‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 8 sur 119 · PROGRÈS DE LUTHER · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LUTHER

Luther et son humeur impétueuse : « II me semble, lui écrivait-il, que Ton avance beaucoup plus par une modération politique que par un aveugle emportement.... Il faut prendre garde de ne rien dire, de ne rien faire qui sente l'arrogance ou la révolte. Telle est, à mon avis, la méthode qui convient à l'esprit du Christ » Mais Luther ne se laissa point amollir par les conseils d'Erasme, pas plus qu'Erasme ne se laissait emporter par la fougue de Luther. Ces deux hommes, jetés dans le liiême siècle avec une nature si différente, n'avaient aucune prise l'un sur l'autre. Le réformatpur rompit sans retour avec l'Eglise Romaine en publiant le livre de la Captivité de Babylone ( 1 5ao). « Que je le veuille ou non, dit-il au commencement de cet ouvrage, je suis forcé de devenir chaque jour plus savant, exercé et poussé, comme je le suis, par tant de maîtres à la fois. Il y a deux ans, j'ai écrit sur les indulgences, mais de telle façon que jç, rt^etle singulièrement d'avoir publié mes premi & ouvrages; car j'étais encore enchaîné à la superstition romaine, et je m'abstenais d'attaquer le principe même des indulgences , que je voyais approuver par tant de monde. 11 n'y a rien là d'étonnant: j'étais seul à rouler ce rocher. Mais , grâce à Sylvestre

(î) Erasm. Epist. ad L'jlhcr., iîiq.

36 liv. ni, chap. n.

et aux autres frères qui les ont si bravement* défendues, j'ai compris que c'étaient des impostures, inventées par les flatteurs de Rome pour enlever aux hommes leur foi et leur argent. Plaise à Dieu que tous les libraires , que tous mes lecteurs brûlent tout ce que j'ai écrit jusqu'ici, et substituent à mes premières paroles cette unique proposition : Les indulgences sont des jongleries, inventées par les flatteurs de Home!» Quant à la papauté, à laquelle Luther avait reconnu jusque-là quelques droits humains, à défaut de l'infaillibilité divine, ce n'est plus queje règne de Babylone etdeNemrod lefort chasseur1. L'Église est captive comme autrefois

(i) Velim , nolim , cogor in dics eruditior Geri, tottantisquc mngistris certatim me urgcnlibus et cxercentibus. De indulgentiis anteduos annos scripsi, scd sic ut me nunc mirum in modum pœniteat editi libclli. Hnercbain cnim id temporis magna quâdam superstitione Roroanac tyrannidis; itaqtte indulgcntias non peuitùs rejicicndas esse ccnsebam, quas tanto hominum conscnsu cernebam comprobari. Ncc mirum, quia solus lùm volvebam hoc saxum. At posteà, beueficio Sylvcstri et fratrum adjutus qui slrcnuè sunt illas lutali, intcilexi casaliud non esse quàm mcras adolatorum Romanorum i m postulas, quibus et fidcm Dei et pecunias hominum perdereut. Atquc utinara à bibliopolis qucain impelrarc et omnibus qui legerunt persuaderc ut universos libcllos mcos de indulgenliis exurant, et pro omnibus quae de cis scripsi hanc proposilioncm appréhendant : Indulgcnliœ sunt adulatorutn Romanorum ncquûiœ!,..

Page 1