‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 5 sur 29 · LIVRE PREMIER · texte numérisé non relu

LIVRE PREMIER

J'écris une histoire où l'on trouyera plus que dans aucune autre de quoi bénir et louer l'excès des miséricordes du Seigneur , et de quoi adorer la profondeur de ses jugemens. On verra d'abord avec étonnement dans une église partictdière et d'assez peu d'étendue , ce que l'Église universelle a &it voir au inonde de plus jnerveilleux. Ensuite , lorsqu'on fera réflexion qu'il reste à peine quelque vestige de cette belle chrétienté qui a £ût l'admiration de tout l'univers, et qui fut r^ardée par les Souverains-Pontifes , comme ime des plus précieuses portions

àa tnmpeau de Jésus-Christ, on sera contraint d'avouer que les desseins de Dieu sont impénétrables. JTespèrè même qu'on fera, sur un si grand éyénement, des réflexions capables d'inspirer cette sainte frayeur que l'Apôtre nous recommande; et une vive reconnaissance de ce que Dieu ne nous a pas traites comme il a fait un peuple qui paraissait si digne de -«es bontés. Mais ayant que de raconter les dièses dans l'ordre que demande l'histoire , je vais instruire en peu de mots le lecteur de ce qui regarde la nature et la situation du pays dont j'ai à parler; le caractère, d'esprit de ses habitans , leurs manières , leur, religicm , leur gouvernenient ; en un mot , je tacherai de le prévenir et de le satisfaire sur tout ce qui pourrait ou exciter sa curiosité ou l'acréter elx lidaiit cet ouvrage.

. L A rotiént.de la Chiné et de la Corée, au iniliett! de cet espace de mer qu'on nomme l'Océan Chinois, et qui communique avec la mer du Sud , au midi de la Tartane et de la terre dTesso; au septentrion des Philippines et de l'tle .Formose , on trouve un nombre presque infini d'îles de toutes grandeurs ; et c'est ce grand Archipel qui forme Fempire du Japon. Suivant le père Briet , celui de nos géographes , qui paraît 8?étre le plus apjdiqoé à connaître la position de ee pays; les îles du Japon s'étendent en long du

DU JAPOBT^ LIV- !• 3

8ud«-€St au nord-ouest, entre les 3o et les 4^ degrés de latitude septentrionale : de sorte que sa lafgeut qui est foil; inégale, et n'excède jamais 60 lieues, n'a nulle proportion avec sa longueur qui est de 3oo, selon Turselin, ou d'euTiron aSo , selon la plus commune opinion. Lé même Turselin^ que je viens de citer, cpmparele Japon à l'Italie pour la grandeur et pour la forme. Effectivement ces îles sont tellement ramassées^ et si proches les unes des outres, qu'on dirait que leur séparâtioii est plus tôt l'ouvrage des hommes que celui de la nature : d'où il arrive que les gros navires ne peuvent point j^asser par tous ces détroits qui sont aussi peu profonds qu^ib sont peu larges.

On divise ordinairement le Japon en trois parties fort inégales, parce que , parmi cette muttitude d'îles, il y en a trois qui sont plus grandes que les autres, et dont les autres paraissent en quelque Êiçon des dépendances. La plus petite, qu'on appcdie Xicoco , est à l'orient ; elle ne comprend que quatre royaumes. Le Ximo , qui est au mjidi, en' a neuf, sans compter les îles adjacentes de Gotto, qui font un royaume particulier. Enfin le Nîphon , qui s'étend de l'occident au septentrion , contient prés de soixanfe provinces qui portent aussi presque toutes le norti de royaume. Plusîeuirs historiens donnetît à celte grande île le nom de Japon, et disent que Veét d'elle qti'il s'est commmdqué à tout le pays.

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lQuel(}ues-uns prétendent que le Niphon n'est poi^nt une tle , mais qu'il est contigu à lai grande terre d'yp^so. On ajoute que depuis peu l'Empereur du Japon s'en est assuré d'une manière à n'en plus douter, et cette opinipn devient tous les jours plus vraisemblable, sur-tout depuis qu'elle a été adoptée par un de nos plus habiles géo^ graphes.

Si la situation du Japon l'expose à de gran^ des chaleurs, les montagnes, ; dont il est couyert, principalement yers le nord, y causent de grandes froidures ; ^um convient-on que le froid et le chaud y sont e&cessi&. l'hiver sur-tout y ;eBt très-long, et la neige y topibe en si grande quantité , qu'en bien des villes on n'a de comr miinication que p&ir des galeries couvertes, malgré cela , on assure • que les terres y portent deupc . fois l'année : premièrement du blé. que l'on moisrsonne ail mois de mai ; ensuite, du riz dont la récolte se fait en septembre. A la vérité, il n'est peut-être point de pays au monde plus arrosé que celui-ci , car ce n'est de tous côtés que canaux formés par la mer, que lacs, que fontair nés et que rivières.

Les grandes richesses du Japon sont les mines d'or et d'argent. Celles-ci sont en bien plus grand nombre, et bien plus abondantes. L'argent en est estimé le plus beau du monde, et à la Chine on le change pour de l'or au même poids. Les Japonnsds font encore un assesi.gros cwi-

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mei;ce, de leurs perles ^ qui , pour la plupart , so^t rouges.} et de leurs magnifiques étoffes de soie rehaussées d'or, qui sont d'un travail exquis.

On serait surpris si un peuple inconnu au reste du inonde pendant un si grand nombre de siècles, et avec qui nous ne saurions avoir de .commerce qu'en traVersant huit mille lieues de mer, n'avait pas bien de manières différentes des nôtres. Ils en ont effectivement beaucoup ; cela .parait sur-tout dans leurs habillemens et dana plusieurs coutumes où l'on dirait qu'ils ont affecté de prendre le contrepied des Européens. Les grands seigneurs , et avec quelque proportion y tous les gentilshommes portent de grandes robes de soie traînantes, où les fleurs d'or etd'ai^ent, ménagées avec art, font le plus bel effet du mon^e : de petites écharpes qu'ils portent au cou^ leur servent de cravatas : leurs manches sont fort larges , et pendent à peu près comme celles de nos habits à la romaine ; mais la parure dont ils sont plus curieux ) c'est un sabre dont la poignée et souvent même le forreàu sont enriclûs de perles et de diamans. Us relèvent tout cela par une taille avantageuse, et un fort grand air qui leur est naturel. Pour la couleur du visage , ils l'ont Uioins olivâtre que les autres Asiatiques.

Les femmes japonnaises sont en réputation de beauté, et nos officiers français qui allèrent à Siam , il y a trente ans , convinrent tous à leur retour qu'ils n'avaient point vu en Â^e de plus

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