‹ Histoire de l'établissement, des progrés et de la décadence du ChristianismeChapitre 6 sur 29 · D HISTOIRE · texte numérisé non relu

D HISTOIRE

belle personne que Madame Constance , qm est Japonnaise^ comme tout le monde sait. Avec cela, elles sont encore plus superbement et plus richement yêtues que les hommes. Leurs cheveux négligés avec art tombent sur le derrière de la tête, où ils sont noués en touffe pendante. Audessus de l'oreille gauche , elles ont un poinçoii à un bout duquel pend une perle ou quelque pierre de prix. Elles ont encore à chaque oreille un petit rond de perle qui fait un très-bel e£fet. Leur ceinture est fort large et semée de fleurs et de figures dont la beauté ne cède eu rien au reste de rajustement. Sur quantité de longues vestes, elles ont. une robe flottante qui traîne de quelques pieds. ( Je dis sur quantité de lon-^ Jguesf vestes ) ; car au Japon, c'est par le nombre de ces vestes qu'on juge de la qualité de celles qui les portent. On dit que les dames japon^ naises en ont quelquefois jusqu'à cent ; ce qui passerait le plus vraisemblable, si Ton n'ajoutait que ces vestes sont d'une soie si fine et si déliée , qu'on en peut mettre plusieurs dans la poche.. Quand les dames de la première qualité Tont par la ville ( ce qui est rare en général poiU' tout^ les femmes) , c'est toujours un grand cortège. Une troupe de filles les suivent portant , l\me des mules , l'autre des mouchoirs, d'autres des dragées et de toutes sortes de confitures dans de grands bassins. Ces filles sont précédées de femmes de chambre qui environnent leurs mai-

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tresses , les^ mies avec des éventaib y et d'anires avec on parasol en foime de dais^ dont le toôr est dWe fort belle étoffe de soie. Les bourgeob, qui sont presque tous mardiands, artisans ou soldats^ ont des habits fort courts et fort simples; mais tous portent les armes, et se piquent d'ayoir un beau sabre et un beau poignard; ils passent l'un et l'autre dans leur ceinture qui est fort lai^e , et en fortne d'échiquien Us diffèrent encore des gens de qualité en ce qu'ils opt le derrière de la tête rasé , au lieu que les nobles se font raser le haut du front , et laissent pendre le reste de leurs cheveux par derrière, en quoi ils trouvent une lionne grâce dont ils sont si jaloux , qu'ils ont presque toujours la tête découverte.

Chez les Japonnids, le blanc est la couleur de deuil; ils se couvrent lorsqu'ils saluent; ils prennent leurs habits de cérémonie quand ils sont chez eux , et se mettent à leur aise quand ils vont dehors , ils montant à cheval du côté droit : nos mets l^s plus délicieux leur paraissent insipides: ils ont horreur de oe qui &^i nptre nourriture la plus ordiïiaire et la plus naturelle. Voila à peu près ce qui a fait cËre' que les Japonnais étaient encore plus éloignés de noas par Popposition de leurs usages aux nôtres , que par là distance des pays , et c'est ce qui lès ^ fait appeler par i^elques-uns , nos Antipodes merausf.' Pour moi , je ne «sais si j^ nie tsrompe? ; T. ï. 3

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mais je iregatdë cette diversité de coutumes ^t de manières 9 comme un pur effet du ^ caprice,

.et je ne vois rien d'aillefurs dans le caractèse d'esprit de ce peuple de fort étranger. par rapport à nous ; il semble même que c'est aux danois /leurs voisins et leurs, uniques alliés pendant plus de mille ans^ qu'il fallait les opposer, si on voulait les faire connaitr^^^^ar opposition. Effectivement, en lisant les lettres que saint Fra]>çois Xavier a écrites du Japon et les mémoires de la Chine , on est surpris de voir que les Chinois et les Japonnais diffèrent tellement entr'eux, qu'on peut dire que les uns ont presque toutes les qualités bonnes et mauvaises opposées à celles des autres^ de sorte que la Providence , en les bornant à eux seuls, l'espace de tant de siècles, semble avoir voulu qu'ils connussent par leur propre expérience toiit ce qu'il peut y. ayoir de bon et de mauvais^ dans lès mœurs et les.cQU^

' tûmes des peuples civilisés. On ne trouvera, peutr

/ être pas à redire que je donne ici quelque étendue

. à ce parallèle^ Le conimerce que nous avons avec la Chine , et mille occasions qui se présentent .tous les jours d'en parler, me font espérer que

' ce que j'en dirai ne paraîtra ni hors d'oeuvre,

: ni peu intéi^essant.

. Voici dpnç, ce me semble, à qUpi l'çaa peut réduire le caracitère de ces deux nations^ Le Qûnois ne fait rien qui ne soit mesuré; c'est la sagesse qui règle toutes ses actions. L'hoxmeur

est le principe cpii £adt agir en tcmt le laponnani. On dirait qae le premier xnet toute sa glopire ^ suivre exactement les maximes, d'une prudence presque toujours animée par l'intérêt, et que toute la sagesse du second consiste à ne jamais s'écarter des règles d'honneur quelquefois fausses, et souvent excessives qu'il s'est prescrites. De là naissent tous les défauts et toutes les vertus des uns et des autres. Le Chinois est modéré, paisible, circonspect, d'une exactitude la plus scrupuleuse et la plus embarrassante en tout, principalement lorsqu'il s'agit de marquer son respect envers ses maîtres , ses parens , et son Souverain. Mais dans les hommes du monde , les ,plus habiles à feindre, et les plus attentifs à rapporter tout à la politique, je ne sais si cette révérence extérieure doit toujours être attribuée à une véritable affection. D'ailleurs, cette. nation est la plus intéressée de l'univers, la fraude dans le négoce , la tromperie dans le commerce de la vie, le larcin et le mensonge ne sont point diff^mans à la Chine; en sorte qu'un marchand surpris en falsifiant, croit en être quitte pour dire : votis avez plus d^esprit qtse moi.

Le Japonnais est franc , sincère , bon ami ^ fidèle jusqu'au prodige ^ officieux , généreux , prévenant, méprisant le bien, jusqu'à regarder, le commerce comme une profession vile, et abjecte : aussi n'y a-t-il point de peuple qui soit plus pauvre, mais de cette pauvreté que pro-

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daît rindépendance , que la vertu rend respectable , et qui éleva si fort les premiers Romains ^u^dessus des autres hommes. On ne trouve , chez les Japonnais , que le pur nécessaire , mais tout y est d'une propreté qui charme , et leur visage respire un contentement parfait. Toutes les richeBses de ce puissant état sont etitre les mains de l'Empereur et des grands qui savent s'en faire honneur. La magnificence ne va nulle part plus loin qu'on la porte au Japon , et nous n'avons rien dans l'histoire des plus puissantes monarchies, qui soit au-dessus de ce que les Hollandais ont écrit du palais des Empereurs et de la capitale de l'empire. La merveille est que le peuple voit tout cela sans envie : s'il arrive même qu'un grand Seigneur, par quelque accident funeste, ou par l'eflFet d'une disgrâce, tombe dans l'indigence , il n'est ni moins respecté ni moins fier, que dans le temps de sa •^lus grande élévation. Ce peuple aime fe vérité, et quand on la lui a fait connaître , il ne craint point d'avouer qu'il était dans l'ignorance : il ne •peut souffrir la moindre tromperie y et punit de mort, la médisance, le mensonge, et le larcin même le plus léger; toujours mattre de luimême, il ne sait ce que c'est que ces emporte- "mens^ de colère j où les autres hommes se laissent ii aisément aller. On n'a point d'exemple que 'dans un revers de fortune, un Japonnais ait "Blasphémé. On 1^ entend même ^fort rarement

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se plaindre.' Lçs querelleurs et les grands parlemra iont parmi eux dans ujpi souverain .mépris , e% (Quoiqu'il leur arrive de fâcheux , ils CQDservenl^ une fermeté et une égalité d'ame qui surpreudi Ils ne souffrent point les jeux de hasard ^ qu^ila regardent comme un trafic , et une occupation, indigne de gens d'honneur* Dans les hopamage»^ qu'ils rendent à leurs 4ieuXy et dans les respects qu'ils portent à leurs parens et à leui^i prêtres ^ ils font voir une ardeur où la crpiint^ de l'enfer., dont ils ont une grossière idée , 1^. désir d'être éternellement heureux, avec lequel ils naissent tous , l'éducation et le cœur ont.untf ^gale part. Quant aux Souverains , il n'y a qu^ 1^ crainte et l'honneur qui retienne leurs sujets dans l'obéissance , ce qui vient de ce qu'ils lç9 traitent fort durement, et avec une hauteur insupportable. Une chose , s^u reste , contrihu<e ia** Animent à la conservation de tant de vertus; il n'y a pas un homme de qualité au Japqii.i lequel n'ait chez lui un domestique de coidSiaiv*; ce, qui non-seulement est en droit, mâi^ qui est expressément obUgé d'avertir son maitre do toutes les fautes dans lesquelles il l'a va tom« ber. B'un autre côté , le Japonnais est altier , re« muant, vindicatif, plein d'estime pour lui-même^ et d'un mépris pour les étrangers, qui va à l'excès. Sa modération i;i'est pas toujours vertu, et souvent il n'en est que plus à craindra quand il parait tranquille q| de sang*ût>id«

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' le Çhinoîs semble avoir substitué la politique à la place de la religion, à laquelle il donne Beaucoup moins qu'on ne doit même donner à^ la politique. De là viennent d^une part, ces déferenèes si excessives , et qui vont presque à l'ardbration des en&ns envers leurs parens; des disciples pour leurs maîtres , du peuple pour le magistrat, et de tous les ordres de l'état pour là personne du Prince; et de l'autre, le mépris où 'Sont les bpnses , qui sont les prêtres du pays; et la manière extravagante et ridicule dont les <)feux sont traités. Le Japonnais donne à la religion autant qu'on peut désirer; il ne lui manque que de bien prendre son parti. On doit même reconnaître qu'il est fort éloigné de faire servif sa religion à la politique.

"^ Mais comme Fhonneur et la sagesse ne sont point deux principes' contraires , il faut conve^iiir qfuè les Chinois 'et les Japonnais né diffèrent pas absolument en tout; ils sont les uns et les autres très -sobres. Le peuple au Japon ne vit que dé ris j' de fruit , de légumes ; quelquefois il mangé un peu de poisson. Les grands n'ajou-^' tént guère à cela que le gibier , et pour l'ordiïksàvé\^ leurs repas ilé sont ni délicats , ni somptueux j c'est à peu près de même à la Chine.

Geél deux peuples oàt'efacore un bon sens admiraMe, du zèle pour lé bien public, de la politesse et de la douceur dans l'usage de la vie : qela n'est pas si Universelle à la Chine ,'où la ca-

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Baille s'accable d'injures les plus grossières , au Jlieu qu'au Japon , les plus petits gens se traitent avec une honnêteté et des égards que nous admirerions parmi des personnes élevées à la cour. Ifeis il faut tomber d'accord que jusque dans les vertus qui sont communes aux deux nations, on aperçoit là différence des principes qui les font agir.

Les sciences spéculatives sont plus cultivées a la Chine, bien que les Chinois n'y fassent paraître qu'un esprit médiocre. En récompense , ils ont le génie le plus perçant du monde , pour la police et' le gouvernement. L'éloquence et la poésie sont plus du goût des Japonnais , peu de peuples y réussissent autant qu'eux et ce n'est point une exagération de dire qu'il n'y a point de nation qui oonaaisse mieux le cœur humain, ni qui s'entende plus à le remuer, que ces in-^ salaires. Pour les arts, les Chinois sont itiventi6, mais ils ne perfectionnent presque rien. Les lapotmais qui se sont toujours reconnus leurs disciples», n'ont quasi en rien la gloire de l'invention, mais on peut dire que tout ce qui sort de leurs mains est fini : j'en excepte la pein-ture, où ils ne gaident aucune règle de perspective. On sait maintenant combien leur porcelaine et leur vernis l'emportent sur ce qui nous vi0nt de k Chine, en ce genre; nous avons aus$i vu en France quelques-uns de leurs ouvrages en argent et en acier; ainsi, je, laisse à juger si' c'eM avec justice qu'ils passent pour les

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meillears ouvriers de l'Asie. Personne n'ignore ^ue rien ne résiste à leurs sabres ; aussi un s^re du Japon , quand il est d'une bonne main , estil un présent digne d'un Roi. Les Japonnais portent l'estime qu'ils en font, jusqu'à en orner leurs plus beaux appartemens. La délicatesse avec la-, quelle ils travaillent est surprenante; j'ai lu d,ans unpurnaldes savans, impriipé à Trévoux, la description d'un ouvrage fait au Japon, et que le journaliste , qui disait l'avoir eu entre les mains, ne faisait point difficulté d'opposer au fameux colosse de Rhodes ; c'était une idole tout entière, bien proportionnée, distincte en toutes ses parties , assise dans une njiche, le tout fait avec la moitié d'un grain de riz; l'autre moitié faisant une manière de piédestal, sur quoi la divinité et la niche étaient posées.

. Le commerce de la vie est beaucoup plus aisé s^u Japon qu'à la Chine; les manières des Ja-. ponnais, leur sorte d'esprit, leur cérémonial, pour le. fond, s'accordent assez à ce qui ^t d'usage parmi nous. C'est ce qui paraît par les lettres des premiers missiojinaires^ qui ont travaillé, dans ces iles : on y trouve aussi des descriptions de palais et de maisons particulières, qui, comparées avec celles que le père le Comte nous a iaites des appartemens de Pékin , font voir que je n'avance rien sans fondement , quand je dis que ]fi goût japonnais n'est pas fort éloigné du goût £r§it3çais. Au lieu de ces grands enclos incultes

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et ^saiiya^ que- le^ Qimoi& foat passer pour 'leurs jardjins , on ne voit j chez, les Japoimaiâ , que des terrasses et des, parterres, où les fleurs içt les arlporissea^x toujours yerts jettent .une pd^sttr , dit le père LoiiisAlméïda, qujl surprend tpujouTSV quelque accojatumé que l'op y soit.

Nous ayons en Europe uq^pidée de la poli-^ tique des Japonnais , qui ne me paraît pas bi^u fondée; il est yrai. qu'en cela les Chinois soiit encore leurs maître ; mais ces grands politiques sont; les plus lâches des' hotomes,. et ne sayent jms les premier^ principes de l'art militaire. Ainsi, Ton peut dire que,, s'ils n'ont rien à çraiin-: 4re du dedans ,<il^ doiyent tout appréhls^ndet* du« dehors. IJn petit Roi tartare les a sulqugués de nos jours, et les Japonnais feur ont aoutesrt donné dfi, grandes inquiétudes ; ci^elid^nt le Japbn .est moins au pris^ de la Chine ^ que la Sayoyé>. par rapport à l'Italie » la France et F^spagne jointes epcisen^ble. A juger du Japon par le temps dont j'épris l'histoire 9 oa-conç<>it cpie lia yale^ir.de ses hahâtans^ et leur expérienee, au fait dd k^èrrey le mettent bie^ à éouyeft .d'une, nation f-étmnr/ gère, mais que les d^aut$, de sa politique l'ex-' posent à, de continuelles réycilutionà : ce qui a £^t dire à pliteiéurs historiens que les deu?s: |iers de, ces insulfôres : perissaiei^t: p^r> Ip; fer <nql par le f@u. Si tputeS3)is:^u^s hîrtoiriEiS' d^»^tf ytai , mille' ans et plus de règne dans une même Emilie ne. qçus dojqne&t pas uoe i4é^ 4'un gouyeroemwit

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