‹ Histoire de l'évangélisation des Lapons [microforme]Chapitre 33 sur 33 · ÉTAT ACTUEL DE CETTE MISSION · texte numérisé non relu

ÉTAT ACTUEL DE CETTE MISSION

Dans cet extrême Nord, sous un climat aussi ri- Boureux et au sein de populations à demi nomades dont tous les efforts, et souvent les efforts les plus héroïques, n’ont d'autre bnt que celui de ne pas mourir de faim, il ne saurait être question

d'un développement qui offre quelque intérêt, ni même d’une histoire digne de ce nom. Toute la vie de ce peuple

est monotone comme les glaces et les rochers au sein desquels il habite, Aussi ne saurions-nous SON£ :7 à poursuivre pas à pas l'histoire de la mission au Labrador, Nous ne pou- “ons en mentionner çà et là que les points les plus saillants, ceux qui üccusent quelque progrès marqué dans le développement de ces quatre stations,

Les influences du réveil de 4804 temps sentir avec bénédiction tout rentra duns le cime,

se firent long- ; Mais peu à peu la tiédeur prit Ja place

du zèle, et les issionnaireseurent pendant de lon-

même Jusqu'à ces derniers temps, à se plaindre du peu de la vie de leurs petits troupeaux, Et pourtant la bénédiction de Dicu no

leur fit pas défaut et La statistique accuse un progrès réel et constant. Nous avons dit qu’en 1800 l'on comptait dans les trois stations fondées jusqu'alors 228 Esquimaux, dont 110 avaient été reçus dans l'Église par le baptême, En 1821, c'està-dire un demi-siècle après la fondation de cette mission, on en comptait 584, dont 471 étaieni baptisés. À cette époque, les missionnaires avaient déjà administré le baptôine à 392adultes et 388 enfants. A la fin de 1829, on Cumptait à Hoffenthal 195 habitants; à Nain, 236, et à OKkak, 288; en tout, 819. À la fin de l’année 1844, il y avait à Hoffenthal 222 labitants, dont 63 Communiants; on en comptait à Nain 320, parmi lesquels se trouvaient 88 communiants; à Okak, 395, dont 179 participaient à la sainte cène, et 155 étaient des enfants au-dessous de douze ans ; enfin, à Hébron se trouvaient 233 habitants, parmi lesquels on comptait 63 communiants. En tout : 1,170 Esquimaux placés sous les soins des inissionnaires, et dans le nombre 393 communiants, Dès lors jusqu’en 1861 les chiffres sont restés sensiblement les mêmes. Is auraient même légèrement fléchi plutôt que

1163 Esquimaux, dont 354 Participaient à la sainte cène, Différentes causes peuvent expliquer cette légère décroissance : lu rigueur des derniers hi-

vers, les famines horribles auxquelles ces Esquimaux ont été exposés. et les épidémies qui ont ré gué parmi leurs chiens, et qui les ont décimés à tel point que de plusieurs centaines il n'en restait, en 1859, à Naïn que six, et cinq à Hébron, en sorte que les pauvres gens ont dû s’atteler euxmêmes devant leurs traineaux. Ajoutez à cela l'iavasion des coutumes européennes, et en particulier l'usage du caféet du thé, qui ne conviennent nullement aux hommes des régions polaires, parce qu'ils les rendent Plus délicats et moins propres à supporter les froids rigoureux; enfin, l’influence des marchands qui, arrivant du sud en nombre toujours plus considé able, entraînent, par leurs paroles et leursexemples, les Esquimaux dans toutes sortes de vices, et les cngagent en Particulier à faire usage de l’eau-de-vie, appelée avec raison par ces indigènes : eau-de-folie, Les missionnaires se plaignent amèrement de l'influence exercée par ces prétendus chrétiens.

Au progrès extérieur, consistant dans le nombre croissant des indigènes qui viennent se placer sous l'influence des missionnaires, est venu s'a- Jouter un autre progrès non Moins réel et non moins réjouissant, celui de la traduction des 1ivres saints dans la langue de ces peuplades, Les

missionnaires se sont mis de bonne heure à ce travail. et lu €

iblique éritannique et étrangère ä voulu se charger de tous les frais d'impression. De 1810 à 1827, clle a pu donner l’un après l'autre,

à ve ce ler toi re] ral tra des chi ave pat vin Elle et v tou l'ai:

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duc vres édit Can!

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Naïn Esqi les a dès ]

à chacun de cestroupeaux, lous les livres du Nouveau Testament traduiis dans leur langue: et ceux-ci lui ont exprimé leur reconnaissance à leur manière et selon leurs moyens. Un grand tonneau d'huile de phoque est venu à piusieurs reprises témoigner aux Directeurs de cette admirable Société qu’en envoyant au Labrador la Bible traduite en Esquimau, ils n'avaient point obligé des ingrats. Les enfants même apportaient à chaque occasion leur petite offrande, demandant avec instance qu’elle ne fût pas méprisée, Une pauvre femme, qui ne possédait rien au monde, vint un jour toute joyeuse vers les missionnaires, Elle avait trouvé une vingtaine d'œufs ce canard, et voulait les envoyer à la Société biblique en retour de ce bon livre qui lui avait appris que Dicu l’aimait, Dès lors cette belle ire & continué; on 1830, les Esquimaux reçurent la traduction du livre des Psaumes:; en 1841, celle de la Genèse, La Société biblique leur a encore donné une traduciion du livre des Proverbes ct de tous les livres prophétiques de l'Ancien Testament, En 1825, l'Unité des Frères leur envoya une seconde édition, revue et augmentée, de leur recueil de Cantiques chrétiens à l'usage des ass: nblées religieuses et du culte domestique, Enfin, l'église de Herrnbut ft e:

» ER ÉHEN, qui iroupeau de

Naïn, d'un petit orguc qui fait les délices de ces Esquimaux, et, si nous Soinmes bien informés, les autres stations n'ont pas lé moins favoristes dès lors,

Mais le progrès intérieur, tuclle dans les âmes, a-t4] marché de pair avec les progrès extérieurs ? Que nos lecteurs en jugent eux-mêmes. Les traits suivants serviront à former leur jugement à cet égard.

Au printemps de 1851, quelques pères de faiille allèrent à Ja chasse du phoque, Tout à coup ils S'aperçurent qu'un large glacon qui les portait s'était peu à peu détaché du rivage et voguait sur les eaux poussées par le vent vers la haute mer, Que faire dans cette situation critique? Ils tombèrent ensemble àgenoux et demandèrent au Sei-

gneur de venir à leur secours, Mais le glaçon s’éloignait räpidement du rivage, et bientôt tout espoir de revoir Jamais leur famille sembla s'évanouir, Is se mirent alors à prier avec plus d’in- Slance pour le salut de leur âme, La nuit vint; elle était sombre, Les membres tout roidis par le froid, ils étaient là, priant toujours et avec toujours plus de ferveur, lorsqu'ils sentirent tout à COUP UN choc violent, Le vent avait légèrement tourné, et l'une des extrémités du glaçon était venue heurter contre un Promontoire avancé de la baie. ls s'élancèrent d'un seul bond sur le rivage, et le lendemain Matin, si loin que la vue s'étendit, ils n'aperçurent pas trace du glaçon, Le vent l'avait entrainé au loin, Lorsqu'on demanda

celui de la vie Spiri-

à Pun de ces homines ce qu'il avait fait sur ce glacon, en face d'une mort certaine, il répondit qu'il avait suivi l'exemple de Jésus en Gethsémané, et

eu

1° VANGILE Ar LABRADOR, 20 Qu'il avait prié par trois Dieu la même chose, I aiouta qu'à la troisième lois, il avait senti que

lois en demandant à

St prière élait exaucée,

L'Esquimau est de nälure impitoyable, On Pourrait presque dire que c'est là un des traits dominants de son Caractère, Mais dès qu'ii s’est sincèrement converti, son cœur s'amollit, ses entrailles s’'émeuvent à la vue des souffrances de ses semblables, et la Compassion devient un des traits saillants de sa vie spirituelle, Nous pourrions en citer bien des traits. Nous nous bornons au suivant, où la compassion « allie admirablement à ia reconnaissance : « Je me t'ouvais dans ce lieu depuis quelques semaines, écrivait un missionnaire, j'avais avee moi deux Esquimaux, et je devais 3 rester encore quelque temps'peut-être, Ma santé so ressentaitde la privation absolue de viande fraîche, Mes Compagnons me Proposérent une chasse au renne. J'acceptai volontiers ot 10 vûtis légèrement pour me rendre ]a marche plus facile,

Nous partimes ensemble par une belle matinée, nous dirigeant vers l'intérieur du pays, Les heures s'écoulaient rapidement sans que nous vissions trace de renne. Cependant nous allious bon train, et je compris bientôt Qu'il n'y aurait aucun moyen de revenir à notre gite pour la nuit, Je ne Pus ie défendre d'un Peu d'inquiétude en jetant un Coup d'œi! sur mes légers vêtements, Mes CoMpagnons s'en aperçurent. « Quant à toi, s'écriérent-ils, tu ne dormiras pas en plein air,

Nous allons te bâtir une Maison. » Aussilôt dit, aussitôt fait, Ils choïsirent un lieu sec et abrité au pied é’un rocher, Clevèrent pierre sur pierre, et bientôt la maison fut prête, La mousse dut boucher les interstices, et nos trois fusils tenir lieu de poutres en Supportant le toit de branchages qu’ils étendirent par dessus, et qu'ils garnirent également de mousse. « Voilà ta maïson! » me dirent-ils dès qu'elle fut prête, et en disant cela, l’un d'eux se dépouilla de sa fourrure et m'obligea à m’en vêtir. « Tiens, elle est chaude!» ine dit-il en me la tendant. Je résistai longtemps, mais il me Contraignit à la prendre, « Allons, reprit-il, je suis habitué à dormir en plein air, et je ne crains point le froid. » Je m'installai donc dans la hutte, le cœur ému de ces touchantes attentions, — Bientôt j'entendis mes Compagnons ronfler, J'étais, pour mon Compte, bien heureux

d'être abrité du vent qui commençait à souffler, J'avais pourtant bien froid. Plus tard, j'entendis

mes Compagnons se lever, Sauter sur leurs piede

et se battre les flancs comme on fait pour se ré-

chaufler, Je me sentis tellement ému de compas-

sion et presque de remords vis-ä-vis de celni qui

m'avait cédé son Surtout, que je l'appelai pour

le; dire, Là-dessus, il se glissa en rampant dans la hutte, et me demanda d'un ton de gronderie amicale Pourquoi je ne dormais pas, Lorequ'il entendit mes dents cliquer, il ôta encore son second vêtement et l'étendit sur Moi, « On ne

ni

ht

L'EVANCILE A1 LABRADOR, 205 .

sent point de vent ici, me dit-il, je A’en ai pas be- J Il

soin{» Puis il se coucha sur mes pieds pour les réchauffer; ct Pour m'empêcher de faire des compliments, il se mit de suile à ronfler, pour me faire croire qu'il dormait Profondément, Ce pauvre ami réussit en eflet à me rendre un peu de chaleur, J'ai voulu raconter ce trait pour prouver que les Esquimaux, qui sont de nature si impitoyables, savent aussi, une fois Convertis, compàtir aux souffrances d'autrui, »

Quant à leur piété et à leur intelligence de l'Évangile, nos lecteurs en jugeront par les extraits suivants, tirés de quelques-unes de leurs lettres :

«Je veux te raconter, mon ümi, écrivait un E<- Quimau en 1856, ce qui nous est arrivé ce printemps. Nous sommes allés en famille avec les traineaux vers les étangs où l’on trouve les truites ; Mais il faisait si froid que je craignais bien de ne rien trouver pour mes cufants et pour mes chiens, Mais voilà que les choses se Sont passées comme Quand un fils est avec son pere. Lorsque je VOyais que la nourriture allait manquer, je priais de tout mon cœur mon Père céleste de m'en donner, et il m'a toujours exaucé. Cela à duré ainsi pendant tout le Printemps, J'ai souvent redit aux miens : «Vous voyez bien que ce qui nous importe le plus, c’est d’avoirle Seigneur pour ani»

Nous avons üté ionglemps tout seuls près d'un étang, et il me semblait alors que nous étions encore plus prés du Seigneur Jésus, Je tl'écris,

‘vec des larmes de joie e Jésus est venu à notre Nous avons eu be souvent appelé et Jésus me

t de reconnaissance, que aide toutes les soin de quelque chose auprès de e donne pre les réconcilier ense

fois que . Je suis CUX qui se disputent, Sque Toujours de réussir à mble, Ainsi, je vois toujours plus clairement que dans toutes mes paroles et dans toutes mes actions

petit enfant vis.

«C'est avec du Seigneur, verti, que je veux écrire frères et sœurs qui de £rande mer, Che

je dois être comme un à-vis de son père, »

UN Cœur qui jouit de ]n Présence écrivait un autre Esquimau concette lettre à nos chers meurent au delà de la rs frères ct Sœurs, je veux vous faire ici un Petit récit de ce qui me concerne particulièrement, Je ne Suis pas encore fort avancé en âge, J unesse au milieu de l'Égiise : ans la parole de Dieu ; Mais Mon cœur ne les ne connaissais pas véritable.

ment Jésus, Maintenant, prends sa Parole, ot je se grand amour, Je

‘ai vécu dans ma je J'ai été instruit q j di appris assez de choses:

CoMprenait pas et je je le COrnais, je comns dans mon cœur son Sais que c'est aussi pour moi qu'il est venu du Ciel annoncer la parole du sulut. C'est pour moi ŒU'il a été dans la tristesse Qu'il à prié, pour moi qu'il a ve Pour moi qu'il a porté qu'ilest mort, (

dans las

+ Pour mo rsé son Sang. C'est Sa Croix, qu'il a souflert et rest pour moi qu'il a éié e 3

au, qu'il est res qu'il est monté au ciel,

ssuscité des morts et Cet amour est grand ;

L'EVANGILE AU LANRApOR. 207

ilest très étonnant, Je reconnais que c’est à cause de mes péchés qu'il a fait tout cela ; aussi est-ce, pressé par la reconnaissance: » ue je prends la résolution de ne vivre désormais que pour lui et selon sa volonté, »

Un dernier trait suffira, nous l'espérons, pour faire ressortir aux Yeux de nos ler’ -rg l'immense distance qui sépare les Esquimaux chrétiens des Esquimaux idolâtres, et pour leur montrer l'état réel des peuplades éroupées autour des messagers de l'Évangile, ainsi que le fruit réel de cette belle mission, Jadis les Esquimaux traitaient les malheureux que la tempête avait jetés sur leurs côtes avec une barbarie et une cruauté inouïes, Voici Comment ils les accucillent aujourd'hui, C'était le 9 novembre 1859 : « Des cris de surprise nous attirèrent à la fenêtre de notre chambre, écrivait d'Okak un missionnaire, Nous vimes un bateau cuanger qui entrait dans notre baie, entouré d'une foule de Kajaks, On nous remit en toute hâte ces motstracés nu Crayon : « Dans cette chaloupe se trouvent cinq matelots qui, depuis plus de deux mois, errent sur les mers après avoir abandonné leur vaisseau naufragé.» Aussitôt nos Frères coururent et allérent inviter ces malheureux à se réfugier dans notre Mason, Deux d’entre eux, soutenus de chaque côté par nos it

iSacie-

miner tant bien que mal du côté de noire demerr- = mais il fallut porter les tr is autres, tar! ils etaient faibles, L'aspect de ces pauvres gens, qui étaient

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L'EVANGILE AU LANRADON,

horriblement pâles et décharnés, fendait le cœur. On s'occupa bien vite de leurs pieds gelés ; ils étaient tout bleus et presque noirs. Notre maison n'est pas grande et nous eûmes quelque peine à leur préparer un logement convenable ; Mais enfin, tout s'arrangea.

Peu à peu ils nous donnèrent les détails de leur aventure : «Ils faisaient partie de l'équipage de 1: Kitty, vaisseau anglais frété par la compagnie de là baie d'Hudson, Ce navire avait fait naufrage au nord de cette baie le 3 septembre, Il avait deux chaloupes, une grande et une petite, entre lesquelles l'équipage se partagea ; onze d’entre eux purent se placer dans l’une et cinq dans l'autre. Dans la première se trouvai: la plus grande partie des provisions, Une nuit d’orace vint ajouter encore à leur malheur, en séparant les deux nacc Îles ; dès lors on n'a eu aucune nouvelle sur le sort de la grande. Les cinq matelots qui montsient la plus petite des chaloupes tinrent conseil et décidérent de renoncer à atteindre le lieu de leur destination et de chercher à gagner les côtes du Labrador, Ils n'avaient qu'une carte bien imparfuite, puisqu'elle ne signalait aucun de nos quatre établissements. Hs souffrirent cruellement de la faim etdu froid durant soixXante-deux jours, Au moindre vent leur barque se remplissait d’eau et leurs provisions, aussi bienque leurscouvertures, en étaient tout imprégnées, De tempsen temps ils trouvæient quelques arsas de bois flotté; et alors, quel bon-

à rte

L ÉVANGILI LABRADOR 209

heur pour eux de pouvoir faire du feu pour se

chauffer, se sécher et se préparer quelque breuvage chaud. Le thé café et le vin se trouvaient sur l’autre chalou} n sorte qu'ils en étaient ab-

solument privés et devaient se contenter de rôtir au feu quelques biscuits de mer et de jeter dessus de l'eau bouillante. Leurs plus cruelles souffrances se faisaient sentir lorsque ieurs vétementset leurs couvertures se roidissaient par la gelée,

» Lorsque leurs provisions de biscuit et de porc salé furent completement cpuisées, ils tomberent dans un profond découragement, Quatre d'entre eux refusérent de se Conner aucune peine et paraissaient décidés à se laisser mourir. Le cinquième, qui était marié, pensait à sa femnie et à ses enfants, et désirait vivre encore; c'était lui qui priait au nom des autres. Depuis longtemps ces hommes n'avaient plus pensé à Dieu; le malheur les fit crier à lui.

» Le 1° novembre, la chaloupe se trouva prise entre deux ceueils. Comme ils n'avaient rien inangé depuis cinq jours, ils n'eurent pas la foret de remettre leur bateau à flot, Is ne purent que crier à Dieu, et Dieu entendit leur supplication. Une vague énorme vint soulever leur chaloupe, ils déployèrent leur voile et un vent favorable vint les pousser rapidement vers le sud.

» Le7 novembre, comme ils doublaient une

jointe, ils aperçurent des Esquimaux, Maigre leur F pere I

situation désespérée, leur première impsesion, à

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l'aspect de ces hommes, fut plutôt un sentiment d'elfroi, tant ils redoutaient la férocité de ces peuplades et leur lâcheté envers les malheureux, Cependant ils leconnurentque ces hommes étaient vêtus, non de Peaux, mais d'étoffes, et ectte vue les rassura quelque peu. Is se décidèrent à mettre pied à terre, Les Esquimaux les avaient vus et les attendaient sur le rivage,

» Oh! que l'accueil qu'ils recurent fut différent de celui auquel ils s'étaient attendus! Ces braves gens offrirent tout ce qu'ils avaient sous la main, poisson sec et graisse de phoque, et les femmes üllumèrent aussitôt un grand feu pour sécher leurs vêtements, Ne Pouvant pas se faire comprendre de ces étrangers, ils cherchèrent du moins à leur montrer leurs sentiments bienveillants, Dans ce but ils ne crurent pouvoir mieux faire que d'entonner un saint Cantique, Les paroles qu'ils chantaient étaient inintelligibles aux Anglais, mais la mélodie leur rappela les jours de leur enfance et les émut jusqu'aux larmes. Sous le poids d'une vive émotion et se sentant

comme cntrainés par

la piété de ces Esquimaux, les naulragés se jetérent à BCNOUX, Malgré leur extrême faiblesse, pour se répandre en üctions de grâces devant Dieu,

» C'est le lendemain qu'on nous les amena. Des

Soins empressés et une bonne nourriture leur Brent promptement du bien; maisil se passa bien du temps avant que leurs pieds et leurs mains re-

L'EVANGILE AU LAMRADOR, 211

couvrassent leur sensibilité naturelle, L'un d'entre eux ayant imprudemment approché son pied du feu, nous donna de sérieuses inquiétudes an sujet de ses plaies, et nous craignimes un moment que la gangrène ne se déclarât. Pour prévenir ce mal affreux, il faliut lai couper trois doigts du pied. C’est la femme d'un de nos Esquimaux qui fit l'opération, et elle S'en acquitts avec be tucotip d'habileté,

» A Noël, tous ces chers naufragés, jusqu'au matelot, qui avait dû subir l'ainputation, purent prendre part à la fête. Au retour de la chapelle ils trouvèrent leur chambre tout illuminée avee quelques cadeaux à leur adresse déposés sur la table. Ces pauvres gens en furent si touchés, que de grosses larmes coulaient le long de leurs jours,

» Nous leur avons fourni de l'occupation pendanttout l'hiver, Is ont raccommodé nos filets et ils en ont fait de neufs; ils ont aussi cousu tous leurs vêtements, Les Esquinaux, de leur côté, nous ont apporté de bons suppléments du produit de leur chasse, en sorte que nous avons pu nourrir nos cinq hôtes sans être trop inquiets sur là quantité de nos provisions, Et pourtant ces braves Anglaisavaient un appétit vraiment formidable,»

Voilà ce que FEvangile a fait des féruces Esquimaux du Labrador,

Nous sommes arrivés au bout de notre tâche, Nous avons vu l'œuvre des Frères moraves au sein des glaces polaires, et nous en avons pu constater les fruits, Grâce à leur admirable dévouement, grâce surtout aux miséricordieuses compassions de Dieu, il n’est pas de pays si reculé au monde, ni de peuple si perdu aux extrémités de notre globe, auquel l'Évangile de grâce n’ait pu parvenir, Sur la nation qui, dans le sens physique comme dans le sens moral, habitait av pays de l'ombre de la mort, le Soleil de justice s’est enfin levé, et, aux douces clartés de ses rayons, les âmes se sont senties renaître à une vie toute nouvelle de paix, de joie, de charité et d'espérance. Quel triomphe de la grâce que ces Esquimaux naguère encore si rudes, si dégradés, si féroces… et aujour.. aui si éclairés, si doux, si compâtissants! Quel spectacle pour les iniges que ces quatre stations où, au sein même des glaces polaires, battent des cœurs brûlants d'amour et de reconnaissance pour leur Sauveur! Honneur, trois fois honneur à ce petit peupie des Moraves, qui compte à peine 21,009 âmes et travaille à la grande œuvre des missions depuis 130 ans, et a plus de 300 missionnaires à son scrvice! Mais surtout gloire, mille fois gloire à Dieu au plus haut des cieux, car il a fait des choses magnifiques! Le peuple qui marchait dans Les ténèbres à vu

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une grande lumiere, et jusqu'au sein des neiges du Labrador a retenti ce chant de louange : Porc, notre Dieu s'est approché de nous! Nous l'avons attendu ; aussi nous a-t-il sauvés, C’est ici l'Éternel, nous l'avons attendu ; nous nous égayerons et nous réjouirons de son salut ! (Esaïe, 1x, 2; x, 5; xxv, 9.)

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