PROGRÈS DES TURCS
sortit de sa capitale, et la Hongrie fut envahie. II allait mettre le siège devant Belgrade, qui avait résisté à Mahomet II. La minorité de Louis H avait mis la Hongrie à la merci des nobles. , La trahison livra au sultan l'artillerie de la place, et, malgré le courage de quelques chefs qui n'avaient point oublié Jean Huniade, la garnison capitula le ao, août i52i. Le sénat de Venise donna une somme de trois cents ducats à l'envpyé turc qui vint lui annoncer la prise de Belgrade1.
Après Belgrade, ce fut le tour de l'île de Rhodes. Tant que cette île célèbre restait entre les mains des chevaliers de Saint-Jean de Jérusalem, la navigation de la Méditerranée n'appartenait point aux Ottomans. Rhodes était nécessaire au sultan, pour établir un point de communication entre Constantinople et l'Egypte récemment conquise.
(i) Le ier décembre i5ai, Venise renouvela ses anciennes capitulations avec les Turcs, et signa un traité en trente articles, dont l'original est déposé dans les archives de Venise : Capitulât o Suit a ni Su Ici ma ni, principe Antonio Grimant, per Marco Memmo. Ce traité réglait les droits du baile vénitien à Constantinople, et consacrait la liberté du commerce de la République avec les puissances barbaresques. Venise s'engageait à payer au Sultan deux tributs annuels, l'un de cinq cents ducats pour la possession de l'île de Zanthe, l'autre de dix mille ducats pour la possession de l'île de Chypre. (Hammer, Hist. de l'empire Ottoman, liv. XXV.)
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Le 18 juin î5a2. la flotte ottomane, forte de trois cents voiles, partit du port de Constantinople, tandis que Soliman, à la tête de près de cent mille hommes, s'avançait à travers l'Asie-Mineure pour aller par terre au golfe de Marmaris, en face de l'île de Rhodes. En comptant les marins et les ouvriers de toute espèce., le nombre des assaillants s'élevait jusqu'à deux cent mille1. L'artillerie turque se composait de plus de cent bouches à feu, parmi lesquelles on remarquait douze canons monstrueux, dont deux lançaient des boulets de onîeàdouze palmes decirconférence*. Pour résister a une telle attaque, la ville de Rhodes n'avait que cinq mille soldats et six cents chevaliers. Le Grand- Maître était un français, Villiers de l'Ue-Adam. On dit que son compétiteur malheureux, André d'Amaral, chancelier de l'ordre, avait lui-même appelé Soliman, pour se venger des chevaliers qui ne l'avaient jx>int choisi pour chef. L'Ue-Adam sollicita les secours de l'Europe ; mais le pape Adrien VI eut beau prêcher, les princes chrétiens étaient
(i) Fontanus, Debello Rhodio. — Jacques de Bourboo, Relation du siège de Rhodes.
(a) Quelques-uns de ces boulets, qu'on trouve encore devant les murs et dans l'enceinte de la forteresse, offrent la preuve matérielle de l'assertion presque incrovabledes historien*. M. d* Ranimer en a lui-même mesuré plusieurs.
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trop occupés de leurs propres querelles pour intervenir dans la cause des chevaliers. L'Église, que le schisme commençait à entamer, avait à peine des prières à leur offrir. L'île de Candie seule, que sa position rendait plus sensible à leur malheur, envoya un secours de cinq cents hommes, et avec eux l'ingénieur vénitien Gabriel Martinengo, qui dirigea les travaux nécessaires à la sûreté de la place , et inventa les contre-mines pendant le siège.
Les chevaliers déployèrent un héroïsme admirable. Les Turcs assiégeaient la place depuis quatre mois, et ils avaient perdu cent mille hommes; les uns étaient morts de maladie, les autres avaient péri les armes à la main. Le serasker Ahmed- Pascha, qui dirigeait le siège, était décidé à ne plus risquerd'assauts,etàse réduire au travail des mines et des tranchées'. Mais Soliman apprit l'épuisement de la place par les traîtres qui correspondaient avec lui; il ordonna de recommencer le siège, et Rhodes succomba. La capitulation fut signée le 1 1 décembre. Les chevaliers avaient un délai de douze jours pour sortir de l'île. Les églises grecques ou latines devaient être respectées. L'armée victorieuse devait se retirer à un mille de
(i) Jacques de Bourbon, Relation du siège de Rhodes.
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Rhodes. Mais qui pouvait contenir l'ardeur tumultueuse des janissaires? Le cinquième jour après la signature du traité, le jour de Noël, si sacré pour les chrétiens , les soldats de Mahomet forcent les portes de la ville, renversent les autels, brisent les statues, ouvrent les tombeaux des grands-maîtres; les images du Christ sont traînées dans la boue, et, du clocher de l'église Saint-Jean, la voix du muezzin appelle les croyants à la prière. A l'heure même où Rhodes était ainsi profanée, le pape Adrien célébrait le service divin dans la basilique de Saint-Pierre. Comme il priait avec le peuple, une pierre se détacha de la corniche et vint rouler à ses pieds. Cet accident fut regardé à Rome comme le présage de la chute de Rhodes, le dernier boulevard de la chrétienté1.
Villiers de l'He-Adam partit le r janvier i5a3. Lorsqu'il vint prendre congé du sultan , celui-ci dit à Ibrahim, son favori: a Ce n'est pas saus quelque peine que je force ce chrétien , dans sa vieillesse, à quitter ses biens et sa maison. » Les chevaliers abordèrent en Italie. Le Pape, qui leur devait un asile, leur donna la ville de Viterbe. Quelques années plus tard, Charles-Quint les recueillit dans l'île de Malte. Là encore ils défendi-
(i) Spandugino, ap. Hammer, Ht. XXV.