HER AUTRE
186 L'EVANGILE At LABRADOR.
nicrs jours, dit une picuse néophyte, Compris que ce monde peut, être comparé à
que j'ai à certains égaï ds, un champ de glace bien unie où l’on est sans cesse en danger de tomber ; c’est Pourquoi je dois toujours être sur mes gardes, crainte de faire quelque faux Pas, et cette crainte ie pousse avec d'autant plus de ferveur à demander au Sauveur G 11: me conduise comme par la Min, afin de m'empêcher de faire une chute, »
Les enfants Participaient aussi à ce réveil d'une manière vraiment extraordinaire. Ainsi, à difrérentes reprises, l’on dut, à cause de Ja vive émolion qui se Münifestait parmi les jeunes élèves au récit des souffrances et de la mort du Sauveur, interrompre les leçons,
À Nain, bien des pécheurs endureis vinren!
confesser leurs crimes avec larmes : « Nous nous haïssons nous-mêmes, disaient-ils avec une sainte indignation, à cause des péchés que nous avons Commis; inais nous crions à Jésus-Christ pour qu'il nous délivre du Malin ! »
« Elle est allreuse, s’écriaient les gens d'Okak, la manière dont NOUS avons vécu jusqu'ici; nous étions aveugles et entièrement enlacés dans les lilets de Saian ! Mais nous ne le servirons plus désormais, car nous voulons nous donner tout entiers à Jésus!» Et ces bonnes dispositions étaient loin d'être quelque chose de superficiel et de pas- Sager, Car toute la vie de ces gens changea complètement de Caractère, L'histoire des souffrances
L'EVANCGILE AU LABRADOR. 187
et de la mort de Jésus remuait si profondément le cœur des habitants de ces contrées glaciales, que dans les assemblées religieuses, et surtout lors de la célébration de quelque fête, on les voyait tout hors d'eux-mêmes, tant ils 6 iient remplis de joie, d'amour ct de reconnaissance envers leur Sauveur, En moine de dix années, le nombre des habitants des trois stations, c’est-àdire de ceux qui se rattachaient plus où moins au christianisme, fut doublé, 11 était en 1810 de 457, dont la bonne moitié étaient des chrétiens sincères et vivants, Aussi les missionnaires pouvaient-ils écrire alors, daus le sentiment d’une vive reconnaissance : « Sous les buttes de neige de nos Esquimaux le nom de Jésus est exalté avec amour, etses souffrances et sa mort sont le sujet de tous les chants, l'objet de toutes les iuéditations, et arrachent à nos gens maintes larmes de joie et de reconnaissance, Et ce miséricordieux Sauveur pardonne à ceux qui se repentent, et il s'approche de tous ceux qui l'invoquent, 0 Dieu! qui sommes- Nous pour que tu nous fasses la grâce de voir de nos yeux un semblable réveil parmi nos Esquimaux et d'en être nous-mêmes rafraichis et renouvelés! Qu'à ton service soit voué tout ce que nous sommes et tout ce que nous possédons, quand ce devrait être jusqu’: la dernière goutte de notre sang ! »
Certes, quand des iissionnaires du Labrador parlent ainsi, ce n'est pas une Siniple manière
ISS L'EVANGILE At LABRADOR,
de S'e\primer: il faut, POUr pouvoir vivre et tri vailler au Labrador, avoir voué, en effet, au Seisneuret à son service dusqu'à lt dernière goutte de son sang, Mais ici une question se présente, On comprend que des Esquimaux, c'est-à-dire des mangeurs de chair crue, et des hommes dont toute l'organisation est admirablement calculée en vue de Supporter le froid, la faim et la fatigue, Puissent vivre sur une terre pareille et sous un semblable climat: mais des missionnaires, inais des Européens: sans doute que la charité de Christ veut presser ceux-ci de telle sorte qu'ils vouent ilvec joie tout ce qu'ils ont de force et de vie à ces plus déshérités des enfants de notre terre : mais la question de savoir de quoi ils Vvent, reste encore irrésolue, ! est done naturel que l'on se demande : Coinment Peuvent-ils se nourrir sur une terre qui n'a jamais inspiré à ceux qui lhabitent 1 moindre pensée de chercher à Jui arracher, par lt culture, quelques maigres produits? Qui leur fournit et le pain, et Jos légumes, et tous ces mille petits articles tNquels les Européens sont habitués dès leur plus tendre chfance, et qui, chez nous, font le confort de l'existence la plus humble ct la plus chétive, Mais dont on ne peut totalement se passer? Ah! admirons iri et In puis- Sanee dé ja charité frateraelle ot l'étendue des Hiséricordes et de Ja te nidre Sollicitude de notre Dieu! À cette derniere question nous pouvons repondre par un seul Mot: Je saisseau mission-
à ‘ire cet intéressant service. Jamais, durant ces Guuire-vingt-cnze années de ‘aYigation, les nevires en question r'out souffert de Eraves avaries, L'ainiral Gambier, qui air ngtemps navigué sur les iners arctiques, et qui à été lu -Même gouverneur de Terre-Neuve, a plus d’une fois EXprimé son ad- Miration sur la Manière dent Le Vaisseau missionnaire du Labrador à Été réservé : « C'est, disaitil il y a déjà trente ans, le fait le plus :eMmarquable dans les annales Maritimes qui soit Parvenu à mu Connaissance, » Dès lors, trente onnées se sont écoulées, et la vérité de cette assertion a continué de se confirmer, Les Frères Moraves ont payé pour ces navires bien des livres Sterling aux diverses Compagnies d'assurance, Mais ils n’ont Jamais été dans le cas d'en réclamer quoi que ce soit, Ce n'est pas, toutefois, que leur Vaisseau Missionnaire ne se soit va exposé à des dangers très réels. Pendant la guerre d \mérique, en 1778, le vaisseau fut pris par des Croisières françaises ot amené à Dunkerque, mais On le traita avec humanité, et i] Put bientot reprendre le large, L'attention avait été par là dirigée sur ce navire et sur: Ja nature de son Chargement, et Un Sauf-conduit Jui fut vctroyé pour ses voyages au Labrador, tant Par Louis XVI que par le ministre américain à l'aris, Benjamin Franklin, « Nous recommandons, disait le roi, de laisser libre Passage à te] vaisseau, se rendant de Londres au Labrador, et dont l'objet Nous est connu, » Le Sauf-conduit de Franklin
nt ces 's n£aries.
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L'EVANSILE AU LABRADOR. 191
portait :« Messieurs, ia Société des Frères moraves a établi une mission sur les côtes du Labrador Pour la conversion des sauvages, et cette mission a déjà exercé une heureuse influence sur les Esquimaux, pour les détourner de leurs mauvaises pratiques, eten particulicr de leurs attaques contre les bateaux pêcheurs, et pour leur faire mener une vie honnête, Or, comme il est indispensable pour cette mission qu’un vaisseau s’y rende chaque année pour l'approvisionnement des missionnaires, nous vous prions, si vous venez à rencontrer ledit vaisseau, non-seulement de ne pas le traiter en ennemi, mais de lui prûter aide et asaistance, et nous ne doutons pas que notre conduite nc soit approuvée du Congrès, Passy, 11avril 1779. Benjamin Franklin, »
Sous Napoléon, il ne s'agit de sauf-conduit pour aucun navire anglais, On trouvs dans les journaux moraves de ce temps-là un récit de la manière dont le vaisseau du Labrador échappa à une frégate française. En 1802, cette frégate, ayant aperçu le navire morave, le poursuivit et lobligea d'amener, Mais un coup de vent les sépara tout à coup, et le prisonnier put, à la faveur de la nuit, gagner le large. Quelle mortification pour l'équipage de rencontrer trente-six heures après la même frégate! Le vaisseau missionnaire fut obligé, une seconde fois, de baisser pavillon ; une seconde fois aussi la tempête s'éleva, la nuit sur-
vint, et le capitaine, avant déployé toutes ses
192 L'ÉVANGILE at LABRADOR,
voiles, se déroba et atteignit sain et sauf un port d'Irlande,
En 1817, la Jémima fut, durant quatre semaines, prise dans los glaces flottantes, mais elle sortit intacte de ce danger, le Plus terrible et le plus redouté des marins.
En 1853, la troisième Æarmonie aborda à Hofrenthal, la plus méridionale des Stations du Labrador ” Mais lorsqu'elle vouiut se rendre aux trois autres Stations, il s'éleva une tempête si violente et gi persistante que le Capitaine dut, le Cœur angoissé, reprendre le chemin de l'Europe, sans avoir pu déposer à Nain, à Okak et à Hébron le contingent de provisions qui était destiné à chacune de ces Stations, Que devinrent les missionnaires de ces localités, réduits Pour la première fois à attendre Jusqu'à l'année suivante le retour de l'Harmonie ? Dieu lui-même, dans sa tendre Sollicitude, avait Pourvu d'avance à tous leurs besoins. Deux ans “uparavant, l'un des Frères directeurs avait ex- Primé, dans une des séances du comité, qu'il y iVait de l'imprudence à n'envoyer aux mis sionnäires des provisions que pour une année, Puis- Qu'il fallait s'attendre à ce que ce navire pût une louis ou l'autre faire naufrage, Cette Proposition iyant été favorablement accueillie, l'Æarmonie qut Porter cette année-là, nu Labrador, des provisions Pour deux ans, Grâce à cette précaution, de 1853 à 1854, les Pravisions
absolument indispensable De firent pas défaut.
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L'EVANQH! ! [2 \ LE VAISSEAE MISSONN AIRE.
Depuis tantôt un iecle, on navire. TENTE TT
Labrador par la Société des Misïons moraves de l'Angleterre, apporte chaque année aux mission naires les aliments. Les remid s, les livres et Les provisions de toute e-pece dont ils ont besoin. C'est ce même navire qui, une seule fois par an, leur apporte aussi des nouvelles d'Europe et quel. quefois... des amis et du renfort! On comprend avec quelle impatience il est attendu. avec quelle joie il est salué, et avec quels regrets on le voit disparaître, après un court séjour dans ces parages inhospitalier: !
L'histoire de ce navire eat de
pins intéressantes, Les communications régulicres entre Londres et le £abrador ont commen en 1774, par le brick Amitié, qui a duré seize ane, De 1787 à 1802, cc furent la Ponne-lntention ot V1 monte: de 1802 À 1808, la Aésolution: de 1808 üù FS1O, a Zémima : de 1849 à 1832, la seconde Z/rmoni : de 1892 à ISGT, la troisième //urm ; in, depnis Fan dernier, c'est | "quatrième paire tr que est appelé
Sauf un port
tre selnaines, is elle sortit ot le plus re-
rda à Hoflenlu Labrador :
troisautres iolente et si ur angoissé, ns avoir pu * contingent Cune de ces dires de ces S à attendre Harmonie ?
tude, avait . Deux ans avait exité, qu'il y X mission-
inée, puisre pût une roposition trmonie dut provisions h, de 1853 pen-sable
C'est le 24 avril de l'an le navire missionnaire qu'il est parti pour son neuvième vaisseau m Frères, et le quatrièn
dernier qu'a été lancé actuel, et c’est le 8 juin premier voyage, C'est le issionnaire de l'Unité des 10 qui porte le nom d'/farmonie, Son premier Voyage s'est fait très heureusement, L'Æarmonie aborde à Hoffenthal, qu’elle y est arrivée, un kKijak-poste part aussitôt Pour porter les lettres aux trois stations qui sont plus au nord, afin que les missionnaires aient un peu plus de temps Pour Y répondre. Le navire n'arrive lui-môme que plus tard, il séjourne le plus longtemps possible à chacune de ces stations, et c’est de la plus Septentrionale, où d'Hébron, qu'il cingle directement sur l'Angleterre,
Quand l'époque ordinaire de l'arrivée du navire approche, un Esquimau monte sur la colline plus voisine de la station et s'y tient en védette, Sitôt qu’il aperçoit le vaisseau désiré, ilallume un tas de joncs mouillés, A la vue de cette fumée d'heureux augure, c'est un cri général de réjouissance. « Umiaksuit ! Umiakeuit ! c'est-à-dire le vaisseau arrive! » s'écrient tous ceux qui l'aperçoivent. On s'agite.
mutuellement, Le
Dès
on s'empresse, on se félicite s Esquimaux se jettent dans leurs kajaks et les missionnaires vol nt
contre de l'/armonir, apportant pour cadeau de bienvenue à leurs frères d Europe du pain frais dont on est très frianel apres un Voyage de Jons cours, Les femmes des Es
aussi à Ja ren-
uimaux se rangent su
195 L'EVANGILE At LABRADOR,
le rivage et saluent les Nouveaux venus €:
tant des cantiques. On déballe toutes les e embarque celles du Labrador qui doivent prendre le chemin de l'Angleterre : et c'est au milieu de ce brouhaha que les missionnaires doivent lire leur Correspondance et répondre à des lettres qui ne leur arrivent qu'une fois l'an.
‘han-
aisses, on
L'arrivée de l’Aarmonie est le seul événement considérable de l'année dans la vie si monotone du Labrador. On en jugera par les lignes suivantes, écrites par un missionnaire de ces contrées: « Dès que l’Zarmonie est ancrée dans la baie, nous y fai- Sons une visite avec nos enfants, Ce grand vaisseau, comme ce qu'il contient, offre un aliment inépuisable à la curiosité de Ceux, grands et petits, Qui n'ont point vu l'Europe, Tout les étonne, jusqu'aux chats et aux chiens qui n’ont guère de rapport avec les nôtres, Ils reconnaissent ces animaux d'après les images coloriées qu’ils ont vues dans nos écoles, Le pont est constamment couvert d'Esquimaux, Tout travail de pêche est suspendu vendant que l'Æarmonie séjourne dans une Station, Pour nous, ce n'est Pas Un temps d'oisiveté, mais d'agitation un peu liévreuse, surtout à cause de notre grande correspondance, Nous parcourons nos lettres avec an empressement qui nous laisse à peine le temps de la réflexion. Ce n'est que plus lard, après que le navire est Parti, que nous les lisons avec le calme nécessaire pour Pouvoir en jouir véritablement. Depuis le commencement
‘han- CS, On endre de ce e leur jui ne
ment otone ntes, « Dès y faivaisnent otits, nne, eo de anivues vert ndu lon, tais de nos [à à lus les en eut
L'EVANGILE AE LARRADOI 195
d'août, chaque jour nous attendons ce cher vaisseau. On se lève Le cœu JOYeux et rempli d'espérance ; l'oreille est involontaire nent tendue durant le jour pour entendre le Canon chargé d'annoncer la bonne nouvelle de son arrivée, Le 12 de ce mois il faisait du brouiliard : réunis pour L aucun de nous ne S'occüpait de !
repas du soir, arrivée du navire,
quand tout à coup un bruit se fuit entendre, (
cun se leve et prête l'orcille.
L'un répond : « C'est le vent !
une porte qui s'est fermée
Est-ce le canon ?
» Un autre : « C'est avec force !» Un troisième : « C'est le Craquement de la glace ! » Mais un Second coup vient bientôt décider cette ques-
tion palpitante : « C'est le canon ! nous écrionsnous tous 2
5 cuble : c’est le kajak-poste ! ce sont les lettres d'Europe : Dieu soit égale la joie universelle, et plus à son souper, »
béni! L'agitation personne ne pense
Une derniére citation complétera ce
lableau, ce sont les paroles par
lesquelles un missionnaire décrit les sentiments qui s'emparent de tous les du cher vaisseau : « Le retour à la station après le départ de l'Aarmonie, écrit-il, est tout ce que Vous pouvez vous imagi ner de plus mél colique, surtout quand ce sont nos propres enfants que € paraît vide, morne,
cœurs après le départ
navire emmène. Tout désert, Après l'extrème agitation des derniers Jours, 1 semble
qu'on n'ait plus rien à faire ; et pourtant
ce à Dieu! il v a beau-
Coup à faire, et c'est un srand bienfait, car c’est
qu pin Res ee à Le
ont dm ln
as.
ce qui nous aide à reprendre courage. C'est aussi alors que nous faisons nos petites récoltes dans notre jardin, »
relest le palpitant intérêt qui se rattache à l'apparition de ce navire, Ilest un point cependant que nous avons oublié, et que nous ne saurions passer sous silence. Chaque année l'Æarmonie apporte au Labrador des Cadeaux de toute espèce, destinés à être distribués aux fêtes de Noël, principalement aux enfants esquimaux : té- Moignage touchant de l'intérêt que portent à ieurs missions les communautés moraves du continent, Ges pauvres Esquimaux ne sont pas blisés, et il n'est pus diflicile de trouver quelque chose qui leur Manque, On aime à retrouver jusqu'au sein des glaces polaires le touchant usage de célébrer Par une fête de famille la naissance du Sauveur, Des l'âge ie plus tendre, le nom de Jésus s'associe Pour eux à leurs plus vives comme à leurs plus innocentes joies, On peut se figurer avec quelle emotion ils voient ouvrir la caisse mystérieuse ui contient pour eux tant de trésors : co sont des vêtements bien propres et bien chauds, de petites histoires dans la langue des Esquimaux aves des sravures coloriées, des couteaux, des aiguilles, des fruits secs en abondance, ete, Une année, des ins d'Allemagne, se souvenant de la joie que
cause cho re
avaient eu l'idée d'envoyer au Labrador quelques
centaines de petites chandelles, Les missionnaires
mtutte coms
si
ns
L'EVANGILE AU LARPADOR. 197
les donnèrent aux enfants, après les avoir plantées chacune, en guise de chandelier, dans une de ces petites raves blanches qu'ils réussissent à faire croître dans leurs maigres jardins. Mais la tentation était trop forte pour ces pauvres enfants. Après avoir considéré un moment cet éclat inaccoutumé, la gourmandise l'emporta, et en un insstant ils eurent dévoré chandelles et chandeliers,
L'EVANGILE Au LABRADOR.