LIVRE CINQUIÈME
ï. Btox choses empêchaient depuis long^temps le Roi d'Àrima de se faire Chrétien : la première était ce qu'il en avait coûté au Prince d'Omura^ son fifère, pour avoir emhrassé le Christiani3me , et le danger où lui-même avait été de perdre ses états ^ pour avoir donné entrée aux missionnaires, ot protégé les fidèles de son royaume. La seccmde était la conduite du Roi de Bungo qui^ depuis tant d'années, se déclarait en toute rencontre le père plutôt que le protecteur des Chrétiens , sans pourtant parler d'embrasser une loi pour laquelle il faisait paraître tant d'estime, et sans permettre à ses enfans de l'embrasser. Le premier de ces obstacles avait été sufiisamment levé par les dernières victoires de Sumitanda, et sur-tout par le secours qu'il avait visiblement reçu du Ciel à l'attaque de sa citadelle; car dans tout le Ximo, on ne doutait point que le Dieu des Chrétiens n'eût envoyé ses anges pour exterminer les ennemis du Piince d'Omura.
Quant à la cour de Bungo, il commença à s'y faire des cliangemens dont on prévit que les suites iraient fort loin. Civandono, Roi de BUn-
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Jg^y s^Yait trois fils : vehd de ses Princes qui approchait le plus des vertus de leur père, était Je second, et il avait sur-tout une réputation de sagesse qui le faisait regarder comme très-digne de porter une couronne; mais selon l'usage du Japon , ce jeune Prince était destiné à être bonse, aussi bien que son cadet ; car il n'y a qu'une adoptipn ou une succession qui puisse en garantir les enfans des grands Seigneurs et des Souverains mêmes qui ne doivent pas succéder au trône et aux états de leurs pères. Le Prince dont je parle eut à peine atteint l'âge de quatorze ans , qu'on lui parla de se conformer à la coutume du pays, et de prendre l'habit de bonse ; mais il témoigna une si grande horreur pour ce genre de vie , et déclara au Roi son père une si grande ardeur pour se faire Chrétien, que Civandono, après quelques difficultés qui vinrent bien moins de lui que de la Reine , y consentit : ce Nous n'obUgeons nos cadets, dit- }» il, à se faire bonses, que pour les empêcher » de brouiller l'Etat : or je suis bien assuré » que si mon fils est Chrétien, il n'aura pas y> même la pensée de se révolter contre Son frè- » re ; an lieu que, s'il est bonse, je ne suis pas » persuadé que l'envie ne lui en prendra point, » et qui peut même répondre que l'occasion ne » s'en présentera jamais ?»
L>e jeune Prince fut donc baptisé au mois de décembre de Tannée i575, et prit le nom de
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Sébastien. La nouvelle s^en étant répandue , le Boi cPiCrima écrivit sur-le-champ à Louis Al- 'méîda de lé venir trouver; Alméïda se rendit ' en diligence à Aritiia ; dès qu'il fut arrivé , le Roi dit qull sentait bien que le temps était venu de se rendre à la grâce qui le sollicitait plus fortement que jamais; que, depuis qu'il avait appris la conversion du jeune Prince de Bungo, tout ce qui l'avait empêché de suivre l'inspiration du Ciel , s'était évanoui , et qu'il le priait de le mettre incessamment au nombre dès véritables adorateurs d'un .Dieu qui seul sait sonder les coeurs et en triompher. Alméïda fut agréa- 'Wement surpris d'entendre le Roi parler de la sorte ; il bénit le Ciel qui lui donnait encore cette consolation avant sa mort qu'il croyait n'être pas fort éloignée. ïl acheva d'instruire le Prince sur quelques articles dont il était bien aise d'avoir l'éclaircissement , le baptisa et lui donna le nom d'André.
La première chose à quoi pensa le Ko> après son baptême , fut de faire convertir en église le principal temple de sa capitale , et d'en assigner les revenus à l'entretien de la fabrique, et aux besoins dès missionnaires. Il se préparait à don- 'ner de plus grandes marques de son zèle, lorsque Dieu , content de ses désirs j . l'appela ^ lui pour le récompenser de ce qu'il avait déjà fait pour sa gloire, et de ce qu'il avait dessein de feiré dans la suite pour l'établissement d6 soei^ culte.
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Le R(n d'Arima ne fut pa$ le seul que r^em-^^ pie du Prince de Bungo porta à embrasser le^ Christianisme : la cour de Civandonp semblait, être la règle sur laquelle les autres faisaient gloire de se former. L'estime qu'on y faisait de la re*. ligion des Européens en avait inspiré à plusieurs. Princes ; mais ils n'allaient pas plus loin , et. cjuelque déraisonnable que fût cette conduite^, il semblait qu'on eut honte d'avoir ou. pjus de sagesse ou plu$ de résolution que Çivaiidono et ses enfans. Parmi cexiji qui étaient dans la disposition dont je parle > le Koi de Tosa tenait le, preniiei* rang : Tosa est le plus considérable des^ quatre royaumes qui partaient, llle 4e Xicoco. Le Prince, dont il s'agit ici, avait été obligé ^ pour se. soustraire à la fureur de sps pçuples^ continuellement révoltés contre lui , de se ré-, fugier chez le Roi de Bungo , dont il avait épousei une fille : il vivait en Souveraine Vosuqpi , où depuis quelque temps la cour faisait son séjour ordinaire ; et Civandono avait pour son gendr^ tous les égards qui sont dus aux Prinoes, ea quelque situation qu'ils se trouvent. Or comme les missionnaires étaient en grand crédit à la cour de Vosoqui^ pu le Roi leur avjait* mêine fait bâtir une maison proche de son palais , le Roi de Tos^ eut souvent occasion de les entrejtenir , il le§ goût^ fort y il leur avoua même que leur religion lui paraissait la seule, véritable ; mais lorsqu'on Iç pressait de $e rendre à la vérité qu'il reconnais-
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sait, il ne répondait auï raisond convaincante^ qu'on lui apportait, qu'en y opposant l'exemple du Roi et des Princes de Bùngo.
Hais quand il vit que la maison royale commençait à se déclarer, alors il prît lui-même son parti , et, après quelques entretiens qu'il eut avec le P. Cabrai, il fut solennellement baptisé à Vosoqui , par le P. Démonté ^ qui lui donna le nom de Paul : peu de jours après il fut rappelé dans ses Etats, mais à peine y était-il entré, que ses sujets apprenant qu'il était Chrétien, l'obligèrent de nouveau à se sauver dans une place forte , à l'extrémité de son royaume : il avait regardé son rétablissement sur le trône comme un effet de la protection de Dieu sur ceux qui le servent. Une si prompte révolution ébranla véritablement sa foi; il eut néanmoins encore assez de force d'esprit pour demander au P. Cabrai quelqu'un qui pût le consoler et le fortifier. Le père qui n'avait aucun missionnaire à sa disposition , lui écrivit une fort belle lettre sur la situation où il se trouvait 3 il lui faisait concevoir le prix des adversités , et lui prouvait par plusieurs exemples que des épreuves comme celles que la Providence venait de lui ménager, avaient toujours été regardées. comme des témoignages infaillibles d'une bonté particulière de Dieu : cette lettre et les discours fervens de l'aveugle Tobie , qui accourut pour ani-*i mer le Roi de Tosa à la patience, dès qu'il sut
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la disgrâce de ce Prince , eurent tout FeflPet qu'on en pouvait souhaiter. Le vertueux Roi entra avec une résignation parfaite dans les desseins de Dieu sur lui , et fut convaincu que le royaume des cieux méritait bien d'être acheté par le sacrifice de tous les sceptres de la terre. Nous ne savons pas q[u'il soit depuis remonté sur le trône , et il faut bien se donner de garde de lui attribuer ce que nous dirons bientôt d'un Roi de Tosa^ qui fut apparemment l'usurpateur de sa couronne. Cependant le Prince Sébastien aussitôt après avoir été baptisé, déclara à ses officiers et auk gentilshommes de sa suite , qu'il ne voulait plus personne à son service qui ne fut Chrétien. II fit plus : le lendemain de son baptême^ il se rendit à Funay^ y assembla une troupe de jeunes Chrétiens , se mit à leur tétè , et parcourut les principales rues de la ville , abattant et mettant en pièces toutes les idoles qu'il trouva sur son passage. On ne douta point que les bonses ne fissent grand bruit de cet outrage fait à leurs dieux ; il est vrai qu'ils s'en plaignirent violemment. La Reine, que toutes les relations du Japon nous représentent comme laplus méchante femme de son siècle , et qui semblait avoir une horreur naturelle du Cliristianisme , fut celle qui éclata davantage ; et il n'y eut personne qui ne fizt convaincu que les fidèles avaient tout à craindre de son ressentiment ; mais le jeune Prince aUa toujours son chemin et le Roi son père le soutînt
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d'une manière, qui fit juger que lui-même jçi'q^ tait pas mollis éloigné de rimiter. On avait été fort surpris de voir ce Prince pendant toute l^ cérémonie du baptême de son fils à genoux, e% dans Ja posture la plus respectueuse : enfin une, chose qui survint alors dans cette cour, et qui tint tout le monde en suspens près de deux années entières , fit connaître qu'on n'avait pas mal jugé des sentinçjens et du dessein de Civandono. Voici de quoi il s'agissait.
ÏI, La Reine de Bungo avait un frère qui se nommait Cicatondono, le plus riche . seigneur^ noti-seulement du royaume, ma^p presque d^ tout l'empire : il avait au moins trente mi^lq vassaux ; ses revenus étaient immenses ^ il commandait avec un pouvoir absolu toutes .^ies armées du Roi son beau-frère , qui lui avait enccMre dotmé le gouvernement de trois de 3es royaumes. Une chose essentielle manquait à soja bon-; heur, il n'avait point de fils, et il était sans espérance d'en avoir jamais. Pour réparer en quelque façon ce malheur , il adopta le fils d'un cunis : on appelle ainsi les conseillers d'état du Dairy ; et cet enfant, qui n'avait alcNTs que -sept ans , l'aurait rendu heureux , si les mauvais couseils , et la conduite violente de la Reine n'cjusrt sent engagé ce Seigneur, naturellement , assez modéré , à s'opposer lui-même à son boiAeur.
Cicalora , c'était le nom du fils adoptif de Çiqatondpno^ n'eut pas plus tôt paru à Yosuqui qu'il
atli^a, SUIT lai les yeux de tout le monde : sa be^até, sa bonne grâce , ces manières noblea et aisées , son adresse dans les petits exercices aux*^, quels on commepça de l'appliquer, sa fadlité à apprendre tout ce qu'on lui enseigna, charmèrent toute la çQur» Le Roi et la Reine, en par*i. ticulier, le trouvèrent tellement k leur gré , qu'ils le destinèrent à çpouser une de leurs fiUes*, et, dans cette vue, ils prirent un très-grand soin d« son éducation.
Il arriva que , comnje les missionnaires étaient bien vernis à la cour et que le Roi leur rendait de fréquentes visites, Cicatora prit l'habitude de les voir familièrement : Cicatondono nqn-seule-r ment ne le trouvait pas mauvais, mais lui-même le menait quelqjdefois chez les pères, et .leur recommandait-^oujours de donner à cet enfant de bons principes de religion , et de lui apprenr dre à pratiquer Is^ vertu. Ces pères , qiii trouvé-? rent dans ce jeune seigneur un naturel heureux^ et de grandes inclinations à la piété, n'eurent pas beaucQup de peine à lui faire, goûter notre sainte loi; tout ce qu'il entendait . dire de noe mystères le touchait, mais. rien ne fit plos d'effet sur son esprit qu'un^ miracle dont il fut le témoin. Une dame de qualité, fort obstinée païénr ne , parut tout-à-coup possédée du démon : des bonses sorciers furent appelés pour la délivrer; il» vinrent, çt comme ils avaient publié qu'ils pour vaiçnt pour le moins , avisai sûrement que les
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Chrétiens , chasser les démons , H se fit dbez la dame énergomène un concours extraordinaire de gens de toutes conditions : enfin , un bonse s'approcha , et d^un ton de maître commanda à l'esprit malin de sortir, il accompagna ce commandement d'une infinité de contorsions et de griinaces , qui le fatiguèrent extrêmement ; mais il eut beau faire , le démon n'obéit point : le bonse était fort déconcerté, l(»^ue le diable parlant par la bouche de la possédée , lui dit ^une Toix menaçante et qui jeta la terreur dans toute l'assemblée* « As-tu bientôt fini? Qui t'a rendu » si hardi , que d'oser me commander de sortir y> d'ici? Puis jetant un cri mêlé de rage, de douy> leur et de fierté : c'est ce vieillard, ajouta-t-il , y> en montrant du doigt un vertueux Chrétien 3» nommé Jean Gotoboro , qui a droit de me comy>^ mander ; et s'il m'ordonne de quitter la place, i> il faudra bien que je lui obéisse; il ne dit y> mot , il se tient dans un coin , mais il porte y> sur la poitrine je ne sais quoi qui me toury> mente plus que tout ce que toi et tes semj> blables pouvez me faire. y>
A ces mots toute l'assemblée se tourna du cêté que le démon avait marqué, et dans le même moment Gotoboro s'avança, armé d'une sainte confiance; quand il fut près de la malade, il tira de son sein une médaille bénite, et la mit sur la tête de la possédée en faisant le signe de la crcnx; aussitôt im tremblement de tout le
corps saisit la dame, elle se mit à ùire des contorsions épouvantables , et à pousser des hurlemena terribles. Le vieillard cependant se retira a sa place derrière la porte, et commença à dire le Pater naster et YJve Maria; alors le démon agitant Fénei^omène d'une manière étcmnante, cria de toute sa force : <c Je ne puis plus rester, ^ mais avant que je m'en aille, il faut que le > Chrétien se retire, tant qu'il sera à la porte, n je ne puis sortir. Ah ! qu'un Chrétien est quel* )di que chose de terrible pour nous! » On pria Gotoboro de s'éloigner un peu, il le fit, et sur^ le-champ la dame fit par&itement délivrée y
Tout le monde fit sur cet événement des ré^ flexions qui furent efficaces pour plusieurs , et en particulier poujr le bonse exorciste , mai» Cicatora Ait celui qui parut le plus frappé : il £)rma dès ce moment la résolution d'embrasser une Religion qui rendait les hommes les plus simples et les plu& ignorans, formidables aux puissances infernales, et il s'appliqua sérieusement à s'instruire des vérités Chrétiennes : d'abord on en fit à ' la cour peu d'attention , ou si la Keine s'en aperçut, elle se flatta apparemment qu'elle avait toujours assez d'empire sur l'esprit de son neveu, pour l'empêcher de rien faire, contre ses intentions; quelques années Vécoulèrent de la sorte ; enfin la Princesse de Bungo , et Gif catora se trouvant en âge ^étre mariés, on exa^ «ma de plus prè& les déisarcbes de celle-^.. Le
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P. Cabrai avait confié rinstruction de Cîcatonfc à ce jeune rdigieux Japonnais nommé Jean y qui l'avait accompagné dans ses dernières courses apostoliques : les domestiques de Gcatondono^ qui avaient ordre de. veiller à ce qui se passait chez Cicatora , avertirent leur maitre qUe son fils était presque toujours enfermé dans son ca^ binet avec Jean. Cicatondono fini inquiet, n'omit rien pour découvrir à quel dessein ce «jeune re^ ligieux venait al souvent chez lui , et fut biev surpris de voir que Cicatora était âur le point de se faire baptiser.
La Reine, instruite de tout en conçut un dépit qui ne se put exprimer ; toutefois elle dissimula d'abord une partie de son chagrin , et tenta toutes les voie» de la douceur pour rameîner sou neveu au culte des idc^es. Rien ne fut épargné de ce qui peut &ire impression sur l'esprit d'un jeune homme ; mais Dieu fit à Cicatora la graœ de triompher de cette première attaiquè. Aux caresses , succédèrent les froideurs , aux froidaurs les menaces, et les menaces furent bientôt isui-^ vies des plus mauvais tmitemens>; tout cdia ayant été inutile , on envoya Cicatora sous bonne ^rde dans le royaume de Figeo ^ doa&t Cicatondono était gouverneur , et on le tint enfiermé Avec défense dé le Lnsser parler à aucun Oirétien. Le P. Cabrai farouva pourtant le moyen de lui écrire par un Jésittite japonnais ; celui-ci s'étant déguisé, rendit. à Cîcatona la lettre du père^^qm
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^pt le plaisîf d'apprendre par «les Fép<«26e8 à^ ce fervent ^prosélyte ^ que l'esprit consolateur le fortifiait d'en haut,
Au bout de. quelques mpis , la Reine et le Prince son frère , persufidés qu'à l'âge qu'avait ^Gcatora , on n'est pas capable d'une grande con«- ^tance , i^i à l'épreuve d'une longue persécution , Jlui envoyèrent une m^gpifique escorte pour le Tapiec^r à Vpsuqui ; et dès qu'on sut qu'il aptrprochait, toute la cour alla en cavalcade au*devanlt 4e lui : on ne lui parlait.de rien, on supposait qu'U étût changé ; et on ^voulait presque lui )&ire accroire qu'il: était effectiy;einent dans d'au^ .très sentimens;: mais il eut grand .sokirde fiôre .T^r le contraire* Ce fut véritablement alors qi|e la Beine entra en fureur : on rén&nna le jeune li€Hnmo dans une chambre du palais; ei^uitôon l'élargit, et l'on. eut encore recours aux oat^esses •qu'on accompagna de tout ce que les cours oui Àe plu3 séduisant -.enfin, il n'est rien dont on ne s'avisât pour le surprendre ; pour lecorrom**pre , ou pour Tintimider. Enfin on s'adressa '«ux .magiciens; mais bien loin de rien gagner par là , Cicatora qui s'aperçut que l'en£er se mettait de la partie, se hâta de recevoir le baptême ; ainsi, quoiqu'il fût extrêmement observé il trouva Je moyen de s'échapper et.de ^e rendre à ¥é^ . §Use , où le P. Cabrai lui conféra Je sacrement, et le nomma Simon.
- Cicatora n'eut p^ plus, fôt reçu le caractère
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^enfiint âe Dieu , que l'esprit malin , qoi cHepidi cpielques jours le tourmentait fwt , et tadiait de l'effrayer par mille représentations nocturnes, cessa de le molester et ne parut plus; mais Gcatandonq et la Reine furent au désespoir , lorsqu'ils apprirent que Cicatora était Chrétien. La première chose qu'ils firent, ce fut de l'enfermer de nouveau , et d'ôter d'auprès de lui -tons ses pages et ses domestiques } ensuite Cicalondono écrivit au P. Cabrai, que depuis que son fils s'était mis en tête d'embrasser la religion des Européens, il ne trouvait plus en fan -qu'une rébellion continuelle à ses ordres , au lieu de cette douceur et de cette soumision, qui auparavant le loi «rait rendu si aimable • il le priait aussi de feire réflexion à la qualité de son fila 9 lequel s'avisait jpar mille petites pratiqiMS de religion qui ne sont bonnes que pour le peuple , qu'il Êdsait beau voir un jeune homme destine aux premiers emplois de l'état , se trou*vter tous les jours avec une vile populace dans une église ; la lettre finissait par conjurer le -père d'engager Cicatora à condescendre aux volontés de ceux qui avaient droit de lui comman*der ; et parce que Cicatondono avait bien senti l'extravagance d'une telle proposition , pour la rendre ^^ce , il faisait entrevoir >au missionnaire ce qu'il avait à espérer de sa reconnais-r sance , ou à craindre de son ressentiment.
Le P. Cabnd répondit au Prince, première-
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ment que k Reli^oa chrétieime, hien loin dt révolter les enfans contre leurs pères, les ren^ dait au contraire plus soumis i tous leurs or^ dreS) et qu'il était bien assuré que Cicatora lui çbéirait plus promptement et plus aveuglément que jamais, en tout ce qui ne serait pas contre la loi de Dieu. Il répondit en second lieu, que de se déclarer ouvertement adorateur du seul vrai Dieu, et d'aller dans ses temples lui rendra les homms^es qui lui sont dûs, ne déshonorait personne, que Cicatora ne &isait rien en cela que ne fissent tous les jours le Prince Sébastien, les Rois de Tosa, de Tamba, de Jamba, de Grolto, le grand Sumitanda , le brave Tacayama , *et quantité des premiers ofiiciers de la cour impériale , et dans l'Europe un très-grand nombre de Souverains plus puissans de beaucoup pour la plupart que tous les Rois et que l'Empereur même du Japon : enfin il déclarait; qu'ils s'estimeraient heureux, lui et tous les siens, de donner leur sang pour conserver à Cicatora les sèntimens qu'ils avaient taché de lui inspirer^
Gcatondono fut choqué de cette réponse; mais avant que d'en rien témoigner, il fît dire à son fils par un homme , qui jusque-là avait assez 'fidèlement servi le jeune Prince, que le P. Cabrai , voyant le danger où allait se trouver la Religion, si la Reine et son frère ne s'appaisaient, lui coa^ seillait de dissimuler pour quelque temps sa fei^ et l'assurait que sa conscience. n'y serait pas inté-^
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ressée. Il ne fat pkà diffiôile à Cicàtom dé déleouviir un artifice si grossier; il pria celui qui lui parlait de 'la sorte de dire à son p^ qu'il était Chrétien ) qu'il pouvait du le faire iftourir, bu le chasser de diez lui, mais que pour la foi, il ne la lui ôtérait jamais. Cicatondono qui vit parla sa dernière ressource manquée, éclata de manière à faire croire que tout ce qu'il y avait de diretiens dans le royaume, allaient être las victimes de sa fureur. Effectivement, il fit dire aux mi»aionnaires qu'ils songeassent qu'ils avaient encouru «on indignation et celle de la Reine, et que dans peuib en ressehtii'aient les effets. Le P. €abral lui fit réponse que tous tant qu'ils étaient de religieux à Yosuqoi , ils n'avaient qu'un regref;. Vêtait de nWoir qu'u|ie vie à sacrifier pow une ^ belle cause : Qu^au reste, quand il l^â prendrait envie d'en venir à l'exécution de ses menacés , il; les trouverait sans défense, et tout prêt? à i»uffrîr telle mort qu'il lui plairait.
in. Le Roi de Bungo était témoin de toutes ces violences et les souffrait avec une indoknce ^extrême; il alla même jusqu'à faire assez mauvais visage à Goatora, et à l'exhorter d'obéir à »oa père ; on s^en étonnait ^ mais Qvandono était un peu idolâtre de sa femme, et croyait devoir ménager son beau-frère : à la vérité, quand 4m lui apprit le dfinger que couraient les misfiiiâinaB'es , il dit assez haut qu'il ne ox^yait pas ^i;ie Coeatondoné en vint à cette extrémité ; et
tjtte ^i\ entreprenait quelque chose , soit contre la maison deB pères , ou contre leur église, û Vj trouverait les armes à la main avec les Prin- <;es ses enfàns.
Mais comme on se défiait un peu de la fermeté du Roi , quand il s'agissait de résister à Ik Reine , et que d'ailleurs ce Prince s'absentait isouvent de Vosuqui , et demeuriait des mois entiers assez loin de là , prenant le divertissement de la chasse avec le Prince Jôscimoïi son fils atné, on ne croyait pas les mi^ionnaires fort en sû- TCté. Ce fut ce qui obligea , un jour que le Roi tétait absent, quelques Seigneurs chrétiens à s'aller enfermer dans la maison des pères , résolus de les défendre au péril de leur vie. Le P/ Cabrai fit tout ce qoTû put pour les engager à s^en retourner chez eux ; il leur représenta que là cause de Bieu ne se défendait pas par lés armes , que d'une querelle qui leur était personnelle , ils en allaient faire une guerre civ^e, et que pour vouloir sauver quelques pauvres religieux, qui seraient Ibientôt remplace , its exposaient toute une ^chrétienté aux dentiers malheurs.
A cela les Chrétiens r^ôndirent qu^ fi^agisftàit d^empécher que k iKeligion ne reçàl un af-** front en la personne de ses miiîistrés , qu'ilé étaiMt gentilshommes aussi bien que tîicatondoïïo , qu'ils icroiraient ihanquer également A ce qu'ils devaient à Dieu et à ce que l^honiaeui' exigiôâi* d'èu:ié, s'ib sbdafraient qu'an particulier fît T. L ai
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à leurs yeux une iusulte à ceux qu'ils regardaient comme leurs pères; enfin que s'il fallait perdre la vie pour la défense des autels , ils en feraient volontiers le sacrifice. Le supérieur le» voyant déterminés à rester , et ne doutant point que Citatondono ne poussât toujours sa jpointe, fit un paquet des vases sacrés et des omemens de l'église, et les voulut envoyer par un Chrétien au P. Démonté qui était à Funay ; mais il ne trouva personne qui voulut s'en charger, cha- • cun craignant àe perdre la couronne du martyre, s'il s'absentait de Vosuqui; il les fit porter chez une dame de qualité-, elle répondit qu'elle les mettrait volontiers chez elle, mais qu'elle n'en répondrait pas , qu'elle était résolue de s'en' aller à l'église , et d'y attendre qu'on vint l'égorger pour sa religion ; elle appela néanmoins ses filles de chambre , et leur commanda d'avoir soin de ce dépôt , aucune n'y voulut consentir , et toutes protestèrent qu'elles ne quitteraient point leur maîtresse.
Sur le Soir on ferma l'élise , le P. Cabrai , le père Froez , quelques jeunes i^eligieux qu'ils avaient avec eux , et les gentilshommes dont j'ai parlé , se mirent en prières , persuadés qu'ils ne seraient pas long-temps ^ans apprendre destiouveUes de Cicatondono. Au bout de quelque temp^ on entendit un grand bruit à la porte* Chacun se lève, les chevaliers prennent leurs armes, on iiuvre, et l'on est bien surpris de voir une' troupe
de femmes de qualité avec leurs filles et leurs suivantes, qui venaient, disaient-elles, mourir avec les pères. H y en avait une qui , appréhendant que ses parens ne l'arrêtassent , s'ils la voyaient sortir à une heure indue , avait fait abattre une muraille pour se rendre avec les autres , par des quartiers détournés. Pour concevoir quel était le désir du martyre dans ces femmes, il faut se rappeler ce que j'ai dit au commencement de cette histoire , qu*il est très-rare de voir les dames du Japon sortir de chez elles , et que quand elles paraissent dans les rues, ce n'est qu'en grands équipages qu'elles sont portées dans de superbes litières, et toujours suivies d'un magnifique cortège.
Les fennnes chrétiennes ayant donné cet exemple , il fut bientôt suivi de tous les fidèles , nonseulement de Yosuqui , mais même de tous les pays d'alentour. On les voyait arriver par troupes des extrémités du royaume, et lorsqu'on leur demandait ce qui les amenait à Yosuqui, ils faisaient réponse qu'ils venaient mourir pour la foi. Mais ce qui fit plus de bruit que tout le reste, c'est que le Prince Sébastien déclara, qu'à- Tant que de faire la moindre insulte aux missionnaires , il fallait qu'on vint à lui , et parce que Cicatondono avait menacé de tuer quiconque irait parler à Cicatora de la part de son neveu.' Ce jeune Prince fit dire à son oncle qu'il pensa ïÂen à ce qui'il voulait faire, et que s'il
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-faisait le moindl*e eiitrage au dernier de sea d<vmestiques, cette insolence ne demeurerait pas impunie j ensuite pour faire voir qu'il ne recalait pas , il commença par aller tous les soirs coucher au logis des pères. L'église ni la maison ne désemplissaient point ni le jour ni la nuit; les dames, qui n'y pouvaient rester avec bienséance parmi tant de monde , furent fort longtemps sans pouvoir se résoudre à retourner chez elles ; mais elles demeuraient assemblées à quelques pas du collège , chez une nièce de la Reine y .jeune Princesse qui , dans cette troupe d'héroïnes, se diistînguait autant par sa ferveur et le ^ésir qu'elle avait du martyre ^ qu'elle était audessus des autres par sa naissance.
Un si grand mouvement donna beaucoup à penser à la Reine et au Prince son frère; ils craignirent ou feignirent de craindre une sédition , et comme ils ^profitaient de tout pour perdre les fidèles , ils s'avisèrent de mander au Roi qu'il y avait une conspiration formée contre sa vie par les Clu^tiens, qoi ne pouvaient plus souffrir un Souverain d'une autre religion que la leur ; que le Prince Sébastien et Cicatora étaient -a leur tête, et qu'il y avait une résolution ^de prise de mettre l'un des deux sur le trône. Cette intrigue ne put être si secrète , que le P. Cabrai n'en eut le vent, «t ne fut assez à temps |)our.prendre ses mesuras. Il écrivit au Roi pour l'instruire de tout; le Prince Sébastien prit la
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poste pour a}>puyer la kttre du père , et le Roi^ informé des empcirtemeiis de CicatoadoDO et da la Reine , gagùa enfin sur soi d écrire à l'un et a l'autre, que depuis viiiigt-sept ans les docteurs étrangers et les Chrétiens étaient sous sa pro-. tection, qu'il ne 1^ avait jamais reconnus ni brouillons, ni rebelles, qu'il était bien assuré qu'ils seraioit toujours ce qu'ils avaient été just que là à son égard , pleins de zèle et de fidélité , et que de son côté il ne changerait point xum plus de sentiment pour eux.
IV. Quelque temps après le R<h revint à Yosuqui, et l'on ne parla plus de rien. Cicatora eut la liberté d'aller où bon lui semblerait, et l'on fut fort étonné de le voir sortir de sa retraite dana un état qui faisait juger qu'on lui avait souvent refusé le nécessaire ; mais Dieu le vengea d'une manière bien marquée. La Reine fut toufe-à-rcoup possédée d'un démon qui la fit extraôrdinairen ment souffrir. Les bonses, pour cacher un accident dont ils craignaient que les Chrétiens ne triom-^ phassent, firent d'abord courir le bruit que ce qui était arrivé à la Princesse, était une maladie purement naturelle, on appela les médecins, quii démentirent les bonses, et déclarèrent qu'il n'y avait point de remèdes humains contre 1^ mal de la Reine. On fit du mcÂns ce qu'on put pour la tenir enfermée; mais le diable était plus fort que les gardes, et bientôt toute la ville fut imbue de la possession de cet irréconciliable (çnnemi
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du nom chrétien. La Reine de Bungo avait une sœur qui entrait parfaitement dans toutes sesidées, et n'avait pas moins de haine qu'elle contre notre sainte loi. Dieu lui fit aussi sentir la pesan-. leur de son bras; le feu prit à son palais, sans qu'on ait jamais pu découvrir coDunent cela s'était fait, et quoique tout Yosuqui accourût pour l'éteindre, il fiit réduit en cendres : il n'y eut« personne qui ne reconnût que c'était une punition du Gel sur une Princesse qui avait fort pressé qu'on mît le feu à l'^Use des Chrétiens, et ce qui confirma tout le monde dans cette pensée, c'est que les appartemens de cette Princesse ayant été entièrement consumés , les flammes s'arrêtèrent tout-à-ooup à celui du Prince Sébastien lequel logeait alors chez sa' t^nte.
Tant de marques de l'indignation du Ciel ton* obèrent enfin la Reine de Bungo; le Roi son mari, ne contribua pas peu par ses continuelles esLlior-r tations à la rendre plus favorable aux Chrétiens, elle promit de ne les plus molester de sa vie, et fiit enfin déUvrée du malin esprit qui la tour-* mentait; mais elle ne garda pas long-rtemps sa parole, et Dieu qui est jaloux de sa gloire, et dont il est dangereux de vouloir se moquer, ne tarda pas longr-temps à punir cette ingrate Princesse par l'endroit qui lui devait être le plus sensible. Qtielques mois s'étaient à peine écoulés depuis le retour du Roi à Vosuqui, lorsque ce Prince, qui ne soupirait plus qu'après le repos
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d'une vie tranquille, se démit du gouTe^rnemênt de ses états entre les mains du Prince Joscimon son fils aine* Avant que de £iire cette démarche il souhaitait de voir accomplir le mariage de sa fille avec Cicatora : il en fit la proposition à la Reine ; mais cette Princesse , qui sentit renaître dans ce moment toute sa haine contre les Chrétiens , déclara qu'elle n'y donnerait jamais son consentement. Le Roi , qui commençait à se lasser des hauteurs de cette impérieuse femme, et qui avait son dessein , ne dit mot , et son aolence ayant fait croire à la Reine que Gvandono entrait dans ses vues, elle engagea Goatondono à pousser à hout son fils, s'il ne changeait de rehgion. La chose fiit exécutée comme la Reine le sou-«> haitait. Cicatora fut sommé d'abjurer le christia-r nisme, et comme on le trouva plus ferme et plus inflexible que jamais, après qu'on lui eut mutilement fait soufirir tout ce que la rage de la Reine put imaginer pour le vaincre , on le chassa du palais de son père. Le Saint jeune homme, ravi d^avoir perdu sa fortune pour la cause de Dieu, se retira chez les missionnaires, et leur dit avec un contentement qui était peint sur son visage , que n'ayant plus de père , il venait ^ réfiigier entre les bras de l'Église sa mère.
Le Roi ne fit pas semblant qu'une telle con-r duite l'eût choqué , et comme il venait de don-r ner à son fils l'investiture de ses royaumes ^ on
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ne crut, pas; avcfir rien à appréhender de son rei^ sentiment; mais on eut bientôt sujet de se Tepentir de n'avoir pas assez étudié ses sentiment et ses inclinations. Les Rois du Japon, qui se sont déchargés du poids de la royauté , en con^ servent toujours l'éclat et les honneurs : leurs, enfans, qu'ils ont placés sur le trône, sont mêmes dans l'obligation de se conduire en tout par leurs avis, et lorsque ces jeunes Rms se trouvent dans des conjonctures, ou faute, scât d'expérience , soit de génie , ils ne peuvent porter le sceptre; avec honneur, ils descendent sans façon du trtoe. qn'ils occupaient mal , et leurs pères y remon-^ tent. C'est ce qui ariiva dans le royaume de Bungo , presque aussitôt que Gvandono eut mia la couronne sur la tête de san fils : Voici quel en fut le sujet :
Le Roi de Fiun^ , gendre du Roi de Bm^o, étant mort , le Roi de Saxuma qui vit le scepU^ entre les mains d'un e^fant de di^ ans, entm. enarm^ dans le royaume,, le conquit avec d'au-^ tant pl^s de facilité qu'il le trouva sans troupes çt sans chef, et la Reine veuve fut contrainte de chercher un asile pour elle et pour ses en« fans chez le Roi son père. Civandono touché dft l'état où se trouvaient réduits sa fille et ses pe^ tits-fils , prit le dessein de les venger , et comme il ne crut pas son fils assez habile dans l'art de la guerre pour tenir tête au Roi de Saxuma, U reprit le maniement des affidt*es, et semitlui^
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mène €it oampagttâ. Le Roi de SaKoma &t nkm peine chassé d'un pays où il n'avait pas eu le temps de se fortifier , et le Roi de Bongo se voyant k la tête d'une armée victorieuse , profita de cette occasion pour &ire sentir à Gcatondono et a la Reine les effets d'un ressentiment qu'il avait jugé à propos de disâiauler jusqu'alors. U fit appeler une dame de qualité, qui était veuve depuis quelque temps, et dont le Prince Sébastien avait épousé la fiUe y il lui déclara qu'il la prenait pour sa femme » et le jour qu'il fit son entrée à Yo*suqui, il envoya dire à la Reine qu'elle eut à se retirer die» son frère , et que sa place était ocpupée par une autre > qui n'abuserait pas de son sang comme elle avait fait. Presque dans le même moment que cet ord&e fut intimé à la Reine^ Civandono entra triomphant dans Yoisuqui parmi le brait des inistrumens , et des acclamations du peuple, menant avec lui sa nouvelle épouse, qui prit d)ès*brs la qualité de Reine , et reçut les hommages de tous les ordres du royaume.
y^ Ce coup d'éclat surprit Uen du monde, mais ce qui donna encore plus à penser , c'est que la nouivelle Reine et la Princesse sa fille étaient toutes deux catédiumènes, et que le Roi voulut que les instructions qu'on leur donnait "^ tonales jours se fissent en public dans le palais. On remarqua même qu'il n'eli perdit aucune , qu'il y apportait une attention étonnante, et qu'il paraîsssôt tout cèveur , et comme un homme qui
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méditait un grand dessein. Un jour qu'on cfxplîquait aux Princesses la passiop de Notre-Seîgneur, le Roi s'apjj^ochant de la Reine, lui dit alse^ haut : <ic Madame , TO^à ce que je trouve de plus grand x> et de plus incompréhensible dans cette reli-* •)!> ^on ; mais il faut captiver son esprit et sou- }E> inettre son jugeaient. y> Les Princesses ftirent enfin baptisées , et Fon s'aperçut en m^e tefmps que le Roi jeûnait les vendredis et les samedis, que chaque jour il récitait le rosaire ; qu'étant ^n jour entré' dans son cabinet , il en avait tiré deux pagodes très-précieuses , et quHl conservait chèrement , qu'il les avait quelque temps envi-« sagées avec attention, puis qu£ tout-à-qoup il les avait fait jeter à la mer.
On ne douta plus alors que ce Prince ne fiit Chrétien, et son baptême qui èuivit de près, ne surprit personne : ce fut le vingt-huitième d'août jour consacré dans l'Église en l'honneur de saint Augustin, que Givandono fut enfin éolennelle-t ment mis au rang des Chrétiens , dans la qua*^ rante-neuVième ou la ciiiqùantième antiée de son âge, vingt-rsept ans après qu'il eut commencé d'être éclairé de la lumière de l'Évangile, et en riionneur du Uenheureux P. Xavier, il chmsit le nom de Fraqçois. Le même jour le P. Calnral donna au Roi et à la Reine la bénédiction nup*^ tiale , ce qm rendant leur mariage indissoluble^ mit au désespoir la Princesse répudiée.
Au reste, on peut dire de Gvandono ce qui
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a été ,dit. de saiùt Augustin, sous les auspices duquel il. reçut le sacrement de la régénération, qu'en faisapt profession du Christianisme, il l'avait fait de. la perfection chrétienne. En effet, ce Prince prit dès-lprs une si forte résolution de regagner par sa ferveur le temps qu'il avait perdu par ses irrésolutions, qu'il p^rut tout-à-cpup changé en, un autre honune , et qu'il tint la parole qu'il avait donnée à un des missipnnaires peu de jours après le baptême de la Reine ; car ayant pris ce religieux en particulier, il lui parla confidemment de la. sorte : ce Je ne sais pas trop ce que ». V0U3 autres ChrétieQs et prédipateurs pensez -» de moi. Vous me croyez sans doute bien léger » et bien inconstant. Vous vous trompez *, il n'y }^ a nulle inconséquence dans ina conduite. Dès y> que j'ai eu poniuBiiçsance de vptre religion , j'ai :|i conçu pour elle une estime qme je n'ai jamais y> perdue , et. si j'ai différé si long-temps à l'emy> brasser., c'est que j'étais bien ai$e de ne me » décUrjer qu'après m'êfere proci^ré du repos, eb » avoir remis à mon fils le gouv^nement de mes » JÈltats. D'ailleurs j'ai voulu voir jusqu'où les » sectes du Japon portai^ent la perfection de leur y> morale ; p'est pour cela que j'ai I^àti tant de % monastères de bpnses , et que je les ai remplis >) des plus habiles docteurs de l'empire; mais » plus j'ai approfondi leurs mystères, moins j'y D ai trouvé de. quoi m'assurer , je n'y ai décou- :» vert que ténèbres , qu'incertitude', qu'extra-
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}» yagance. Votre loi seule dissipe mes doutes y"* » me rassure^ me contente, me tranquillise.
D Enfin je suis résolu de l'embrasser : Faites-moi » venir le P. Cabrai , je ^ewL recevoir le bap- D téme de sa main, et vous verrez que j^fis j'ai » eu de peine à prendrj^mon parti, plus je se- ]» rai ferme quand une fois je me serai dédaré.»»
VI. La grâce du sacrement ayant trouvé uvt cœur si bien disposé , y produisit des fruits suir-<* prenans. Ce Prince qui pendant vingt^sept aqs^ n'avait pu se déterminer entre la vérité dont il avait été tant de fois convaincu, et l'erreur, qui de jour en jour lui paraissait plus visible, ne concevait pas comment on pouvait connaître Dieu sans l'adorer , et au sortir de la cérémonie de son baptême, retournant à son palais, la vue des in* fidèles qu'il rencontrait sur son passage , lui ti« rait des yeux des larmes de compassion. Au reste, il n'est pas possible d'exprimer l'efiet que fit cette conversion dans tout l'empire; car, outre qu'il y avait au Japon peu dé Souverains aussi puis^ sans que Civandono, ce Prince était d'ailleurs dans une si grande réputation de sagesse et de doctrine^ que les païens apprenant qu'il avait été baptisé , disaient que ce changement était le plus bel élc^e qu'on pût faire de la Religion chrétiejone.
Cependant le Roi de Bungo, qui ne voulait plus vaquer qu'à son salut , et qui ne pouvait plus goûter que Dieu seul, forma un dessein
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bien digne d'an grand Prince. Il abdiqua encore une seconde fois la souveraine puissance entre les mains du Prince Joscimon, et résolut de se retirer dans le Fiunga avec l'élite des Chrétiens de Bungo ; il choisit sur la frontière des deux royaumes, un endroit un peu écarté , et là, dans la plus charmante situation du monde, il traça lui-même le plan d'une nouvelle ville qu'il voulait habiter, et qui devait être gouvernée sur les plus pures maximes de l'Évangile : on ne peut croire avec quelle promptitude on travailla à la bâtisse de cette ville, qui fut nonunée Cuchimochi ; et le Roi voulant par sa présence hâter les ouvrages , s'embarqua le quatrième d'octobre sur une petite flotte , dont tous les vaisseaux ma- ;gnifiquement ornés , avaient de grands pavillons d'un beau damas blanc , semé de croix rouges, et relevées d'une très-ridbe broderie d'or. La nour velle Reine, le Prince. Sébastien, Cicatora, le P. Cabrai, Louis Alméïda et un autre Jésuite japonnais, s'embarquèrent avec le Roi, et furent accompagnés d'un fort grand nombre de Chrétiens de tout état et de tout âge. Mais ce n'était pas sur la terre que le Roi de Bungo devait igoûter dans une vie tranquille , la douceur des consolations célestes, et Dieu qui avait dessein d'en faire un Prince selon son cœur , le voulut sanctifier par la voie des tribulations et de l'adversité : à peine la nouvelle république était formée, qu'une seconide irruption de Saxumans
dans le Fiunga , raina les projets de Civandono.
n manquait autre chose au jeune Roi de Bungo que de rexpérience, il n'était pas capable, il ne le fut jamais d*en acquérir , et d'en profiter: le Roi de Saxuma crut l'occasion favorable pour recouvrer le Fiunga : il y entra , dès qu'il eut appris la retraite de Civandono ; il trouva ce royaume dégarni comme la première fois, et il en avait déjà conquis la meilleure partie , qu'on ne savait encore rien à Yosuqui de son armement. Sur le pi'emier avis de cette invasion , Gicatondono fat envoyé avec de bonnes troupes pour arrêter ce progrès : et Civandono trouva bon que Cicatora allât servir sous son Père, qui l'avait enfin reçu en grâce de bonne foi. Cicatondona reprit en fort peu de temps tout ce qui avait été perdu; mais une place qui l'arrêta contré son attente , et qu'il s'opiniàtra à vouloir em— porter , donna au Roi de Saxuma le temps de se reconnaître , et ce Prince ayant reçu un renfort considérable , marcha au secours de la place, dont la conservation lui était d'une conséquence infinie.
Cicatondono sans attendre Civandono , qui venait avec de bdies troupes pour le soutenir , et qui avait de son côté repris plusieurs forteresses sur lès Saxumans , sortit de ses lignes dès qu'il aperçut l'ennemi , et, avec cette confiance qu'inspirent de grands succès qu'on n'avait osé espérer, il courut en assez mauvais ordre présenter
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là bataille- au Roi qui l'accepta avec joie. L'is-^ sue en fut telle , que naturellement elle devait être : les Bungois se battirent bien , leur général et son fils y firent des prodiges de valeur, qui arrêtèrent quelque temps la victoire, mais les Saxumans, qui n'étaient pas moins braves que leurs ennemis, et qui étaient commandés par un des plus grands hommes de guerre qui fut au Japon, avaient encore le double avantage d'être tout frais, et de combattre régulièrement. Enfin Cicatondono, fut environné d'un gros de Saxu. nuins , contre lesquels il se défendait seul avec une bravoure étonnante : on en avertit Cicatora , lequel accourut aussitôt au secoui^ de son père et le dégagea ; mais la retraite lui ayant été coupée^ il fût quelque temps par sa valeur l'admiration des deux armées ^ jusqu'à ce que las de tuer , perdant tout son rang , et ne pouvant plus tenir' ses armes, ni se soutenir lui-même, il tombât mort presqu'également regretté de se» ennemis et de ses propres soldats.
' Ainsi mourut Simon Cicatora, dont on peut &re que la ferveur et la constance furent pour toute l'église du Japon un grand exemple, et pour le Bungo, une des principales sources des bénédictions que Dieu y répandit : Cicaton4o«io le perdit dans le temps qu'il coimnençait à cpn^ naître le trésor qu'il possédait en lui, et ce saint jeune homme sacrifiant sa vie pour la Conserver à celui qui avait été plus son persécuteur que
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son père ^ fit yoir que le.Christîaxâsme , bien loin de détruire les Tertus morales, les perfection^ ne , et leur communique une force que la na-^ ture seule ne saurait leur donner. Les Bungois se trouyanl sans chef après la mort de Cicatora, et la retraite de Cicatondono, qu'on avait enleyé a demi-mort y ce ne fut plus qu'un massacre ^ et quarante mille hommes périrent dans ce com-^ bat ; cette défaite fut suivie de la réduction da tout le Fiunga; mais le vaitiqueur ne s'en tint pas 1^, il se ligua avec deux de ses vœsîns; et comme le Roi 4e Bungo Venait de perdre ses meilleures troupes^ on lui enleva d'ahord tontes les conquêtes et les acquisitions de son père , lequel pour conserver le rebte fut :encore oblige de réprendre en main les rênes du gouvernement» YU. Le P/ Alexandre Yalégnan qui était de retour de Rome avec la qualité de supérieotr général et de visiteur des missions du lapon ^ apprit en débarquant ces tiistes nouvelles ^ niais ce qui lui fut. en même-temps mandé des Ifes de Gotto ^ le' cQBsola beaucoup. Le P. Hekhior de Figuéredo, et un jeune Jésuite japotmaisavask converti presqtie tout ce royatime5 quatre viUes entières avaient reçu le baptême y sans ceinpler les gens de la campagnef, èatA le nombre étai^ infini. Le Rm Louis sdiait aus6i de son k^lé par h$ bourgades , ^t jusque slir les méntagnes ^ baptisant liii^-même les enfans^ . inslnrâânt les paysans et ènseTelissant les morts de ses propres
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iiuâiis. Ces peuples accoutumés à regaràer leurs Souverains comme des divinités bien plus inacceéôblés que les dieux mêmes qu'ils adoraient , voyaient avec étonnement ce Prince entrer dans les cabanes des bergers, et' ne trouver rien audessous de lui, lorsqu'il s'agissait de gagner à Dieu le moindre de ses sujets. Un Roi de ce caractère ne devait ce semble jamais mourir; mais le règne de Louis fut bien court. Au boiit de trois ans, Dieu l'appela au ciel, pour Itd faire porter une couronne plus précieuse que celle q)a'il portait sur la terre; il laissa en moul:ant un fils en bas âge de même nom que lui : un de ses frères,, zélé idolâtré, prit la tutelle du jeune Prince, et la régence du royaume pendscnt ;la minorité. Les choses alors cHangérent de face 'dans ces tles, il ne fut pas bien difficile au régent d'usurper une couronne sur un eiifant qui n'avait point d'appui; mais comme le jéuhé Koi nie manqua, point à la fidélité qu'il devait à Dieu, Dieu le fît dans la suite remonter sur le trône qu'on lui avait ravi; il est vrai que ceci n'arriva ~que plusieurs années après le temps dont je parle,. et que la chrétienté dû Gotto persécutée pendant tout le règne dé l'usurpateur , se trouva à la Au extrêmement dimmuée.
Cepéndabt, les pertes qu'avait faites l'église du Japon , par les malheurs arrivés au Roi de Bungo , et celle qu'elle fit peu dé temps après dans le Gotto , furent bien réparées par c^ qui
arriva dans le royaume d'Arima, avant la fin de cette même année. Le feu Roi André avait laisse^ pour lui succéder à la couronne, un fils assez jeune, avec un coAseil entièrement déclaré contre le Christianisme : aussi, à peine le Roiavait- ^il fermé les yeux, qu'on vit paraître un édit qui ordonnait, sous peine de mort, à tous les Chrétiens de retourner au culte des dieux du pays. Le Prince d'Omura ne put souffrir qu'on abusât ainsi de la jeunesse de son neveu , pour .persécuter une Religion dans laquelle le feu Roi était; mort j il engagea le jeune Roi à voir le P. Yalégnan; et ce Roi, qui fut appelé à la cour, n'eut pas beaucoup de peine à faire connaître la vérité à un Prince dont la raison avait devancé les années, et se trouva au-dessus des préjugé^ : le jeune Roi fut baptisé à Cochinotzu et nommé Protais. Avant son baptême, il fit paraître une cpnstance.de laquelle on crut devoir tout se promettre pour la Religion. Comme il était sur le point de se rendre à Cochinotzu, où il avait donné ordre au P. Yalégnan de se trouver, il tomba dans une pâmoison qui dura fort longtemps et qui fit appréhender pour sa vie : les bonses publièrent que c'était une punition des dieux que ce Prince avait abandonnés ; mais il ne fut pas plus tôt revenu à lui, que sans s'arrêter à ce qu'on voulut lui dire pour lui faire changer de pensée, il partit sur l'heure, et alla trouver le P. Yalégnan qui le baptisa. Dieu ne différa
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pas a lui faire sentir qu'on ne perd jamais rien à se déclarer pour son nom: à peine ce Prince eut-il rendu la paix à l'église par sa conversion, que le Ciel la lui donna à lui-même : il était engagé dans une fâcheuse guerre contre Riozoqui, son vassal, l'ancien ennemi de sa maison, et que de grandes conquêtes avaient rendu formidable à tous les Rois du Ximo ; le P. Yalégnan qui conçut quel dommage apporterait au christianisme la continuation d'une guerre, laquelle menaçait tous les états chrétiens d'une entière désolation, se sentit inspiré d'aller trouver Riozoqui; il suivit l'inspiration, et sut si bien manier l'esprit de .ce fier conquérant, qu'il lui fît conclure un accommodement dans lequel tous les partis trouvèrent leur avantage : ensorte que le mission- .naire fut regardé des païens mêmes comme le père du Roi d'Arima, et le restaurateur du royaume : aussi le Prince, pour marquer à Dieu sa reconnaissance d'un succès si peu espéré , se porta dès-lors avec une ardeur incroyable à étendre la foi dans ses états : il commença par fonder , dans sa capitale , un collège et un séminaire, et de ces deux écoles sont sortis un très-grand nombre de saints missionnaires et de martyrs, qui ont illustré l'église du Japon.
yni. Les affaires du royaume d'Arima étant terminées aussi heureusement que je viens de le dire , le P. Valégnan reçut une lettre de Civandono , Roi de Bungo, par laquelle ce prince
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ïtii mandait de le Venir trouver à Vostiqul, o4 il avait de^ afiFairèâ de là dernière conséquence À lui communiquer ^ il ^'agissait du baptême de Joscimoù , lequel ,* depuis que le Roi son péré avait fait profession ouverte du Qiristianisme ^ s^était rangé avec la Reine son épouse pariàii les catéchumènes , et faisait parsdtre dans toutes leà occasions une ferveur qui étonnait les Chrétiens mêmes : il n'avait tenu plusieurs fois qu'au P. Froez de Id baptiser ; mais ce père connaissant le peu de fond qu'on pouvait ùire sur ïe petit géliie de ce Prince, avîtit fort sagement jugé à propos de différer. Enfîïi, Civandono qui regardait comme son souverain bonheur en cb monde de voir toute sa famille chrétienne, crtft s'être assex assuré de la persévérance de Joscîmdn , et manda le père visiteur pour conférer le baptême à ce Prince, mais il vit bientôt qu^ s'était encore trop pressé, et qu'il n'avait pas assez bien connu son fils. Le Roi de Saxumà ^ d'un côté, et Riozoqui de l'autre, après avoir envahi tout ce qui avait appartenu à Qvandono, ' hors du Bungo , menaçaient ce royauihe : quelques seigneurs bungois, fort attachés à l'idolâtrie , jugèrent cette occasion favorable pour faire revivre le culte dek idoles : sentant donc qUe le jeune Roi avait besoin d'eux pour tjonserv»" l'héritage de ses pères, ils lui déclarent qu'ils 'ne lui donneront aucun secours qu'auparavant il n'ait juré de rendre aux bonses tout ce qu*dn
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leur avait , 6te , et dje rétablir les .solennités païeny Bes qu'où avait abolies. Le jeuue Prince, donf; le fond n'était pas^ipauvais , eut biende la peinç à eu veuir-là ; mais comme il se croyait perdi^ sans ressource ^ s'il ne donnait les mains à tout ce qu'on e:&igeait de lui ^ il prpmit et jura toujt ce qu'on voulut..
. La nouvelle en ayant été portée à Civ^ndono^ ce fut^ pour ce religieux Prince^ un coup d^ foudre qui l'atterra : il avait perdu quatre royaumes ^ et en quelque façon toute la glpire de trente ans du plus beau règne qu'on eût encore vu au Japon, sans que de si grands revers de fortuné eussept fait sur son esprit la moindre impression; une si rare vertii avait été, poijgc la religion, un véritable triompbe parmi tant de disgrâces , et pour le Roi de Bun^o , un nou?veau lustre aux grandes actions de sa vie : msû^ il fut si sensible à l'infidélité de son fils, qu'il eia tomba malade de douleur , et qu'en peu de jpurs il fut à l'extréinité : Dès que le jeune Roi. sut l'état où était son père, il accourut pour le voir i mais le malade ne voulut jamais conseptiir qu'il entrât dans sa chambre ; et Dieu lui ayant > contre toute espérance, rendu la santé, il protesta en présence de toute sa cour , que quiconque serait assez hardi pour rien entreprendre contre le culte ^ et coutre les intérêts du vrai , Dieu , aurait à faire à lui : il songea ensuite à fléchir le Ciel en &veur du malheureux Prince
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qui lui causait tant de chagrin; et ce fut alors qu'après avoir promis à Dieu de mourir plutôt que de transgresser aucun précepte de la foi, et fait vœu de suivre tous les avis que ses confesseurs lui donneraient pour le. salut de son ame^ et son avancement dans la perfection , il ajouta dans le transport de sa ferveur , ces belles paroles qui font voir une foi bien vive et bien pure : <c De plus , je déclare et je le jure en votre pré- » sence, Dieu tout-puissant, que quand tous y> les pères de la compagnie de Jésus , par le » ministère desquels vous m'avez attiré à la foi', » renonceraient eux-mêmes à ce qu'ils m'ont .)!> enseigné; quand je serais assuré, ce que je y> regarde absolument comme impossible, que y> le Saint-Père, qui est à Rome, et que tous » les Chrétiens d'Europe auraient renié votre 3» saint Nom^ et quitté votre service, je vous » confesserais , reconnaîtrais et adorerais , m'ea » dût-il coûter la vie, comme je vous recon- » nais , confesse et adore , pour le seul vrai et » tout-puissant Dieu de l'univers, sans douter » d'aucun des articles dont vous m'avez donné » la connaissance par votre infinie miséricorde. » Cependant lés infidèles ne cessaient de reprocher à ce Prince que son changement dé religion avait causé la perte de ses royaumes, et la ruine de sa maison : mais il fit bientôt ces- ' ser ces discours ; il reprit une troisième fois le timon de l'Etat, assembla une assez belle ar-
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mée^ se 'mît en campagae, et rangea à la rai* son quantité de seigneurs de la cour, qui, profitant de l'épuisement ou se trouyait le royaume, s'érigeaient insensiblement en petits tyrans. Ci-' catondoqo, dpnt Fimprudence ayait attiré tant de > maux à sa patrie y était celui qui faisait le plus de peine au Roi , et qui parlait le plus haut coùtre la religion de ce Prince. Ciyandonô , après l'avoir réduit à rentrer dans son deyoit' , copfisqua tous ses biens; ensuite, pour ne laisser aucune source de rébellion dans son Etat en le remettant à iin Prince qu'il savait biec^ n'être pas fort oapable de se soutenir daijis un temps de trouble, il pardonna à tous ses seigneiurs bu-' miliés : seulement il substitua à Cicamoron son troisième fils , qui ayait depuis peu reçu le baptême, tous les biens de Gicatondono, lequel fut obligé de reconnaîtra sqn neveu pour son successeur et son héritier nécessaire.
Le Bungo étant ainsi rétab\i dans sa première, tranquillité, on s'attendait que Çivandono n'en demeurerait pas là , et qu'il entreprendrait de reconquérir les états qu'on lui avait enlevés, mais il n'était plus 3'âge, ni d'humeur à faire des conquêtes pour lui, et il croyait fort \nutile d'en faire pour un successeur qui içie les garderait pas ; il ne songea donc qu'à rétablir son royaume que leà guerres passées avaient fort épuisé , afin de le rendre à son fils tel qu'il l'avait reçu de ses prédécesseurs. £n travaillant à
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remettre le bou ordre dans ses a&ires , il n'otu h}m% pas les intérêts du Ghristianisme ; il s'ap- Çlicjùait même à la conversion de ses courtisans ^ et il eut le bonheur de convertir le chef de tous les bonses du royaume : mais ce qu'il fit de phis utile pour la religioii, ce fut rétablissement d'an collège à Funay, et d'un noviciat a Yosuqai.
le père Yalégnan prit possession de ces deux maisons, qui furent bientôt ^emplies d'un bop nombre de novices et d'excellens ouvriers qui arrivaient tqus les jours des Indes -^ Pi|i q^ie l'on formait dai^ le pays*
IX. Le père visiteur ayant ainsi r^lé toutes choses dans le Bungo y et ne croyan|; pas qu'il fut de la prudence de conférer le baptême aii Jieune IVoi , qupique ce Prince fôt rentré dans ces premiers sentimens de feryeur, partit poa|r Héaco y où la foi ne £aisait pas de mqindres pro-r jg^è^ , sou$ la conduite du P. Oi^^ntin , Jésuite vénitien, qui avait pris la place du P. Froez. Npbunanga ^e déiclarait en toute pccasioii le pror tecteur des missipnnaires et des Chrétiens : mais il arriva alors une jchose qui fit craindre qu'il ne changeât d'inclination y et dont péanmpins les suites furent heureuses : qujelques Rois et quelques Seigneurs jalpux djé la puissance de l'Empereur, se liguèrent cpntre lui; les chefe de cette confédératiori étaient Araqui , Roi de Bomi ou Vomi , vassal de Npbunanga y Morindono ^ Roi de Naugato , et un bonse qui s'était fait Sou-
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yenin 4'Owtca : rpmpereurTit.lwe» que s'il n'usait dp diligepce , tout le Japop pourrai); ^'uf nir pour mettre des bornes à ses conquêtes : il résolut donc de. prévenir les alliés, et il com^ mença par Araqui. Les états de ce Prince avaient pour, barrière contre FEmpereur, la forteressç ^e Jsfcaiguqui, place forte., et don^t Juste Ucon^dpno ayajit.j^érité après la mort 4e Vatadono son ppcle : elle releyait ^vl Roi de Bomi , lequel pour s'assurer qu'Ucondono ne donnerait poinjt passage à l'Empçreur sur ses terres , Tavait p^ligé de lui livrer son fils unique et sa sœur en ôtagis. Cependant INobunanga ^1^ brusquepaent se présenter dçvapt cette forteresse , persuadé jqu'elle ne l'arrêterait P9S lopg^-temps ; il s'aperçut biep, dès les. premières apprpcbes., q^'il s'était trom;jïç, que Vatadono revivait d*ns son neveu , et .iqUe ce sijége siérait long.; mais comme il importait e:ftrêmement ^ ses afifaires qu'il ne le fût pas, il eut recours à la négociation, .
Ce Prinpe connaissait assez Uqondono, po1:^:
être persuadé <pi'il n'était pas capable d'une trap ^ison, et d'f^illeur^ i^ gavait les engagement qup ce tonQ avait; avec le Roi de Bomi son Seigneur: l'expédient dpnt il s'avisa , fut d'envoyer avertir XJcondonp, qup s'il ne lui Kvrait sa place, il, pliait immoler tous lesCbrétiws à son res^ntiT- .ment ; et il eut grand i^in de divnlgper ipetta mepace^ dans 1^ pensée que les Chrétiens feraient ..\xn effort 9fxv l'esprit d^^. comipandant , pour l'ç^ip
gager à se rendre : ce qu'il avait prévu arriva; on représenta à Ucondono, qu'Araqui, étant vassal de l'Empereur , n'avait pu se rendre cou-pable de félonie , prendre les armes contre Sa Majesté impériale ; que lui-même , en servant dans une guerre manifestement injuste, allait directement contre la loi de Dieu , enfin que sa forteresse était un arrière -fief de l'empire ^ et qu'il ne pouvait pas^ en cpnscienoe, refuser d'y recevoir l'Empereur. »
Ucondono fut surpris de se voir armé contre son Souverain, mais la pensée de ce que deviendrait son fils et sa sœur l'empêchait de se résoudre : le tour qu'il imagina pour contenter tout à la fois le Roi et l'Empereur, fut d'assembler les officiers de sa garnison, de leur représenter les raisons qu'il avait de se retirer, et de leur remontrer que c'était à eux de considérer ce que l'honneur et le devoir exigeaient d'eux dans une conjoncture si délicate : il sortit aussitôt, alla se jeter aux pieds de l'Empereur qui le reçut bien. La place se rendit dans le moment, et Nobunanga la remit à Ucondono qu'il prit à son service : il s'en fallut bien que les choses s^accommodassent aussi aisément de la part du Roi de Bomi. Ce Prince conçut contre son vassal une indignation qui pensa le porter à de grandes extrémités ; il ne s^agissait de rien moins que de la vie de deux étages , et leur mort était conclue lorsque Tacayama accourut fort à pro-
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pos au secours 3e sa fille et dé son petit-fils: , D'abord Araqùi traita fort mal ce Seigneur : à la iQn cependant la vue de ce grand homme dans un état' de suppliant le toucha, et les murmures des officiers l'intimidèrent , il s'adoucit et rendit les otages.
Tacayàma fut à peine sorti de ce danger, qu'il rentra dans un autre; sa reconnaissance, et apparemment la nécessité de se^ affaires l'engagèrent à rester dans Ozaca , qu'on prévoyait devoir être incessamment assiégé par l'empereur . Effectivement Nobunanga ne taràa pas à se présenter devant cette place , qui , après iine assez vigoureuse résistance fut forcée l'épée à la main. Tacayàma fut fait prisonnier, et sur-le-champ condamné à avoir la tête tranchée, ce qui jeta tous les fidèles dans la consternation. Aussitôt on ordonna des prières publiques , les églises , lès ^ chapelles ne se désemplissaient point, on voyait le jour et là nuit Ucondono et les missionnaires prosternés aux pieds des autels , et il n'est rien qu'on ne mît en œuvre pour obtenir la conservation d'iin hdname qui était regardé avec justice comtàe la principale colonne de la plus illustre chrétienté du Japon.
L'Empereur apprit cette affliction des Chrétiens et eh fut touché ; il manda les pères et UcQndono, leur dit qu'à leur considération il accordait la vie au prisonnier, et qu'il se contenterait de l'etiler. En effet, quelques jours après, Tacayàma
3^3 .BISTOIRB
eutordçf; de se transporter danç Te rop(axjafi dq Jéçigen, oùil ^^i^cura ju3qu'à la mort de No4 ibananga. Ce fut une perte pour les églises de la Tensej mais Ucppdono était en état de la réparer ^ comme il le fit , et d'un autre côté Tacayama devint l'apotre du Jécigen^ où Jésus-Christ n'avait point encore pté prêché. Il y fit des conversions sans nomhre par lui-même et par les mission-r Baires qui l'y suivirent; ces religieux ont laisse par écrit que le tpno leur amenait jusqju'à huit cents catéchumènes à la fpis, et qu'ils les trouvaient si hien instruits, qu'il ne leur restait plus qu'à le^ baptisçr : aussi le noiQ de ce Prince devint-il très-célèhre dans toute l'étendue diji. Japon y et jusqu'aux extrémités de l'Inde , on n'en parlait que comme d'un hpmme dont la piémoire était en bénédiction dans toutes les
Cependant S^ohunanga ne put douter que l'é-loignement de Tacayama ne fut très-sensihlç aux Chrétiens , et il sembla que pour les consch 1er il prenait à tache de redoubler les faveui3 .dont il honorait les missionnaires. En efi'et pev de temps après, ay^nt achevé de bâtir la suy perbe ville d'Azuquiama , qu'il voulait laisse^* .aux siècles futurs comme un monument de sa grandeur et de sa puissance, il y donna un colp .l^e aux Jésuites , et il accompagna cette grâqe ,d'une marque de distinction qui valait encor^ ^plus que le bienfait même j pair il, assigna poi^
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îé collège un emplacement qu'il avait refUsé au± )>lus considérables de sa cour.' H faut tomber d'accord que jamais la Religion chrétienne n'a- Tait été au Japon sur un plus beau pied : FEm- ^reur , qui s'agrandissait tous les jours , ne semblait faire la guêtre que pour établir le Christianisme dans les royaumes qu'il subju-^ guait; il prévenait souvent les souliaits des fidèles y et il leur accordait toujours plus qu'ils ne lui demandaient. Enfin il 's'était fait comme tili point d'honneur d'exterminer les bonses, et 11 se présenta alors une occasion qu'il ne manqua pas d'éteindre toute une secte de ces religieux infidèles^ et la plus opiniâtre ennemie du nom «chrétien.
Les Xodoxius et les Foquexus étaient depuis quelque temps aux prises sur un point de religion; leur animosité mutuelle les aveugla^ db sorte qu'ils prirent Nobunanga pour arbitre de leur différend, et ils allèrent jusqu'à accepter une condition, sans laquelle ce Prince ne voulut point les écouter. Cette condition était que ceux qui auraient du dessous , seraient punis de mort ; le jour marqué, les plus habile^ des deux sectes se rendirent au lieu assigné avec un appareil et une pompe qui témoignaient de part et d'àuti'e une grande assurance : on disputa longtemps , et on le fît avec un acharnement qtii convenait mieux à des soldats dans une mêlée, qu'à des docteurs dans une conférence. Enfin
3a4 HISTOIlflE
les Foquexuâ furent poussés si Tivement par leurs adversaires, que n'ayant plus rien à répliquer, ils allèrent se jeter aux pieds de TEmpereur, pour le supplier de ne .point faire exécuter la sentence qu'il avait portée de leur consentement. Ils ne gagnèrent rien, Nobunanga les fît sur l'heure dépouiller tout nus et fouetter publiquement ; ensuite il les obligea à signer de leur sang qu'ils avaient été vaincus et qu'ils méritaient la mort y après quoi ils furent décapités. L'Empereur ne s'en tint pas là ; il fît transpor-^ ter dans une île déserte tout ce qu'il y avait parmi les Foquexus de gens de mérite et en réputation , et condamna les autres à une amende si excessive, que malgré tout leur crédit et leurs immenses richesses, ils ne se trouvèrent pas en état d'y satisfaire , et prirent le parti de s'exilçr eux-mêmes et d'abandonner tous leurs biens.
Mais si la conduite de Nobunanga à l'égard des bonses avançait si fort les affaires de la ra- . ligion , son aveuglement par rapport à son salut coûtait bien des larmes à toute l'église du Japon. L'accueil extraordinaire que ce Prince faisait aux missionnaires, le plaisir qu'il paraissait prendre à les entretenir en particulier de leur religion, la joie qu'il témoignait du succès de leurs travaux , tout cela fit quelque temps croire qu'il n'était. pas éloigné du royaume des cieux: mais cette opinion dura peu , et l'on fut enfin convaincu que Nobunanga n'avait point et n'au-
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rait jamais de religion. Un jour que la cour était fort nombreuse , on vint dire à l'Empereur que le P. Organtin et Laurent demandaient à faire la révérence à Sa Majesté. Ce Prince montrant un visage fort gai , fit ouvrir les deux battans de sa chambre , et adressant la parole aux courtisans : a Messieurs y leur dit-il , si vous ne vous 3> mettez de mon côté, je serai obligé de me D' rendre et d'embrasser le Christianisme : ces j> docteurs étrangers me poussent à bout , et je ï> ne sais plus que leur répondre. » Sur cela les deux missionnaires entrèrent et rendirent leur respect à l'Empereur, qui les reçut avec une distinction qu'il ne marquait pas aux plus grands Seigneurs de sa cour, il leur dit ensuite : ce Voici, D mes pères, une belle occasion de faire d'un D seul coup bien des conquêtes , redites-nous ce ;» que tous m'exposâtes dernièrement de l'unité : j) de Dieu , de ses perfections infinies , de sa proj» vidence , et sur-tout de sa justice à récom- » penser les bons et à punir les méchans , et .}[> je vous réponds que vous allez faire autant » de Chrétiens qu'il y a ici de personnes sensées. ï> Comme Laurent , ainsi que je l'ai déjà remarqué plusieurs fois, parlait le japonnais avec une grâce toute particulière , le P. Oi^antin le chargea de £aiire ce que souhaitait l'Empereur; il obéit, parla fort long-temps et fut écouté avec une attention mervedlleuse. Quand il eut fini ^ chacun se regarda et parut charmé : on avoua
3^6 * HISTOIRB
que rien n'était plus feolide ni mieux prouvé'^ en donna de grandes loUangèà m missionnaire , mais ce fut tout le fruit quHl remporta de son discours. Un moment après , ; l'Empereur prenant en particulier le P. Organtin et son compagnon : « Il faut, leur dit-iï, que vous juriei y> que vous me parlerez arec toute là sincérité y> dont vous êtes capables. >i Quoique le P. Oégantin ne vit pas encore où tenidait' une telle proposition , il n'eut pas de; peiné à donner au Prince l'assurance qu'il exigeait. Aidrs Nobîmanga reprenant la pai*ole : a De bonne foi , dit-il', t) croyez^vous tout' ce que vous nous ei^igoez ? *» car je vous dirai qu'après âvoîr promis le se- ODi cret à* des bonses , comme je vous k promets, ^ ib m'ont avdué que tous leurs mystères étdent D de pures fables , inventées poàr amuser et côn- » tenir la 'multitude. » Le P. Orgàrilîn ,' qui lie s'attendait ' à rien ' moins qu'à ce discours y -prit sans dire mot un ^lobe terrestre qiill trouva éoiis sa main, eli montrant à l'Èmpèreuif les pays immenses qu'il avait traversés pour se rbiidre aà Japon : « Sii'e, lui dit-il ,' Votre Majesté pataït 3» &ire quelque estime de nous y mais si pour '» vous débiter des fables nous avions entréprb y> de si longs voyages," essuyé tant de travaux, t> couru tant de dangetisi , tràvérfeé les mers lœ )!> plus orageuses, abandonné nos parens, nds rïf amis , notre patrie , y atfrâîtyil folie pareille à » la nôtre ? Que les bomses parlent contré ïeuir
» pensée , quand ils vous disait des choses qu'ils » n'entendent pas et dont ils connaissent m#me » la fausseté , il n'y a pas lieu de s'en étonner : » qui ne voit que leur fortune est attachée à » feire passer leurs chimères pour des vérités J> constantes? Mais que nous revient -ril à nous » de notre pénible ministère , et de notre oon- '» stante exactitude à nous abstenir de toutes les » douceurs de la vie ? En un mot , la manière' y> dont nous vivonsid ne suffit-elle pas pour oon- » vaincre les plus incrédules , qu'il faut que y> nous ayons des preuves bien inconte^ables » des vérités que nous prêchons? »
Tandis qu'il parlait , l'Empereur avait les yeux baissés et fixes, comme un homme qui pense profondément , après quoi reprenant tout-à-coup son air gai , il combla les deux religieux de mille nouveaux témoignages d'estime et de bonté, et marqua en les congédiant beaucoup de regret de ne les pouvoir entretenir plus souvent» A l'exemple du maître, les courtisans paraissaient se disputer à .qui ferait plus d'amitié aux docteurs, étrangers , et les trois fils de TEmpereur leur donnaient en toutes rencontres tant de marques d'une singulière bienveillance , qu'il n'y avait rien qu'on ne pût se promettre de ces Princes , lorsqu'un jour ils occuperaient les premiers trônes du Japon , auxquels ils avaient droit d'aspirer. Hais Nobunanga était toujfxurs celui qui portait plus loin l'affection pour : les T. I. 23
3a8 BisTOiae
missionnaires 9 et il en donna alors une preuve à laquelle on ne s'attendait pas.
Le P. Valégnan était arrivé à la cour dans le temps qu'on Élisait les préparatifs pour une fête magnifique que Nobunanga voulait donner à tous les Rois ses vassaux, ou ses alliés : il trouva ce Prince environné de presque tout ce qu'il y avait de grand dans l'empire ; il ne laissa point de se présenter pour avoir audience , et non-seulement il l'obtint sans délai, mais il fut reçu de l'Empereur et des Rois ses fils avec des marques d'estime et de considération qui étonnèrent tout le monde. La surprise redoubla , lorsqu'on sut que le père , à son retour chez lui , y avait trouvé huit beaux canai^ qu'on avait envoyés de fort loin au Roi de Bandoue, et dont ce Prince avait fait présent à l'Empereur comme d'une chose infiniment rare. Pour connaître combien cette manière d'agir de Nobunanga avec un simple religieux avait de quoi surprendre , il fiaiut se souvenir que les Monarques de l'Asie mettent toute leur gloire à recevoir des présens et a n'en £iire à personne; le P. Valégnan, encouragé par ce succès de sa première visite, se hasarda de prier l'Empereur de trouver bon , qu'outre le collège qu'il avait donné aux missionnaires à Anzuquiama, on y bâtit un séminaire où la jeune noblesse chrétienne fut élevée dans tous les exercices convenables à sa condition, sous les yeux du plus grand Souverain de
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FAsie; KbbtEnanga n'était pas vain , mais il était sensible aux moindres louanges que lui donnaient les missionnaires qu'il croyait incapables de cette basse flatterie dont les courtisans ne se défont presque jamais. Non-seulement il accorda ce qu'on lui demandait, mais il déclara qu'il voulait fonder le séminaire , et il tint parole.
Il est vrai que si ce Prince ne gardait point de mesure quand il s'agissait de l'honneur et des intérêts du Christianisme, les Chrétiens, qui étaient à son service , n'épargnaient rien de leur côté pour lui faire tout le plaisir dont ils se pouvaient aviser : on savait qu'il aimait la ma^ificençe, et que ses grands vassaux et les principaux of&ciers de sa maison ne pouvaient lui causer une plus sensible joie qu'en paraissant dans les actions d'éclat avec une pompe qui effaçât les Rois qu'il n'avait pas encore rendus ses feudataires. Ucondono connaissait sur cela son maître plus que personne^ il vint au carrousel, c'était la fête dont je viens de parler, avec un équipage qui ne le cédait qu'à celui de l'Empereur et des Rois ses enfans. Et ce qui étonna extrêmement tout le monde , c'est que le premier jour de la fête, laquelle dura une semaine entière, ayant une livrée dont la richesse attirait tous les yeux, le lendemain il en prit une autre pour le moins aussi belle que la première, ce qu'il continua tous les jours. L'Empereur en eut un contentement auquel on attribua en partie la manière
dont il reçut le père visiteur, lorsquHl lui donna son. audience de congé ; car après avoir conduit lui-même ce religieux dans tous les appartemens de son palais, lequel véritablement, au rapport du père, était digne du Prince qui l'habitait, il lui fit présent d'une tenture de tapisserie , où le plan et toutes les beautés d'Anzuquiama étaient représentés au petit point; le fi>nd en était si riche, et tout y était d'une si grande délicatesse, que le père ayant envoyé cette tapisserie "au Pape Grégoire XIII. On convint à Rome qu'il ne se pouvait rien voir en ce genre de plus beau ni de plus fini.
- D'Anzuquiama, le père visiteur fut rappelé dans le Bungo, où le saint Roi Gvandono, et la Princesse qu'il avait répudiée, mais qu'il laissait vivre dans un état conforme à son ancienne grandeur, faisaient, tous leurs efforts^ l'un pour avancer, et l'autre pour arrêter le progrès de FÈvangile : le Roi qui avait pour lui le ciel, dont les intérêts étaient l'unique objet de son zèle, voyait avec une incroyable consolation de son ame, presque tous ses projets réussir : il fit «itrer dans le sein de l'Église , la Reine de Fiui^a sa fille et les deux Princes ses petits-fils; «t ce grand exemple, joint à plusieurs guérisons miraculeuses, qu'opéra vers ce même temps la grâce du sacrement de la régénération, attirèrent à la foi un très-grand nombre d'infidèles.
Voilà quelle était dans toutes les parties de
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l'empire la situation du Christianisme; {dus. de cinquante Jésuites européens et japonnais , sans compter les catéchistes, dont le nombre était plus considérable, ne suffisaient pas pour administrer les sacremens aux fidèles et pour instruire les idolâtres, dont plusieurs ne mouraient dans leurs infidélités que faute d'avoir quelqu'un qui leur en enseignât le remède , et qui les aidât à des^ cendre dans la piscine mystérieuse du baptême. Ce fut en partie à dessein de remédier à un si grand mal , que le P. Yalégnan se hâta de terminer une affaire très-importante , qu'il avait déjà concertée avec les Rois de Bungo et d'Arima^ et le Prince d'Omura : il s'agissait d'une amba»^ sade d'obédience au Pape de la part de ces trois Prince. Comme tous concouraient au même dessein avec un zèle égal, la chose fut bientôt conclue, et il ne fut plus question que du choix des ambassadeurs. Le Roi de Bungo nomma d'à-* bord pour le sien le plus jeune des fils du feu Roi de Fiunga ; mais ce Prince étant au séminaire d'Anzuquiama , et ne pouvant être assez à temps pour l'embarquement qui pressait,^ on lui sub-» stitua Mancie Ito son cousin germain, de la même maison que lui, et petit-^fila d'une sœur du Roi de Bungo. Ce jeune Prince n'avait que quinze à seize ans, mais il était plus, sage et plus, judi-* çieux qu'on ne l'est d'ordinaire à trente. L!am^ bassadeur du*Roi d'Arimaet du Prince d'Omura fut Michel Gngin^^ neveu du Prince et cousin
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germain du Roi. U n'y avait point au Japon de cavalier qui eût plus de grâce, ni plus de majesté dans le visage que ce jeune Prince. Deux seigneurs alliés à la maison d'Arima, et de même âge que les deux ambassadeurs, leur furent associés; l'un se nommait Martin Farami, et l'autre Julien Nacaura : ils avaient tous deux beaucoup de mérite, et ils firent honneur aux Princes qui les avaient envoyés.
Outre l'obéissance que les ambassadeurs devaient rendre au Vicaire de Jésus-Christ , de la part de leurs maîtres, ils étaient encore chargés de quelques instructions particulières pour le Souverain-Pontife , pour le Roi d'Espagne , et pour quelques Princes d'Italie , auxquels l'église du Japon devait une bonne partie des secours .spirituels et temporels qu'elle recevait tous les jours , et dont elle en attendait encore de plus considérables dans la suite : mais ce que Civandono avait le plus à cœur était la béatification du P; François Xavier; son ambassadeur avait des ordres bien positifs de faire sur cela les plus grandes instances : elles ne furent pas sans effet ; et ]es historiens du Saint conviennent qu'en^ core que toute la chrétienté de l'ancien et du nouveau monde, s'intéressât à cette béatification, personne n'agit dans cette afiàire , ni plus vivement , ni plus efficacement que le Roi de Bungo.
Les ambassadeurs s'embarquèrent à Nangazaqui , le vingt-deuxième de février mil cinq cent
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quatre-vingt-^eux. Dom Ignace de lima se chargea de les conduire jusqu'à Méaco ; et ils y trouyèrent un navire tout prêt qui les porta à Ha-^ laça : on ne peut guère souffrir davantage ni courir plus de risques qu'ils ne firent dans tout le cours de ces deux navigations : de Malaca à Cochin ils n'eurent ni la mer plus calme , ni les vents plus favorables , il semblait que Dieu prît plaisir à les mettre à deux doigts du naufrage, pour éprouver et pour fortifier leur confiance, en les préservant de la mort dans le moment que tout paraissait désespéré. Enfin ils arrivèrent à Goa , au commencement de l'année suivante; ils y furent reçus magnifiquement par le Vice- Roi Dom François Mascarégnas, et ils y séjour* nèrent plusieurs mois , ensuite ils retournèrent s'embarquer à Cochin, Le P. Yalégnan qui lea avait accompagnésl jusque-là , ayant reçu ordre de son général de prendre le gouvernement des missions de tout l'Orient , confia les ambassadeurs aux PP. IHégo de Hesquita et Nngno Rodriguez, qui ne les abandonnèrent point jusqu'à leur arrivée à Rome : ils mirent à la voile au mois de février mil cinq cent quatre-vingt-quatre } cette troisième navigation fut assez heureuse, et ne fut pas longue : et ils mouillèrent à Lisbonne le dixième d'août Le Cardinal Infant , Vice-Roi de Portugal , leur fit tout l'accueil possible , et les oUigea de séjourner un mois ^chez lui. Us se rendirent ensuite à Evora j où ils étaient invités
pat Farchevêque Dom Théoton de.Bragànce ; dé là , ils passèrent à ViUa-Viciosa , séjour des Ducs de Bràgance. Les amitiés qu'on leur fit dans cette cour passent tout ce qu'on en peut dire. Le Sac Dom Théodose après les avoir comblés de caresses , en quoi il fut encore surpassé par la Duchesise Dona Catbarina èbl mère , leur donna plusieurs jours ses carosses, leur fit tenir une somme d'argent très-considérable , et ne les laissa partir qu'après leur avoir &it promettre de repasser par chez lui, à leur retour de Rome.
Us se trouvèrent à Madrid pour voir prêter le serment de fidélité au Prince d'Espagne; et deux jours après, ils eurent audience publique du Roi Philippe II. Us étaient chargés de lettres et de présens pour ce Prince ; et ils lui rendirent au nom de tous les fidèles du Japœi , de très -humbles actions de grâces, pour les soins paternels que Sa Majesté Catholique ne cessait de prendre de cette église naissante. Philippe les embrassa tendrement , et leur ténioigna qu'il £ûsait beaucoup d'estime de leurs personnes , et qu'il considérait extrêmement les Rois dont ils étaient les envoyés* Le lendemain, l'Impératrice Marie leur envoya ses carrosses, et ils allèrent lui Élire la révérence ; le jour suivant , on les mena à l'Escurial , apr^ quoi ils firent et re*i^urent les visites des Grands d'Espagne et de xambassadeur de France. Le Roi Cathdique lui-même les visita , et donna ordre qu'on leurèqui-
pât UB navire à Alicante : ils partirent de Ma^ drid Je vingt^i&ième de novembre, et dans toutes les villes oà ils passèrent, ou leur rendit presque les mêmes honneurs comme on aurait fait au Roi : ils s'embarquèrent au mois ^e janvier mil cinq cent quatre-vingt-cinq , furent {diusieurs fois battus de la tempête , et ne purent prendre terre à livourne qu'au commencement de mars : ils entrèrent dans le port sur une frégate que le Grand-Duc avait envoyée à leur rencontre ; à leur débanijuement toute l'artillerie du château les salua, et les carrosses du Grand-Duc les conduisirent à Pise , où ce Prince les attendait. Presque toute la cour alla au-devant d'eux, on les mena dans un palais qui leur était préparé, et où ils trouvèrent un dîner magnifique. Après le repas, Pierre de Hédids les visita; et sur le soir, ils allèrent en cérémonie chez le Grand-Duc» Ce Prince était un des Souverains qu'ils avaient ordre de voir plus en particulier : il reçut leurs lettres et leurs .présens avec une affabilité qui les toucha , donna toujours la main au Prince de Fiunga^ et voulut que Dom Pierre son frère la donnât au trois autres ambassadeurs. Il les mena ensuite chez la Grand'Duchesse qu'on leur a\ait aussi fort enjoint de voir, et qui les em? brassa avec une tendresse de mère. Ils passèrent tout le carnaval à Pise, et de là ils allèrent à Florence , où le nonce du Pape les visita ,^ et le cardinal archevêque de Flor&dce, qui £at ào-f
puis le Pape Léou XI,. les reçut avec la croix et eu habit rouge , quoique ce fût eu carême. De là ils passèrent à Sienne , et ne cessèrent d'être défrayés pçtr le Grand-Duc , que lorsqu'ils entrèrent dans l'état ecclésiastique y où ils le furent toujours aux dépens de Sa Sainteté. En quittant la garde , que le Grand-Duc leur avait donnée, ils furent reçus par deux cents arquebusiers, que Monseigneur Celsi, Yice-Légat de Yiterbe leur envoya sur la frontière.
XI. Grégoire Xm qui tenait alors le Siège apostolique , sentant sa fin approcher , fit prier ces jeunes seigneurs de se hâter, et leur envoya à deux journées de Rome sa compagnie de chevau-légers ; ce fut un vendredi vingtième de mars de l'année mil cinq cent quatre-vingtcinq , qu'ils entrèrent dans cette capitale du monde chrétien : ils allèrent descendre incognito a la maison professe des Jésuites, où le P. Claude Aquaviva , Général de la compagnie , les reçut accompagné de tout ce qu'il y avait de Jésuites à Rome. Il mena d'abord les Ambassadeurs à l'église , où le Te Deum fut chanté en musique* Le lendemain le Pape tint consistoire pour délibérer comment cette ambassade serait reçue , et il fut réglé qu'elle serait regardée conune ambassade royale; qu'on ferait aux Ambassadeurs la réception la plus honorable qu'il serait possible, et qu'ils auraient, audience en plein consistoire et dans la salle royale.
Le jour étant pris pour leur entrée solennelle, qui fut le lundi vingt-troisième de mars, l'Am* bassadeur d'Espagne leur envoya son carrosse, pour les conduire à la vigne du Pape Jules. Julien Nacaura, qui était fort malade, voulut partir avec les autres, disant que la vue de Sa Sainteté le guérirait; mais à peine était-il à la porte del Poptiloy qu'il se trouva hors d'état d'aller plus loin. Alors on le conduisit au palais de Monseigneur Antonio Pinti, qui, après l'avoir fait un peu reposer, le mena a Saint-Pierre , pour y baiser les pieds au Pape; il voulait attendre que le consistoire fût assemblé, mais Sa Sainteté l'embraœant amoureusement, l'engagea à se retira, et lui promit de faire assembler une au-* trefois le consistoire, afin qu'il eût la consolation de le voir. Dès que les ambassadeurs furent arrivés à la vigne du Pape Jules, l'Evêque d'Imola, maître d'hôtel du Pape , les y viiit complimenter, et tout étant prêt pour la marche, ils partirent de fort grand matin en cet ordre.
Les chevau-légers du Pape paraissaient les premiers avec leurs livrées, les Suisses venaient après, suivis des officiers des Cardinaux. Ensuite on voyait les carrosses des Ambassadeurs de France, d'Espagne, de Venise et de plusieurs autres états, avec toute la noblesse romaine à cheval. Les pages et les officiers des Ambassadeurs suivaient avec les trompettes et les timbales. Les Camériers du Pape^tst les autres officiers du palais, tous
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en robes rouges, précédaient immé£atemént les ambassadeurs qui étaient à cheval et vêtus à la japonnaise. Rien n'était plus superbe m plus riche que leur habillemçnL Le Prince de Fiunga était entre deux archevêques, le Prince d'Arima et Farami, qui fut ce jour-là r^rdé comme l'ambassadeur du Prince d'Omura, diacuB entre deux évêques. Le P. Diego *de Mesquita , leur interprête, suivait à cheval, et grand nombre de cavaliers très^richement vêtus fermaient la marche. On entra ainsi dans Rome, et quoique toute la ville £&t accourue, et que les rues, les fenêtres 6t les toits mêmes fossent remplis , l'admiraticm et la religion suspendaient tellement les esprits , qu'il régnait partout \m profond et sacré silebce, lequel n'était interrompu que par le seul bruit des trom][>ettes, et par quelques acclama* tioDS qu'on entendait de temps en temps.
Quand les ambassadeurs ftirent sur le pont St.-Ange , tout le canèn du diàteau tira , l'artillerie du palais St.-Pierre y répondit ; ensuite on entendit un concert de toutes sortes d'instrumens, qui a ccompagna les ambassadeurs jusque chez le Pape. Dès qti'on sut qu'ils étaient proche , le Pape et les cardinaux descendirent à la salle royale, qui se trouva si pleine, qu'il fiillutqùe les Suisses usassent de violence pour conduire le SaintPère jusqu'à son trône. A peine y était il monté, que les ambassadeurs parurent chaeun leur lettre à la main , et que s'étant
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prosternés aux pieds de Sa Sàinieté; ils déclarèrent d'une voix haute et distincte , qu'ils Tenaient des extrémités de la terre reconnaître le Vicaire de Jésus-Christ, et lui rendre leurs hommages , au nom des Princes qui les avaient envoyés, et en leur propre nom. Grégoire que la vue de ces jeunes seigneurs avait d'abord attendri , ne put les entendre sans verser bien des larmes. Il les releva , les embrassa plusieurs fois , et leur témoigna une bonté dont l'impression leur resta toute leur vie : on. les conduisit ensuite sur une estrade qu'on avait dressée exprès, où ils se tini!ent debout , tandis que le Secrétaire de Sa Sainteté lut tout haut les lettres qu'ils avaient apportées. Cette lecture finie , le P. Ga^ard Gonsalez , Jésuite, fit le discours qu'on appelle d'obédience, dans lequel il expliqua plus amplement les in-^ tentions des- Souverains dont on voyait les ambassadeurs, et Monseigneur Antonio Bocapaduli répondit selon la coutume au nom du . Pape.
L'audience finit comme elle, avait commencé, par le baisement dçs pieds : les cardinaux firent aux ambassadeurs miUe questions sur les, aven-, tures de leur voyage , et sur les raretés de leurs pays ; ils y répondirent avec tant d'esprit et de sagesse , que tous avouèrent qu'il était difilcile de trouver des jeunes gens plus accomplis zensuite Grégoire se leva de son siège, et voulut que les deux diefsde l'ambassade, qui étaient de sang royal ,. lui levassent le devant de sa robe ^
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et depuis il les fit toujouis servir de candataires , honneur qui est affecté à F Ambassadeur de TEmpereur. Après qu'ils eurent conduit le Saint- Père dans son appartement, le Cardinal saint Sixte, neveu du Pape, le Cardinal Gastavillan et le Duc Jacques Bon-Compagno , frère de Sa Sainteté, et capitaine de la Sainte-Église, leur donnèrent à dîner.
Après le repas, Grégoire voulut entretenir en particulier les Ambassadeurs , et fut charmé de leurs manières et de leur conversation. Le lendemain ils accompagnèrent Sa Sainteté , qui alla en cavalcade à Notre-Dame de la Minerve : ils se vêtirent ce jour-là à Titalienne, et reçurent les visites des Ambassadeurs du Sénat, des magistrats et de la npblesse; ils parurent en- OH-e une fois à la japonnaise , dans une cérémonie où le Pape se trouva^ mais avec d'autres habits que ceux qu'ils avaient le jour de leur entrée, et ils reçurent en cette occasion tous les honneurs que Sa Sainteté peut &ire aux Prin* ces mêmes en de semblables rencontres. Depuis ce temps-là on ne les vit plus qu'habillés à l'italienne, mais si magnifiquement, que le seul drap pour trois habits qui furent donnés à chacun, monta à douze mille écus, et les garnitures à proportion , encore le Pape dit-il que si l'on n'eût pas été en carême, il eût bien fait une autre dépense. Au reste , tout le monde admirait la manière aisée avec laquelle des étran-
gers yenns de si loin et dans un âge si jeune y se tiraient de tout ce long cérémonial.
Ayant que de rendre les yisites, les Ambassadeurs youlurent aller en déyotion aux sept ^lises , et le Pape ordonna qu'on les y reçût en procession , les cloches sonnant , et les orgues jouant. Comme on sut qu'ils devaient yoir les reliques y toute la yille les y suiyit , et jamais on n'ayait yu une si grande af&uence de personnes de toutes les conditions. Julien Nacaura était toujours malade , et l'on craignit même pour sa yie ; mais par les soins empressés du Saint-Père qui lui enyoya ses médecins y et qui , à toutes les heures du jour , youlait être informé de l'état de sa santé , il fut tiré d'affaire. On ne saurait croire jusqu'où allait l'attention de Sa Sainteté pour ce jeune seigneur; on lui dit un jour que le malade ayait peine à prendre une potion dont on espérait un grand effet, elle l'envoya aussitôt prier de se forcer , et de la prendre pour l'amour d'elle. Après tout, une yie qui fut uniquement employée au salut des âmes, et que nous yerrons terminée par un glorieux martyre , méritait bien que le Vicaire de Jésus-Christ s'intéressât à sa conseryation^
Le dixième d'avril , Grégoire Ut mourut , n'ayant été malade que peu de jours. Un moment ayant que d'expirer , il youlut encore sayoir des nouyellés de Nacaura. Cette perte causa aux Ambassadeurs une tristesse. dont on eut bien
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<}e la peine à les faire revenir : mais on les assura que quiconque serait élu Chef de l'Eglise^ aurait pourvus la même tendresse que le défunt Pape leur avait' témoignée , et quelque temps après, le conclave leur envoya un évêque pour leur donner les mêmes assurances. Dçs le vingtcinquième d'avril, Sixte V fut élu tout d'une voix. Avant son exaltation il avait été un des cardinaux qui avaient fait plus d'amitiés aux ambassadeurs; il les redoubla quand il fut Pape, jusque-là qu'étant allés sur-le-champ pour lui baiser les pieds, il les fit passer devant trois cardinaux qui demandaient audience : ils se trouvèrent à son couronnement , et ils y tinrent leur rang , portèrent le poêle et donnèrent à laver à Sa Sainteté 7 lorsqu'elle dit la messe. Us eurent les mêmes honneurs lorsque le Pape fut couronné à Saint-Pierre, et iiOrônisé à Saint-Jean de Latran. Le Saint-Père les fit ensuite inviter à aller visiter sa vigne, où .son majordome et vingt-quatre prélats 1^ reçurent de sa part, et les régalèrent splendidement. Enfin, ils fiirent &its chevaliers aux éperons dorés. Le Pape tint exprès chapelle , il leur donna lui-même l'épée et la ceinture; fit chausser les éperons aux Princes de Fiunga et d'Arima , j^r les ambassadeurs de France et de Vénite, et aux deux jeunes seigneurs , par lé Uarquis Altemps. U les fit venir ensuite en sa présence, tout armés, leur mit à chacun ime chaîne, d'or. et sa médaille d'oor
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bu COU., les embrassa et les baisa; après quoi il lear dit la messe en particulier , et les com-^ munia de sa main.
Sa Sainteté traita ensuite avec eux , et le père A^uaviva , des choses contenues dans leurs ins* tractions : ils obtinrent plus qu'ils ne deman-^ daient, et il ne fut plus question que de rè^ pondre ata lettres qu'ils avaient apportées. Le Pape le fît de la manière la plus obligeante , et k plus honorable pour les Princes à qui il écri« vait. Il donna, dans ses lettres , aux Rois de Bungo et d'Arima rang parmi les Rois catholiques , ce €[U-il confirma par les p'ésens , dont les lettres furent accompagnées. Ces présetis furent Tépée et le chapeau , avec une portion de la vraie croûc dans un reliquaire d'or. ^Sainteté déclare que ces présens qu'elle a bénis et qu'elle ne fait qu'aux RoiSjp leur seront rendus à la fin d'une messe où il y a indulgence plénière pour tous les assistans. Le Prince d'Omura n'est traité que de noble Baron dans la lettre de Sixte V , et le Souverain-Pontife ne lui envoya qu'une croix d'or , mais beaucoup plus grande que celle qu'il envoya aux deux Rois , et dans le bref par le-»quel ce Pape donne aux Princes qui ont envoyé des Ambassadeurs, droit d'entrer au consistcHre, Sumitanda n'y est point excepté. Les Ambassa^ deurs eurent aussi de fort beaux préscn», et le Saint-Père en fit délivrer pour les misâonnaires du lapon, qui^taieifitl-eB même-^emps une preuve T. L a4
de sa magnificence, et de son affection pour ces ouvriers évangéliqu^.
La dernière visite des Ambassadeurs fut au Gapitole, où le Sénat et le peuple romain s'étaient assemblés pour les recevoir Patrices; on leur en fit délivrer les patentes scellées d'un sceau d'or large comme ta main et de l'^é^isseur d'un doigt ; le jour de leu?* départ approchante ils allèrent à Saint-Pierre baiser les pieds au Pape, qui leur fit toucher de quoi les défrayer jusqu'à Lisbonne , les recommanda au Roi d'Esr pagne, et à la République de Gênes, par des brefi où l'on voyait toute la tendresse d'un père^ et ordonna que dans toutes les villes de leur passage, tant qu'ils seraient sur les terres de l'état ecclésiastique , ils fussent magnifiquement reçus. Le Rbi de France les avait déjà fiiit in-, viter, à leur arrivée en Espagne, de passer par ses états ; son Ambassadeur à Rome le fit encore avec instance : l'Ambassadeur de , l'Empereur et celui du Duc de Savoie en firent autant; mais ils s'excusèrent sur ce que leur voyage ayant déjà été de trois ans, ils étaient obligés d'user de toute la diligence qui leur serait possible, pour se rendre au Japon.
, Xn. Ils partirent de Rome le troisième de juin mil cinq cent quatre vingt-cinq, et laissa rent toute la ville charmée de leur modestie > de leur bonne grâce 9 de leur ^prit, et sur-tout, de leur piété , 4ont ils donnèreul partout des
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Bilurqties si âdlides, qu'on les regardait comme des* Saints ; et qu'ils soutinrent parfaitement l'o- |nnion de la haute vertu des Chrétiens du Japon. Les chevau-légers du Pape les accompagnèrent tout le jour de leur diépart; et quantité ^de noblesse monta à cheval pour leur faire cortège , 'et les conduisit fort loin : le Cardinal saint Sb^te les reéut à Castellana , et les y traita avec magnificence ; à Spolette , on leur présenta les cléfe de la ville, et ils furent reçus dans la cathédrale au son des cloches et des haut-hois : à Assise et à Monte&lco^ ils visitèrent les reliques de saint f*rançois et de sainte Claire. Le Cardinal Philippe Spinola leur fit rendre à Pérouse , où il était légat, des honneurs extraordinaires '.lui-même à la ■ tête du clergé, les reçut assez près de la porte de la r ville, et fit chanter en musique ces paroles dlsaïe : Gentem ^ qtiam neseiebaê , vocabis ^ et génies y quœ ie non naverunt , ad te current propter Deum ^ tuumy et sanctum Israël y qui glorificapit te. A voir ^ de quelle manière ce Cardinal témoignait son affection à ces jeunes Seigneurs auxquels il voulait même faire dresser des arcs de triomphe , si le temps le lui eût permis , on eût dit qu'U pressentait qu'un de ses neveux , qu'il aimait tendrement, qu'il avait fait élever avec un trèsgrand soin , et qui était alors au noviciat dés Jésuites de Noie ^ était destiné a être une des plus fermes colonnes et un des plus illustres martyrs de l'église du' tàpon.'Les Ambassadeurs, au sortir
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de Pérouse, entrèrent dans la marche d'Ancàne, où le Cardinal Gésualdi , qui en était l^at j les traita avec toute la distinction possible : ils ne furent pas moins bien reçus à Bologne par les soins des Cardinaux Salviati et Paleotto , dont lie premier était légat et le second Archevêque. A l'entrée du Ferrarois , ils trouvèrent le Comte Bé" vilaqua avec cinquante arquebusiers à cheval ^ que le Duc de Ferrare avait envoyés pour les recevoir : *à quelque distance de là , Alphonse d^Est| oncle du Duc^ les vint complimenter, et les conduisit au palais avec un cortège de cent carrosses. Le Prince les attendait avec toute sa noblesse, au bas de son escalier; il les reçut avec noille démonstrations d'amitié , et lés logea dans l'appartement qui était encore tout meu<jblé I depuis que le Roi Henri TU y avait logé^ lorsqu'allant de Pologne en France , il passa par Ferrare : le lendemain, les Ambassadeurs visitèrent les Duchesses de Ferrare et d'Urbin, le Duc ne les quittant point , et donnant toujours la xmm au Prince de Fiunga.
Nacaura retomba malade à Ferrare, et fut cause que les Ambassadeurs y séjournèrent quelque temps avant que de partir : ils firent présent au Dup d'un habit japonnais et d'un sabre que le Roi de Biïngo avait pojrté^ et qui coupait l'acier avec UAc facilité merveilleruse. Le Duc l^iur donna sa barque pour Ijes conduire à Yeniae ; il y avait trois chanabres tapissées magnifiquement, et un
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lit tfiXiân pour Nacaura que les médecins et le» dbirurgiem de Son Altesse ne quittèrent point : une fr^ate bien armée allait devant pour les escorter; et à l'haure du dîner, deux petites jbarques qui les suivaient, s'approchèrent de la ^r : dans Tune était la cuisine et dans l'autre les offices , et ils y furent servis comme s'ils> eussent été à la table du Duc Ils eurent le vent ^ favorable y qu'ils arrivèrent de bonne heure le même jour a Quiosa , et le lendemain à Venise* A une lieue ou environ de la ville, ils rencontrèrent le fameux Lipoman avec quarante autrea Sénateurs en robes rouges, qui, après les avoir oomplimentés, les firent passer dans un bâtiment de ceux qu'on appelle fUtUeSy armé comme pour recevoir des Souverains : ils entrèrent dans Venise par le grand canal , suivis d'un nombre proM digieux de gondoles remplies des personnes les plus qualifiées de la ville : ils decendirent à la maison professe des Jésuites, où le Te Deum fut , chanté en musique ; et le même jour le nonce de Sa Sainteté les visita; le jour suivant le Patriarr^ che de Venise et tous les ambassadeurs ded Princes leur rendirent aussi visite : la Seigneurie leur avait fait meubler magnifiquement un ap^ partement chez les Jésuites, et un gentilhomme nommé Constantin Molina, un des plus vertueux et des plus accomplis cavaliers de son temps, avait été nommé pour les accompagner partout* -.Le trmsièoie. }Our, qui avait été choisi pour