‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 18 sur 29 · II. Les Chrétiens instruits, animés et fortifiés · texte numérisé non relu

II. Les Chrétiens instruits, animés et fortifiés

par deux hommes d'un ^zèle aussi admirable, et qui n'avaient appris €e qu'ils enseignaient qu'à l'école du Saint-Esprit, devinrent en peu de temps autant dé Saints. Les I^ortugais qui avaient fait le voyage du Japon, ne parlaient que dé la ferveur de ces néopbytes , dans tous les lieux où ils passaient; et il y en eut un qui, étant à Firando, écrivit qu'à la vue des fidèles Firandàis, il lui semblait qu'il n'était pas lui-in^e Chrétien, qu'à voir ces . néophytes en oraison, on lés prendrait pour les contemplatif» les, plus unis à Dieu,' qu'il n'y avait point,. dans l'Église, de religieux qu'ils ne surpassassent en jeûjies et en austérités. £n un mot, que tout ce. qu'il pouvait dire de ce royaume, et sur tout des ile» de. Tacuxima.et d'Iquizeuqui, c'est que le Saint- Esprit paraissait en avoir pris possession.

, Au reste, si l'église dé Firando se distinguait par sa ferveur, elle mérita d'être la première persécutée, et l'on peut m^e dire qu'elle, commença de l'être dès sa naissance , et qu'elle le fut sans interruption jusqu'à la fin. Nous l'a vona vue illustrée d'un glorieux; martyre, lorsqu'à peine le troupeau commençait à se former. les bonses qui se sentaient appuyés', faisaient à ces fidèles tout lé mal qu'ils pouvaient. Sur-tout de*puis que Fernandez eut convaincu , dans une célèbre dispute, et converti un fameux docteur, qui. ne fut pas plus tôt baptisé, qu'il renversa et brisa toutes les idoles d'un temple dont il avait

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la ^rde , y dressa une croix, et. en fit. un lieu de dévotion. D^un autre côté ^ le fils aîné du Roi , et quelques-uns des principaux seigneurs de la cour I qui entraient dans les sentimens du Souverain, et qui nWaieht pas le» mêmes in-* térêts que lui à les cacher, se déclaraient en toutes rencontres ouvertement contre le Christianisme. Tout cela tenait continuellement les Chrétiens dans l'attente d'une persécution décorée, et l'espérance du martyre leur en avait &it naître un désir très-ardent. ' ^ : :

. Qn. faisait tomber autant que Ton pouvait sur le Prince Antoine, les effets du chagrin que l'on avait conçu contre les fidèles; Ce Prince était, par sa naissance, son crédit, son mérite, ses richesses et ses emplois, le plus puissant partie piflier du royaume ; il avait toujours commandé les troupes, qui lui étaietit extrêmement atta-* chées , et l'on n'osait l'inquiéter ^redtemei!Ui sur $a religion ; mais on ne manquait aucunebccasion de lui faire de la peiné. Il s'en présenta une alors, dont on profita avec plaisir; la confprixiité d'inclinations , et un méjlie zèle pour la propagation d^ la foi^ avait établi entre ce Prince çt Sumitanda , UD^ amitié très-rétroi te , qui n# recevait aucune atteinte des guerres fréquentes quye se faisaient |e l^oi de Firando et le Prince d'Qmura; mais qui n'en^péchait pas aussi le Général, firandais de Mre son devoir dans l'occasion^ On en était bien persuadé à la cour de Fi-

rando, et jamais on n'avait &tt an crime aa Prince Antoine de ses liaisons arec Smnitanda ; en6n on se lassa de lui rendre justice et pcfntêtre de chercher inutilement de quoi le rendre criminel. Le Roi de Firando apprit quNin Por^ tugais , accompagné de quatre Japonnab, sujets du Prince d'Omura , était Tenu saluer le Général de la part de ce Prince, et lui avait rendu des lettres ; il entra tout-à-coup dans une fort grande colère , cria que le Prince Antoine était un traître, et sur-le-champ donna ordre qu'on ftt mourir les quatre Chrétiens d'Omura. Le Prince 6t paraître , en cette rencontre , une modération qui surprit ; mais on n'admira pas moins la joie que les quatre Chrétiens fii^nt paraître, lorsqu'on leur signifia cet injuste arrêt ; car comme ils savaient bien que la hçiine du Roi contre la religion qu'ils professaient , était le véritable motif de cette cruauté qu'cm eiLcrçait sûr eux dans un temps de paix , ils remercièrent Dieu de la grâce quHl leur faisait de mourir martyrs; Quelque temps après ^ il arriva encore une diose qui fit bien connaître jusqu'où allait la ftuvur des infidèles de Firando contre notre sainte ki, et combien ils étaient autorisés. Les Chrétiens de ce royaume avaient envoyé un vaisseau aux Indes, pour acheter tout ce qui était nécessaire à la décoration d'une église. Les idolâtres en furent avertis , et détadièrent plusieurs petits batimens qui enlevèrent le navire à son

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retour. Parmi le3 ornemens dont il était dbargé y il se trouva un tableau qui représetitait la Mère ide Dieu, montant au ciel : on le porta à un seigneur de la cour, nommé Catondono, l'ennemi le plus irréconciliable et le plus emporté qu'eût la reli^on dans le royaume. Catondono n'eut pas plus tôt cette image entre les mains , qu'il la montra au Prince héritier , et tous, deux là traitèrent avec une impiété qu'on ne pourrait npporter sans frémir. Ils firent plus , car après avoir indignement défiguré le visage de la Vierge, ils exposèrent le tableau dans une salle du palais , à la risée des infidèles. Les missionnaires 8e plaignirent an Roi de cette insulte qu'on faisait à leur religion ; ce Prince les amusa quelque temps par l'espérance d'une satisfaction; mais comme il n'exécutait rien^ le P. d'Acosta qui gouvernait alors cette église, crut qu'il fallait prtodre le Roi par son faible. Il engagea tous les Portugais qui arrivaient incessamment à FirandO) de passer au port de Yocoxiura. Déjà plusieurs en avaient pris la route , lorsque le Rc de Firando , enragé de voir que son ennemi allait profiter d'un commerce dont il serait luimême privé j arme secrètement tout ce qu'il y ^vait de bâtimens dans ses ports, fait avertir s^ vassaux , ,et envoie Catondono attaquer les PortsUgais jusque dans la rade de Yocoxiura. Ceulçi^ quoique. surpris, assez mal armés en guerre, et en bien plus petit nombre que leurs enne-

riîft HISTOIRE

mis, reçurent Catondono avec tant de résolution , qu'après lui avoir tué bien du monde et même plusieurs de ses meilleurs officiers, ils roHigèrent à se retirer fort en désordre.

Depuis ce temps-là il n'est plus parlé du Prince Antoine , ni du Prince son frère , qui fut toujours l'imitateur de ses vertus. Je ne doute point que les lettres qui nous auraient instruits du reste de leurs actions, n'aient été perdues; car' il n'y a guère d'apparence qu'on ait négligé dé Dious apprendre tout ce qui pouvait regarder dés Princes, auxquels toute la chrétienté du Japon avait de si essentielles obligations. Je trouve seulement que le Prince Antoine mourut en mil cinq cent quatre-vingt-deux , aussi saintement qu'il avait vécu, et qu'il fut jusqu'à la fin la gloire et le soutien de cette église. Nous le verrons ailleurs revivre dans ses *enFans et dans le r€ste de la famille, qui se montra tout entière digne d'avoir eu un tel chef.

m. Cependant la foi était entrée dans le Gptto^ j'ai dit que ce royaume est à une des extrémités du Ximo , et fait un état séparé qui n'est point compris dans la division générale que l'on fait du Japon. Ce sont de petites îles assez stériles et as^z sauvages, excepté celle où est la capitale du royaume. Cette ville, que les iins nomment Oquiquoa , et les autres Ocica , est fort jolie , et a un très-beau port. Les habitans du Gotto sont superstitieux à l'excès , che2 eux

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les astres règlent toutj ils ont, comme. avaient les anciens Romains , leurs augures, dont l'unique emploi, est d'observer et de prédire les, jours heureux et malheureux. En mil cinq cent soixante-cinq, le Gotto était gouverné par un Prince, que sa douceur faisait extrêmement ai-» zaer.de ses sujets; il eut la curiosité de savoir ce que c'était que le Christianisme, et il fit prier le P. d'Acosta, qui demeurait a Firandoy de lui adresser quelqu'un qui pût l'instruire de ce qu'il souhaitait. Le missionnaire envoya la lettre du Roi au P. de Torrez , qui faisait sa ré- , sidençe à Cochinot^u. Par bonheur , Louis AlméSda , qu'une maladie avait retenu à Sacai lors-; qu'il était en chemin pour Méaço, comme je l'ai dit ailleurs, et que le supérieur avait rappelé dans le Ximo, venait d'arriver à Cocliinotzu^ Il eut ordre de.se. rendre inqessamment auprès du Roi de Gotto, il ne perdit point de temps, s'embarqua pour les.lles de Gottq^ et alla aborder à.Ociça. Le. Roi le reçut parfaitement bien^ et l'engagea à faire, en présence, de toute la cour, des conférences qui contestèrent tout le monde.» Le missipAnaire étiat sur le point de recueillir le fruit de ses insti^uctions, lorsque le Roi, qui de sa vie n'avait ét^ nui^de, fut tout-à-coup saisi d'une grosse fièvre et d'une violante oppresiâon de poitrine. .Les i)onses ne .manquèrent pas ^ de publier aussitôt que les dieux- punissaient ce Prince d'avoir introduit dans ses états une reli-

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gion étrangère ;< ils pei^oadèretit aîséiâetit ttD peuple accputumé a ne reconnaître aucune cause naturelle des événemens fâcheux, et la foi était peut-être pour jamais bannie de cet état, si le$ bonses n'eussent pas entrepris de guérir le Roi; On he peut dire les extravagances et les sortilèges qu'ils employèrent pour obtenir de leurs dieux la guérison du Prince ; mais le mai ayant empiré considérablement après toutes leurs folles superstitions j on permit enfin à Almeïda de don^ ner des remèdes au malade ; ils furent efficaces^ et l'effet en fut même si prompt, ^u'en quatre jours le Koi fut parfaitement guéri. Alors cef Prince, plus persuadé que jamais de la &usseté de sa religion, obligea son médecin à reprendre ses conférences; à peine quelques jdttrs s'étaient écoulé»;, que de nouveaux accidens causèrent à Alméida de nouvelles craintes. Un jour que toute la cour était allée l'entendre, le feu prit & une maison de la ville, et poussé par un fort grand Tênt, réduisit en cendres une bonne partief d'Ocica. Au même temps le Roi se sentit atta-^ que d'une douleur très- violente, causée par une tumeur qui lui parut tout-à-coup à un doigt de la main. Almeïda- guérit encore le Aoî, niaitf il eut de la peine àdter de l'esprit du peuple,' que sa reli^on était la cause de totis ces maP heurs. Le Roi, qui aVait l'esprit *ferme et solide,' ne laissa pas de protéger toujours le missionnaire, Aùnt Dieu bénit encore les travaux, par xtn ibrt

grand tioiâbre de converricms; il gagna à Jéwu^ Christ lu plus considérable partie d'une petite ville nommée Ocura, qui n'est qu'a Une lieue et demie d'Ocica : le seigneur du lieu, trois frères qu'il avait, et sa mère, donnèrent Fexeni-i pie a leurs vassaux, et Âlmeïda eut la con«*adation d'y voir en peu* de temps une église bâtie au vrai Dieu.

Une guerre qui survint alors aU Roi de Gotto, fit concevoir à ce Prince que rien au monde n'était capable d'obliger des fidèles à faire quoi que ce aoit eontre la loi du Dieu qu'ils adoraient. La coutume était dans ce royaume, qu'avant dé marcher en campagne, les prindpaux officiers s'assemblaient dans le palajis pour y prêter au Koi un Qpuveau serment de fidélité. Entr^autrei superstitions, dont cette cérémonie était accom-^ pagnée, il fiiUait boire d'un vin qui avait été auparavant consacré et offert aux dieux du pays. Tous ceux qui avaient dans l'armée quelque com* mandemrait s'étant rendus cheas le Roi au jour marqué, le gouverneur d'Ocica, qui était Chrétien , fut un peu embarrassé de ce qu'il avait à faire. Après y avoir bien pensé, il crut que pour mettre sa conscience en sûreté , il suffirait de protester en buvant le vin , qu'il le buvait comme un vin ordinaire, qu'il n'y reconnaissait aucune vertu. Effectivemeut, lorsqu'on liû pré-^ senta la coupe^ il fit sa protestaticm, et il com-^ mençait à. boire , lorsqu'un autre Chrétien des T. I. 17

plus braves et des plus considérables de rarmée^ par sa naissance et ses emplois, lui cria qu'il se donnât bien de garde de commettre une telle infidélité. Puis s'approchant du Roi avec une respectueuse assurance : ce Seigneur, lui dit-il^ » vous reconnaîtrez bientôt que vous n avez point » de plus fidèles sujets que les Chrétiens. Tant » qu'il restera une goutte de sang dans nos veines, y> nous ne quitterons point le combat. Hais voulez- }s> vous que le serment que vous exigez ici de D nous soit inviolable ? Souffrez que nous jurions ]> par le seul Dieu vivant que nous adorons y et D qui a créé ce vaste univers. »

Le Roi, qui connaissait cet officier et qui était prévenu en faveur de sa religion, consentit à tout, et il ne tard^ pas à être convaincu qu'il ne devait désormais compter sur personne plus que sur les Chrétiens. Itcslroupes s'assemblèrent, on mardia à l'ennemi, lequel ayant &it la moitié du chemin , on en vint bientôt à une bataille^ Comme on commençait à se mêler, un jeune néophyte, qui se nommait Xyste, aperçut le Général ennemi dont la valeur et la bonne conduite inspiraient à ses. spldats beaucoup de confiance et de résolution ; il courut à lui et l'attaqua aveof tant de bonheur et de bravoure, qu'après un assez long combat, qui tint les deux armées comme en suspens, il le prit au défaut de son armure, et le renversa à ses pieds. La mort du chef étonna toutes ses troupes, et la victoire du

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Roî de Gotto fat complète; ce Prince fit ressentir à tous les Chrétiens combien Faction de Xyste Tavait persuadé du zèle qu'ils avaient tou& pour son service, et ce surcroît de faveur augmenta considérablement le nombre des fidèles.

Deux ans après le Gotto se trouvant sans missionnaire, parce qu'Almeïda avait été contraint d'en sortir pour sa santé , le Prince héritier, qui songeait à embrasser le Christianisme, fit prier le P. de Torrez de lui envoyer un prédicateur. Le supérieur lui envoya le P. Démonté, qui trouva le jeune Prince fort instruit-, il lui dit qu'avant que de recevoir le baptême, il serait bon qu'il eût le consentement du Roi son père, et le Prince le demandia avec beaucoup d'empressement Le Roi ne s'opposait point absolument à la demande dé son fils ; mais il temporisait , voulant voir comment cette conversion serait reçue de ses sujets. Le Prince se lassa d'attendre^ et voulut recevoir le baptême. Le missionnaire Be crut pas devoir résister à la volonté du Prince, il le baptisa en secret , et lui donna le nom de Louis. Le Roi s'aperçut bientôt que son fils était Chrétien , et ne le trouva pas mauvais. Cette conversion mit le Christianisme en grand crédit dans ce royaume, et la foi y fit en peu de temps des progrès fort considérables.

IV. La priilcipauté d'Omura s'ouvrait aussi toujours de plus en plus à l'Évangile , par le sfièle et la fermeté de Sumitanda ; .il est vrai que

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|>anni ses sojets, il y en avait qui n'étaient at* tentifs qu'a profiter des occasions qui se présent teraient de le feire périr avec tous les Chrétiens, et tout atrtre que lui aurait succombé aux efforts qu'on fit plusieurs fois pour le perdre, Has les vertus chrétiennes n^avaient rieu i5té à ce Prince des 'vertus guerrières et politiques. Il n'y avait point au lapon de Souverain qui gon^ vemàtplusabsolxunentKjue lui, et p0ur la i>ra*> voure jpeu en approdiaient. Les relations de mil cinq >cent soixante -cinq rapportait un &it qui montre avec quelle vigueur il agissait dans les OGcasioins les plus périlleuses, il apprit un jour qu'une troupe de mutins s'étaient emparés d'uo château «assez proche de la capitale, et qui ]% commandait même en quelque sorte; aussitôt il fait assembler ses troupes^ et s'en va lui-*«némQ investir ce fort. Sur le soir il choisit dans tout^ son armée trente braves, tous Chrétiens ,^ leur demanda s'ils sont prêts à le suivre quelque. part qu'il les mène , et tous lui ayant répondu que rien ne les arrêtera dès qu'ils l'auront à leur tête; il donne ordre à toutes les troupes de chaîner a la pointe du jour ceux qui venai^it incessamment pour secourir les révoltés. Pour lui^ dès qu'il vit la nuit tout-à -finit ebscure, il se mit à grimper avec ses trente chevaliers par divers sentiers fort secrets jusqu'au sommet de la montagne , «ur laquelle la forteresse était bâtie. Les séditieux, qui n'avaient point prévu cette

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ilise y ne faisaient point la garde ayec assez 3e précaution, et il fut aisé à Sumitanda de se glisser dans le fort avec tous ses gens; il oc-* cupa donc sans peine toutes les avenues ^ saisit les postes les plus importans, et dans le moment que son armée donna sur les troupes auxiliaires, il chai^gea lui-même les rebelles si brus-« quement, qu'avant qu'ils se fussent reconnus, ils fîlrent tous passés au fil de l'épée , ou jetéa par les fenêtres sur ceux qui venaient les secourir«^ Après cette action , la chrétienté d'Omura alla toujours croissant en nombre et en ferveur. Pour faire connaître la vertu de ses fidèles , h. soif qu'ils avaient de la parole de Dieu , et le ten*^ dre attachement qu'ils témoignaient pour leurs pasteurs , je rapporterai une lettre du P. Alexan? dre Yalégàn qui arriva en mil cinq cent soixante* huit à un port de la dépendance du Prince d'Omura : (c Nous n'avions pas encore mouillé y> l'ancre , dit-il , lorsqu'un nombre infini d& D chaloupes rempUes de Chrétiens environnèrent » notre vaisseau : toutes ces chaloupes avaient D une flamme ou une espèce de pavillon, 9Ù )f> l'on voyait briller le signe adorable de notre ^ rédemption. Nous entrâmes ainsi comme eu m triomphe dans le port ^ parmi les acclama- D tiens des fidèles. A la descente du navire , je 1» fus assailli d'une si prodigieuse aflluence de D peuple, qu'il semblait que personne n'était > resté dans lea villes. Les uns me baisaient la

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D soutane , d'autres les mains , d'autres les pieds. y> Enfin ils] me portèrent plutôt qu'ils ne me con- 2> duisirent à la chapelle. Ce qui me charmait » davantage, c'était de voir des troupes fort » nombreuses de petits enfans , les garçons se- », parés des filles, tous marchant devant nous » en un bel ordre , avec une modestie angélijsf que , et chantant le Te Deum.

. » A peine eus-je fait quelque chemin , qu'on D vint me complimenter de la part du Prince, » et quelques momens après j'aperçus le P. de » Torrez qui venait au-devant de moi avec Louis » Alméïda et Michel Yaz; ils étaient précédés y> et suivis d'autres troupes d'enfisin^ , qui chan- D taient à^ deux chœurs le cantique Benedictuê, » avec des hymnes et des psaumes. Tarrivai à ». la chapelle tout hors de moi, et je remer- » ciai Dieu de m'avoir rendu témoin d'une fer- » veur que je n'avais pu croiire sur ce qu'on » m'en avait dit en Italie. Aussi faut-il l'avoir » vu pour y ajouter foi , et si j'entreprenais de » faire le détail de tout ce qui se passa tous les » jours à nos yeux , je ne trouverais personne » qui me crût sincère. La fête se termina par » \xn repas fort semblable à ceux des anciens » anachorètes , où Tésprit était bien plus rassa- » sié par les saints discours qu'on tint pendant » la table, et les bénédictions qu'on y donn^ » au Seigneur , que le corps par les mets qu'on » y présenta. Les Portugais y furent invités , et

)!> l'on n'y servit que du riz fort noir y et quel-

«}» ques poisËons salés. Mais la joie intérieure dont

D nous étions pénétrés, nous aurait fait trouver

D délicieuse une nourriture encore plus insipide. »

Ce fut cette même année que la Religion s'établit à Nangazaqui. Cette ville , que les Japonnais nomment aujourd'hui Tchang-Ki y est située dans la pointe de terre de Ximo qui avance le plus vers la Chine , dont elle n'est éloignée que de soixante lieues. Lorsque la foi entra dans le pays d'Omura , Nangazaqui était moins qu'un village; sa situation y la bonté du mouillage, la proximité de Hacao et de la Chine , y attirèrent les Portugais, quelques-uns s'y établirent, les Japonnais en firent de même : par-là Nangazaqui devint une des plus grandes villes et la plus commerçante du Japon. H fut un temps qu'on y compta jusqu'à soixante mille âmes; mais dès-lors elle avait été démembrée de la principauté d'Omura , et était devenue ville impériale. Aujourd'hui, qu'il n'est permis à aucun étranger de s'y établir, on n'y compte pas plus de huit mille âmes. EUe ne fut jamais fermée de murailles , une chaîne de collines , qui l'environnent , lui fait une enceinte naturelle , et une belle rivière , qui se jette dans la mer à une lieue de là, forme son port.

Ce fut le P. Viléla , qui le premier prêcha la foi dans Nangazaqui; il y fit tant de conversions, qu'en peu de temps la ville parut toute chré-*

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tienne. Le Prince d'Omura voulut être témoin d'un succès si prompt ; il vint à Nangazaqui , et y trouva le P. François Cabrai , sur qui le P. de Torrez s'était tout récemment déchargé du soin de la mission ; il le mena avec lui à Omura y et le nouveau supérieur eut la consolation de commencer Fexercice de sa charge par le Baptême de la Princesse Camisama , de tous ses enfans ^ et de cent personnes au moins des plus distinguées de la cour. Dès le même jour le père donna la bénédiction nuptiale au Prince et à la Princesse ; il renvoya ensuite aux Indes le P. Viléla y que l'excès de ses travaux avait mis entièrement hors de combat , et qui mourut peu de temps après fort saintement à Malaca ^ et il partit pour visiter les ^lises qui n'avaient point de missionnaires.

y. A peine s'était-il mis en chemin , qu'il apprit la mort du P. Côme de Torrez arrivée dans l'ile de Xéqui, le deuxième d'octobre mil cinq cent soixante-dix; il le fit aussitôt savoir au Prince d'Omura, qui en fiât extraordinairement touché; car Sumitanda honorait ce saint homme comme son père. Le P. de Torrez fut universellement regretté , et chaque église donna à Fenvi des marques pubhques de sa douleur. Aussi était^il le plus aimable des hommes, sa douceur et sa complaisance lui avaient fait autant d'amis qu'il avait connu de personnes ^ même parmi les ih^ fidèles. Bien des gens qui ne l'avaient jamais vu^

mais qui sur ce que la renommée en publiait, fie sentaient de l'inclination pour lui, le préve*naient par lettres , et entretenaient avec lui un commerce réglé. Qi| assure même que dans Vurniversité de Bandoue , d'où il avait toujours été éloigné au moins de deux cents lieues, il y avait plusieurs bonses et plusieurs savans qui cidti'»vaient soigneusement son amitié. Lorsqu'il était obligé de se transporter d'un lieu à un autre, il lui fallait nécessairement partir la nuit, pour éviter d'être arrêté. Tous ceux qu'il baptisait voulaient porter son nom; il avait im tel ascendant sur l'esprit de tous les fidèles , non-seulement des églises qu'il avait cultivées par luimême , mais encore de toutes les autres , que la moindre marque de sa volonté sufiisait pour les &ire passer par où il souhaitait.

n n'était pas moins en vénération parmi les idolâtres que parmi les Chrétiens, les uns et les autres étaient également charmés de son zèle infatigable , et surpris de son extrême austérité. L'amour qu'il avait des souffrances lui faisait souvent dire qu'Amanguchi avait été un paradis poiu* lui parce qu'il n'y avait jamais été un moment sans souffiir. U ne savait ce que c'était que de s'épargner, lorsqu'il s'agissait du salut des âmes eu du soulagement de ses inférieurs : alors rien ne l!arrêtait, ni la longueur, ni la difficulté des chemios , ni les dangers auxquels il lui fallait s'exposer dans un pays où il savait par plus

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d'une expérience qu'on cherchait de tous côtés les moyens de le perdre. Cette attention au besoin de ses frères, était d'autant plus admirable en ce saint homme , qu'il ne s'accordait rien à lui-^même , et qu'étant un peu attrabilaire , il eût été extrêmement dur, si la grâce n'eût adouci -en lui le naturel. Hais Dieu, qui se communique aux âmes à mesure de la Tiolence qu'elles se font , avait récompensé son serviteur d'un don de larmes très-particulier, et d'une con-> templation fort élevée. Enfin, pour comprendre en deux mots l'éloge du second fondateur de l'église du Japon , jamais homme ne pratiqua {dus à la lettre ce précepte que Jésus-Christ donne à ses Apôtres y de se faire petit comme des en- Ëins. Dès qu'il entra en religion , il sembla avoir oublié les grandes qualités qui Tavaient si fort distingué dans le siècle : fervent disciple^ humble religieux, zélé missionnaire, yigilant supé— rieiir, ouvrier in&tigable> il avait soixante-quatorze ans , et pouvait à peine se soutenir, qu'iJ fondait encore des égides , et il mourut en travaillant.

VI. Les peuples qui pendant sa vie l'avaient regardé comme un Saint, furent bien confirmés dans cette opinion à la vue de son visage , qui .parut après sa mort d'une beauté extraordinaire , et qui semblait rendre un témoignage assuré de la félicité , dont son ame jouissait. Ses obsèques furent célébrées avec ces acclamations

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dçs fidèles qui , dans les premiers siècles de 1^glise, canonisaient les Sainte. Les PP., Balthazar Lopez j Alexandre Yalégnan et Gaspard Yiléla s'y trouvèrent, et le dernier qui attendait.de jour en jour l'occasion de s'embarquer , fit rél<^ du défunt. Enfin, il n'y eut pas un Clirétien qui ne voulait avoir quelque chose qui eut été à son usage.. L'île de Xéqui où le P. de Torrez finit sa course, était presque toute convertie. Le tono même était du nombre des fidèles , mais comme il n'avait reçu le baptême que pour attirer les Portugais dans son port , il abandonna bientôt par légèreté, ce que l'intérêt lui avait &it embrasser ; il commença même à persécuter ses sujets chrétiens, lesquels, plus constans que lui , préférèrent la mort et l'exil aux avantages qu'il leur proposa pour les rendre compli^ces de son infidélité. Cette persécution , qui donna à l'Église plusieurs martyrs, n'eut point de suite, et nous ne sommes pas fort instruits de.ces cir* constances.

L'Ile d'Amacusa , voisine de Xéqui , fut plus heureuse; il y avait deux ans que Louis Alméida y avait baptisé plusieurs personnes de marque ; les bonses songèrent d'abord à arrêter ce progrès , et soulevèrent la populace contre le tono. Mais le Roi de Bungo , de qui le seigneur d'Amacusa était alors vassal , apprenant ce qui se passait, envoya des ordres si précis, que le tono, qui de son côté avait beaucoup .d'inclination pour

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la loi chrétienne, se trouva en état de met^ie à la raison les £sictieux, à la tête desquels étaient deux de ses frères : il fut ensuite des premier» a recevoir le baptême avec son' fils; il en avait cependant coûté au gouverneur d'Amacusa y nommé Léon , son gouvernement. Ce gentil^ homme était le premier de ce petit état , qui s'était fait baptiser, et avant que le Roi de Bungo se fût mêlé de pacifier les troubles dont j'ai parlé, le tono avait été contraint de sacrifier aux bonses et à ses frères ce fervent Chrétien , qui était son favori; il l'avait exilé, et je ne trouve point que , même après sa conversion , il l'ait rappelé.

Quoiqu'il en soit , ce Prince qui avait pris au baptême le nom de Michel, eut bientôt une occasion de signaler la pureté de sa frâ , et il ne la laissa point échapper. Alméïda , que les be-* fioins des autres églises obligeaient à faire souvent des courses , avait confié le soin du trou— peau, qu'il venait d'assembler dans cette île, ià un néophyte qui lui avait paru fort propre à icet emploi. Mais à peine fut* il hors du pays , que le catéchiste s'avisa de dogmatiser, et de prêcher une doctrine à sa mode; il commençait déjà à séduire les plus simples, et il y avait lieu d'appréhender que ce schisme n'eût de fâcheuses suites ; mais le tono seconda si bien le missionnaire , qui accourut au secours de son église , dès qu'il sut ce qui s'y passait , que la tranquillité et l'unité y furent parfaitement rétablies.

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