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union , contre un Prince accoutumé à marcher sur le ventre aux plus grosses armées avec une troupe de soldats , s'assurèrent de quelques Seigneurs de la cour d'Omura qui tenaient de fort bonnes citadelles, dont ils mirent les ennemis en possession, et tout cela fut si secrètement tramé $ que Sumitanda n^en eut pas le moindre soupçon. Le Seigneur d'Isafay alla de nuit insulter Omura, qui fat aisément forcée. Le Prince n'y était pas, et il faisait alors sa résidence dans un château fortifié sur le bord de là mer : Fennemi, sans s'amuser à piller la capitale, dont le Roi de Firando s'était assuré avec sa flotte , -et croyant surprendre le Prince d'Omura , marr cha avec toutes ses troupes pour Fenleven
Sumitanda n'apprit ce ^ui se passait que lors-^ qu'il vit approcher les troupes ennemies ; il n'avait avec lui que quinze hommes; pour cacher à son beau-frère l'extrémité où il était réiduit, il fit armer toutes les femmes et les filles de la Princesse. Un moment après , trente cavaUers chrétiens forcèrent un quartier de l'armée des alliées , et vinrent augmenter sa troupe. Il sut en même temps que les églises d'Omura avaient été profanées, alors plein de confiance, flous les vaincrons^ s'écria-t-il d'un ton qui rassura les plus timides , ils font la guerre à Dieu. Effectivement la justice divine avait déjà commencé à se faire sentir d'une manière qui avait paiement frappé les fidèles et les infidèles : un
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honse entra dans tine église, et y trouva un surplis ; il s'en revêtit en dérision de nos cérémonies , et parut à la porte de l'église pour inviter les infidèles à imiter son impiété : c'était dans le premier tumulte qu'avait excité dans la ville l'arrivée deû ennemis ; un soldat d'Isafay aperçut le bonse de loin , le prit pour un missionnaire, tira dessus et le tua.
Cependant le Seigneur d'Isafay se disposait à donner l'assaut au fort que le Prince d'Omura était hien résolu de défendre : dès que les troupes commencèrent à se ranger pour i'attaquer , Sumitanda s'approcha de la porte du château, garnit la muraille comme il avait fait d'abord, de femmes et même d'enfans à qui il avait donné de grandes piques , se* mit à la tête de sa petite troupe , et se tint prêt pour donner sitôt qu'il en verrait le moment favorable : la forteresse était bâtie sur une éminence assez escarpée , et l'on n'y pouvait monter que par un chemin fort étroit , et bordé de précipices. Le Prince s'attendait bien que son beau-frère viendrait s'engager dansx^ette aventure , et celui-ci n'y manqua pas; Sumitanda l'y laissa avancer le plus qu'il put, puis tout d'un coup il fait ouvrir la porte; et tandis que les femmes et les enfans invoquent à haute voix les saints Noms de Jésus et de Marie, il se jette si brusquement, le cimeterre en main, sur les premiers rangs, qu'après avoir de sa main renversé à oçs pieds celui qui y com-
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mandait ^ il met eu mi moment tonte Farmée en déroute.
Le général ennemi ne laissait pas de se rallier^le Prince n'étant pas en état de l'en empêcher, lorsque les habitans d'Oniura l'ayant pris en queue , il se trouva dans un désordre dont il ne Ait pas possible de se tirer. Sumitanda , que deux mille des siens joignirent fort à propos dans ce moment, profita si bien de ce renfort et de l'embarras où se trouvait son ennemi^ qu'après plusieurs charges réitérées , il passa enfin sur le ventre à toute cette armée , qui paraissait comme frappée d'aveuglement, et rentra triomphant dans sa capitale^ Pour comble de joie il apprit que la flotte fîràndaise avait été fort maltraitée par la tempête , et ne paraissait plus : enfin le peu qtd resta des soldats disafay assurèrent que ce qui avait le plus contribué à leur entière déroute, c'est que dans le même temps que la pe-> tite troupe du Prince les attaquait, une multitude prodigieuse de cavaliers étaient tombés sur eux^ et avaient taillé en pièces tout ce qui s'était rencontré sur son passage ; on eut beau leur de« mander quelle était cette cavalerie, et d'où ih croyaient qu'elle pouvait venir , ni eux , ni les gens du Prince n'en purent jamais rendre aucune raison ; ce qui persuada les uns et les autres que c'étaient des légions d'anges que le Dieu des armées avait envoyées au secours des Chrétiens.
Quairi; au Seigneur d'Isafay, il fut long-temps^ T. I. 19
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sans paraître; il avait eu bien de la peine à se sauver, et Ton assure qu'il ftit quelques jours a courir de côté et d'autre , la peur l'ayant saisi à un point qu'il en était hors de lui-même* Enfin il se déguisa , et gagna ses châteaux , où il ne se crut pas encore trop en sûreté. En effet, Sumitanda après avoir recouvré tout son état , rangé les rebelles à la raison , et dissipé le reste de l'armée confédérée , porta la guerre chez ses ennemis, leur enleva plusieurs places très-considérables, fit partout un incroyable butin, et retourna chez lui ayant considérablement accru »on domaine , et étendu fprt loin la réputation de ses armes.
Un succès si peu attendu et tant de marqua sensibles d'une protection particuhère/du Ciel, enflammèrent, tjellement le zèle de ce grand Prince, que dès-lors il entrepit de bannir, entièrement l'idolâtrie des terres de. son. obéissance* II; le déclara au commencement de l'année ^ lorsque tous les grands de sa cour et les plus considérables d'entre les bonses allèrent , suivant la coutume, lui rendre leurs hommages; il leur, parla, en cette occasion, d'une mânièrje si pathétique et si touchante^ leur remit si vivement devant les yeux de quelle manière le Dieu des. Chrétiens Payait fait tant de; fois triompher de, ses ennemis, et leur témoigna un si grand zèle pour le salut de leurs^ames, que. tous promirent de se &ire^instruîrç et ils tinrent parole
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lé Prince fit venir les pères Gaspard Coëglîo , et Melchior de Figuérédo, tous deux accompagnés d\me troupe de catéchistes : ces pères trouvèrent les peuples parfaitement disposés , et en ntoins de deux ans ils baptisèrent soixante mille personnes, bâtirent quarante églises, renversèrent tous les te.m{iles , brisèrent toutes les idoles , et eurent bientôt la consolation de ne laisser aucuiS idolâtre dans tout le pays ; les bonses mêmes , à la réserve de quelques-uns qui se retirèrent ailleurs , ayant pris le parti de se rendre à la vérité , que Dieu leur fit connaître d'une nlanière qui a quelque chose de fort singulier. Vt)ici de quelle manière on raconte la chose.
Quelques missionnaires travaillaient dans un càntcm de ce pays, ^ns retirer aucun fruit de leurs sUeùrs. Les infidèles leur avaient même déclaré qti'on les mettrait plus tôt en pièces, que de leur faire embrasser le Christianisme, et comme s'ils se fussent tous en particulier défiés de leur constance dans un si déplorable endurcissement, il^ s'excitaient les uns les autres à tenir ferme contre les discours des prédicateurs , et les ordres dé la cour; mais Bieu à qui il ne faut jamais démander compte de sa conduite, semble quelquefois mettre sa gloiref à faire triompher sa bonté dé ceux: qui, par leur opiniâtre résistance à ses grâces, se sont le plus rendus dignes de ressentir les efifets de sa juste colère. Une petite fille fut tout-à-coup possédée d'un démon qui l'agitait
d'une manière épouvantable. On appela les bondes pour la conjurer : ils yinrent, commencèrent . leurs prétendus exorcismes, qui se font, non pas au nom des dieux, mais au nom d'un démon plus puissant que celui qu'on veut chasser. D'abord l'esprit mâliiii plus furieux que jamais, réduisit l'enfant qu'il tourmentait en un état pitoyable, ensuite calmant un peu sa fureur, il prit un ton fort doux, et même comme d'une personne extrêmement affligée, se plaignant, et parlant tout seul ainsi ^e font quelquefois ceux qui souffrent beaucoup : puis il se mit à dire assez haut : a Ou voulez-YOUs que j'aille, si vous me chassez . » d'ici ? Je n'avais , dans tout cet état, que ce y> petit canton ou je fusse le maître : où me » retirer , s'il faut que j'en sorte ? Cette &tale » eau du baptême, qui nous tourmente plus » que les feux où nous sommes brûlés, ne nous » a point encore fait perdre le droit que nous y> avons ici, pourquoi nous en dépouiller! Ah, » que les pères des Chrétiens nous fassent la . » guerre, nous n^en sommes point surpris; mais )!> que vous, nos fidèles ministres, vous, par ]» qui nous avons jusqu'à présent r^né, vous y> vous joigniez à nos plus cruels ennemis pour » nous exterminer 5 c'est à quoi nous ne nous ; y> étions jamais attendus, et ce qui nous est un > c( supplice intolérable. »
On peut juger quelle fut la surprise des bonses : et de tous les spectateurs à ce discours : il fit ^
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sur les esprits une impression si Tive, que tous, et les bonses les premiers, coururent sur*le champ demander le baptême, instruits et convertis par le Prince des ténèbres , Dieu voulant , pour la gloire de son ijom, que ce qpiç n'avaient pu &ire les plus touchantes exhortations des missionnaires, les ennemis de sa gloire le fissent, et que ceux qui avaient aveuglé ce peuple lui ouvrissent eux-mêmes les yeux,
H ne restait plus de retranchement à Tidolâtrie dans toute l'étendue du domaine de Sumitanda , que la ville de Cory, une des plus grandes et des plus peuplées de tout le pays; mais les bonses en étaient seigneurs, et le Prince n'y avait qu'une souveraineté dont les droits étaient fort borués. Le P. Co^lio avait grande envie d'ôter cettp unique ressource aux infidèles d'Omura; mais il ne pouvait obtenir l'agréaient du Prince pour y aller prêcher la foi. Ce qui portait Sumitanda à s'opposer ainsi au dessein dumiœionnaire, é|;ait une forte persuasion que les bonses ne manqueraient pas d'empoisonner le premier prédicateur qui mettrait le pied chez eux. Enfin, le père ayant promis de ne rien manger ni boire qu'il ne l'eût fait venir d'ailleurs , obtint ce qu'il souhaitait avec tant d'ardeur. Pour plus grande pureté ^ Sumitanda donna au missionnaire un de ses domestiques en qui il se confiait le plus, et à qui il déclara qu'il lui répondrait de tout ce qu^ arriverait au serviteur de Dieu.
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Le p. Goëglio entra donc dans Cory, où, Une fut pas long-temps sans reconnaître que les ap^ préhensions du Prince d'Omura n'étaient pas mal fondées. On ne saurait imaginer tout ce qui fut mis en œuvre pour le faire périr ; mais au milieu de tant de dangers dont il était continuellement environné , il sentait au-dedans de * lui-même une certaine confiance que la foi triom: plierait de ces endurcis j enfin , quelques bonses furent curieux de savoir ce que c'était que cette religion dont on parlait tant, et qu'cm venaiÇ leur annoncer d'un autre monde ; ils furent surpris de voir une doctrine si conforme bu^ Jumières du bon sens, et qui élevait si fort I4 raison au-dessus de l'humanité : puis la curio-* site faisant pl^ce au véritable désir de s'instruire | ils revinrent plusieurs fois; d'autres bonses ^ ^ qui les premiers n'avaient pu cadrer leurs sentimens, se joignirei^t à eux, et bientôt toute, la ville courut chez le docteur étr^ger*, ensorte qufi le Père ne pouvait p]us trouver un mpment^ ni pour dire son bréviaire , ni pour prendre n^ peu de repos : il e^t vrai qu'il fut bien dédom-, mage de tant de fatigues , par la bénédiction que Dieu donns^ à ses discours; car il eut bi consolation de baptiser , en deux mois , plus dç; dix mille personnes à Cory , et avaut la fin de; l'année , soixante et quinze, il n'y avait plua^. ni dans cette ville^ ni dans toute la principautéd'Omura , aucun idolâtre , ni aucun vestige d^ paganisme.
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XL Tandis que la foi disait ces progrès à I^xtrémité de Ximo y Tacayam^ frère de Yatadoâo y et qui par la mort de son neveu , lequel né survécut pas beaucoup à son père , était devenu héritier de tous les biens de sa maison , travaillait infatigablement à étendre et à afferT mîr le royaume de Dieu , non-sieulemept parmi ses sujets et ses vassaux , mais encore dans la capitale de l'empire, où son mérite personnel, et celui de Vatadono , lui avaient acquis un grand crédit. Le premier jour de l'année mil cinq cent soixante-quinze, on compta jusqu'à soixantedix gentilshommes , qu'il amena au missionnaire tous instruits pour être baptisés : peu de jourd après il en amèua encore trepte-cinq , et il con-r iinûa d'en user toujours de même dans la suite^ Faisant bâtir une église dans une de ses forteresses , il porta ses soins et sa piété jusqu'à prendre garde qu'on n'y employât aucuns matériaux qui eussent servi à d'autres usages , disant que tout ce que l'on consacrait au Seigneur devait être neuf : quand cet édifice fut achevé , et qu'il eut terminé quelques autres afiaires qui demandaient sa présence , il remit le soin de ses États à son fils Juste Ucondono , et il se retira auprès de l'église dont je viens de parler , pour y vaqueuT uniquement à sa perfection et au salut de ses sujets.
Quand il n'avait point chez lui de missionnaire, il faisait lui-même autant qu'il pouvait
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^utes levm foBcjt^ons ; il pr^^ait aux prières et aux exercices de pénitence qui se f^jis^ieiit tpujours en commun , et l^s fêtes et les dimanches , il y ajoutât ou une exhortation , ou une lecture^ Tpus les ans il choisissait parmi les principaux Chrétiens quatre des plus sgges et des plus accrédités; leur emploi était de veijler à ce que l^s infidèles fussent instruits, les pauvres secourus, les malades visités et soulagés dans leurs b^sçins spirituels et temporels, les morts ensevelis ; qu'on exerçât l'hospitalité eiivers les étranger^ : ^n uu mot, qu'jon Q'omît rieu des Jppnu^^ œuyres qui $e présenteraient à faire ; lui-mçine ét^it de tput , et par son afiTabiUté il s'était te^ement attaché tou^ les cœurs, qu'il i^Y avait personne qui DiS le regardât commp ^on père. Son attention allait jusqu'à subvenir à toutes . les péce^ités di^s particuliers , et i) ne cessait de./dife à la Princesse Marie s^ &mme, pour l'animer ^ eptrer tpujours, comme elle faisait^ dans se;; vues, que la vrajie vertu était inséparable d'une tendre charité pour le prochain.
]l|ais ses spins les plus empressés étaient pour les veuves et les enfans de ceux qui étaient morta à son service , et il est vrai de dire qu'ils retrpuvaîent en lui toute la tendresse d'un père et d'un époux 3 enfin il n'y avait rien dont il ne s'avisât pour mettre en honneur et en crédit la Religion , surrtout pour gagner les bonses à Jésus-Christ , et l'on peut dire que toutes les
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petites ^lise» qu'on avait formées autour de la capitale de l'empire , devaient au zèle de cet admirable tono, là meilleure partia de leur fer-^ yeur et de leur accroissement. .
Cependant le P. Cabrai parcourut toutes les provinces du Japon, pu le Christianisme avait pénétré. Quoique depuis dix ans aucun missionnaire n'eût été à Facata, le supérieur eut la consolation d'y avoir une fort belle ^lise et des Chrétiens en grand nombre et très-fervens ; de Jà étant passé à Amanguchi , il trouva cette chrétienté qui avait été comme la mère de toutes les autres , dans un état bien déplorable. Depuis vingt ans que Morindpno avait usurpé la couronne de Naugato, aucun ouvrier évangélique n'avait pu s'établir* dans ce royaume; d'ailleurs ce Prince, qui ne connaissait point d'autre dieu que son épée, était continuellement occupé à porter la guerre chez ses voisins, d'où il arrivait que ses états ne jouissaient presque jamais de ce calme et de cette tranquillité qui disposent les esprits à la connaissance de la vérité* EnBn très-peu de fidèles étaient restés du carnage que le tyran avait fait en prenant possession d' Amanguchi , il ne laissait pourtant pas d'y avoir encore un petit nombre: de Chrétiens qui s'assemblaient assez réguUèrement chez un des plus considérables d'entr'eux.
Les instrùmens dont Dieu s'était servi pour entretenir dans la ferveur, et même pour aug-
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menter ce petit troupeau , font bien Voir qu'il n'a besoin de personne pour l'exécution de seà plus grands desseins. Il y avait , dans ce royau^ me y un aveugle que saint François Xavier avait baptisé et nommé Tdbie; le Saint-Esprit qui avait trouvé dans cet homme des dispositions admirables pour la sainteté^ l'avait comblé de ses dons et lui avait sur-tout inspiré Un zèle adnd* rable pour la propagation de la foi. Ce zèle , dont Tôbie était sans cesse consumé , lui faisait souvent dire que quand il ne tiendrait qu'à lui de recouvrer la vue y il n'y consentirait jamais , sou infirmité étant pour lui un moyen de gagner des âmes à JésUs-Christ. Ceci paraîtra fort étrange ; maia il faut savoir qu'il y a au Japon deà aveugles du nombre desquels était celui-ci , qui £ont un corps de savans, et qui sont dans une estime extraordinaire. Il n'est point de grand Seigneur , ni de Souverain qui ne se &sse un ]plaisir de les avoir auprès d'eux, non en qua-^lîté de plaîsans, poUr s'en divertir, mais eii qualité de beaux esprits, pour s'instruire. Effectivement, les annales de l'empire, les histoires des grands homm^ , les antiquités des familles sont des titres moins Sûrs que la mémoire de ces gens-là : ils font une étude particulière de toutes ces choses , ils se communiquent de vive voix les uns aux autres ce qu'ils savent^ et il se ferme par-là une succession de tradition qu'on ne s'avise point de révoquer en doute*
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Ces aveugles ont des acadépiies où ils prennent des grades, et où Témulation est fort grande; ils s'y exercent , non-seulement à cultiver leur mémoire, mais encore à raconter ce qu'ils ont appris , à le mettre en chant , et à lui donnet tous les ornemens de la poésie ; enfin , ils par^ viennent à répandre , sur ce qu'ils racontent et €ur ce qu'ils chantent , un agrément tout partieuUen
. Tohie. s'était £giit , parmi ces aveugles si éclai^ rés , une réputation qui n'était point renfermée dans les limites du Naugato ; son nom était celèhre dans tous les royaumes d'alentour , dans le Ximo ^ dans le Xicoco , et jusque dans la ca^ pitale de l'empire. Personne ne savait mieux que lui les heàux< faits d'armes des anciens héros , 6t sur-tout des premiers camis, mais après que par les charmes de sa narration il s'était conlôlié les esprits, il parlait de Jésus-Christ et des plus sublimes mystères de notre Religion , d'une inanière qui enchantait. On prenait souvent plaisir à le faire entrer en lice avec les bonses; mais ceux^ ne sortant jamais à leur honneur de ceA combats , cherchaient de tous côtés les occasions de s'en vengier. Après bien d'inutileis tentatives^ ils crurent que le meilleur moyen de se défaire d'un si dangereux ennemi , était de lui faire en^^ trer; un démon dans le corps. Quelques bonses sorciers l'entreprirent , et pour empêcher qu'il ne se doutât de rien , ils le défièrent à une dis'^
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puta réglée : Tobie accepta avec joie ce défî^ él 8e trouva au rendez-vous : tandis que quelques lipDsçs cherchant à l'amuser, lui font quantité de questions et lui proposent plusieurs difficultés , les n^agiciens font leurs enchantemens; l'aveugle s'en aperçut et ne s'en étonna pas beaucoup; les sorciers voyant que les diables ne , venaient ppint» se mirent à crier et à se débattre^ comme s'ils eussent été eux-mêmes possédés. Alors le Chrétien, avec un ris moqueur, les avertit de parler plus haut, que le diable ne les entendait pas ; mais qu'ils avaient beau &ire, que quand ils évoqueraient toutes les puissances infernales, il ne lui fallait, pour se garantir de leur fureur , que se munir du signe de la croix , qu'un Chrétien dans un besoin avait pour sa garde plus d'anges qu'ils ne pouvaient lui opposer de démons.
Les bonses , sans se rebuter , redouUèrent leurs imprécations; enfin les diables parurent, mais laissant là Tobie qui les attendait de pied ferme , ils se* tournèrent contre les enchanteurs avec des visages si terribles , et se mirent en devoir de les maltraiter d'une manière' si épouvantable , que les pauvres bonses tout tremblans cb peur et à demi-morts , se jetèrent aux pieds de Tobie, lui emln'assèrent les genoux, et le conjurèrent de &ire sur eux le signe de la croix : a Ce n'est pas assez , dit alors le Chrétien , de ».reconnaitre la vertu de la croix, et de vous
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)fi soumettre, il fkat changer de conduite et de )D iMX)fession. y> Les bonses le promirent, et TV>- Hcy sans faire autre chose que de menacer les démons, les fît disparaître dans le moment
Une autre pei^sonne qui ne contribuait guère moins à faire connaître et estimer la Religion chrétienne dans ce royaume, était une femme fort âgée, appelée llarie, qui avait aussi reçu le baptême de la main de l'apôtre des Indes^ Cette femme yoyant que le Saint et ses coàipa-^ gooQS ne vivaient que d'aumônes , étaient ha^ billes pauvrement, et paraissaient faire grand cas des pauvres^ elle conçut, malgré les préjugés de sa nation, qu'il y a quelque diose de grand dans la pauvreté évangéHque, se sentit inspirée de l'embrasser, vendit tous ses biens, en distribua l'argent aux pauvres, et se réduisit à la j^us extrême indigence. Dieu n'avait point laissé sans récompense un si grand détachement, et la ver^ tueuse Chrétienne convenait qu'elle avait déjà reçu le centuple de ce qu'elle avait donné a Dieu. D^ qu'elle sut que le P. Cabrai était arrivé à Amanguchi, elle fit onze lieues à pied pour en-* tendre prêcher un jeune Jésuite Japonnais, nommé Jean, qui accompagnait le supérieur, et qui avait beaucoup d'éloquence. Elle tdt si transportée des discours du prédicateur*^, qu'étant retournée chez elle, on était surpris de l'entendre parier elle-^même des vérités é^temelles; quelques bonses se transportèrent à son logis pour l'en*-
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tFetèmr.de sa Religion, ilâ furent diârmést de ce qu'elle leur dit : et ayaut <{ue le P. Cabrai p^irtît d'Amanguchi, il en baj^iiaa quatre qu'elle avait convertis.
Parmi tant de sujets de consolation, le missionnaire reçut une nouvelle qui l'affligea sensiblement, ce fut celle de la mort du P. Graspard Goêglio. liCS succès que Dieu avait donnés à cet excellent ouvrier dans le pays d^Omura , lui firent un peu trop oublier le soin de sa propre conservation, car travaillant sans relâche le jour et la nuit , ne prenant aucun repos , se nour-^ lissant fort mal , il succomba enfin, et contracta une langueur qui l'emporta en asses^ peu de temps. Somitanda ne fut pas moins sensible à cette perte que le supérieur, et il admira la Provid^ice divine qui avait permis qu'un homme pour qui il avait appréhendé la haine de ses sujets , et leur extrême aversion du christianisme, eût perdu la vie pour avoir voulu^ sansménagemCTit, contenta: l'empressement avec lequd ils demandaient tous à se faire Chrétiens, quelque temps auparavant. Ce Prince avait vu mourir un d^ se3 frères plus jcaine que lui, et qui ne venait q\ie d'ètrq baptiséi. Ce jeunePrince était Seigneur dé Nangoja, un des plus beaux ports du Japon, sur la mer de Corée; et cooune il relevait de l^v principauté d'Omura^il était entré dans- les d^fi^eins de Sumitanda, et il avait embrassé la foi avec tous ses sujets. Mais la perte du mis-
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sionnaire fat bientôt réparée par de nouveaux ouvriers qui abordèrent peu de temps après au Japon, et Dieu ne tarda pas a consoler le Prince d'Omura de la mort du Seigneur de Nangoya y par la conversion du Roi d'Arima , son aîné , dont je vais parler après que j'aurai dit ce qui fut Voccasion de cet heureux événement , et de beaucoup d'autres qui donnèrent un grand relief à la Religion chrétienne.
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