WY. III, CHU*. I
tandis que l'Égypte, la Grèce et Rome, obéissant au génie des peuples méridionaux , reconnaissaient partout des divinités locales et leur élevaient des temples, des autels, des statues, les hommes du Nord, les Celtes, les Germains, les Scandinaves, conservaient dans leur âme l'idée vague de l'Etre infini, et, loin de lui sculpter des images ou de l'emprisonner dans des enceintes, ils lui donnaient pour séjour ou pour temple les nuages, l'Océan, les forêts. Et ce contraste ne venait pas seulement de la volonté des peuples , mais de la différence t des climats. Dans le Midi, le culte de la nature est sinon imposé, du moins conseillé à l'homme par la beauté de la nature elle - même. Dans les pays froids, au contraire, l'homme, ne recevant du dehors que* des impressions tristes, goûte moins les signes extérieurs, et se recueille en lui-même pour se nourrir de sa pensée. Cependant le christianisme paraissait destiné à rallier tous les climats à une foi commune. En effet il venait rappeler, dans sa pureté première, l'idée religieuse si chère aux peuples septentrionaux; en même temps il permettait les emblèmes, si nécessaires aux imaginations méridionales, pourvu que ces emblèmes fussent adorés non pour eux-mêmes, mais pour l'idée qu'ils représentaient Tant que le christianisme resta ce qi** piiu l'avait foit, c'wfr^dire esprit et intel-
histoire j>i l'église. S
iigepce dans la doctrine, amour et charité dans la pratique, les schismes, les hérésies ne furent que de rares exceptions, et les protestations individuelles vinrent se briser contre le faisceau de Tu* nité catholique.
On peut distinguer plusieurs époques dans Ibistoire de l'Eglise. La première, c'est celle de l'Eglise naissante et persécutée; c'est le temps où la pureté, la simplicité, la constance des premiers chrétiens contrastaient, d'une manière si frappante, avec la corruption , l'orgueil et la mollesse auxquels sacrifiait le monde ancien. Le Christ était
venu revendiquer les droits éternels de la raison sur les sens , de l'esprit sur la matière. Ceux qui croyaient étaient tous unis ensemble, et tout ce qu'ils possédaient était commun entre eux. Us vendaient leurs terres et leurs biens, et ils en distribuaient le produit à chacun, selon ses besoins1. Us se réunissaient à certains jours marqués, et s'engageaient à suivre jusqu'à la mort la parole de leur maître, c'est-à-dire, à respecter la vérité, la justice, la pudeur, à repousser jusqu'à l'ombre d'une mauvaise pensée, à rendre le bien pour le mal, à se dévouer même pour leurs ennemis*.
(1) Actes des apôtres, chap. II, vers 44 et 45.
(a) Les païens eux-mêmes ont rendu justice aux mqgurs des
4 tIV. III, GHAP. t.
Comme la charité était ardente et pénétrait tous les cœurs, de même la doctrine était simple .et entrait d'elle-même dans les esprits. Le culte, d'accord avec la morale et la doctrine, n'était surchargé ni de pompeuses cérémonies, ni de minutieuses pratiques. Mais ce que nous devons surtout remarquer, c'est qu'alors on mettait la doctrine avant les pratiques et les mœurs avant la doc- . trine. Le catéchumène était soumis à une épreuve qui durait deux ans et quelquefois davantage. Pour l'admettre dans le sein de l'Église, on ne regardait pas seulement s'il accomplissait les pratiques et s'il savait la loi, mais s'il corrigeait ses mœurs, et l'on en vit dont le baptême fut différé jusqu'à la mort1. On suivait la maxime de Platon,
premiers chrétiens. On connaît la lettre de Pline-le-Jeune à Trnjan (Epist. X, 97 ). • Affirmabant hanc fuisse somma m culpae su» vel errons, quôd essent soliti, slato die, nnlc lurem convenire, carmenque Christo quasi Deo dicerc scenm invicem, seque sacramento non in scelus aliqnod obstringere, sed ne farta, ne latrocinin, ne adulteria committrrent, ne fidem fallerciit, ne depositum appellati abnegarento. Voilà ce que la loi romaine poursuivait au temps des Empereurs, connue elle avait jadis poursuivi, nu temps de la république, la sucicicdes Bacchanales, dont les membres s'engageaient par scnmità violer toutes les lois divines et humaines.
(i)Eusèbe, Hist.eecles. liv. VI, chaj». 1 5 — Origcn. in Lve. homil. 8.
HISTOIBK DE L'ÉGLISE. 5
qui avait dit, en véritable précurseur du chrisuV nisme : «Le service divin ne consiste point dans les offrandes et dans les présents, mais dans une disposition sincère à suivre la volonté divine, et à faire soi - même par des actions vertueuses son bonheur et celui d'autrui1.» Le même philo* soplie se plaignait que de son temps il y eût à Athènes deux espèces d'impies : «Les uns nient la réalité de la Providence et se moquent des serments, des sacrifices, enfin de tous les actes du service divin; et cependant ils n'en détestent pas moins les actions injustes, et ils vivent aussi honnêtement que les plus zélés adorateurs de la Divinité. Les autres, qui ne croient pas davantage, tombent dans toutes sortes d'excès et de méchancetés ; mais ils cachent leur incrédulité sous de vaines pratiques, et font accroire aux faibles qu'avec certains sacrifices et certaines cérémonies, on peut effacer la peine due à ses fautes et se procurer une vie heureuse après la mort du corps*. » Ne dirait- on pas que ces paroles sont extraites d'un père de l'Eglise? Elles sont pourtant textuellement tirées de la République de Platon. La cité qu'avait rêvée le philosophe fut réalisée dans ce
(1) Platon, Euthyphron.
(a) Platon, République, liv. H,
6 LIV. III, CHÀP. I.
qu'elle avait de praticable par la république religieuse des premiers chrétiens.
Nous n'avons pas besoin de rappeler avec quel courage et quelle humilité tout ensemble les disciples du Christ affrontaient la mort pour confesser leur doctrine, eux qui se résignaient pendant toute leur vie à la plus mauvaise fortune, qui ne s'inquiétaient point des choses de la terre, et qu'on n'avait jamais vus se révolter contre les plus mauvais empereurs. Au second âge de l'Eglise, quand, après tant d'épreuves, elle obtint non pas seulement la liberté, mais la puissance, sans être aussi «mie et aussi héroïque que dans les premiers jours, elle usa de son pouvoir dans l'intérêt de l'humanité, et interposa sa médiation tutélaire entre l'empire et. les barbares. Toutes ces richesses que les princes et les peuples entassaient dans les églises ou dans les monastères, étaient considérées non comme la propriété personnelle des évêques ou des abbés, mais comme un dépôt destiné à guérir toutes les souffrances, à soulager toutes les infortunes. De là ces fondations d'hôpitaux , les uns pour les enfants, les autres pour les vieillards, d'autres pour les malades, d'autres pour les étrangers et pour les passants. Et, en fait de pauvres ou de malades, on ne distinguait pas du chrétien l'hérétique ou le païen. Ce n'était pas le croyant,
HISTOIRE DB t^GLlSE. f
c'était l'homme même que l'on voulait sauve*. L'empereur Julien rendit celle justice à ceux dont il combattait les opinions. Dans sA lettré à Àraace, pontife de Galatie, ce prince attribue les progrès du christianisme à trois causes principales : à l'hospitalité envers les étrangers, âu soin des sépultures et à la gravité des mœurs, a 11 ne faut pas, dit Julien, que les Galiléens nous fassent rougir , en neuf* rissant à la fois les leurs et les nôtres, » Et il étt~
gage Arsace à rivaliser d'humanité avec les chrétiens ; il l'autorise à ouvrir des asiles publics, et a prélever pour les pauvres une partie des irap6t*'« Mais pour agir 11 faut croire , pour croire il faut vivre, et le paganisme n'était plus qu'un cadavre, que la parole de l'empereur ne pouvait ranimer^ Quand les richesses affluèrent dans l'Eglise, elle se permit un luxe innocent, destiné à réjouir k multitude par des spectacles solennels. L'or, l'argent, les pierres précieuses commençaient à brille? dans les nouveaux temples; mais tous ces ornements passaient souvent en bonnes oeuvres, surtout dans les temps de calamités publiques. À» commencement du cinquième siècle, la famine désolait les environs de Toulouse : l'évêque de cette ville, Exupère, après avoir distribué tous ses
(i) Julian. Epiât. XLYIIL
biens, qui étaient considérables, vendit les croix d'or et les vases ciselés, pour donner du pain à son peuple, et il fut réduit à célébrer l'office sur un autel dépouillé, avec une croix de bois; et il s'en allait par la ville, portant aux malades l'hostie dans un panier d'osier et le vin sacré dans un calice de verre. L'évêque de Nola, saint Paulin, après avoir tout vendu , se vendit lui-même pour racheter le fils d'une femme veuve. Ainsi les trésors do l'Eglise et la personne même du prêtre appartenaient aux malheureux, et, selon la chrétienne expression de l'abbé Fleury, tout cédait à l'entretien des temples vivants du Saint-Esprit '.
Ce ne sont point les richesses ni la puissance qui corrompent; la philosophie ancienne le répétait avec raison. Les choses extérieures ne sont ni bonnes ni mauvaises en elles-mêmes : tout dépend de la volonté qui les met en œuvre, et qui en use bien ou mal. Si l'Église romaine fut obéie et respectée dans la première moitié du moyen-âge, c'est qu'elle conserva, après sa victoire, quelque chose de la pureté des anciens jours; c'est qu'elle se servit de son pouvoir et de ses richesses, comme elle aurait dû toujours le faire, non dans l'intérêt particulier de ses ministres, mais dans l'intérêt général de la civilisation et de l'humanité.
(i) Fleury, Mœurs des chrétiens, chap. 5t.
HISTOIRE DB l/^GLISE. ^
U vint un temps où l'Eglise voulut s'approprier ce qu'avait refusé son fondateur, tous les royaumes de la terre. Le moine Hildebrand, devenu pape, écrivait à la nation germanique : « Que l'empereur ne s'imagine plus que l'Eglise lui est soumise comme une esclave; mais qu'il sache qu'elle lui commande en souveraine'.» Il prétendait donner ou retirer l'empire comme un fief dépendant du Saint-Siège | et il s'écriait en plein concile: « De la part de Dieu tout-puissant , je défends à Henri IV de gouverner le royaume teutonique et l'Italie. Je délie les chrétiens du serment qu'ils lui ont prêté, et je leur défends à tous de le servir comme roi'.» Mais du moins cette ambition était ennoblie par des projets de réforme universelle. Grégoire VII , élevé dans la règle d'une austère discipline, voulait épurer les mœurs de la chrétienté tout entière; il flétrissait le scandale des cours; les princes qu'il condamnait étaient presque tous condamnés par l'opinion des peuples, et, dans cet âge de fer où la force décidait tout, l'anathème pontifical était un frein salutaire pour les nobles et pour les rois. Alors le pontife croyait
(i) Non ultrà putet sanctam Ecclesiam sibi subjectam ut aneillam, sed praelatam ut dominant. (Gregorii VII epist, lib. IV, ep.3.)
(a) Bernried, Vtla Cregorti VU, ap. Bfuratori, t. III.
kO LIV. III, CHAP. I.
au Dieu dont il était le représentant , il se reconnaissait soumis lui-même à la loi qu'il prêchait au monde, et, comme a dit un éloquent orateur1, sa doctrine n'avait point à rougir de ses actions.
Au seizième siècle, au contraire, la papauté, la tête et l'exemple du monde catholique, n'était plu» qu'une royauté temporelle, qui semblait abandonnée de l'esprit divin. Alexandre VI, qui était à luimême son dieu , avait mis dans la chaire de saint Pierre toutes les passions humaines. Jules II, qui avait ceint le glaive et qui entrait dans les villes par la brèche, ressemblait plutôt à un consul romain qu'au pasteur de la chrétienté. Léon X, leur successeur, sans avoir la profonde immoralité du premier ou la triomphante énergie du second, n'avait ni le cœur assez pur, ni le bras assez fort pour conjurer l'orage qui commençait à gronder. Ce pontife, de la puissante maison des Médieis , nourri dans les honneurs de l'Église (il avait été fait cardinal à quatorze ans), avait mené une conduite assez régulière en apparence jusqu'à son avènement au pontificat; mais une fois pape, et il le fut à trente-six ans, il ne prit plus la peine de jeter aucun voile sur la licence de ses mœurs. Au
milieu de ses désordres, il resta fidèle aux tradi-
(i) Massillo», Carême.
HISTOIRE DE L'ÉGLISE. If
fions des Médicis : il encouragea les savants, les artistes et les poètes. On le voyait assister à la Sophonisbe du Trissin, applaudir aux comédies licencieuses de Machiavel, ou faire représenter les ouvrages de Plaute et ressusciter au Vatican l'ancienne comédie latine. C'était assez pour illustrer son nom et son siècle; ce n'était point assez pour sauver l'Église , et pour rétablir les mœurs , la discipline et la foi.
Léon X lisait peu la Bible, et le cardinal Bemhn, qui empruntait à Cicéron ses locutions païennes, Deorum immortalium benefîciis, recommandait à Sadolet de ne pas se perdre le goût par la lecture de saint Paul1. Encouragée par de tels exemples, la liberté de penser n'a plus de bornes en Italie. Tandis que l'on continue de bâtir des églises, la philosophie ruine la base de toute croyance. Les uns, comme Pomponat de Mantoue, doutent de l'immortalité de l'âme, ou du moins prétendent qu'on ne peut la prouver par les lumières de la raison*; les autres, tels que Cisalpini d'Arezzo, interprètent Aristote à la manière d'Averroès : ils soutiennent que Dieu n'est pas la cause, mais le
(i) Omitte h as nugas, non enim décent gravem virum taies meptiae. ( Bemb. Epist. )
(a) Pétri Pomponatiï tractatns de Immortalitate anima, Bononûe, i5i6.
19 LIV. JIJ, CHAP. I.
fond même du monde, la substance universelle d'où tout vient et où tout va1. Quand le pouvoir ecclésiastique voulut arrêter ces doctrines, il était trop tard: l'athéisme et le panthéisme avaient fait irruption non - seulement en Italie , mais dans Rome et jusque dans le sein du consistoire". Sans doute il y avait encore des croyants parmi les prêtres , et le nombre en augmenta plus tard , quand la lutte eut retrempé l'Eglise; mais, au moment où s'engagea le combat, il y avait dans les hauts rangs du clergé incrédulité et corruption. Pour ces ministres dégénérés, les images n'étaient plus que des idoles, et ils ne sacrifiaient qu'à leurs passions, c'est-à-dire à ces dieux de chair et de sang que le Christ était venu détrôner.
Saint Bernard avait prévu cette décadence , quand il s'écriait au temps des croisades : « Oh !
(i) Andréa? Cisalpini quaestiones peripatetica?.
(a) Tria paucissimi Rom* credunt, animarom immortalitatem, communionem sanctorum et infernorum pœnas. Existimo cnim, si animam crederent immortalem, utique eam excolerct quisqae, ejusqae commodis inserviret; nanc corporis voluptatem in tantura sectantur, ut animam premant modis omnibus. Illam vero beatorum communionem si quid facerent, etiam ejus participes esse vellent Porrdde pœnisinferorum vel ver bu m dicere,interpraeclaroshosQuirites,proanili est fabulé. (Ulrich de Hutten, Trias Roman a, dialogue publié sous le pontificat de Léon X.)
HISTOIKE DE fc'fcUftE. l3
qui me donnera de mourir en voyant l'Église de Dieu telle qu'elle était dans les premiers jours 1 ! » Pour remédier au mal, il fallait une réforme paisible, régulière, accomplie dans l'Eglise et par l'Eglise. Les conciles de Constance et de Bâle parurent entrer dans cette voie: ils se proposaient, c'était la formule consacrée, de réformer V Eglise dans son chef et dans ses membres. Mais les papes ne purent s'entendre avec les conciles : les conciles déposaient les papes; les papes ne voulaient point reconnaître les canons des conciles. La guerre était au sein du sanctuaire. Des lors on put prévoir que la réforme viendrait du dehors, et triompherait par la violence, a On se jettera sur nous, écrivait le cardinal Césarini au pape Eugène IV, quand on verra que nous promettons en vain de nous corriger.... La coignée est à la racine, l'arbre penche, et, au lieu de le soutenir pendant que nous le pourrions encore, nous précipitons sa chute; Dieu nous ôte la vue de nos périls, comme il a coutume de faire à ceux qu'il veut punir; le feu est allumé devant nous, et nous y courons*.» Wicleff avait donné le signal en Angleterre; WiclefT inspira Jean Huss, et la Bohême retentit de ce cri :
(i) S. Bernard. Epist. a 5 7.
(a) César in i Epist. apnd OEn. Sylviurn, Commenter, de geslis Basiliens. concil.
i4 urv. m, CHAJP. I.
Guerre au pape et guerre aux images! Un coneiie arrêta Jean Huss, et le livra au bras séculier, qui te fît périr par le feu; mais le réformateur devait être vengé. Quand le dernier des Gracches, a dit un tribun moderne, tomba sous les coups des patriciens, avant d'expirer il jeta de la poussière contre le ciel, et de cette poussière naquit Marius : ainsi Jean Huss ne périt pas tout entier; de ses cendres sortit Luther, et la Rome moderne fut ébranlée comme l'ancienne.
Martin Luther était né à Eisleben, dans le comté de Mansfeld , en 1 483, Tannée même où Savonarole commença ses prédications à Florence. Après avoir fait ses premières études à Eisenach, il entra, en i5oi, à l'université d'Erfurth. Il s'occupa d'abord de la science du droit; mais son ardente imagination se trouva mal à Taise dans le dédale des lois humaines, et, voulant remonteràleur source, il quitta la jurisprudence pour la théolologie. En i5od, il vit un de ses amis, frappé de la foudre, tomber mort à ses pieds; il fit vœu de se faire moine s'il échappait, et quatorze jours après il était dans le couvent des Augustins. Il y resta, malgré les prières et les larmes de sa famille, et ses hautes facultés se développèrent dans le sir lence du cloître. C'est là qu'il se forma à l'exercice de la parole, et qu'il recueillit cette immense
LUTH1H. î5
érudition dont il devait s'armer plus tard contre la papauté.
Luther avait entendu raconter, dans son enfance, les crimes des Borgia et les scandales de l'Eglise. Sous Jules II, il fit un voyage en Italie; il vit de ses propres yeux ce belliqueux pontife, luttant, non plus comme au raoyen-àge pour la propagation de la foi, mais pour l'agrandissement de son royaume temporel. Il remarquait qu'eu Italie, comme en Allemagne et dans presque toute l'Europe, les couvents et les évêcbés avaient des revenus qui augmentaient sans cesse, et que ces revenus, au lieu d'être comme autrefois consacres au bien du peuple, n'étaient plus que des instruments de luxe et de vanité'. Le culte lui paraissait une forme vaine, la doctrine une lettre morte qui avait besoin d'être renouvelée par l'esprit. Le prêtre répétait les paroles sacrées sans se mettre en peine de les comprendre et de les expliquer; et cependant, au moin-
(i) Au quinzième et mèrne au quatorzième siècle , plusieurs princes de l'Europe avaient fait de vains efforts pour réformer, dans leurs Etats, les mœurs du clergé. L'empereur Charles IV écrivait, en i35>9, à l'archevêque de Mayence : « De Christi patrimonio, ludos, hastiludia et toi ncamenta exercent; habituiu militarem cum praetextis aureis et argeuteis gestant et calceos militares; comam et barbam nutriunt, et nihil quod ad vitam et ordinem ecclesiasticuin spectet ostendunt. »
f6 uv. m , cBap. r.
dre signe de doute ou d'incrédulité, il appelait à son aide le bras du pouvoir séculier. La justice , qui ne doit connaître que des actes, informait contre les opinions et pénétrait dans le sanctuaire de la conscience. Les tribunaux ecclésiastiques euxmêmes, qui n'auraient dû prononcer que des peines spirituelles, étaient prodigues de supplices, et les conciles faisaient dresser des bûchers. Grégoire VII avait donné, dès le onzième siècle, le dangereux exemple d'appeler le glaive au secours de la foi. «Mon cher fils, écrivait-il a Guillaume de Normandie, la foi divine te montre en peu de^nots ce qu'il te convient de faire : Maudit soit l'homme qui épargne son glaive et qui l'écarté du sang! c'està-dire, qui se refuse à faire périr pour la doctrine ceux qui vivent dans la chair1.» C'était d'après ces principes, aussi contraires à l'humanité qu'au christianisme bien entendu, quel'inquisition d'Espagne s'était organisée , dans les dernières années du quinzième siècle.
> Un esprit bien différent commençait à se ma*
nifester dans le nord de l'Allemagne, et surtout dans la nouvelle université que l'élecleur de Saxe, Frédéric-le-Sage, avait fondée à Wittemberg. C'était une des premières universités où le plato-
(i) Gregorii VII Epist. *d GniUelm.