X PRÉFACE
reau-Monde depuis deux siècles, pour ne pas s'aperceToir qu'il n'y a point de mémoires auxquels on doive moins ajouter foi , qu'à cette relation. On en appelle à quiconque en a lu seu* lement deux pages, et à quelque principe de k chronologie de ces derniers temps.
H serait inutile après cela de réfuter en particulier toutes les calomnies dont le faux Ta- Ternier a rempli son ouvrage. H avait en tête les Jésuites, et feu M. François Caron , lequel^ après avoir été président du comptoir des hollandais au Japon , puis directeur général à Batavia , passa quelques années après au service de la France. Quant à ce que cet auteur a dit des Jésuites, personne ne s'avise plus aujourd'hui d'y donner la moindre créance : on s'est bien aperçu que l'autorité d'un protestant n'était pas recevable contre ces pères dans une cause de cette nature, et qu'outre le peu d'apparence qu'il y a que des missionnaires aient mieux aimé souffrir les supplices les plus affreux , et être ensevehs sous les ruines de la plus belle chrétienté qu'ils eussent formée , que d'abandonner un léger intérêt temporel, il fallait, pour en croire le faux Tavemier sur sa parole, dévorer les contradictions les plus sensibles.
Que si c'est cette même calomnie qu'un auteur qui ne saurait assez se déguiser , a prétendu renouveler depuis peu de jours dans un écrit séditieux qui lève l'étendard de la rébellion con-
fre touted les puiâisances légitimes, on ravertit qu'il prenne la peine de relire ses mémoires ^ il y trouvera que les deux Princes que le faux TaTemier met à la tête des révoltés d'Arima, n'avaient plus de père , qu'ainsi il faut qu^il retranche la plus belle phrase de son invective. Mais si c'est un nouveau système qui s'est bâti pour rendre les Jésuites responsables de la pensé"* cution du Japon, on demande sur la foi de qui il avance une chose si atroce ? De quelle auto* rite peut s'appuyer un homme qui , voulant qu'on trouve dans les erreurs les plus absurdes le té^ moignage de la vérité, ne prétend ou n'entreprend rien moins que de nous représenter la foi de Pierre entièrement évanouïe , presque tout l'épiscopat tombé dans le plus déplorable égarement , la véritable Église réfugiée dans le sein de l'hérésie, là seulement en liberté, et partout ailleurs captive, le plus grand et le plus sage des Rois, esclave d'une cabale livrée à l'erreur. Et s'il veut raisonner conséquemînent et dans les principes du parti dont il s'est fait l'apologiste, l'épouse de Jésus-Christ tombée dans l'adultère, et cette source d'eaux vives et pures, quij selon la prédiction de Jésus^hrist , devait jaillir jus^ qu'à la vie éternelle , devenue une source infecte qui ne donné plus que des eaux sales et empoisonnées. Revenons au faux Tavemier,
Si l'on a rendu justice aux Jésuites touchant ce que leur imputait cet auteur, l'on n'a pu
iq PlkéFÀGE.
encore se résoudre à lat rendre à M. Caron , et l'on suppose apparemment qu'un protestant qui charge un autre protestant , doit persuader : j'avoue que ce peut être un préjugé contre M, Caron ; mais n'est-ce pas en sa faveur quelque chose de plus qu'un préjugé, que son apologie faite par un écrivain catholique qui ne sera jamais accusé d'avoir flatté les partisans de l'hé-* résie? Et après les preuves que cet illustre auteur a apportées pour détruire la calomnie ^ comment se trouve-t-.il encore des personnes qui publient que M. Car(m a perdu le christianisme au Japon , en faisant voir à l'Empereur une fausse lettre jqui contenait le dessein d'un soulèvement général des Chrétiens , pour mettre ces îles sous la domination du Boi d'Espagne. Le crime qui a rendu M. Caron si odieux à l'écrivain que je combats, est apparemment d'avodr quitté le parti de la Hollande pour passer à celui de France d'où sa &mille est originaire , et on la trouve, illustrée dès le règne de Charles V, en la personne de Christien Caron, à qui ce sage Prince permit de porter dans ses armes une bande d'azur^ SEMÉES DE TROIS FLEURS DE LIS d'oR ET DE
QUATRE DE MIES. C'cst de quoi sont garans les lettres de naturalité accordées à AL Caron par Sa Majesté en i665 , lorsqu'elle lui fit l'honneur de le charger d'établir la compagnie royale des In-^ des, et c^est ce que pouvaient ne pas ignorer ceta qui le font passer, pour un homme de néant/
PRÉFACE. , Xiij.
Je raÎB bien aîse au reste d'dvertir ici avant de. finir cet article j qu'en disculpant M. Caron : et les Hollandais qui étaient avec lui au Japon en ' 1638, de ce dont on les a fiiussement accuses,, je ne prétends pas contredire ce que j'ai rapporté ailleurs, que ces Messieurs prirent occasion de la révolte d'Arima pour renouveler les anciens soupçons des Japonais contre les sujets du. Roi catholique : peut-être sans considérer que. les suites d'une telle conduite seraient encore plus dommageables au christianisme du Japon qu'au commerce des Portugais. Mais enfin , quelque criminels que soient les hommes, il n'est pas permis de les accuser des &utes qu'ils n'ont pas faites.
Mais ce n'est pas sur le Japon seul qu'on nous donne pour une véritable notice les imaginations . d'un faiseur de roman. Les endroits du. Nouveau- Monde, qu'il nous est moins pardonnable en France de ne pas connaître , ne sont guère mieux traités dans nos dictionnaires historiques : on ne l'aurait jamais cru , si on ne l'avait vu de ses yeux. Est-ce qu'on manque de mémoires plus fidèles? THonj mais ceux qui pourraient nous instruire de la vérité , ne sont point marqués au coin de la satyre , ni à celui de la calomnie , et il semble que sans cela, ces sortes de livres ne sauraient aujourd'hui avoir cours parmi nous. Je finis cet article par ime remarque qui fisra voir combien. peu on doit compter sur l'exactitude des ai;iteurs
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dont je viens de parler. Dans la dernière édition da grand dictionnaire historique, on trouve une description de Jedo , aujourd'hui capitale de Fempire japonais , qui ne s'accorde pas avec ce que les Hollandais nous en disent dans leurs mémoires. Cependant il n'y a guère que les Hollandais qui puissent nous parler savamment de Jedo , puisque Jedo n'est la plus belle ville du Japon , que depuis que ces Messieurs sont les seuls Eutx)péens qui soient reçus dans les ports de ces îles. Ce qui me surprit davantage en lisant cette description , c'est qu'on prétend l'avoir prise dans la relation d'un père Frejus qui m'est absolument inconnu y mais je ne fus pas long-temps à reconnaître d'où venait l'erreur. Ce père Frejus est le père Froez dont nous avons souvent occasion de parler dans toute cette histoire , qui , dans ses lettres latines , s'appelle Lu- DOViCTJS Froïus , et qui était mort plusieurs années avant que Jedo fut la ville impériale; et la description de Jedo, dont on }e fait garant, est une partie de ce que ce missionnaire a écrit de Méaco, l'ancienne capitale de l'empire.
VI. H ne me reste plus qu'à instruire le public de quelques nouvelles tentatives qu'on a faites pour rentrer au Japon , et on ne sait point encore quel a été le succès.
U y a environ douze à treize ans que M. de Sidoti , ecclésiastique romain , partit dltalie avec feu M. le Cardinal de Toumon , pour se rendre
PREFACE. ±r
i WÀiBSley d^où il espérait passer pltis &cilemeni ka Jajpon. Bès qu'il fat arrivé dans cette capitale des iPhilippines 9 il s'appliqua à étudier là langue japonnaise, et pendant deux ans qu'il donna à cette étude, il se fit cotinaitrepar des actions qui marquent un iiomme rempli de l'esprit de Dieu , et vraiment apostolique. Les déujt années expirées^ il y eut de Tempressement i seconder le dessein du saint homme /le Gou^ viemeur des Philippines y employa son crédit '. plusieurs particuliers contribuèrent de leurs biens à équiper un navire , et un capitaine fort expérimenté j nommé Dom Miguel de Cloriaga y voulut en être le commandant. Les préparât!^ du voyage se firent avec une fort grande <ïligence; M. de Sidoti partit de Manille au mois tfaoût de l'année mil sept cent neuf, et arriva lé neuvième d'octobre suivant- à la vue du Ja- "pon. Le navire approcha de terre» le plus près qu'il lui fut possible, et l'on prenait déjà des mesures pour débarquer le missionnaire, lors^ qu'on aperçut xm petit bâtiment qui se trouva être une barque de pêcheurs. Tout le monde' fiit d'avis qu'il fallait envoyer la chaloupe les reconnaître , et prendre langue , et la commission en fut donnée à un Japonnais idolâtre , mais qui s'était engagé de parole au Gouverneur des Philippines d'entrer au Japon avec M. de Sidoti , et de le mettre en lieu de sûreté.
On ne sait ce qui se passa entre le Japonnais T. L a
de Kamlle et les pécheurs; mais après, im.attez long eotretien j le JapotiDûis fit signe au iiavire espa^ol de ne point s'approcher davsoitagej l'ou en fut d'autant plus surpris, que les pécheurs faisaient. signe au contraire qu'il n'y avait nen à craindre. Quelque temps après , le Jsiponnais rentra dans le vaisseau , alors tous les officiers s'assemblèrent autour de lui , et IL de Sidoti le jpria de dire ce qu'il avait appris. Tout ce qu'on .en put tirer ^ ce fui qu'il n'y avait pas d'apparence d'entrer au Japon sans s'exposer à un danger évident d'être découvert et mené à TlEmpereur , Prince eltrémeipent cruel, qui ne manquerait pas de faire expirer dans les plus afireux suppliées quiconque aurait été saisi venant prô^ chef* le christianisme au Japom Le ^aponnais n'cQ dit pas da,vantage ,. mais il parut assez, par un certain trouble qu'on ren^arqua sur son visage ^ et par quelques paroles qui lui écliapperent , qu^ avait communiqué aux pécheurs le dessein de M. de Sidoti. Cependant le vertueux ecclér siastique^ se retira pour consulter le Seigneur , il dit ensuite son office avec une fort grande tranquillité , aprè$ quoi il se mit en oraison.
Sur les cinq heures du soir, il vint trouver Dom Miguel, et en l'abordant d'un air inspiré : (c Monsieur ^ lui dit-il , enQn nous voici à cet » heureux moment après lequel je soupire de- » puis tant d'années; nous touchons au Japon, y> et rien ne doit plus m'empécher d'entrer dans
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» une terre si désirée. Vous avez eu la géné- » rosité de me conduire sur une mer que vous D ne connaissiez pas , et que tant de naufrages » ont rendue fameuse : achevez votre ouvrage , » et me mettez entre les mains d'un peuple. que » j'espère soumettre au joug de l'évangile. Ce iD n'est pas sur mes propres forces que je m'ap- ]» puie; m^is que ne pourrai-je point, fortifié y> de la grâce toute-puissante de Jésus-Christ, y> et soutenue^ de la protection de tant de saints /» martyrs qui^ dans le siècle passé, ont arrosé » le Jap<»i de leur sang ! »
Ce discours ne surprit point le capitaine , il . connaissait M. de Sidoti , il ne laissa pas de lui représenter que, selon toutes les apparences, son -dessein était évanté, et qu'il paraissait plus sûr d^aller aborder à une autre côte ; quO; ce délai ne dérangerait rien , et semblait nécessaire. <c Yo- » tre dessein en allant au Japon , ajouta^-t-il , » n'est pas précisément d'y être martyr ; vous }E> vous proposez encore d'y gagner des âmes à )> Dieu, vous ne devez donc pas négliger de pren- » dre toutes les mesures que la prudence vous » prescrira,» Quoi qu'il pAt dire, il ne fit pas .changer M. de Sidoti. c< Le vent est bon , reprit ^l'homme apostolique, il faut en profiter; que » sayons-nous si quelque tempête ne nous jet- » tera point dans quelque autre . parage , d'où y> il ne nous serait pas aisé de regagner ces îlesu » En un mot, mon parti est pris, et si vous
Ttmj PRÉFACE.
» ayeu Monsieur, quelque bonté pour moi , tfapy> portez aucun retardement à Fœuvre de Dieu. D Don Miguel vit bien qu'il était inutile de^ faire de nouvelles instances , il se rendit , et l'on commença à disposer toutes choses pour débarquer M. ^e Sidoti à k faveur des ténèbres de la nuit. Le serviteur de Dieu, au comble de ses vœux, alla aussitôt écrire quelques lettres , puis il vint réciter le chapelet avec l'équipage ; c'est une pratique de dévotion qui s'obiserve sur les navires français et espagnols ; le chapelet fini , l'homme apostolique fit à l'équipage une courte exhortation. H se mit ensuite à genoux , et demanda publiquement pardon du mauvais exemple qu'il avait, disait-il, donné à tout le monde; il pria en particulier les enfans de lui pardonner sa négligence à les instruire des principes de la doctrine chrétienne, et il termina tant d'actions saintes par un exercice d'humiUté qui fut d'une grande édification. Il baisa les pieds aux officiers , aux soldats et aux esclaves. Après quoi il ne pensa plus qu'à la grande afiaire qu'il allait entreprendre.
Vers le minuit, le missionnaire descendit dans la chaloupe avec le capitaine et sept autres espagnols qui voulurent raccompagner jusqu'au bout. Il fût en oraison durant tout le trajet, qui ne fat pas long, mais on eut assez de peine à aborder, parde que le rivage était fort escarpé en cet endroit-là. Au sortir de la chaloupe,
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l^omnie de Dieu baisa la terre, et remercia Dieu de l'ayob si heureusement conduit au Japon; il a'avança ensuite dans les terres , et tandis qu'il marchait toujours suivi des Espagnols , Dom Car-. los de Bonio, qui s'était youlu charger de son paquet, eut la curiosité de voir ce qu'il contenait : il l'ouTrit et n'y trouva qu'une chapelle j les saintes Huiles, un bréviaire, l'imitation de Jésus-Christ, quelques autres livres de pieté, deux grammaires japonnaises, un crucifix qui avait été au père de Mastrilly, Jésuite, une image de la Vierge, et quelques estaippes.
> n fallut en^n se séparer. Les Espagnols prirent congé de monsieur de Sidoti^ mais aupa«^ ravanjt le capitaine l'obligea de recevoir quelque$ pièces d'or pour le besoin. La chaloupe courut en retournant quelqifè danger âur des roches et des bancs 4e sablés, et elle ne put regagner le bord que vers les huit heures du matin. On ap-* pareiUa aussitôt d'un fort- bon vent, et le Vais-* seau mouilla à la rade dé Manille le dix-huit d'octobre. Voilà ce que le père Faure , Jésuite français , apprit en arrivant aux Philippines , et ce qu'il manda à un de ses amis le dix -sept janvier , mil sept cent onze à bord du vaisseau qui Fallait débarquer avec le père Bonnet ^ au* We Jésuite français , dans les îles de Nicobar , de la même manière que l'avait été monsieur de Sidoti dans les îles du Japon. Les^ peuples de Nicobar n'avaient jamais entendu parler de
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Jésus-Christ, mais on assure que les deux, nûs^ sionnaires ont déjà fait plusieurs prosélytes. Quant à monsieur de Sidoti, on fut long-temps sans savoir ce qui lui était arrivé; il courut même diSérens bruits, qui firent croire que le Seigneur s'était contenté de sa bonne volonté , et que le jour du salut n'était pas encore venu pour les Japonnais.
D'abord on publia que le missionnaire avait été mis entre les mains des Hollandais pour être transporté aux Indes ou en Europe. On écrivit ensuite qu'il avait été jeté à la mer; d'autres lettres portaient qu'il avait passé par la rigueur des supplices que les lois ordoiment contre les prédicateurs de l^évangile. Enfin l'on a répandu depuis peu des extraits de quelques lettres de Manille , qui marquent qu'à l'occasion de quelques prodiges arrivés au moment qu'on Fallait exécuter, il avait été conduit à l'Empereur, qui, charmé, de sa douceur , et firappé des merveilles qu'on racontait de lui, l'avait parËdtement bien reçu , et lui avait accordé toutes les per;uissions qu'il demandait, liais on ne sait rien de certain sur ce qui lui est arrivé depuis son entrée au Japon. On sait seulement qu'on a fait encore ime autre tentative depuis celle de M. de Sidoti; que la mort de l'Empereur du Japon , dont on a reçu la nouvelle, donne quelque espérance que la persécution se ralentira, d'autant plus que le Prince qui gouverne aujourd'hui cet em-
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pire paratt prendre en tout le contre pied de fon prédécesseur qui a toujours eu une 'extrême application à empêcher qu^aucun ministre de l'é* Tangile ne mit le pied dans ses états.
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