‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 2 sur 29 · I. Un auteur célèbre., à gui la plupart de · texte numérisé non relu

I. Un auteur célèbre., à gui la plupart de

églises particulières du ïîouveau-'MQnde , et surtout celles de la Chine et du Japon ont des obligations essentielles , ei^borte en ces termes les écrivains de ce siècle à consacrer leurs plumes à l'histoire de ces deux belles Monarchies*

a Si l'on publie tous les jours tant de cri*

3» tiques 5 de dissertations et de remarques sur

^ des points controverses de l'histoire ancienne

]D et nouvelle, e(;cïésiastîque et profane.... Si

j> tant de savans croient que ce sont des recher*

j> ches dignes de leur application , que d'exa-

j> miner, par exemple, l'origine de Romulus,

J^ ou la venue d'Enée en Italie , ou les dynas-

y> ties des Égyptiens, ou les coutumes de Sparte

7> et d'Athènes , et mille antiquités de cette na-

» ture , qui n'ont d'autre usage que de remplir

y> l'esprit de connaissances sèches et stériles, croi«

y> rons-nous que ce soit une chose indigne de

» leur curiosité, de vouloir connaître le génie

y> et les coutumes d'une nation aussi fameuse;

» que celle des Chinois, dont l'empire le plus

ij PRÉFACE.

» ancien qu'on ait encore vu, surpasse autant » par sa magnificence , que par la multitude de y> ses sujets, celui des anciens. Romains? D'une y> nation d'ailleurs qui ne cède point ni en esj) prit , ni en politesse aux nations les plus ci-

» vilisées de l'Europe? Je ne dis rien de

» l'empire du Japon, le plus puissant et le plus )) considérable de tout l'orient, par la qualité )) de ses habitans , les plus braves et les plus » spiritueb qu'on ait trouvés en ce nouveau y> monde.

y> Quand donc on ne considérerait que l'hisj) toire en général, on a sujet de dire que les y> personnes qui y prennent plaisir , ne per- » draient pas le temps qu'ils mettraient à lire » CELLE-CI ; mais il y a quelque chose de plus » engageant pour ceux qui prennent intérêt à 7> l'histoire de l'Église ; car y a-t-il aucune pary> tie de cette histoire plus importante dans ces » derniers temps, que celle de l'établissement j> de la foi au Japon et à la Chine ? Et que y> trouvera-t-oû de plus éclatant dans les prej> miers siècles du christianisme , que ce qui » s'est vu dans le pôtre en ces pays-là ? 9

n. Après une telle invitation, je ne pense pas qu'il soit nécessaire de rendre compte au public des raisons qu'on a eues de lui donner une nouvelle histoire du Japon : j'avoue même que sans appréhender l'inconvénient presque toujours sfttaché aux redites, lorsque j'entrepris cet

PRÉFACE. UJ

ouvrage , je n'avais desseii^ que de mettre sous une autre forme I'Histoire de l'Eguse du Japon, qui a été si bien reçue du public, et qui est écrite d'un style dont on ne se lasse point d'admirer l'élégante simplicité. Je m'imaginais alors, et bien des gens Te croyaient aussi bien que moi , qu'il n'y avait, pour rendre cette histoire parfaite, qu'à resserrer les endroits trop étendus, en retrancher quelques*uns qui n'apprenant rien de nouveau , ne servent qu'à alonger les épisodes , et grossir inutilement un volume ; rendre sensible cette variété si nécessaire à ces sortes de livres, et que cachent dans celui-ci quantité d'événemens assez semblables : enfin édairdr certaines choses qui ne laissent pas de causer de l'obscurité et de l'embarras.

Je me bornerai donc à travailler sur ce plan, ^t comme certains détails où je voyais que mon auteur était descendu, me donnaient lieu de jugçr qu'il n'avait rien voulu omettre d'une histoire dont les moindres circonstances lui avaient paru précieuses , je crus pouvoir me dispenser de consulter lés sources, mais je ne demeurerai pas long-temps dans cette pensée ; car, ayant par hasard jeté les yeux sur quelques historiens qui ont parlé du Japon, je îus surpris d y trouver des choses fort singulières , dont celui-ci ne parlait point. Cela m'engagea à lire les autres, et de tous ceux que je pus avoir entre les mains, il n'y en eut aucun qui ne me fournît de nou-

veaux mémoires. Je conçus aussitôt que c'était un nouvel ouvrage qu'il me fallait composer, et que, pour peu que je m'appliquasse à ne rien passer de ce qui demanderait une atten-tion particulière , et à retrancher tout ce qui ne serait pas intéressant, je ferais, dans un livre d'assez peu d'étendue, l'histoire du Japon la plus complète qui eut encore paru.

C'est donc là ce que je me suis proposé : on jugera si j'y ai réussi. J'aurais peut-être mieux &it d'engager quelques-unes de nos meilleures plumes à traiter une matière comme celle-là , et f avoue qu^il est peu de sujets qui méritassent autant d'être touchés de main de maître ; mais il faut convenir ^ussi qu'il n'en est point à qui le secours de l'art soit moins nécessaire , et que les choses y ont un agrément naturel, que toute la barbarie d'un style informe ne saurait lui faire perdre.

Pour revenir aux auteurs sur lesquels j'ai travaillé , il n'y en a point de qui j'aie tiré de plus grandes lumières quç le père Baniel B^rtoli , Jésuite italien. On ne peut dire jusqu'où cet écrivain, un des plus polis et des plus ingénieux de $0Q siècle, porte l'exactitude, ni avec quelle netteté il éclaircit les endroits obcurs , qu'on prévoit bien ne devoir pag être rjires dans l'histoire tf u» pays aussi éloigné de nous, que le sont les Jles du Japon. On trouve même peu de choses à ajputer k son ouvrage j mais il y aurait bien

IPHÉFÀCB. ;y

i retrimchep pour en faire quelqae cboee qui fût à notre .'goût; car, oatre que le père Bartoli n'écrit pas tant l'kistoire du Japon que celle de sa compagnie , ce qui l'oblige de s'arrêter sur bien des faits qui sont assez peu à notre sujet y il faut encore considérer qu'il a travaillé pour un pays ecclésiastique, où. l'on s'intéresse à mille circonstances qui tie iious plairpiept que mé^ diocrement.

Un des articles de cette histoire qui demandaient plus d'éclaircissement, c'est celui qui regarde les noms propres ; car , comme il n'y en a point au Japon qui ne soit un titre dliomieur , ou la marque de quelque belle action , les grands seigneurs en changent assez souvent, et c'est à quoi les historiens qui ont écrit sur des relations envoyées en divers temps par différens auteurs, n'ont pas toujours assez fait attention; de là vient qu'ils ont souvent multiplié les personnages : de sorte que le lecteur est fort surpris de voir tout*à-coup paraître sur Ja scène de nou*veaux acteurs à la place de ceux auxquels il s'intéressait , et dont il regretta de n'entendre plus parler.

C'est ainsi que dan^ l'HiSTons de l'Eglise du Jabon , peu de temps après la mort de l'Empereur Tayco-rSama, on perd tout-à-feit de vue Simon Coudera, colonel^néral de la cavalerie japonaise , et Roi de Bugen , qui certainement tient à juste titre sa place dans le premier rang

des hércei de sa nation ; qu'il n'y est point parlé ^u malheur arrivé au Roi de Chicugen son fils , fà de Tapostasie de^ deux Princes d'Omura y et «que le Grand- Amiral , Roi de Fingo , y porte ^tantôt un nom., tantôt un autre. Pour éviter -cet inconvénient , je me suis attaché à un seul nom, si ce n'est lorsqu'il m'a paru absolument jiécessaire d'en user autrement, et que cette yariété de noms n'a pu causer aucune obscurité, comme lorsqu'il s'est agi de l'Empereur JTayco-Sama dont je vienis de parler. Si j'écrivais la vie politique des grands hommes que j'ai occasion de ikire coxuiaitre ,. je me croirais dans l'obligation de marquer exactement tous les noms qu'ils ont portés, et qui sont comme autant de degrés par où ils ont passé pour parvenir aux ^premiers honneurs : mais je n'écris que leur vie chrétienne , et je ne touche à leurs belles ac«tions, qu'autant que l'exige la suite de l'histoire. IV. Il y a une chose en quoi je n'ai pas tout- •a*fait imité le père Bartoli. Je ne me suis pas fort étendu sur les démêlés qui sont survenus de temps en temps entre ies missionnaires., et sur les calomnies dont on a cherché à noircir les Jésuites du Japon. Le père Bartoli en a parlé fort au long , et on trouve dans cet auteur d'assez amples dissertations, et de. fort belles apologies ; mais il faut tomber d'accord que la na-' ture de son ouvrage le demandait , çt que son silence sur des Ëuta aussi importans, et dans

PRÉFACE. Tij

les conjonctures où il se trouyait ^ aurait pu être regardé comme uiî aveu tacite de tout ce qû avait été reproché à ses confrères. Il a donc répondu à tout , et les approbations qu'on voit à la tête de son livre , sont une preuve incontestable que ses réponses sont sans réplique.

Il n'en est pas de même ici y ce me semble :

j'ai cru pouvoir supposer toutes les calomnies réfutées, et. les causes des dissensions domestiques suffisamment éclaircies , et je me suis per^ suadé que je ne devais presque point détourner l'attention de mes lecteurs , des grandes vertus dont les chrétiens et les missionnaires du Japon ont donné de si merveilleux exemples. Je n'ai pas à* la vérité passé si légèrement sur ce qui regarde le père Diego CoUado ; mais il m'était impossible d'en user autrement : d'ailleurs je ne voyais nulle nécessité de ménager davantage un homme que l'histoire de son ordre ne ménage point du tout, et dont les violences contre ses propres frères , aussi bien que contre les Jésuites , ont éclaté dans toute l'Asie , l'Europe et l'Amérique. Tout ce qu'on peut dire en faveur de ce religieux^ c'est qu'en périssant malheureusement dans un naufrage, il donna de grands signes de repentir.

Que si le peu que j'ai dit sur toutes ces matières ^ n'était pas approuvé de quelques personnes, on les prie de songer qu'une des règles des historiens ^ est de ne point appréhender de

TUJ FRiFÀGB.

dire la vérité; qu'en retrandbant almloment tons les faits dont il est ici question, j'anraia défiguré bien des endroits de mon ouvrage , que je n'ai rien avancé dont je n'aie pour garans des auteurs qui n'pnt été ni blâmés, ni contredits de persopne ; que dans le choix des missionnai- Tes dont je me suis cru obligé de dire des vérités un peu lâcheuses, qn ne pei^t m'accuser d'avoir été partial : qu^il y a si peu de vertu pure, qu'un historien qui ne dirait que du lôen de ceux dont il parle , serait regardé comme un panégyriste^ que pour taire la vérité^ il &ut qu'il n'y ait aucune utilité à la dire , ou qu'il y ait de grandes raisons à la passer sous silence i enfin , que jainais on n'a &it un procès aux écrivains ecclésiastiques de nous avoir appris , par exemple , les démêlés de saint Cyprien avec le Pape saint Etienne, les préventions de saint Epiphane contre saint Jean Oirysostôme, les déclamations du grand Théodoret contre saint Cyrille d'Alexandrie, ni les différends qui sont revenus plus d'une fois entre saint Jérôme et saint Augustm. Voilà ce que j'avais à dire touchant le dessein de cet ouvrage, et la conduite que j'ai tenue dans l'exécution.

V. Je ne doute pas que ceux qui ne connaissent le Japon que par ce qu'ils en ont lu dans les dictionnaires historiques, et dans les géographies , ne se trouvent si fort dépaysés. Je ne dis rien de ce que nous lisions il n'y a pas lonsr-

1?BÉFjà€Eé JX

temps dans cpielque article d'une gassette, qu'ea mil six cent vingt-neuif, TEmpereur du Japon fit mourir tous les Chrétiens de son Empire. Ce parachronisme, dans l'endroit où il est^ ne porte pas à conséquence*, car, comme on ne doit pas exiger d'un homme qu^il étudie l'histoire du Ja^^ pon pour fournir d^s mémoires aux gazettes y je ne crois pas aus^i qu'on s'avise jamais de consulter les gazettes pour savoir l'histoire du Ja-* pon? Mais n'est-il pas étonnant que ceux qui font imprimer de3 géographies ou des dictipnnai^ res Iiistoriques , laissant la quantité d'^ut^eùrs, la plupart témoin^ oculaires de ce qu'ils rap^ portent , et tous de nqm et de caractère à être regardés comme au-dessus de tout soupçon , on ^'arrête à v^ misérable roman y qui n'a de çon-< sidérable que le nom emprupité spus lequel on l'a donné au pubhç.

Je parle d'une relation attribuée à feu 91. Ta- Temier y où la révolte d'Arima , arrivée en mil six cent trente-huit , défigurée dans ses principales circonstances , et par quantité de fables et de calomnies qu'on y a insérées, nous est donnée popr la principale cause de la grande persécution du Japon , qui a commencé en mil six cent quatorze, qui était sur ses fins en mil six cent trente-huit, et dont la révolte des Chrétiens d'Arima doit passer pour un des plus déplorables eJQets. Il ne Êiut pas avoir la moindre connaissance de ce qui s'est passé dans le Nou-

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