‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 17 sur 29 · LIVRE QUATRIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE QUATRIÈME

I. Tandis que la capitale de Pempire était dans les mouvemeDs que j'ai rapportés dans le livre précédent , le Christianisme faisait dé grands progrès dans les royaumes du midi. 'Jean Fernàndez était mort à Firando d'une langueur que lui avait causée l'excès de ses travaux ; mais cette mort, bien loin d'alarmer les fidèles , étaient pour eux un nouveau motif de travailler à leur sanctirfication dans la pensée qu'ils avaient un protecteur dans le ciel. Effectivement il serait difiicile de trouver un caractère de sainteté plus héroïque et mieux marqué que celui qu'on découvrit jusqu'à la fin dans ce missionnaire. Il était de Cordoue , capitale de l'Andalousie ; il s'était établi à Lisbonne où il faisait un fort gros commerce de soie. Un exercice de pénitence que des congréganistes pratiquaient à certains jours chez les Jésuites dans une chapelle secrète , et dont il fut une fois témoin par hasard , lui inspira un si grand désir de se donner à Dieu , et de renoncer à tout ce qui doit périr , que surle-champ il alla trouver le provincial des Jésuites , et lui demanda instamment d'être admis en leur compagnie.

DU JAPON, Liy. IV* aa»

Le P. Simon Rodriguez , un des dix premieiis compagnon^ de saint Ignace , gouvernait alors les Jésuites de Portugal. Il fut surpris de voir un riche négociant qui, à Fàgè de vingt-deux ans, s'oflSrait à passer le reste de ses jours danç les ofiices domestiques; car Férnandez ne pouvait se destiner qu'à cela , n'ayant poiiit d'études. Aussi plus une telle proposition avait de quoi étonner, et plus le provincial jugea qu'il devait éprouver son prosélyte, avant que de le recevoir; il exigea de lui une chose qui passerai pour -une extravagance dans Fesprit de ceux qui se règlent sur les maximes de la prudence du siècle; ^mais ceux qui savent découvrir la haute sagesse que renferme la sainte foHe de la croix , en Jugeront autrement, et ne s'étonneront pals qu'un homme qui avs^it guéri un lépreux en le faisant coucher avec lui , se soit un peu écarté de la conduite ordinaire , pour en suivre une que plusieurs exemples assez semhlàhles des Saints' ont suffisamment autorisée. Le P. Rpâriguez dit donc à Fernandez que pour avoir une assurance de sa vocation, il' souhaitait qu'il §e montrât dans la ville, monté sur un âne, et le visage tourné du côté de la queue de ' l'animal. Eemandez , tout couvert de soie qu'il était ^ s'en va sans b^-, lancer chercher un âne , ' monte dessus , comme •on le lui avait marqué, traverse Lisbonne d'un bout à l'autre en cet équipage ,' et retourne avec lui air triomphant , k la maison des Jésuites où

le proTÎncial ne fit aucune difficulté de l'admet— tre au nombre de ses inférieurs^

On ne devait attendre que de grandes choses d'un si beau commencement; ou ne se trompa point. Fernandez , fidèle à la grâce ^ après avoir creusé des fondemens si profonds , éleva si haut^ et en si peu de temps, l'édifice de sa perjfec*) tion, qu'étant parti pour les Indes après neuf mois de noviciat, saint François Xavier, qui n'avait pas de la sainteté une idée commune^ fut frappé de celle qui réluisait en ce jeune re-^ ligieuXf Le Saint s'aperçut encore avec étonne** ment , après avoir un peu pratiqué Femandeas, que, quoiqu'il fut sans lettres, le Saint-Esprit lui en avait déjà plus appris dans l'oraison , que Ton n'eià appreud en bien des. années dans les écoles ; et lui trouvant avec cela un bon sens rare , et beaucoup de facilité pour les langues, il le destina d'abord à la mission du Japon , ' et llii confia en partie le soin des trois Japonnais dont nous avons parlé au commencement de cette histoire. Cela donna lieu à Fernandez de s'ins^ truire de la langue japonnaise : il l'entendait fort />aisonnablement ,' lorsqu'il partit d<5S Indes, et il ne fut pas long-temps au Japon sans la par-^ 1er avec facilité et une élégance où parviennent peu des naturels même du pays , de sorte qu'on Fallait entendre par curiosité.

J'ai dit. ailleiurs la part que cet excellent ou^ vrier eut aux miracles , et aux grandes convei^

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Aa» que FApètre de TOrient fit dans le lapon. Ce Saint avait y pour son compagnon , nne ea^ time qui allait îusqfa'à la vénération; et à son retour aux Indes, il ne fit point de difficulté de dire au P. Gaspard Barzée : <sc Mon cher père, B soyez convaincu qu'il vous reste encore bien i> du diemin à faire pour atteindre Jean Fer**- 1» nandeZé d II parlait toutefois à un homme ^ qui j après ayoir rempli les principales contrées des Indes de Fodeur de ses vertus, et de l'é^ cdat de ses miracles , passait parmi les infidèles pour un dieu, et chez les Mahométans d-Ormu»> |M>ur Jean^Baptiste ressuscité.

Fèmanéea travailla quelque temps dans lep royaumes de Ifaugato, de Bungo, de Firandoj eii dans la prineipauté d'Omura avec des succès qui firent dire au P. de Torrez, que si le Japon était redeyable au P* Xavier d'avoir reçu la fisi , il avait obligation à Femandez de ne l'avoir pas perdue après le départ du Saint. Enfin, quelques années avant sa mort , il fut renvoyé dans le Firando, ou le Roi étant toujours peu favorable au christianisme, il &llait un homme comme lui , pour encourager les fidèles , et gagner lep idolâtres autant par l'éminence de sa sainteté, que par la sublimité de ses lumières. Il y fut aeoandé en tout par le Prince Antoine, et ils vinrent à bout d'exterminer entièrement l'idolÀ-* trie des tles de Tacuxima , et d'Iqi^zeuqui.

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