‹ Histoire de l'évolution du sens des couleursChapitre 29 sur 65 · Stobée, Eclogarum physicarum et ethicarun libri · texte numérisé non relu

Stobée, Eclogarum physicarum et ethicarun libri

âpu0poç et myp6ç. Démocrite 1 et Théophraste*, le disciple et le successeur d’Aristote, sont du même avis : ils considèrent Xsukôç, piXaç, èpuOpoç et y X(opoç 3 comme les quatre couleurs principales. Quoique nous soyons loin de prétendre que chez

duo. Ed. Heeren. Goettingue, 1892, pars I, tom. priôr, p. 363, cap. 17. Empédocle, d’Agrigente en Sicile, vécut vers la 84' Olympiade, c'est-à-dire vers 442 av. J.-C.

1. Fragm. philos, graec., vol. I, p. 363. Democrite d’Abdère vécut vers la 83° Olympiade, 446 av. J.-C.

2. Théophraste, de Sensu et sensüi , § 73. Dans Mullach, Fragm. philos, graec ., vol. I, p. 363. Théophraste, né à Erèse, dans l’île de Lesbos, vécut vers la 114' Olympiade (321). Si Aristote et son école ont admis sept couleurs, il ne faut pas se laisser aller à croire qu’ils l’ont fait pour des raisons tirées de l’optique. Ce n’était point le cas, et ce nombre de sept couleurs chez Aristote n’a aucun rapport avec nos couleurs spectrales. Ce fut exclusivement par des motifs philosophiques et purement spéculatifs qu’Aristote fut conduit à admettre sept couleurs principales. Il croyait rapprocher ainsi à certains égards le sens de la vision de celui du goût, parce qu’il supposait aussi à celui-ci sept manières principales d’agir. (De sens., 4, 422 a 12, et 7,448 a 16). Ces doctrines, touchant les sept manifestations fonctionnelles des organes des sens, furent répandues par Théophraste, disciple d’Aristote ; car, de son côté, il admit aussi l’existence de sept espèces de goût, d’odorat et de couleurs. Il dit dans son ouvrage De causis plant arum, lib. VI, c. iv : al 8à iSlat t<5v ‘/\jp.(jov ïmà SoxoOatv eïvat, xa6<x7rep xal t£>v ô<r(x£>v *ai xtov "/pwixarav.

3. Mullach traduit à cet endroit yXwpoç par viridis; nous inclinons plutôt à identifier ^Xwpb; avec wypdç, et le chap. IV de ce travail prouvera que ce n’est pas sans raison. Ainsi il faudrait, en ce passage, admettre le jaune comme quatrième couleur fondamentale.

tous ces hommes le sens des couleurs ait été si peu développé que le rouge et le jaune leur aient seuls été connus quant à leur valeur chromatique, alors que toutes les autres couleurs n’auraient été perçues par eux qu’en tant que lumineuses, — car on constate déjà chez Théophraste la connaissance des couleurs d’une intensité lumineuse moyenne et inférieure, — il ressort pourtant avec la plus entière certitude des faits ici rapportés, que, même dans cette période de l’antiquité où le sens chromatique s’était déjà affiné au point de pouvoir distinguer les couleurs d’une faible intensité lumineuse, le rouge et le jaune affectaient surtout la sensibilité de la rétine, et que la capacité de sentir les autres couleurs était restée fort en retard.

Quand l’aptitude à percevoir les différentes couleurs était telle, quoi d’étonnant que l’on comptât le rouge et le jaune,- qui possédaient l’éclat nécessaire pour se faire remarquer, parmi les couleurs principales et fondamentales, et qu’on n’accordât point de place spéciale dans la série chromatique aux couleurs d’intensité lumineuse moyenne et inférieure, qui étaient bien perçues

par la rétine, mais sur lesquelles l’attention n’était pas attirée d’une façon spéciale ? Le fait que les anciens philosophes n’ont souvent noté comme couleurs principales et fondamentales que le noir, le blanc, le rouge et le jaune, nous porte à conclure que les uns, par exemple, les pythagoriciens, ont été conduits à cette doctrine par l’imperfection de leur sens des couleurs, tandis que les autres étaient arrivés à une opinion de ce genre parce que, chez eux, la capacité de percevoir les couleurs lumineuses était infiniment plus développée que celle de sentir les couleurs d’une intensité de lumière moyenne et inférieure. On peut facilement montrer que cet état de choses a bien existé dans toutes les périodes de l’antiquité et jusqu’à l’ère chrétienne. Ainsi, Pline compte trois couleurs principales 1 : le rouge, le pourpre et une troisième, celle d’améthyste, qui, d’après ce qu’en dit l’auteur, doit avoir eu certaines affinités avec le rouge.

Le constraste entre la sensibilité c^es anciens, si développée pour le rouge et le jaune, et la faiblesse de leurs sensations pour toutes les couleurs

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