‹ Histoire de l'évolution du sens des couleursChapitre 23 sur 65 · Vischer, Aesthetik. Stuttgart · texte numérisé non relu

Vischer, Aesthetik. Stuttgart

2. Homer’s Auffassung und Gebrquch der Farben , nebst Erlâuterung, eines epischen Stilgesetzes; dans Mützell, Zeitschrift für das Gymnasialwesen, Jahrgang XV. B. 2, p. 725 sq.

nuances de couleurs lumineuses Homère, emploie un si grand nombre d’expressions exactes, que cela seul ruine absolument l’explication de Yischer. Les motifs pour lesquels le poëte a laissé paraître une si grande indigence de couleurs et n’a noté dans ses tableaux que les tons très-lumineux, ne sont ni esthétiques, ni poétiques, ni particuliers au génie propre du poëte : ils ont leur raison dans la nature de l’homme de cette époque, dans les conditions et les fatalités physiologiques du sens des couleurs tel qu’il existait alors. Voilà pourquoi nous sommes tout à fait de l’avis de Marg 1 lorsqu’il dit : « Felicissima ilia ratio, qua poëtae colorum nomina cum diversissimis rebus et ipsis abstractis notionibus conjunxerunt, non singulorum est opus, sed coorta ex ingenio et natura populi excolebatur a poëtis, inventa non est 2 . »

1. De usu et significatione epithetorum quorundam colores indicantium. Programm des kônigl. Gymnasiums zu Bromberg. 1857,17, p. 18.

2. Il nous semble bien étrange que Steinthal, Der Ursprung der Sprache. Berlin, 1877, p. 208, néglige absolument tous ces faits relatifs au sens des couleurs à l’époque homérique et qui sont établis par les recherches les plus certaines. Il soutient que « Si les rhapsodes de l’Iliade et des anciens hymnes de l’Inde étaient des hommes sains, c’est une

D’autres faits encore témoignent de l’importance des couleurs riches en lumière, du rouge et du jaune surtout, dans les premières périodes de l’antiquité. Ainsi, la couleur rouge a longtemps été la seule dont les peintres se soient servi pour leurs tableaux, car Pline 1 rapporte expressément que les anciens tableaux, appelés monochromoto , n’ont été peints qu’avec du cinabre ou du minium d’Éphèse, et que, lorsqu’on jugea ces deux sortes de rouge trop crus (nimis acre), on choisit un rouge plus agréable, l’ocre rouge ( nibrica ), ou une espèce particulière de celui-ci qu’on appelait sinopide, du nom de la ville du Pont où il avait été trouvé et où on le fabriquait. Plus tard encore, quand on avait déjà abandonné cette

tautologie de dire que, dans leurs organes visuels, tout s’est passé comme dans les nôtres ;. sinon, ils n’auraient pas été des hommes. » A l’entendre, on pourrait croire que M. le professeur Steinthal néglige de parti pris les études scientifiques de certains savants, uniquement pour se débarrasser de la théorie de l’évolution du sens chromatique, qu’il a combattue de tout temps. Il aime mieux faire un malade du chantre des poèmes homériques que de soumettre à un examen impartial la nature particulière du sens des couleurs à cette époque. Nous reviendrons d’ailleurs encore une fois, à la fin de cette étude, aux objections de Steinthal contre un développement progressif du sens des couleurs.

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