi d'Ava étant ainsi défait du seul ennemi qu'il crût avoir , songea à prendre posses-
sion de l'empire , qu'il regardait comme son patrimoine ; mais il s'aperçut bientôt que Faxiba était bien moins venu pour le secourir et pour venger l'Empereur , que pour occuper sa place : par malbeur pour le Roi , l'armée ne reconnaissait que Faxiba ; le seul Ucondono était dans ses intérêts , mais Ucondono n'avait point de forces suffisantes pour tenir tête à Faxiba , qui , bien assuré d'une armée accoutumée à vaincre sous ses ordres , n'attendait qu'une occasion pour éclater : sa bonne fortune et l'indiscrétion du Roi d'Ava la lui fournit bientôt. Xibatadono, oncle maternel du Prince , ayant appris la situation où était son neveu , crut qu'il n'y avait point de temps à perdre il assembla une puissante armée , et fit savoir au Roi qu'il marchait pour le tirer des mains de Faxiba : il ne fallait qu'attendre un peu , le Prince n'en fit rien ; il rompit sur-le-champ avec Faxiba , et le fit sans prendre aucune mesure , pour mettre sa personne en sûreté. Faxiba conçut que la dihgence était nécessaire , mais qu'elle suffisait ; il s'assura du Roi , et marcha à grandes journées contre Xibatadono qu'il surprit. Ce général ne se perdit point quoique son armée parut consternée; il se jeta, avec ses meilleures troupes, dans une très-bonne forteresse , mais malheureusement cette place se trouva dépourvue de tout. Xibatadono y fut bientôt réduit à la dernière extrémité : se voyant sans ressource , il se fendit le ventre , et la forteresse se rendit.
Après cette victoire , Faxiba ne garda plus de mesures : il déclara au Roi d'Ava que le feu Roi de Mino son frère aîné avait laissé un fils au berceau , et que l'empire appartenait à cet enfant -, qu'il se contenta de son apanage , et que pour lui il allait prendre la tutelle du pâtit Prince , et la régence de ses états. Le Roi d'Ava qui se trouvait à la discrétion de Faxiba , n'avait point d'autre parti à prendre que celui de se retirer, il le fit : tout ce qui avait obéi à Nobunanga se soumit à Faxiba , on n'entendit presque point parler depuis du jeune Roi de Mino , qui fut élevé en particulier , et d'une manière peu digne de sa naissance. On le verra reparaître après la mort de l'usurpateur , mais sans crédit , sans ambition , et sans aucun reste de la grandeur de son aïeul.
Voilà de quelle manière Faxiba parvint à l'empire. Quoiqu'il ne prît pas d'abord la qualité d'Empereur , il n'en avait pas moins la souveraine autorité. Sa naissance fut des plus obscures ; il se nommait d'abord ïoquixiro, il cbangea de nom autant que de conditions : il fut quelque temps anx gages d'un gentilbomme qui était fort bien à la cour de Nobunanga. Tout l'emploi de Toquixiro chez ce seigneur était d'aller couper du bois dans une forêt , et de l'apporter sur ses épaules à la ville : son maître lui trouva de l'adresse et de l'esprit, et le mit dans le service. Nobunanga entendit parler de
de lui, le voulut voir, se l'attacha; et d'abord se divertit de quantité de tours industrieux qu'il lui faisait faire ; ensuite il démêla à travers toutes les plaisanteries de Toquixiro , que ce jeune soldat pouvait être bon à quelque chose , et il le fit ofllcier. Toquixiro fit des actions de bravoure , qui lui procurèrent de l'emploi ; il y montra de la conduite et de la tête : on l'avança , il passa avec assez de rapidité par tous les degrés de la milice ; Nobunanga lui donna quelques corps d'armées à commander, et il justifia dans toutes les rencontres le choix de son Prince. Enfin l'Empereur l'envoya avec une armée contre Morindono , et lui donna le nom de Faxiba , dont la signilication faisait allusion aux armes ou à quelque devise du Roi de Naugato. Il se trouva ainsi en main les principales forces de l'empire à la mort de Nobunanga , et il s'en servit pour monter sur le trône. Les premières années du règne de ce nouveau Monarque furent assez paisibles , il n'était pas de son intérêt qu'on armât ; le plus faible ennemi pouvant devenir considérable dans un temps , où plusieurs n'attendaient peut-être qu'une occasion pour se soulever. La Religion chrétienne que ce Prince favorisa fort dans ses commencemens , prit pendant un si long calme tant d'accroissement qu'elle devint même à la cour impériale la religion dominante. D'ailleurs rien n'était plus florissant que les états des Princes chrétiens , et
l'un des plus opiniâtres ennemis du Christianisme éprouva alors qu'on est invincible quand on a pour soi le Dieu des armées.
III. Riozogi , vassal du Roi d'Arima , mais qui avait fait la guerre au feu Roi André son seigneur , et qui tout récemment venait d'enlever quelques royaumes au jeune Roi de Bungo , fier de ses grands succès , se jeta sur le royaume d'Arima avec des forces capables de le conquérir , et d'abord emporta en assez peu de temps la forte place de Ximabara. Quelques mouvemens survenus dans ses nouvelles conquêtes sur le Bungo , l'y ayant rappelé , le Roi d'Arima , avec les troupes auxiliaires d'Omura et Saxuma, marcha promptement vers Ximabara , dont il fit le siège. A cette nouvelle , Riozogi , qui , par sa présence , avait bientôt remis toutes choses dans l'ordre , reprit , avec une nombreuse armée , la route de Ximabara. Le Roi , à son approche , convertit le siège en blocus , et s'alla mettre en bataille dans une plaine à la vue de la ville. Il s'en fallait bien que son armée fût aussi forte que celle de Riozogi ; mais Dieu lui avait donné une confiance qu'il inspira à toutes ses troupes. Riozogi ne tarda pas à attaquer l'armée royale, qui le reçut avec beaucoup de résolution : le combat fut sanglant , et le succès parut longtemps assez douteux \ enfin un capitaine saxuman ayant rencontré Riozogi , qui combattait à pied auprès de sa litière le renversa par terre
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d'un revers de sabre : la victoire ne fut plus balancée ; dès que le général eut été tué , on poursuivit vivement les fuyards , et la terre demeura couverte de morts. Dès le même jour Ximabara ouvrit ses portes au Roi , qui , persuadé qu'un succès si complet était uniquement dû à Dieu , lui en rendit de solennelles actions de grâces , et s'appliqua plus que jamais à faire régner Jésus-Christ dans ses états.
La Tense , quoique sous la domination d'un Empereur idolâtre le plus débordé des hommes, ne fournissait guère moins de sujets de consolation aux missionnaires que les royaumes soumis aux Princes chrétiens. Le P. Orerantin, avec ce qu'il y avait de missionnaires sous sa conduite , ne pouvant sufiire à contenter tous ceux qui voulaient être instruits , fut obligé de demander un renfort qu'on lui envoya. Rien n'est plus beau que le détail que ce père fait dans ses lettres à son général , des succès que Dieu donnait à ses travaux ; et j'avoue que j'ai quelque regret de ne pas écrire des mémoires , pour avoir la liberté de m'étendre sur (juantité de choses infiniment édifiantes , dont le récit ne convient pas bien à une histoire. Je ne puis cependant passer sous silence la conversion d'un célèbre médecin , dont on peut dire que le changement contribua extrêmement aux grands progrès que fit alors le Christianisme : l'occasion dont Dieu se servit pour le convertir , fut assez singulière.
Ce médecin avait le nom de Dosam, il avait parcouru toutes les plus fameuses universités de Cliine et du Japon ; il ne s'était pas borné à la seule connaissance de la nature et du corps humain , qu'il possédait dans un degré éminent ; mais le désir qu'il avait de savoir , embrassant généralement toutes les sciences , dont il avait pu rencontrer des maîtres, il était devenu l'oracle du Japon -, et il n'y avait point de sortes de savans , dont les plus célèbres eussent bonté d'être ses disciples. Il arriva qu'étant survenu au père de Figuérédo une incommodité fort extraordinaire , et à laquelle tous les médecins qu'il consulta ne purent trouver de remèdes , on conseilla au missionnaire de se transporter à Méaco, pour y consulter Dosam -, il le fit , Dosam fut surpris de voir un vénérable vieillard, avec un air de santé qui semblait lui promettre encore bien des années de vie. Il lui demanda ce qu'il avait fait pour vivre si long-temps parmi tant de fatigues ? Le père répondit qu'il s'était , dès son enfance , privé de tous les plaisirs de la chair, qu'il s'était nourri sobrement , et s'était en tout contenté du nécessaire ; qu'il avait exercé son corps parles veilles et par les travaux ; et qu'avec cela il avait trouvé le secret de vivre content, que l'incommodité même qui l'amenait à Méaco ne l'inquiétait point , parce que si elle abrégeait ses jours, elle le mettrait plus tôt en possession d'une autre vie incomparablement plus excel-
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lente que celle qu'il perdrait , et qui aurait encore l'inestimable avantage de ne finir jamais.
Dosam qui n'admettait point l'immortalité de l'ame , parut surpris de ce discours : et, après avoir un peu réiléclii en lui-même : « Vous » êtes donc , dit-il au père , du sentiment de )) ceux qui croient l'ame immortelle ? mais m'ex- )) pliqueriez-vous bien comment il se peut faire, » qu'une partie de l'homme meure , et que l'au- )) tre demeure vivante ? et par quel secret deux » choses aussi opposées que le doivent être » une pure intelligence et une matière vile et » grossière , peuvent contracter entr'elles une » union si étroite , que toutes leurs opérations )) deviennent en quelque façon communes. En- 7) fin , où va l'ame tandis que le corps est ré- » duit en poussière -, et pourquoi l'on n'en en- » tend plus parler après cette séparation ? » Le père répondit à toutes ces questions d'une manière qui donna bien à penser à Dosam , et qui lui fit estimer les religieux d'Europe. H fut enfin persuadé que notre ame est purement spirituelle , par la raison qu'elle a des opérations purement spirituelles, telles que sont nos pensées; que si elle est spirituelle, elle est immortelle, puisqu'elle n'a en soi aucun principe de corruption : que si elle est immortelle , elle est créée pour une fin , ù laquelle la vie présente n'est qu'une disposition et un passage. Qu'il laut donc prendre ses mesures pour acquérir cette