‹ Histoire de l'Europe au 16e siècleChapitre 9 sur 119 · PROGRÈS DE LUTHER · texte numérisé non relu

PROGRÈS DE LUTHER

Jérusalem, et le Christ lui-même gémit prisonnier dans la geôle pontificale.

Quand l'ouvrage parut, l'auteur était déjà condamné. Léon X avait ménagé les novateurs pendant le vicariat de Frédéric; mais il se sentit plus à l'aisé lorsqu'il y eut un empereur, dont les intérêts faisaient cause commune avec les siens. La bulle du 1 5 juin i5ao avait condamné les œuvres de Luther, et en avait défendu la lecture; Luther lui-même était menacé d'excommunication, s'il ne se rétractait dans l'espace de soixante jours. Il répondit à cette bulle, qu'il appelait X exécrable bulle de V AntichrisV. Mais il ne se contenta point de répondre : le 10 décembre, il se rendit à la porte orientale de Wiltemberg,avecun grand nombre de professeurs, d'étudiants et d'habitants de la ville. Un bûcher était préparé; il y jeta le livre des Décrétâtes , les écrits de ses adversaires et la bulle d'excommunication , en s'écriant: « Puisque tu as troublé le saint du Seigneur , tu seras livré au feu éternel. » Si l'on me demande, disait Luther, pourquoi j'en agis ainsi, je répondrai que c'est

Quùm papatum negasscm divini, admisi esse humani juris; niinc autem scio et certus sum papatum esse regnum Babylonis et pounùam Nimrod robusU venatoris. (De captivitatc Babylonicà Ecclesiae, inter opéra Lutheri, Iena, 1 557.)

(i) A.dversùs exsecrabilem AntUChristi bullam, i déc. i5ao.

une vieille coutume de brûler les mauvais livres'; les apôtres en ont brûlé pour cinq mille deniers1.

L'empereur hésitait à prendre un parti. Comme chef du corps germanique, il n'était pas fâché de voir humilier la cour de Rome, qui ne s'était pas toujours montrée favorable aux prétentions des Allemands sur l'Italie, et qui, depuis Jules II, n'avait cessé de travailler plus ou moins ouvertement à ce que les Italiens appelaient l'expulsion des barbares. Sous ce rapport la réforme était un événement heureux, et pouvait fournir aux Germains des prétextes nouveaux d'invasion et de conquête dans cette Italie qu'ils avaient toujours convoitée. Charles V le sentait bien', et il était assez disposé à en profiter. Mais, d'un autre côté, favoriser les innovations religieuses, ce n'était pas seulement mécontenter ses provinces d'Espagne où là ferveur catholique était si vive, c'était aussi affaiblir le pouvoir impérial en Allemagne; car une des raisons qui portaient tant de princes et tânt de villes de la Confédération à embrasser les opinions nouvelles, c'était l'espoir de s'affranchir en matière politique aussi bien qu'en matière religieuse, et de secouer le joug de l'empereur en même temps que

(i) Voyez la justification de Luther : Quare pontîficis Romani libri a Luthero combusù sint, t. II.

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