‹ Histoire de l'évolution du sens des couleursChapitre 28 sur 65 · XXXIII, c · texte numérisé non relu

XXXIII, c

3. Pour faciliter au lecteur l’intelligence des époques historiques où ont vécu et enseigné les différents auteurs de l’antiquité cités dans ce travail, j’indiquerai toujours, quand cela sera nécessaire, le temps où chacun de ces auteurs a vécu. Xénophane vivait et enseignait vers la 58” Olympiade, 546 av. J.-C., à Élée, dans l’Italie méridionale.

en-ciel indique à ne s’y point tromper que, au temps de cet auteur, le sens chromatique ne jouissait pas encore d’une capacité bien prononcée de percevoir les couleurs d’une intensité lumineuse moyenne ou inférieure, — c’est-à-dire de celles qui, dans le spectre, s’étendent du vert au violet, — et que ce sens devait être alors limité aux couleurs d’une force lumineuse plus intense.

Car, si Xénophane n’a pu distinguer dans l’arcen-ciel que trois couleurs, et si ces trois nuances : ::op<fijp£oç, ©otvfxso ç et yXwpéç, n’indiquent que des couleurs qui appartiennent à l’extrémité lumineuse du spectre, ce fait, en soi incompréhensible, ne devient intelligible qu’en supposant que, à l’époque de Xénophane, fe sens chromatique se trouvait encore à ce degré de développement où la sensibilité et la faculté de discernement n’existaient que pour les couleurs lumineuses, la perception consciente de toutes les autres couleurs ne s’étant pas encore dégagée de la notion d’une moindre intensité lumineuse, et se confondant dans le même processus physiologique. C’est la seule façon d’expliquer d’une manière un peu satisfaisante cette description de Xénophane.

Une autre preuve très-instructive de notre hypothèse se rencontre dans les indications que fournissent les anciens philosophes sur le nombre et le caractère des couleurs principales. Pythagore 1 et son école enseignaient qu’il existe quatre espèces de couleurs : blanc (Xeu/iç), noir (jjtéXaç), rouge (spuOpoç) et jaune (w^péç). C’était aussi le sentiment de Timée de Locres 2 . D’après lui, il y a aussi quatre couleurs principales : blanc (Xeuxéç), noir (piXaç), rouge (<potvtxsoç), et Xajwupéç, une couleur qui appartient également à l’extrémité lumineuse du spectre. On trouve une donnée analogue chez Empédocle 3 , qui indique comme les quatre principales espèces de couleurs : Xsoy.éç, piiXaç,

1. On trouve cette indication dans Plutarque, Placita philosopha De coloribus, 1. I, c. 15; dans Stobée, Eclogarum physicarum et ethicarum libri duo. Ed. Heeren. Goettingue, 1792, pars I, tomus prior, cap. 17. Pythagore, né à Samos, vécut vers la 60 e Olympiade et enseigna surtout à Crotone, dans l’Italie méridionale.

2. Timée de Locre, adepte de la philosophie pythagorienne, vécut à Locres dans l’Italie méridionale. Voir, pour les indications sur les couleurs adoptées par lui, Mullach, Fragmenta philosophorum graecorum. Parisiis, 1860, vol. II, p. 44. — On sait d’ailleurs que le traité de l’âme du monde, attribué à Timée de Locres, est un-extrait du Timée de Platon. — N. d. Tr.

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