‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 15 sur 119 · GUERRES DE · texte numérisé non relu

GUERRES DE

Henri VIII à soumettre l'Ecosse, et Henri VIII, en retour, devait aider l'empereur à recouvrer la Gueldre et la Frise. Les deux princes s'étaient aussi occupés des moyens de détacher complètement les Vénitiens du parti de la. France* Un ambassadeur impérial et un ambassadeur anglais étaient arrivés en même temps à Venise, pour solliciter le sénat de se liguer avec l'empereur, sous prétexte de défendre l'Italie. C'était le pape Adrien VI qui était chargé d'humilier le duc de Ferrare , le plus fidèle allié des Français.

Cependant Henri VIII n'avait point attendu la conclusion du traité de Windsor pour rompre ouvertement avec le roi de France. Le 29 mai , le héraut d'armes de l'Angleterre était arrivé à Lyon, où se trouvait François I*. Il était chargé de lui déclarer la guerre, au nom de Henri VIII, si le roi ne consentait à conclure avec l'empereur une trêve générale, dans laquelle le Saint-Siège, Florence et le Milanais devaient être compris. Henri réclamait au$si l'arriéré des sommes que la France s'était engagée à payer à l'Angleterre. Mais François I" rejeta hautement la trêve, et déclara qu'il ne lui convenait pas de donner de l'argent à ceux qui en prêtaient à ses ennemis1. Les hostilités

(1) Journal de Louise de Savoie.— Guicciard., lib.XV, c. 1.

commencèrent immédiatement. Le vice -roi d'Irlande, Thomas Howard, Ut une descente en Bretagne , et pilla Morlaix , ville fort riche alors par ses relations commerciales avec l'Angleterre. Les environs de Cherbourg furent aussi ravagés. En même temps une armée anglaise, commandée par le duc de Suftblk, beau- frère du roi d'Angleterre, descendit à Calais, et, après avoir tenté de surprendre Boulogne, alla se joindre aux impériaux, dans les Pays-Bas, La Picardie fut envahie par les alliés, mais sauvée par la prudente tactique du gouverneur de la province, le duc de Vendôme, auquel s'était joint La Tremoille, gouverneur de Bourgogne, En même temps, les Espagnols étaient contenus du côté des Pyrénées. Le brave Daillan du Lude avait héroïquement défendu Fontarabie; et le maréchal de Chabannes, un de ceux qui venaient d'échapper au désastre de la Bicoque, avait ravitaillé la place, et refoulé les Espagnols dans les montagnes de la Biscaye1.

Tandis que Charles-Quint ne songeait qu'à la guerre et aux intérêts politiques, la révolution religieuse continuait de s'accomplir en Allemagne. Les décrets de la Diète de Worms n'avaient point été exécutés. Luther gagnait chaque jour de nou-

(i) Martin du Bellay, Mémoirff, IW* II-

LUTHER ET CARLOSTAD. 91

veaux partisans, et, comme il arrive à tous les chefs de secte, il était déjà dépassé par ses disciples. Garlostad niait la présence réelle, comme Zwingli, le réformateur de la Suisse, et, s appuyant sur ce précepte du Décalogue : Tu ne feras point d'images taillées, il soulevai! la jeunesse de Wittemberg, et allait dans les églises briser les crucifix, dévaster les autels, et faire, comme il disait, un grand carnage d'idoles. A la nouvelle de ce tumulte, Luther rompt son ban et sort de la Wartbourg, malgré la défense de son protecteur, Frédéric de Saxe. 11 sait qu'en se rendant à Wittemberg, il expose sa liberté et sa vie; mais il compte sur une protection plus haute que celle de l'électeur. Le motif de son retour précipité, c'est que pendant son absence Satan a pénétré dans sa bergerie. Ne faut-il pas qu'il rappelle ses disciples à la modération et à la vérité 1 ? A* peine arrivé à Wittemberg, il condamne publiquement Garlostad et ses adhérents. 11 leur défend, au nom de l'Évangile, d'appeler la violence au secours de la doctrine : « Je condamne les images non pour qu'on les brûle, mais pour qu'on n'y mette pas sa confiance... C'est par la parole seule qu'il

(i) Luther. Ëpistol. in quà reditum siram ex pathmo excusât duci Frederico electori (7 mars i5aa),

faut combattre, par la parole qu'il faut vaincre, par la parole qu'il faut détruire ce qu'ils ont élevé par la force matérielle... C'est la parole qui, pendant que je dormais tranquille ou que je buvais ma bière avec mon cher Mélanchton et mon cher AmsdorfF, a tellement ébranlé la papauté que jamais prince ni empereur n'en ont fait autant1.» Mais Luther était impuissant à calmer les orages qu'il avait soulevés. 11 voyait les peuples sourdement agités, les princes prêts à saisir le glaive. Tout en prêchant la paix, il pressentait des événements sinistres, et il lui semblait voir l'Allemagne nager dans le sang.

Les Turcs, déjà si puissants en Europe, devaient mettre à profit les dissensions des princes chrétiens et les déchirements de l'Église romaine. Sélim, après avoir langui quelques années, mourut le 22 septembre 1 52o, laissant le trôneà Soliman-le- Grand, à Soliman le législateur, comme l'appellent les historiens orientaux. Cet astre s'était levé en Orient, au moment même où Charles -Quint paraissait à l'horizon opposé. Le nouveau règne s'annonça par des conquêtes. Après avoir visité les tombeaux de son père et de ses aïeux, Soliman

(i) lettres de Luther, 1 5a a. t— Sermon intitulé: Quid christiano prœstandum.

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