‹ Histoire de l'évolution du sens des couleursChapitre 30 sur 65 · L. XXI, c. 8, 45 et · texte numérisé non relu

L. XXI, c. 8, 45 et

de moindre intensité lumineuse, étonne surtout dans les écrits d’Aulu-Gelle 1 . Tandis que, dans ses réflexions sur les couleurs, il ne signale pas moins de sept nuances differentes du rouge et du jaune: fulvus, flavus, rubidus, luteus, poeniceus, rutilus, spadix, il parle à peine, en passant, du vert et du bleu.

Ce rang éminent que les couleurs lumineuses avaient occupé dans l’antiquité, elles commencent à le perdre peu à peu vers l’ère chrétienne ; le caractère sacré et solennel que les anciens avaient accoutumé d’attribuer à ces couleurs en vient à disparaître complètement et fait place à une idée opposée. Ewald 2 décrit en fort bons termes ce phénomène : « L’opinion qui avait cours sur cette couleur (le jaune) a dû changer avec les siècles et avec les révolutions des peuples qui se trouvaient à la tête de la civilisation. Le penchant des Romains pour le jaune était sans doute trop grand pour qu’ils aient pu attribuer cette couleur

1. Le temps 4e son activité tombe dans la seconde moitié du ii' siècle chrétien, pendant le règne de l’empereur Antoninle-Pieux. N. A. II, c. 26.

2. Ewald, die Farbenbewegung> Erste Abtheilung, erste H&lfte, p. 60. Berlin, 1876.

40 ÉVOLUTION DU SENS DES COULEURS, à l’odieuse et redoutable Envie. Chez nous, la sympathie pour le jaune est assurément si mince, que nous n’avons nul scrupule d’en faire la couleur favorite de l’Envie. »

Ces variations dans le rang et la signification historique des couleurs lumineuses trouvent facilement leur explication physiologique dans le développement historique du sens des couleurs. Tant qu’on ne fut sensible qu’à toutes les couleurs d’une lumière intense ou, du moins, qu’on y fut beaucoup plus sensible qu’aux couleurs d’une intensité plus faible, — et il en a été ainsi durant toute l’antiquité, — la place historique des premières, leur importance pour la vie religieuse et sociale, a dû être naturellement très-élevée. Mais, dès qu’on commença de sentir plus vivement les couleurs de moindre intensité lumineuse, quand on les perçut aussi distinctement que celles qui sont riches en lumière, la position respective des unes et des autres dut se modifier, et ce changement s’accomplit de telle sorte, que les couleurs les plus lumineuses perdirent peu à peu leur premier rang.

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